ARSENIC
Acide arsenieux ou oxide blanc d arsenic (i). — Cette substance , vulgairement nommée mort aux rats , est l’arsenic proprement dit , Y arsenic du commerce* Elle n’était pas connue des anciens, puisque ce n’est que depuis 200 ans, à la naissance de l’alchimie, qu’elle a été découverte. On n’a d’abord eu , à ce sujet, que des connaissances incertaines , qui sont devenues fixes par les travaux de Bergmann, savant chimiste suédois , et autres. C’est une substance blanche, très volatile, qui sesublime aisément au feu, et exhale une odeur d’ail; mais comme on s’est souvent fondé sur cette propriété de l’arsenic pour juger des empoisonnemens par cette substance, il est bon de savoir que d’autres substances, comme le talc, sorte de pierre, chauffé au feu pendant longtemps, exhale la même odeur d’ail. L’acide arsenieux se dissout aisément dans l’eau; il est âcre et corrosif. Combiné avec les alkalis , il forme des sels arsenicaux. L’arsenic (2) s’unit aisément aux substances métalliques, surtout au fer, au cuivre et à l’étain. Il se mêle avec les
(1) Deutoxide d’arsenic, de Thénard.
(2) Dans le langage médical , on peut conserver ce nom à l’acide arsenieux-
BES MÉTAUX. 32g
huiles , mais alors il faut qu’elles soient bouillantes. Il se combine aussi avec les sulfures alkalins et métalliques. L’arsenic s’unit facilement au soufre, opération qui se trouve souvent toute faite clans la nature, et que l’art imite. Si la quantité de soufre est considérable , l’arsenic est rouge , et prend le nom à' arsenic rouge , de rèalgar , de sandarach. Si la quantité de soufre unie à l’arsenic est moins considérable, alors la combinaison est jaune plus ou moins foncé , et prend le nom à' arsenic jaune , de risigal jaune , d orpin, d orpiment. Hoffmann , appuyé sur des expériences faites sur des chiens , dit qu’on pourrait prendre à l’intérieur de l’orpiment et du réalgar naturels. Il serait dangereux de conclure ainsi des animaux à l’homme : un chien à qui j’avais fait prendre jusqu’à trois gros de sublimé corrosif, n’en avait acquis que plus d’appétit, mais il est mort dans les convulsions après la prise dune petite dose de noix vomique. L’arsenic entre dans la composition de plusieurs verres et cristaux , auxquels il donne beaucoup de netteté et de blancheur. On s’en sert aussi pour donner plus de malléabilité et de blancheur aux métaux. On l’emploie encore beaucoup dans la peinture ? la dorure , les vernis, etc. ; mais il occasionne souvent le marasme , le dessèchement, la fièvre lente, les maladies nerveuses, etc. Cependant, malgré ces mauvais effets de l’arsenic , on a osé l’appliquer au corps humain. Avicenne est le premier qui 1 ait erpployé , mais à l’extérieur seulement, pour les tumeurs cancéreuses , surtout des
^5o RÈGNE MINÉRAL.
glandes du sein. Plusieurs modernes, entr’au? très, M. Le Febvre de Saint- lldephonse , ont rappelé cet usage ; mais l’expérience a prouvé qu’il était dangereux , meme à l’extérieur. Stenzal en rapporte plusieurs exemples. Degnerus a vu un soldat à qui l’usage extérieur de l’arsenic a occasionné l’insomnie, une fièvre ardente et la mort. Fernel dit qu’une femme en mourut, pour en avoir appliqué sur un cancer; et M, Baron assure qu’il serait dangereux d’en appliquer sur les cors des pieds. L’arsenic a été employé intérieurement au commencement de ce siècle, par un charlatan qui en faisait dissoudre un grain dans une pinted'eau; il ne fallait qu’une pinte de cemélange pour guérir : il l’employait contre les fièvres intermittentes. En effet, quelques-unes cédaient à ce remède, mais le plus souvent , les sujets mouraient au bout de trois, six mois , un an, plus ou moins, de fièvre lente ou de marasme. Ainsi il ne faut jamais donner l’arsenic à l’intérieur, à quelque petite dose que ce soit. Quelques-uns croient qu’un mélange fait avec une partie d’arsenic , douze de soude et cent soixante d’eau , pourrait être pris à l’intérieur; mais M. Storck , si hardi pour faire entrer les poisons dans l’usage médical, a jugé ce moyen dangereux.
