‹ Cours élémentaire de dessin appliqué a l'architecture, a la sculpture, a la peinture ainsi qu'a tous les arts industrielsChapitre 8 sur 13 · ELEVATION · texte numérisé non relu

ELEVATION

La figure 2 représente un mur cyclopéen, construction puissante et primitive. La figure 3 est un mur de pierres colossales très bien appareillées, construit à couvre-joint. La figure k, un mur ayant sa base construite en larges pierres de taille, surélevé en moellons; un autre rang de pierres surélevé en briques. La figure 5, un mur parfaitement appareillé, à couvre-joint comme toujours, avec des pierres bien taillées de plusieurs dimensions .

PLANCHE II

(Fig. 1.) Une porte avec ses deux montants ou poteaux de bois, sa traverse idem.

(Fig. 2.) Une porte en pierres colossales, son linteau ou traverse d'un seul morceau.

(Fig. 3.) Une porte construite en pierres appareillées, ornée de moulures.

(Fig. h.) Une porte en pierres taillées et appareillées; deux pierres taillées formant linteau.

(Fig. 5.) Une porte idem, trois pierres appareillées formant un arc surbaissé.

(Fig. 6.) Par une succession de pierres taillées, ayant pour appareil les rayons d'un même cercle, formant un arc; la clef de la voûte ferme l'arc au milieu.

(Fig. 7.) La même porte et le même arc avec un appareil différent, quant à la coupe des pierres.

(Fig. 8.) Une autre porte, ou arc, orné de moulures.

PLANCHE III

Quatre temples : le premier construit en bois seulement; le second en pierres, bois, briques et plâtras; le troisième, de semblable construction, est orné de peintures ; le quatrième est de marbre.

Cette planche a eu pour but de montrer la différence des formes, par l'emploi différent des matériaux. Nous n'avons pas donné les cinq ordres, comme dans les autres traités élémentaires d'architecture. Les ordres

(1) Voir les planches de l'album lithographie.

d'architecture ne sont pas des principes positifs absolus d'architecture; ils sont le résultat du goût, du caprice, de l'expérience des grands architectes qui les ont employés, les ont chaque fois changés de proportion et de formes, selon leur volonté ou leur besoin, pour satisfaire à la grande loi de l'harmonie et de l'unité. Nous renvoyons donc plus bas aux divers traités d'architecture de ces maîtres.

On appelle architecte ou ingénieur celui qui possède les connaissances qu'exige cet art; nous les détaillerons plus loin : il invente, conduit et dirige l'exécution des ouvrages d'architecture. L'architecture se divise en trois branches principales qui sont : l'architecture civile, l'architecture militaire et l'architecture navale.

L'architecture civile a pour but d'élever des édifices publics ou particuliers dans les villes et. dans les campagnes, en ayant soin de les approprier aux besoins de ceux pour qui ils sont bâtis, aux usages auxquels ils devront être employés; ayant en vue le climat, et ayant soin d'employer surtout les matériaux du pays pour leur construction, combinant son plan avec la qualité de ces matériaux.

Un grand principe en architecture est de ne pas sacrifier l'utile à l'agréable"; l'agréable est la parure de l'utile ; c'est ce qui s'appelle le goût, en architecture.

V architecture militaire a pour but de fortifier convenablement une ville ou une place,

V architecture navale s'occupe de la construction des vaisseaux. L'enseignement de l'architecture doit être à la fois théorique et pratique ; un bon plan est une bonne distribution intérieure où chaque chose est à la place que nécessite son utilité, pour la commodité de l'occupant. A l'extérieur, une bonne forme, où la décoration soit sobre et motivée ; où cette décoration soit, pour ainsi dire, l'explication à l'extérieur de la forme exprimée au dehors, de l'utilité intérieure.

Ne pouvant nous étendre davantage dans ce cours élémentaire, nous renverrons ceux qui veulent pousser leurs connaissances dans cet art si important, aux traités spéciaux de Vitruve, de Palladio, de Vignole, de Serlio, de Bosse et de Bullet, et de tant d'autres que leurs recherches et leur goût leur feront découvrir.

