SOUFRE
Le soufre est solide , jaune-citron , trèsfriable; sa cassure est brillante, lamelleuse , grenue. Il n’a point de saveur, et ne prend d’odeur que par le frottement. Il est très-combustible : par sa combustion lente , il donne le gaz acide sulfureux ; et par sa combinaison $vec l’oxygène , il forme l’acide sulfurique, autrefois nommé huile de vitriol , acide vitrier lique. Le soufre est très-universellement répandu dans la nature; on le trouve en trèsgrande abondance dans les substances minérales, végétales et animales.
Les naturalistes distinguent deux espèces de soufre , le factice et le natif. Le premier est celui qu’on trouve dans le commerce ; le natif est plus rare , et se trouve seulement dans les cabinets des curieux. Le soufre natif est rarement pur ; on le tire de la plupart des pyrites : on en trouve de pur dans les cratères des volcans. Le soufre ne se dissout pas dans l’eau ; il n’est pas non plus attaquable par l’air, qui peut pourtant le faire effleurir. Les acides ne peuvent le dissoudre qu’incomplètement et à force de temps ; mais il se combine facilement avec les alkalis, qui forment avec lui ce qu’on appelle foies de soufre, ou. suliures alkalins*
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Les huiles grasses et les huiles essentielles s’unissent au soufre, et c’est cette union qui forme ce qu’on appelle baumes de soufre. Ces baumes sont visqueux, quand ils sont composés par le moyen des huiles grasses , comme celle de lin , etc. ; tel est le baume sulfureux de Rulland , qui est une dissolution de soufre dans l’huile de noix, les graisses, surtout celle de porc. Cette dernière est une espèce d’huile grasse , avec laquelle on forme différens onguens sulfureux. Les huiles essentielles se combinent aussi avec le soufre ; mais il faut, pour cela , que ces huiles et ce soufre soient dans un état d’évaporation, et très-divisés. Les baumes de soufre portent le nom des huiles qui servent à les former : ils se nomment baumes de soufre anisé y quand il se fait avec l’huile essentielle d’anis ; térébenthinê , quand c’est avec l’huile de térébenthine ; junipérisé , quand c’est avec les baies de genièvre, e*tc. Tous ces baumes de soufre étaient plus employés autrefois qu’aujourd’hui.
Propriétés médicinales du Soufre. — Le soufre a été d’abord employé dans la médecine vétérinaire; il fut ensuite, par analogie, transporté aux usages du corps humain. Dès le berceau de la médecine, on mit en usage cette substance à l’intérieur et à l’extérieur. On observe qu’il donne de L’expansion et de la tur- \ gescence au sang, qu’il fait naître un mouvement féh>rile , et excite la sensibilité et l’irritabilité. Ce sont ces effets qui le font regarder comme dangereux dans l’hémoptysie , et nuisibles aux poitrines délicates et aux baumes enceintes, chez lesquelles on craint qu'il
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n’occasionne les fausses couches. Quoiqu’on n’ait point de pareille observation, il faut cependant le donner, dansle cas de grossesse, avec la plus grande prudence. On l a beaucoup conseillé pour remédier aux suppressions des règles et deshémorrhoïdes. Cependant il est nuisible quand ces suppressions sont dues à trop de pléthore et d’irritation. Dans le cas où il y aurait lenteur, irritabilité languissante , le soufre peut être utile ; mais alors d’autres moyens peuvent remplir ces indications , et plus sûrement, et plus promptement. On l’a encore vanté comme fondant de la lymphe, dans les écrouelles. Il a en effet souvent réussi dans cette maladie, mais il faut qu’il soit longtemps continué, et uni avec d’autres substances appropriées. Sa principale propriété est de 'guérir la gale, et autres maladies cutanées lentes et chroniques. Il réussit peu cependant dans l’érysipèle et les dartres, mais bien contre la gale et la teigne. Il serait nuisible dans les maladies cutanées aiguës. Quand on le donne à l’intérieur, il commence par produire une expansion sanguine, une éruption plus considérable à la peau , ce qui dure plusieurs jours ; mais enfin les croûtes galeuses se dessèchent, et le malade est guéri. 11 en est. de même pour la gale des animaux. Le sou lie n’est pas moins utile quand la matière psorique n’est point portée à la peau, mais répercutée à l’intérieur, avec l’affection de quelque organe particulier, comme phthisie psorique, paralysie psorique, doideurs, rhumatismes, etc. psoriques. 11 y a des fièvres intermittentes entretenues par un vice psorique, qui résistent à tous les autres moyens, et ne cèdent
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qu ail soufre et aux eaux sulfureuses : à l’extérieur, le soufre fond 'et divise les tumeurs molles et indolentes, les ankylosés, les tumeurs écrouelleuses,etc.On l’administre aussi en frictions pour la gale ; mais quand la gale est ancienne, il faut, avant d’en venir aux frictions sulfureuses, employer les dépurans , les apéritifs, les fondans et les purgatifs répétés; mais quand la gale est nouvelle, on peut, tout de suite employer les frictions sulfureuses sans autre préliminaire , parce que la matière psorique n’a pas encore eu alors le temps de passer dans les secondes voies.
