DE DESBOIS DE ROCHEFORT. J
alarmée ? Une mère respectable , une sœur qu’il aimait, partageaient, avec quelques-uns de ses nombreux amis , la scène touchante
qu’attendrissait encore une femme devenue, dans ces momens de douleur , le modèle des épouses. M. Desbois avait épousé en 1782, Marie-Beatrix le Roi, dont il avait deux filles , à peine hors du berceau. Mais si tous ces objets intéressans rendoient sa situation plus déchirante, quelle douce et précieuse consolation ne trouva-t-il pas dans les soins généreux d’un frère qui lui tint lieu de tout dans ses derniers momens! Bon frère, ami tendre et obligeant, censeur sévère , respectable pasteur , il s’acquitta courageusement de tous les devoirs qui lui ‘arrachaient des pleurs d autant plus ameres, qu’il les versait en secret. Contraint d’affecter au-dehors une paix qui netoit plus dans son cœur, adroit à faire aimer les vertus qu’il pratique, sa main charitable assura les premiers pas de son malheureux frère sur la route de l’éternité.
Tant de liens si sacres se resserraient autour de son lit de mort, pour fixer un instant de plus son aine, dont tous les autres nœuds étaient brisés. Sa sensibilité seule vivait toute
entière parmi les débris de son corps expirant , Tome I, p
ï8 ÉLOGE DE DESBOIS DE ROCHEFORT.
et la chaleur du sentiment de tant d’objets chéris , remplaçait celle de la vie qui l’abandonnait, lorsque la main de l’amitié en pleurs lui ferma les yeux le 26 janvier 1786.
INTRODUCTION
Un grand nombre d’ouvrages, composes sur une matière quelconque, semble indiquer d’abord qu elle est épuisée. Cette idée porte avec elle un caractère de vérité, aux yeux des hommes qui n’ont pas l’habitude, ou qui ne se donnent pas la peine de réfléchir à ce qu’ils pensent. Cette erreur, qui les abuse et qui les flatte, les porte à juger défavorablement de tout ouvrage qui traite d’un sujet sur lequel ils croient qu'on a tout dit; ils commencent par la prévention , ils finissent par l’injustice.
La matière médicale est , sans contredit, une des branches intéressantes de l’art de guérir, sur laquelle on a le plus écrit ; et , sous ce point de vue, un nouveau Traité sur cette importante partie , ne paraîtra pas , au premier coupd’œil, devoir présenter une utilité bien grande.
Mais , par une conséquence aussi évidente par l’observation , qu’affligeante par l’idée quelle fait naître, cette foule de productions sur un sujet , quel qu’il soit, atteste , presque sans exception , leur insuffisance. Ce sont de fausses richesses , dont l’ignorance emprunte trop souvent sa parure, et le charlatanisme son insolence , tandis que l’homme instruit sent, à chaque pas, au milieu d’elles , leur futilité et sa misère.
1 els sont , en 'effet , les efforts de la plupart des auteurs de matière médicale , qu’ils ne les
Ba
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ont presque jamais dirigés vers leur véritable but.
Embarrassés dans leur choix , effrayés par le nombre , les jeunes médecins ne trouvent point, dans les ouvrages qu’ils adoptent, l’objet de leurs recherches , une sage instruction qui les guide dans les premiers pas de leur pratique.
Chaque écrivain se livrant complaisamment , à ses propres idées , plutôt qu’à la recherche de ce qui eût été utile aux autres , semble avoir abondé dans son sens ; et chaque ouvrage indique , et le goût particulier de son auteur, et celle des branches plus ou moins éloignées de l’art de guérir, qu’il affectionnait plus particulièrement. Les uns, amateurs superstitieux de l’antiquité, paraissent n’avoir conçu le plan d’un traité de matière médicale , que pour donner une compilation étendue d’une foule de substances , dont la plupart ne se retrouvent plus , ou dont les vertus sont exaltées par la crédulité qui les consacra dans le berceau de la médecine.