Empoisonnement par l'arsenic. — L’arsenic , pris en masse ou en vapeur, peut empoisonner. C’est de cette dernière manière que Takenius manqua de perdre la vie , et que divers artistes , tels que les faïenciers , les
i)ES MÉTAUX. 2 3l
peintres, les teinturiers, les fondeurs , etc. en sont aussi quelquefois les victimes.
En substance, c’est un violent corrosif qui occasionne le resserrement de la g orge , l’inflammation considérable de l’estomac et des intestins, des douleurs horribles, un feu intérieur très-considérable , de tristes convulsions, les défaillances, et la mort, si la dose est un peu forte. Les cadavres tombent promptement en putréfaction. Le sang et les parties molles deviennent sanieuses, surtout les parties génitales chez les hommes. Si la dose est moins forte , si le sujet, d’ailleurs vigoureux, a rendu par le vomissement une partie de l’arsenic, il n y a point cet ensemble de symptômes : la maladie a une marche plus lente , mais non moins dangereuse. En effet, il survient fièvre lente, maigreur, marasme, petites convulsions particulières , et les sujets finissent par rester impotens de leur membres. Comme corrosif, ce poison occasionne souvent à l’estomac et aux intestins des escharres, qui, par leur chiite, forment des trous dans ces viscères; il amincit d ailleurs les parties molles ; par exemple , l’estomac qu on trouve souvent sanieux et fétide. Lorsqu il est passé dans les secondes voies , il irrite les membranes , les nerfs, s’oppose à leur mouvement et a la liberté de la nu tri l ion , ce qui produi t le marasme.Quant aux ouvriers qui manient 1 arsenic , quand même ils ne l avaleraient pas , ils sont toujours sujets à beaucoup d accidens par les vapeurs arsenicales. Ces vapeurs occasionnent des symptômes peu marques sur les premières voies : cependant ees artisans perdent peu a peu l’appétit , ont
232 RÉGNJE MINÉRAL.
des douleurs stomacales, des resserremens au pylore, et des vomissemens habituels; ries coliques, des maladies venteuses , des diarrhées, des dysenteries : mais ces symptômes ne sont pas des plus communs; l’arsenic agit plus sur les secondes voies. Les artisans qui l’emploient tombent bientôt dans une grande sécheresse , dans une espèce de fievre hectique , dans le marasme, des tremblemens très -difficiles à guérir, et quelquefois une paralysie presque incurable. Tous ces accidens dépendent des particules arsenicales , portées sur les premières et secondes voies , et qui adhèrent particulièrement aux membranes , et aux fibres musculaires.
— Traitement. — Il faut évacuer la matière morbifique des premières et secondes voies , délayer, invisquer les particules arsenicales , favoriser leur évacuation, relâcher, s’opposer à la corrosion , à l’inflammation , et rétablir le calme et la tranquillité. Les vomitifs ne doivent point être secouans ni irritans; ainsi il faut éloigner les émétiques minéraux, résineux, etc., employer l’huile, l’eau tiède à haute dose. Les purgatifs doivent être trèsdoux aussi , comme l’huile à haute dose, etc.
Les sudorifiques ne doivent point être résineux ni concentrés, mais doux. MM. Payen et Majault emploient pour cet effet la potion suivante : décoction de gomme arabique ou de graine de lin, 4 ou 5 onces; sirop d’œillet, i once ; huile essentielle d’anis, 8 ou i o gouttes, triturées avec du sucre : on fait prendre une cuillerée de celle potion d heure en heure, ou
île deux heures en deux heures. Ce moyen excite la sueur, qui chasse la matière morbifique qui peut être entrée dans les secondes voies ; d ailleurs les mucilagineux , les huileux, le lait, les délayans , l’eau en grande quantité (car celle-ci dissout très-bien l’arsenic) , s’opposent à ses ravages ; de plus, l’eau à cette dose est diurétique et sudorifique. On peut donner encore une décoction de graine de lin, de racine de guimauve, l’huile en grande quantité, les émolliens , les relâchans , les demi-bains, les bains, les doux narcotiques, comme le sirop diacode à petite dose , le lait en abondance, la diète laiteuse long-temps continuée, et même presque toute la vie chez les artisans qui manient l’arsenic. S’il y a des symptômes inflammatoires indiqués par le pouls, et que le malade ne soit pas trop faible , il faut faire une ou deux saignées légères.