Cet art, qui embrasse dans sa partie artistique la peinture et la sculpture, exige dans sa partie scientifique la connaissance des mathématiques, de la chimie, de la mécanique, de la minéralogie, de l'histoire natu-

oh ARCHITECTURE.

relie, etc., etc., afin de remplir les conditions indispensables à toute œuvre de l'architecture, la solidité et la salubrité, en passant par l'économie pour arriver à la durée. L'exemple des monuments celtiques oyclopéens7 dont de petits modèles sont visibles à la bibliothèque Mazarine, sont l'un des moyens les plus clairs, les plus palpables, les plus élémentaires, les plus certains de se rendre compte de la bonne construction. Les monuments égyptiens et grecs sont des modèles accomplis ; les derniers, surtout ceux des Grecs, remplissent toutes les conditions : beauté et solidité. Leur masse sévère, imposante, est ornée de mille détails fins et gracieux, qui rappellent dans un autre art, la musique, ces heureux détails des petits instruments qui viennent broder une délicieuse mélodie dans un orchestre immense, ample, noble et sévère, et viennent nous charmer, comme dans les ouvertures de Mozart ou dans les sublimes symphonies de Beethoven.

Les mêmes principes se retrouvent partout, dans la nature comme dans tous les arts qui l'imitent. Ce qui prouve une fois de plus que tout est dans tout.

En terminant cet aperçu, nous ferons remarquer comme quoi un édifice quelconque est en même temps architecture, peinture et sculpture. Par sa construction et sa ligne, architecture ; sculpture par sa forme et son modelé ; peinture par l'effet qu'il produit, par sa couleur et par l'effet de ses ombres. C'est du côté de l'art décoratif surtout, que l'architecture tient à la peinture et à la sculpture.

L'architecture peut être considérée comme le premier des arts, puisqu'il les embrasse tous. Il se divise en six parties principales : les mathématiques, le dessin, les sciences naturelles, les arts mécaniques, la construction et la science administrative.

Un architecte moderne doit savoir que, pour lui, il ne s'agit pas seulement de copier telle ou telle époque de l'art de nos prédécesseurs, telle sublime qu'elle lui paraisse; il doit avoir étudié tous les styles, afin que du jour où il aurait un édifice public ou particulier à édifier, il possède les connaissances approfondies de son art, au lieu d'être un imitateur servile se passionnant, celui-ci pour le gothique, celui-là pour le Forum romain, tel autre pour la renaissance, un autre enfin pour l'architecture grecque, exclusivement. Fort de ses connaissances, plein d'admiration pour les chefs-d'œuvre de nos ancêtres, qu'il soit simplement l'esclave de son sujet, le serviteur fidèle de la raison, s'identifiant tellement avec l'utilité,

ARCHITECTURE. ob

les besoins de ce qu'il doit construire, qu'il oublie en ce moment suprême de la création ce qui lut bâti à Memphis, à Byzance, à Rome ou à Athènes, aussi bien qu'à Corneto, à Venise ou à Florence, etc.

Alors, seulement alors, nous pourrons espérer de léguer à nos neveux des monuments qui auront une forme nouvelle, un caractère et une physionomie. En suivant ce conseil, le jeune architecte qui sait son art peut être assuré du succès; car, s'il a du génie, fort de sa science et plein de la liberté créatrice qui enfante seule les beaux ouvrages, il nous fera jouir de nouveaux chefs-d'œuvre. Point n'est besoin pour cela d'être chargé d'un monument national : la plus simple maisonnette, une boutique à décorer, un monument funéraire, un tombeau suffit à montrer son goût, sa saine raison, son savoir, toute la beauté de son âme, son génie!...

S'il ne trouve pas là suffisante matière à prouver son mérite, que très sagement il renonce à la carrière-, comme le peintre ou le sculpteur médiocres, qu'il prenne un autre métier, car il sera nuisible aux autres.

L'anarchie, le milieu immoral dans lequel nous vivons, permet seul qu'il y ait tant d'artistes médiocres ; une telle aberration sociale est l'une des causes principales de notre honte et de nos malheurs publics. L'ignorance où les populations sont plongées enfante nos douleurs. Il n'y a d'espérance que dans une éducation rationnelle et véritablement morale, ou tout homme placé dans son milieu aura pris en naissant le goût du vrai, du beau et du bien. Les architectes, comme les sculpteurs et les peintres, qui auront instruit les peuples en les exaltant à l'admiration pour ce qui est vrai, pour ce qui est beau, pour ce qui est bien, seront bénis par les hommes et honorés par eux comme bienfaiteurs des humains, et regardés comme les véritables prêtres de l'humanité.