Ceux-là, perdant de vue leur véritable objet, au lieu de traiter des propriétés de chaque médicament simple, de la manière et de la dose de son application , etc. , amoncèlent substance sur substance, etsubstituent partout, au corps dont ils auraient dû présenter l’analyse raisonnée et la vertu positive, des formules plus ou moins compliquées , dans lesquelles le médicament dont ils parlent , n’entre que pour la plus faible partie , et où sa vertu devient tout au moins méconnaissable , et souvent nulle. C*est surtout aux Arabes que remonte cette
incroyable manie de surcharger chaque formule d’un grand nombre de médicamens assemblés sans choix. A cette époque , la chimie n’avait pas encore assez de jour pour éclairer sur la nature de chaque substance, et sur les produits nouveaux et inconnus auxquels donnaient lieu les affinités particulières de ces différens corps agissans les uns sur les autres. Avant les Arabes , vers le temps de Galien , les médecins avaient déjà quelques recettes composées d’un grand nombre d’ingrédiens , telles que le mithridate , la thériaque d^Andromaque, etc. ; mais leurs prescriptions, dans les maladies, n’étaient pas aussi compliquées qu’elles le devinrent depuis. Ce vice passa des Arabes aux médecins qui les suivirent , et les ouvrages de quelques modernes ne sont pas encore à l’abri de ce reproche.
D’autres , séduits par les charmes de l’histoire naturelle, s’appesantissent sur le lieu où toutes les substances de la fiature prennent leur naissance. Ils se perdent dans des détails de descriptions, sinon étrangers, au moins inutiles , et leur stérilité sur les vertus des médicamens dont ils ont traité, surpasse la prolixité avec laquelle ils en ont fait l’histoire.
Il est peut-être une illusion plus dangereuse encore, parce qu’en évitant l’erreur qui a abusé tous ceux qui se sont égarés dans les roules que nous venons de retracer , ceux qui s’y abandonnent croient avoir la nature même pour guide. Telle est la prévention de tous ceux qui, voulant toujours soumettre , avec une opiniâtreté minutieuse, chaque substance médicamenteuse à l’activité souvent obscure, et tou-
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jours bornëe , de quelque réactif plus ou moins énergique, imaginent avoir en leurs mains les moyens infaillibles d’analyser un <corps simple (1), et d’y reconnaître ses principes actifs. Bientôt, devenus censeurs sévères et prévenus d’un médicament dont l’expérience a constaté les vertus, ils le proscrivent injurieusement , si le hasard ou sa nature ne l’a pas disposé pour offrir quelque combinaison avec les corps, aux affinités desquels ils l’ont présenté; si l’eau ou les menstrues spiritueux, le froid ou la chaleur, la lumière ou L’obscurité, n’en développent pas quelque principe qui frappe leurs yeux, leur odorat ou leur palais. Comme si un corps naturel n’était plus rien qu’un être imaginaire, dès qu’il dérobe ses principes à la torture insuffisante et infidelle que le génie des hommes lui a préparée; ou comme si l’économie des êtres vivans n’avait, pour s’assimiler les principes cachés des autres substances , ou pour en être diversement modifié, d’autres procédés que les moyens grossiers d’offrir un corps ( composé parles mains de la nature , aidé des influences de la lumière , qu on ne connaît pas , de la chaleur, qu on ne connaît guère mieux , des propriétés du sol, qui
*(i) Le mot simple , en matière médicale , n’est point pris à la rigueur : il s’entend le plus souvent de tout corps que présente la nature , tant qu’il n’a point etc trop traité, altéré, décomposé, etc. par l’art. Ainsi, tous les minéraux, les métaux, les végétaux et les sucs qui en découlent naturellement ou à l’aide des incisions , quelques animaux ou leurs différentes parties , sont, en matière médicale , des médicamens simples , c’est-à-dire non altérés par la main des hommes , ni mélangés entre eux.
INTRODUCTION
sont inappréciables , et de V organisation intime et individuelle qu on ignorera toujours , et qui fait que tel végétal ou tel animal sur la même terre , ou dans le même liquide , à la même température, dans les mêmes circonstances , sera toujours lui-même et jamais aucun autre ) , à l’action des alkalis, de l’eau, de l’esprit-de-vin , et de quelques autres menstrues plus ou moins actifs , isolés ou réunis , élevés à des degrés différens de température, depuis celle que produit l’activité du feu le plus violent , qui dénature tout, jusqu’aux influences modérées de la plus douce chaleur , qui sépare, dans des circonstances favorables, quelques principes purs que la nature elle-même ne méconnaît pas.