M. Navier, médecin de Châlons', a proposé pour l’empoisonnement de l’arsenic, un traitement purement chimique, dont la théorie ne se trouve pas confirmée par la pratique. i°. Il regarde l'eau comme un excellent dissolvant de 1 arsenic, et avec raison; mais elle n agit pas moins comme diurétique et sudorifique. 11 propose, '2°. les acides , qui opèrent une certaine dissolution de 1 arsenic; mais la pratique démontre qu’ils sont nuisibles , à moins qu ils ne soient très-étendus : alors ils devront leur plus grande vertu à leur véhicule. Ce ne sont pas les acides minéraux, mais les végétaux, qui calment , détendent , etc. 5°. Les al/ahs, qui neutralisent l’arsenic ; mais on ne doit pas attendre cette neutralisation à lin te—
rieur : d’ailleurs étant eux-mêmes corrosifs , ils seraient nuisibles , quelque étendus qu’ils fussent. 4°. I À huile, qu’il ne propose pas ici comme émolliente, etc. , mais comme dissolvante de l’arsenic, serait dangereuse, parce que, pour avoir cette propriété, il faut qu’elle soit bouillante. 5°. Le soufre , qui , uni aux substances métalliques, diminue leur causticité , comme on le voit dans Torpin, et quand on l’unit à l’antimoine, au mercure, etc.; mais cette union demande du repos, et un contact immédiat, ce qu’on ne peut espérer dans le cas dont il s’agit. Ainsi on ne doit pas employer le soufre, à moins que ce ne soit comme sudorifique , quand les grands ravages sont passés, et qu’il y a encore un peu d’arsenic dans les secondes voies ; mais alors la potion ci-dessus est meilleure. 6°. Le sulfure alkalin ; mais il est stimulant et irritant plus que le soufre seul, ainsi il augmenterait les accidens. Cependant lorsque le tumulte étant tombé , on est assuré qu’il est resté quelques particules arsenicales dans les secondes voies, parla fièvre lente, des convulsions particulières, etc. , alors on peut le donner à petite dose, coupé avec le lait ou autres émolliens. C'est alors que les eaux sulfureuses , comme celles de Barèges , de Luchon, de Cauterets, etc. , coupées avec deux tiers de lait ou autres émolliens , conviennent : elles dissolvent l’arsenic , et le rendent susceptible d’une évacuation plus prompte et plus complète, f. hefer, comme neutralisant promptement l’arsenic.. Cette opération se rencontre fréquemment dans la nature, et l’art limite; mais elle ne
pourrait avoir lieu à l’intérieur : d’ailleurs le fer est tonique et astringent, et par conséquent nuisible. Le meme auteur a aussi conseillé de boire , dans le moment meme, une grande quantité d’encre, comme contenant du fer ; mais elle est très astringente , tonique et irritante; ainsi nuisible. Il a aussi conseillé les foies de soufre martiaux , comme ayant doublement la propriété de dissoudre l’arsenic , comme soufre et comme fer ; mais ce moyen serait dangereux au commencement. On doit se borner aux vomitifs et aux doux narcotiques à petite dose, dans le premier moment ; 1 orage une fois tombé, on peut donner les sudorifiques , comme le foie de soufre , et la potion ci-dessus (i). Quelques chimistes conseillent aussi les matières absorbantes et alkalines bien étendues dans l’eau , ou le savon aussi très-étendu, a cause de la propriété qu'a l’arsenic de se combiner et de se neutraliser en quelque façon avec ces substances. Cependant, quoique ces moyens soient assez bons en euxmemes , il est plus sage et plus court d’employer successivement les moyens que j’ai prescrits précédemment.