Nota. — On comprendra facilement que le plus sûr moyen d'avoir de grands artistes, peintres, sculpteurs et architectes, c'est de répandre les connaissances réelles, positives, générales de l'art, afin que le plus grand nombre soit en état d'apprécier les qualités des beaux ouvrages; arrivé à cet état de connaissances acquises par le plus grand nombre, il est clair qu'il n'y a plus de place pour la médiocrité dans les arts. Heureusement pour eux, ils seront forcés de se réfugier dans l'industrie, dans les métiers utiles, où ils trouveront, au lieu de la misère, le calme, le bonheur et la prospérité 1

Avant d'entrer dans l'exercice du dessin proprement dit, c'est-à-dire avant de fixer d'une manière sûre, avec le secours d'un crayon, non-seulement tout ce que nous voyons, mais encore tout ce que notre imagination peut rêver, il faut bien se persuader de son importance. Je ne crains pas d'assurer que, dans un avenir très rapproché, on sentira la nécessité d'apprendre à dessiner comme l'on a compris la nécessité d'apprendre à lire et à écrire.

Je le demande à tous ceux qui ne savent pas dessiner : combien de fois ne se sont-ils pas trouvés dans l'embarras, dans l'impuissance, pour n'avoir pas su dessiner? Reprenez donc sur l'ignorance, sur la paresse, cette portion de virilité, en apprenant à dessiner aussi sérieusement que vous apprenez à lire et à écrire.

Après nous être bien rendu compte des éléments de la géométrie, après avoir tracé avec soin et propreté, avec et sans le secours de la règle et du compas, toutes les figures du tableau de la géométrie élémentaire, nous avons appris par cœur, en les raisonnant bien, en nous en rendant un compte exact, les problèmes de la perspective ; nous avons exécuté toutes les figures des huit tableaux gradués, ayant eu le soin, comme dans tout le cours de cet ouvrage, de ne passer que l'un après l'autre, progressivement, après avoir bien compris, après avoir bien exécuté celui qui précède.

Comme le dit Léonard de Vinci, le plus grand maître après les Grecs, celui qui n'a si bien su allier la science et le sentiment, que parce qu'en même temps qu'il sentait, il savait encore : « Un jeune homme qui veut dessiner ou peindre, doit commencer par apprendre la géométrie et la perspective. »

Ainsi disait, il y a deux mille ans, à Athènes, Pamphile, le maître d'Apelles.

PLANCHE I

Jusqu'ici le plus grand obstacle que ies élèves qui débutent rencontrent dans les modèles de dessin qu'on leur fait copier, c'est la difficulté d'exécuter des détails qui leur sautent aux yeux, et qu'ils veulent rendre avant d'avoir trouvé la masse. Si, a un élève qui commence, qui n'a pas appris la géométrie et la perspective, vous présentez le dessin d'un œil, par exemple, il ne manquera jamais de commencer par attaquer un détail, le plus apparent : les cils, les sourcils, en ayant soin d'en compter chaque poil. C'est pourquoi il faut donner aux élèves des modèles simples, très simples, afin d'habituer leurs yeux à ne juger toujours, à ne procéder que par la masse, et de passer du simple au composé. De ces commencements dépend souvent tout le talent futur d'un artiste. Combien d'entre eux, doués d'une belle organisation, eussent produit d'excellents ouvrages, s'ils avaient été convenablement dirigés, et qui, faute d'une bonne éducation première, n'en font que de médiocres, sinon de très mauvais.

Pour commencer, nous procéderons donc par masse et par lignes géométriques; le profil de la figure n° 1, resté dans la masse seulement, est obtenu par les lignes verticales et horizontales. Copiez-le exactement en commençant par établir vos lignes et leurs divisions exactes, à vue d'œil; ayant soin de vérifier avec le compas, la règle et l'équerre, si votre œil a vu juste. Cela fait, dessinez la ligne du nez, du front, du menton, de la forme de la tête, de votre profil enfin; observez pour cela la distance, l'écartement qui se trouve, l'obliquité, l'ouverture de l'angle que vous avez sur votre modèle, du sommet du front à l'extrémité du nez ; puis de ce point du bout du nez, en ayant grand soin d'établir sa place sur la ligne horizontale, vous tracerez la ligne du menton, observant également l'écartement où il se trouve de la ligne verticale, ainsi que sa place sur la ligne horizontale. Avec le secours de la ligne horizontale, de la ligne verticale ou aplomb, nous pouvons dessiner tout ce |qui apparaît à nos yeux. Ces deux lignes sont la base du dessin. Elles servent aux plus grands maîtres à vérifier l'exactitude des études qu'ils font d'après nature. Insistez sur cette première figure du dessin, car tout ce que vous aurez à dessiner est soumis à la loi rigide de la masse par les deux lignes horizontale et verticale. Avant d'arriver au détail, vous aurez la construction exacte et vraie de votre dessin.