Il est, il faut en convenir , un milieu raisonnable entre ces prétentions outrées de quelques savans, qui pensent pouvoir parvenir à rendre raison des vertus de tous les médicamens , par l’analyse de leurs principes, ei l’excès opposé, aussi ridicule, peut-être, qui porte à croire que les saines notions de la chimie éclairée peuvent être entièrement étrangères aux connaissances utiles dans la guérison des maladies. L observation exacte des phénomènes des maladies et de leur guérison , a prouvé dès longions aux observateurs scrupuleux et sincères ,
1 erreur et le danger du premier de ces deux extrêmes : 1 obscurité dont la nature voile à nos yeux 1 action de quelques remèdes, dans certaines maladies ( telle est , par exemple , en général , et- sans donner une extension sans bornes à cette classe , la manière d agir des médicamens appelés spécifiques ) , subsiste tou-
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jours , malgré les efforts de tous ceux qu’une confiance trop grande dans leurs propres lumières, a portés à présenter mille explications opposées, qui n’ont laissé dans le monde médical, d’autres traces que celles de l’impuissance du génie de leurs auteurs, et de l’impénétrabilité des mystères de la nature.
L’expérience de tous les jours ne confirme que trop , à son tour, les dangers de l’autre espèce d’abus. N’est-ce pas , en effet, à l’ignorance honteuse des rudimens delà saine chimie , qu’est due une foule de formules dans lesquelles plusieurs substances sont réunies sans pouvoir se combiner , alors qu’on croit qu’elles s’unissent intimement ? D’autres se pénètrent réciproquement , et détruisent ou changent leurs vertus respectives , quand on pense qu’elles restent pures et sans altération. C’est par l’effetde cette même ignorance , qu’on livre à une ébullition tumultueuse des substances qui perdent les principes actifs qu’elles auraient donnés à une infusion modérée, ou à une douce digestion ; qu’on s’efforce vainement d’extraire certains principes , par l’action de menstrues impuissans , tandis qu’on les aurait obtenus sans peine, si on avait mieux connu leur véritable dissolvant : c’est ainsi qu’il se trouve, dans le grand nombre de ceux qui . exercent l’art si délicat de guérir, des hommes dont chaque pas atteste l’impéritie , et dont les ordonnances monstrueuses rassemblent , sous une seule masse ou dans un même vase , des substances étonnées ( qu’on pardonne l’expression), de se trouver ensemble, et que la nature souffrante s’indigne aussi d’avoir à combattre.
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Àh, nature! nature! quelle doit être ta puissance, s’il le faut, toute seule , vaincre les maux qui t’assaillissent de toute part, et les atteintes de l’ignorance qui leur prête encore des armes? Qu’il s’en faut que les mains empressées qui te sont tendues de tous côtés, te soient toujours secourables !
On pourrait présenter, en effet, une division philosophique , pour ainsi dire , des maladies, et qui n’a peut-être jamais été faite.
Il existe , d’abord , une foule de maux légers , sous le nom d’indispositions, qui attaquent à tout âge , à toute heure, les sujets mêmes les plus robustes. Dans une machine aussi compliquée que la nôtre , et que les causes physiques et morales heurtent perpétuellement, comment l’harmonie de tous les ressorts ne serait-elle pas quelquefois troublée ? Ces maux , quand on ne leur jaorterait aucun secours, se répareraient d’eux-mêmes ; ils disparaissent àpeu-près avec la même facilite*, soit qu’on les
combattepardesmoyensfavorables, soit qu’on
leur en oppose qui ne soient pas indiqués. Dans ces affections passagères , l’économie animale, au fond bien constituée, semble se prêter indifféremment à toute espèce de soins , et elie accorde à ceux qui les emploient , la satisfaction de croire qu’ils ont remporté sur elle une victoire. C estdansce vaste champ que combattent avec avantage tous ceux qui abusent tout-à-la fois de la médecine qu ils ne connaissent pas, et des hommes qu’ils connaissent hen. Us profitent de la crédulité et de la pusillanimité de ceux qui leur confient une santé qui se reparerait mieux d’elle-même j et, ex al-
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tant à l’esprit des malades et des assistans , ces souffrances passagères , ils obtiennent , quelque soit le remède, un succès assure : la nature, en se servant elle-même dans ces circonstances, se trahit par la suite.