Le soufre n’est point utile dans les suppurations d’organes intérieurs. On l’avait conseillé pour la phthisie pulmonaire et autres phlliisies : il est vrai qu’il y a des expectorations purulentes qui existent sans foyer de suppuration ; les crachats sont gras , gluans et visqueux, avec embarras du pourfion, comme chez les écrouelleux. Ces crachats ne sont qu’une lymphe agglutinée. Dans ce cas, le soufre peut être utile, ainsi que dans les asthmes humides, etc. ; alors les tablettes de soufre, les eaux sulfureuses, etc. , sont employées avec succès. Mais le soufre serait dangereux dans les phthisies sèches, avec irritation et loyer de suppuration , ainsi que dans les asthmes secs et convulsifs.
Maniéré d'employer le Soufre. — On ne do nue le soufre eu substance, soit naturel , soit factice, que quand il a reçu quelques préparations qui consistent à l'atténuer, le diviser
et à le purifier des substances étrangères qui peuvent se trouver mêlées avec lui; ce qu’on fait par les porphyrisations et lotions répétées : il devient alors un peu blanc , et prend le nom de crème de soufre . Ou bien on le sublime, et il se change alors en petits cristaux aiguillés très-fins : c’est ce qu’on nomme fleurs de soufre. On avait proposé de purifier le soufre en jetant un acide sur le foie du soufre : dans cette opération, l’alkali quitte le souffre avec lequel il était combiné, et se précipite; mais alors le soufre , à moins qu’il ne soit bien lavé, est presque toujours uni avec un peu de sel neutre qui résulte du mélange de l’acide et de l’alkali. Il faut donc préférer , pour l’usage de la médecine , les fleurs de soufre, et la crème de soufre. Plusieurs praticiens hésitent de le donner à l’intérieur en substance , parce qu’ils disent qu’il ne se digère pas ; mais c’est à tort, car, après son usage, les urines , la transpiration, l’haleine, ont une odeur sulfureuse; les chemises de ceux qui en font usage sont jaunâtres , et les métaux que l’on porte sur soi prennent une couleur noirâtre. Ainsi il est prouvé que le soufre en substance passe dans la circulation , non-seulement par sa volatilité, mais encore parce que la bile, qui est un fluide en partie huileux , a la puissance de le dissoudre. Le soufre en substance ne se donne pas en dissolution , mais plutôt en poudre , pour l’incorporer dans des extraits dont on fait des opiats ou des bols. Les extraits doivent être appropriés aux circonstances : c’est ainsi que, dans les affections psoriques et autres ma-
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ladies cutanées , lentes , on donne le soufre en poudre avec les extraits amers, comme d’aunée , de patience,, de petite centaurée; dans les affections écrouelleuses , avec l'extrait de ciguë, etc.; dans les fièvres intermittentes, avec le quinquina, etc. Il faut d’abord commencer par une petite dose , pour tenter les effets qu’il produira, comme deux ou quatre grains par jour, monter ensuite graduellement jusqu’à 12 , i5, 1 8 et 20 grains par jour; et c’est là la plus haute dose.
Le soufre en substance entre dans les tablettes de soufre , qui sont composées de gomme adragant , de sucre , et de soufre , qui y est pour un sixième. Ces tablettes se donnent depuis -2l\ grains jusqu’à un gros, ou un gros et demi par jour. On les donne dans les asthmes humides et pituiteux , et darîs les expectorations glaireuses,
A l’extérieur , le soufre en substance ne s’emploie jamais seul , mais incorporé dans des substances qui l’ont en partie dissous : tel est 1 onguent de soufre , ad scabiem , qui est composé de soufre trituré avec la graisse de porc, de parelle ou patience aquatique , et d’un peu d’onguent populéum.
Le soufre en substance entre aussi dans 1 emplâtre diabotanum , qui est un excellent fondant contre les engorgemens mous des articulations , les commencemens d’ankylose , les engorgemensglanduleux et écrouelleux.
Des Baumes de soufre. — Les baumes de soufre ont été très-vantés dans les quinzième
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et seizième siècles. Ceux qui sont prépares avec les huiles grasses ont été recommandés dans les maladies de poitrine et les affections cutanées : par exemple , le baume sulfureux de Rulland et autres ; mais ces baumes , quoique moins actifs que le soufre en substance , sont d’une odeur désagréable. Quand on les emploie, c’est à ladose de 1 5 , 20 ou gouttes, dans cinq ou six onces de potion , avec un peu de sucre, ou incorporés à la même dose dans quelque extrait approprié.
Les baumes de soufre essentiels étaient aussi très-recommandés autrefois; mais ils contiennent si peu de soufre ( tout au plus un douzième), que, s’ils ont été quelquefois utiles, c’est surtout à raison des huiles essentielles qui entrent dans leur composition. C’est ainsi que le baume de soufre anisé a pu réussir dans les maladies venteuses, parce que 1 huile essentielle d’anis est un puissant carminatif; le térébenthiné , dans les maladies des reinset de la vessie, parce que 1 huile essentielle de térébenthine porte son action sur les voies urinaires; le junipérisé , dans les faiblesses d’estomac, parce que le genièvre est un puissant stomachique, et ainsi des autres.
Le baume de soufre anisé entre dans les tablettes de soufre et les pilules de Morton ; 'mais, dans l’un et l’autre en petite quantité; et les effets de ces compositions sont dus aux autres ingrédiens. Ainsi on peut sans regret exclure de la matière médicale les baumes de soufre essentiels, et ceux qui sont préparés avec les huiles grasses.