C'est le point essentiel. Que de fois les plus grands artistes ont eu à

gratter et à refaire, pour avoir négligé au commencement cette loi de la place et de l'ensemble par la masse. Aussi, pour faciliter l'application de ces premiers principes, avons-nous ajouté deux planches supplémentaires. (PI. I 6**, et PL I ter.)

(Fig. 2.) Après avoir trouvé votre place exacte, votre masse générale bien juste, vous arrivez aux détails. Vous avez vu à la figure première la forme générale d'une tête, en rapport avec la ligne verticale et la ligne horizontale, par l'ouverture des angles; vous avez dû vous rendre compte de sa place exacte. J'insiste, car cette forme générale est tout, et sans cette forme générale de la masse, vous n'avez rien. Ensuite vous dessinez l'œil, la narine, la bouche, l'oreille, les cheveux, le tout en rapport avec votre masse, procédant toujours du simple au composé; ne dessinant jamais un détail en l'isolant de l'ensemble, mais le dessinant toujours en vue de l'ensemble, en rapport avec lui ; ne séparant jamais de l'ensemble le morceau que vous dessinez.

(Fig. 3.) Vous vous êtes bien rendu compte du* rôle important de la ligne horizontale et de la ligne verticale; vous allez voir que rien qu'en

/lO DESSIN.

observant les rapports de toutes figures avec ces deux ligues, vous mettrez parfaitement en place une tête dans un mouvement quelconque : une tête levée, fig. 3, procédant toujours du simple au composé, de la masse aux détails; observant toujours les distances, les rapports des choses entre elles, l'ouverture des angles, etc., etc., vous copierez tout ce que vous voudrez.

(Fig. h.) L'application des mêmes procédés, par la ligne horizontale, par la ligne verticale, par l'ouverture des angles, nous donne toujours le même résultat, de formes exactement mises à leur place ; pour la tête baissée comme pour la tête levée, il en sera de même, ainsi que pour tous les modèles que vous aurez à copier, pour toutes les choses que vous aurez a dessiner, dans un cadre et d'après nature.

PLANCHE II

Nous n'avons pas voulu déformer nos modèles en donnant la division des lignes, pour le portrait de Masaccio, comme pour celui de Raphaël; le cadre qui les entoure, composé de lignes horizontales et verticales, suffit à faire comprendre à l'élève la forme de chacune de ces têtes, les rapports de leurs formes avec la ligne horizontale et la ligne verticale. Nous avons voulu, en outre, que celui qui dessine, s'habitue à se passer de ces lignes tracées sur son modèle; il doit obliger son œil, le forcer à voir juste, en traçant ces lignes dans son esprit; les choses que nous avons à dessiner sont d'une telle variété, que nous devons les saisir tout d'abord dans leur ensemble et dans leur physionomie particulière; par la ligne verticale ou aplomb ainsi que par la ligne horizontale, l'ouverture des angles en rapport avec ces deux lignes, nous serons à même de vérifier si nous avons dessiné avec justesse l'objet ou les objets que nous avons voulu copier.

PLANCHE III

La vue du golfe de la Spezzia (1) arrive à propos pour nous aider à comprendre, dans sa simplicité, la puissance des lignes géométriques; pour trouver, pour saisir le caractère, la physionomie d'un individu, d'une tête, d'un pays. Ce caractère, cette physionomie, c'est dans les

(1) Voir W> planches clc l'album liihographil.

DESSIN. /il

quatre lignes premières, c'est dans ces lignes générales, saisissantes, jetées avee le coup d'œil sûr du génie, qui ne sont autres que les lignes géométriques ou lignes de construction, que vous les trouverez ; ainsi exercez-vous à saisir sur la nature ces lignes, à les fixer continuellement sur le papier en môme temps que dans votre mémoire.