Il est un ordre d’alterations plus sérieuses de la santé , et celles-ci méritent le nom de maladies ; mais ces maladies mêmes sont bénignes parleur essence, surtout quand elles attaquent un sujet sain , d’ailleurs , à tous égards. La nature qui, dans le cas de simples indispositions , triomphait même des remèdes, se suffirait encore ici à elle-même , en s’abstenant de tout moyen , ou en obéissant à ses seuls appétits. Ce sont-là les circonstances dans lesquelles l’être raisonnable peut souvent être son propre guide. C’est-là que le médecin sage et éclairé porte de vrais et de salutaires secours à ceux qui les implorent. C’est dans ces cas aussi que la fausse médecine rend les maladies plus graves; mais > heureusement encore , et pour ceux qui remploient , et pour ceux qui s’y soumettent , la lésion des fonctions n’est pas extrême , et la nature surmonte encore , avec de douloureux efforts , et le mal et les remèdes ; et les industrieux charlatans s'enorgueillissent en raison de la gravité accidentelle d’une maladie , dont ils s’attribuent la guérison , tandis qu’ils n ont eu de part qu’à 1 ’ augm eut at i o n des souffrances.
Enfin , le troisième ordre de cette division hypothétique des maladies , renfermerait deux classes : la première contiendrait toutes celles qui sont très graves, c’est-à-dire dont la terminaison , à la vie ou à la mort , est incertaine ; l’autre classe serait composée des maladies qui
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sont absolu ment incurables. De ces deux classes, la première, surtout, invoque loute la sagacité du véritable médecin. C’est dans cette espèce qu’il a besoin de toutes ses lumières , et delà plus grande circonspection. Ailleurs, le choix, le mélange des méd ica mens était presque une chose indifférente; le principe de la vie n’était pas ébranlé dans ses fondemens , il était assez fort pour vaincre la maladie et les mauvais remèdes ; ici, la faute la plus légère dans le choix, dans l’assemblage , dans la dose des moyens, et dans le temps de les appliquer, est toujours grave , souvent pernicieuse. C’est dans ce genre de maladies que les hommes crédules payent toujours , et toujours bien cher, la confiance aveugle qu’ils accordent si légèrement, et qui s’était enracinée par les succès qu’ils attribuaient à 1 artiste ignorant, tandis qu’ilsétaient dus seulement à une heureuse constitution.
Quelle est donc, parmi tanj, de maux qui attaquent 1 espèce humaine, depuis l’indispotion légère jusqu’à la maladie décidément mortelle, la lâche du vrai médecin? la voici : Ne rien faire dans ces altérations éphémères, qui passent rapidement, sans danger comme sans retour; hâter, par des moyens simples et éclairés, la guérison des indispositions plus graves, et méritant déjà le nom de maladies ; être utile, sans jamais nuire, dans ces cas trop souvent désastreux, ou la vie du malade périclite par la nature même de la maladie, où il succombe irrésistiblement, si l’art est dans les mains de l’ignorant (r).
* (') n’est pas par oubli qu’on a omis ici les qualités
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Or , pour pouvoir remplir dans tous ses poins cette tache, plus difficile qu’elle ne semble d’ad abord, la connoissance la plus nécessaire au médecin, après celle des maladies, est la connaissance des médicamens sim pies qu’il doit employer pour lescombattre, et de l’art de les combiner entre eux, pour modifier leur action selon l’exigeance des symptômes. Mille ouvrages , nous le répétons, ont été faits dans cette intention, sans doute, et il n’en est pas un seul, peutêtre , qui ait bien rempli son objet. Chaque auteur, d’autant plus crédule qu’il s’adonnait moins à la pratique de la médecine, qu’à l’élude particulière de quelque branche de cette vaste science, n’a traité de la vertu des médicamens que sur la foi des autres : tantôt c’est dans les anciens qu’il a puisé, souvent sans choix , tous les effets qu’il leur attribue ; tantôt c’est en recherchant, dans ce que les étrangers publient au loin de plus singulier, les remèdes dont ils vantent les effets extraordinaires, sur des observations que l’expérience ne justifie pas.
