DE DESEOIS DE ROC HE FOR T. J
s agissait de rendre service , ne connaissait , en consultant son coeur, d’autres bornes que celles du possible. Le dirais-je enfin? bienfaisant et généreux, il eut le plaisir de soulager le poids du malheur * niais ingénieux et délicat dans ses moyens, jamais il ne mit celui qu’il obligeait dans le cas de rougir de sa détresse , jamais il ne lui fit connaître que la douceur du bienfait . eli ! pourquoi donc craindrais-je de publier ces traits d’un bon cœur, puisqu’ils n oflensent pas la foi du secret ? mais aussi se peut-il que les efforts d’un seul homme suffisent à faire éclater les sentimens de tant de cœurs qu il a enchaînés par des liens si multipliés et si puissans? et n’est-ce pas au cri unanime de la reconnaissance , n’est-ce pas à tous ses élèves à rendre à la cendre de leur maître , le dernier hommage qu’ils doivent à leur médecin , à leur bienfaiteur , à leur ami ?
Cette estime et cette confiance sans bornes de tous les étudians en médecine, avaient ouvert à JM.. Desbots une carrièré brillante, dans laquelle la renommée conduisit ses premiers pas. Son nom , déjà sorti de l’obscurité , nelait plus condamné à l’oubli dans lequel vivent et meurent si souvent le talent modeste f t le mérite ignoré , oubli plus désirable pour- *an plus précieux m illefois que les charmes,
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trop souvent empoisonnés, d’une réputation éclatante , si , dans cet oubli , la sagesse pouvait vivre hors de la portée des coups du sort, et a l’abri des injustes caprices de la fortune !
Déjà la confiance publique n’était plus bornée à la classe des citoyens ordinaires : déjà les grands , éclairés pour cette fois dans leur choix , avaient fixé les yeux sur M. Desbois , et plusieurs lui avaient donné des témoignages d’une amitié dont les injurieux préjugés d’une naissance illustre, les rendent trop avares : le reste des hommes semble n’être à leurs yeux qu’une espèce inférieure ou dégradée. Qu’ils soient punis de cette orgueilleuse pensée, en apprenant que c’est presque toujours de la foule que l’on voit sortir quelques-uns de ces hommes rares , dignes , par des talens distingués , et surtout par de grandes vertus , de mériter les respects de leurs concitoyens , la reconnaissance de leur siècle , et les hommages de la postérité.
Qui eût cru que la nuit du tombeau allait succéder à l’aurore qui annonçait un si beau jour ? et quel espoir soutiendra désormais le médecin dans sa pénible carrière , s’il n’est pas sûr d’en mesurer l’espace déjà si étroit? Quoi donc ! après avoir consumé ses plus belles années au milieu des débris effrayans et empoi-
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sonnés de la machine humaine- après les avoir passées au milieu de ces dépôts où les yeux se repaissent à regret du spectacle des maux innombrables qui s'unissent pour l'attaquer et qui s'acharnent à la détruire- après s'être essayé à travers mille dangers à les combattre et à les vaincre , le hasard de la vie ne lui sera pas garanti ? Non sans doute , Messieurs ,
puisque nous pleurons aujourd'hui M. DesBois.
31 fut attaque , a la hn du mois de novembre 17^0 , dune maladie qui , sous des dehors auxquels il se méprit lui-même , affecta mortellement la poitrine qu’il avait naturellement faible, quoiqu'il fût d’ailleurs d’une constitution robuste.
La mort, quon s’est habitué à accuser (de peur d'être injuste envers la Providence ) , ne lui épargna pas de longs et de cruels apprêts : il eut a lutter pendantdeux mois contre des tour-
mens auxquels il a fallu tout son courage pour résister.
Si c est un spectacle effrayant , c’est un spectacle bien instructif pour l’homme qui sait penser , que celui de la destruction de son semblable , disputant contre les longues soufirarices d’une mort prématurée , les droits qu’il croit avoir k une plus longue vie. L'œil de la raison aperçoit, dans cette dure et critique
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épreuve , l’âme qui se découvre toute entière à mesure que sa fragile enveloppe se détruit : c est, pour ainsi dire , au moment où l’homme s’évanouit , qu’il paraît mieux tout ce qu’il était; semblable à l’astre du jour, qui nous paraît plus grand à son déclin qu’au haut de sa carrière. M. Desbois était né avec un caractère bouillant et impétueux jusqu’à l’emportement. Son imagination , facile à s’enflammer, s’excitait avec la rapidité de l’éclair, mais l’instant d’après voyait naître le calme. Son cœur, droit et bon ne s’abaissa jamais jusqu’à la vengeance , et sa douceur naturelle était prompte à réparer l’erreur de sa vivacité. Capricieux quelquefois jusqu’à la bizarrerie dans sa vie privée, il se fit cependant presque autant d’amis qu’il eut de connaissance ; il sut intéresser et plaire, malgré un extérieur qui n’avait contre lui que le premier abord. Habitué par de longs efforts à se combattre , il triompha souvent de lui-même; et la nature, presque subjuguée sous l’empire de sa raison , ne reparut qu’avec peu de ses anciens droits , dans une maladie où il déploya toutes les facultés de son âme, et toutes les forces de son cœur.
Eh ! comment, en effet, toutes ses facultés n’auraient- elles pas été émues, au milieu des :soins empressés d’une famille trop justement