PLANCHE IV

Par des lignes verticales ou aplombs, par des lignes horizontales placées à égales distances, mises en rapport avec le modèle, nous allons dessiner ce groupe magnifique du célèbre, du divin Raphaël, et, sans autre secours que des rapports d'angles exacts, nous allons trouver plusieurs figures en mouvement, puis des raccourcis.

Pour arriver à une bonne exécution, ayez soin d'indiquer légèrement, grassement, sans noir, sans trop appuyer votre crayon, par des lignes légères, comme est indiqué l'enfant mort, pour revenir ensuite plus fortement par des lignes ondulées, comme dans la figure de l'homme. (Ce groupe est tiré d'une fresque de Raphaël, dans les Stanze du Vatican, à Rome; elle représente le jugement de Salomon.)

Ce modèle, comme ceux qui suivront, a pour but d'encourager les élèves à tenter immédiatement les choses qui semblent les plus difficiles ; le parfait est aussi difficile à obtenir dans une chose simple que dans une composée. Le moyen d'arriver à bien faire, est de s'essayer souvent, de faire beaucoup et de défaire toujours lorsqu'une faute est aperçue. Croyezle, les plus grands maîtres ne font pas, n'ont pas fait autrement. Ne vous laissez pas étourdir par les jongleurs, les faiseurs de tours d'adresse 1 Ne vous découragez jamais : l'art est successif, il est philosophique. Si vous sentez profondément ce que vous n'avez pu trouver hier, vous le trouverez demain.

CRAYONNER N'EST PAS DESSINER. Pour conduire un cheval de race, comme pour peindre ou dessiner, ayez toujours la main légère, car, lorsque vous aurez beaucoup exercé votre main à chercher l'exactitude des formes, vous saurez assez crayonner. L'adresse arrive avec l'exercice. Cherchez à faire juste, même maladroitement; ensuite, vous ferez juste aussi, mais plus adroitement. N'y pensez pas. Cela viendra par l'exercice continuel du dessin.

PLANCHES V, Vï, VII, VIII.

Ces planches sont des croquis imparfaits de scènes prises sur In nature, en Corse et en Algérie. Géricault et Gros, qui, depuis les Grecs, sont les seuls qui aient fait vivre, respirer et marcher des chevaux, saisissaient, par quatre lignes et au passage, la vie, le mouvement de ce bel animal. C'est avec la conviction de rendre un véritable service aux élèves, que nous les engagerons, dès qu'ils commencent à dessiner, même dès les premières leçons, à chercher et à saisir les grandes lignes géométriques de tout ce qui se présente à leurs yeux dans la nature. Si la chose mobile, vivante, les embarrasse trop d'abord, qu'ils dessinent un objet immobile : une chaise, une table, un chandelier, une pierre, n'importe quoi. De la chose inanimée, ils passeront aisément a la chose vivante, animée.

Quelques lignes principales, saisies sur la nature avec un crayon, dans la rue, au spectacle, aux concerts, partout, fixent la mémoire ; un simple trait quelquefois suffit pour rappeler une scène entière. Que rentrés chez eux les élèves prennent une plume ; qu'exerçant leur mémoire et leur goût, en môme temps que leur adresse, ils passent à l'encre ce qu'ils auront esquissé d'après nature. De cette manière, ils apprendront par eux-mêmes, par l'observation, bien plus que tous leurs maîtres réunis ne sauraient leur apprendre. La raison en est simple, c'est que l'on n'apprend bien que ce que l'on apprend soi-même.

Cette étude a le double but d'exercer en même temps l'œil et la mémoire : la mémoire des lignes, de la forme et de l'effet. C'est cette mémoire, meublée, nourrie, exercée par l'étude continuelle des maîtres et de la nature, qui aide si puissamment à l'accomplissement de leurs œuvres, le peintre, le sculpteur et l'architecte : trois êtres qui ne font qu'un.

PLANCHE IX

Ici c'est un groupe de figures tiré d'un tableau du Poussin, avec quelques lignes d'un fond de paysage; le clair et l'ombre y sont indiqués toujours par les mêmes lois observées plus haut des lignes géométriques et des masses.

Page 1