Un traité de matière médicale vraiment utile aux jeunes médecins, ne pouvait être fait que par un homme qui, après avoir donné quelques années à l’élude de la théorie et à l’enseignement de cette partie de la médecine , aurait ensuite fait l’application de ses propres connaissances à la cure des maladies; et ce n’est encore que par une pratique en grand , c’est-à-
les plus essentielles peut-être du médecin , celles du cœur, qui le rendent aussi précieux dans les peines de l’aine , que secourable dans les maux du corps : on n’a dû. le présenter en ce lieu , que comme simple guérisseur , mais guérisseur honnête autant qu’instruit.
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dire, par celle qui offre à la- fois beaucoup de malades, et des maladies variées , qu’il est possible de passer en revue, pour ainsi dire, tous les médicamens, et de juger de leur énergie individuelle en les employant seuls, ou du degré de confiance que méritent toutes ces préparations consacrées par leurancienneté, ou vantées par les auteurs avec une assurance qui suffit quelquefois pour les rendre suspectes.
Et malgré la réunion de toutes ces4circonstances favorables pour l’observation des vertus des médicamens , il est encore, pour les découvrir , une qualité nécessaire dans l’observateur lui-même, c’est cette sagacité, ce tact heureux, fruit d’études approfondies, que sait appliquer à propos un génie que la nature semble avoir formé pour la médecine. Gomment, en effet, sans cette disposition précieuse, pouvoir bien saisir le moment de l’indication du remède dont on veut apercevoir l’effet? ou comment distinguer, dans le cours de la maladie, les symptômes qui lui sont propres, d’avec l’action que produit le médicament même? Faut-il être surpris ensuite, quand on entrevoit l’obscurité et 1 incertitude dont la nature s’enveloppe dans le travail des maladies, si nous trouvons tant de contradictions dans les ouvrages faits pour nous instruire de la vertu des remèdes, tant d infidélité dans l’action qu’on leur suppose?
Le traité qu’on présente aujourd’hui au public, s il n’est pas parfait sous quelques rapports, est du moins, pour le jeune médecin qui veut se livrer à la guérison des malades, celui, de tous ceux qui existent, qui peut le guider le plus sûrement dans sa pratique.
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L’auteur n’a jamais perdu de vue le but vers lequel il a constamment dirigé son travail. Il fallait éviter tous les défauts dans lesquels ceux qui avaient traité avant lui cette partie, avaient donnée et il l’a fait sagement : il fallait insister, surtout, sur ce que les autres n’avaient, pour ainsi dire, qu’indiqué (l’effet des remèdes dans les maladies), et il l’a fait au long et judicieusement. Aussi passe- t-il légèrement sur l’histoire • naturelle des médieamens; il se contente d’indiquer leur pays natal; il rapporte la phrase botanique, quand il s’agit des végétaux, d’après Linné, sans oublier cependant les noms vulgaires que la plupart des substances simples ont reçus dans le commerce ou dans les arts : il donne brièvement l’analyse chimique des substances employées en médecine, et il remarque les diffère us principes qui font dans chacune d’elles la base de leur action. C’en est bien assez sur cette partie de la matière médicale, qui a été trop souvent l’objet du luxe des auteurs.
Mais quand il s’agit des vertus des médicamens, de la manière la plus avantageuse de les employer, de leur dose, des cas dans lesquels ils conviennent, des circonstances qui les contre-indiquent, de l’abus même qui résulte de leur action continuée, lors même qu’ils paraissent le mieux indiqués , c'est alors que l’auteur en développe toutes les qualités avec une sage profusion; il n’est plus l’historien froidement dogmatique de leurs vertus générales; c’est le médecin vraiment expérimenté qui se transporte, avec son lecteur, au lit des malades, pour l’éclairer du flambeau de l’observa-
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tion. C'est à sa lueur , qui ne l’ëgarait pas dans les derniers temps d’une carrière trop tôt achevée, qu’il examine toutes les substances dont il traite; c’est par leurs effets qu’il les juge; c'est au tribunal d’une sincère et judicieuse expérience qu’il les a toutes citées, et c’est de là qu’il bannit et proscrit tant de remèdes vantés par le charlatanisme et accrédités par l'igno- . rance, et qu’il en rend aux mains du sage praticien , quelques-uns que d’injustes préjugés, ou les rapports d’une science quelquefois infidèle, et souvent insuffisante, avaient voulu perdre dans l’oubli.
Cet ouvrage offre encore un avantage d’autant plus grand, qu’il ne se rencontre point dans aucun de ceux qui ont été écrits sur cette partie de la médecine ; c’est de traiter en détail des maladies particulières aux artisans qui emploient ou qui manient certaines substances dont les émanations sont dangereuses et délétères , et de donner les procédés curatifs des accidens qu’elles occasionnent. Cette partie de la matière médicale est surtout complète dans 1 article du règne minéral qui traite des métaux. Le plomb et le mercure sont, parmi ces corps naturels , les plus redoutables pour leurs effets pernicieux , et l’un des fâcheux accidens qu’ils produisent, surtout le plomb , a divisé depuis long-temps les médecins fameux des différentes écoles , et sur sa nature, et sur les procédés de sa curation. On trouvera à l’article du plomb, sous le titre de maladie de ceux qui travaillent le plomb j un traité analytique complet de la colique de plomb, des systèmes des auteurs, et des moyens de guérir cette dangereuse ma-
3a INTRODUCTION*
ladie. Le même ordre est observé à chaque article; c’est-à-dire qu’après avoir fait l’histoire de chaque substance métallique, de ses préparations et de ses usages, l’auteur parle des dangers ou des maux auxquels s’exposent ceux qui les préparent pour les différens arts , et des moyens de les en délivrer ; il en fait autant pour les articles des poisons végétaux ou animaux ; il parle de la manière dont les hommes en sont affectés, et des remèdes à y apporter , de telle sorte que son ouvrage renferme un traité succinct des maladies de la plupart des artisans ; et pour rendre plus complet son ouvrage, l’auteur, au lieu de surcharger Lhistoire des propriétés de chaque substance, de formules répandues sans ordre et sans principes , y a joint un précis de l’art de formuler : les préceptes y sont simples , clairs , exacts et conformes aux règles; les exemples bien choisis, et appropriés aux indications. L’ordre est celui qu’il a adopté partout pour l’examen des différentes vertus des médicarnens simples; ainsi il y a des formules évacuantes, altérantes, spécifiques et chirurgicales; car toute substance médicamenteuse, simple ou composée, s’emploie, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur; et dans le premier cas, elle jouit des propriétés évacuantes, etc. Ce n’est pas que ces propriétés ne soient modifiées suivant la dose, la préparation, et tant d’autres circonstances. L’auteur, est trop instruit pour ne pas être pénétré de cette vérité ; mais il faut adopter un ordre , et le plus utile, quoi qu’en aient dit quelques censeurs, est encore celui qui présente aux jeunes médecins les médicarnens suivant leur
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Vertu éminente, suivant l’effet qu’on veut le plus souvent qu’ils produisent lorsqu’on les emploie ; et quand , dans l’histoire détaillée des propriétés variées de chaque remède , on trouve tout ce que l’observation a constaté dans toutes les circonstances connues, l’ouvrage instruit, le lecteur profite, l’objet est rempli , et on ose avancer que nul n’a mieux atteint ce but.
Nous n’insisterons pas plus long-temps sur les avantages que présente le Précis de Matière Médicale; les succès qu’il a obtenus justifient assez complètement de son mérite, et si les élèves, en faveur desquels il a été composé, l’ont toujours regardé comme un de leurs meilleurs classiques, les maîtres ont , par leur honorable approbation , garanti aux générations qui se destinent à l’art difficile de guérir, que rien dans cet ouvrage ne les exposera jamais à l'erreur, ni aux dangers des systèmes dont il est si difficile au médecin de se défendre.