‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 63 sur 94 · SELS · texte numérisé non relu

SELS

. Les sels sont le résultat de la combinaison des acides avec les terres, les alkalis ou les oxides métalliques (1). Il ne sera fait mention ici que des sels à base terreuse ou alkaline.

Propriétés médicales et générales des Sels.— Les sels sont presque tous ou stimulahs , ou diurétiques, ou purgatifs. Comme ils sont tous solubles, ils passent facilement dans les secondes voies. On les recommande pour fondre les matières muqueuses ou glaireuses de l’estomac et des intestins, qui produisent la perte de l’appétit , des coliques, des langueurs d’estomac , etc. ; dans beaucoup de dévoiemens et tT affections dysentériques anciennes, qu’on peut attribuer à des engorgeinens des viscères du bas-ventre, dans beaucoup de jaunisses, d’engorgemens du foie, de la raté , du mésentère , et surtout dans les catarrhes chroniques des voies Urinaires. Comme fondans, on

de la Sociétéde Médecine., une observation deM. pes.bois , sur la vertu des gouttes anodynes d’Hçffinann dans le traitement des fièvres intermittentes.

(i) Oxides métalliques , métaux combines avec l’oxygène en. plus ou moins grande proportion:

Selon Thénard , qui ne reconnaît plus ilr terres, ni alkalis , mais seulement des oxides métalliques , les sels sorrt le résultat de la combiuaison des acides i*vec les oxides métalliques seulement, :

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donne encore les sels neutres dans le cas d’apoplexie non sanguine , mais séreuse : alors il faut les donner à certaine dose , et les continuer long-temps dans les paralysies qui suivent les apoplexies séreuses. Dans la plupart des maladies de la peau non aiguës ni inflammatoires , mais dans les lentes , comme dans le cas d’affection psorique , dartreuse, et dans les dispositions scrophuleuses, etc. , il faut encore les continuer long-temps. Ils conviennent aussi dans beaucoup de fièvres intermittentes. Ainsi, comme altérans, les sels sont de bons incisifs, apéritifs , fondans , désobstruans : à certaine dose , ils sont purgatifs ; aussi quand on les a continués long-temps comme altérans, on finit leur usage par les donner comme purgatifs. On les joint aussi aux autres substances purgatives pour aiguiser leur action , comme à la manne, à la casse, aux tamarins, aux follicules de séné , etc. On les unit russl au tastre stibié , quand on ne veut pas qu’il excite un vomissement forcé et continu : dans ce cas , les sels provoquent les selles , et c est ce qui forme les èmètico-cathartiques .

Contre-indications. — Les sels ne conviennent pas dans les maladies inflammatoires , dans les maladies aiguës, dans celles qui sont putrides, dans celles qui sont accompagnées de dissolution , comme le scorbut à un certain degré. Ils ne conviennent pas non plus quand il y a trop d’irritabilité , car quelquefois ils développent les accès nerveux ; mais ils conviennent chez : les tempéramens mous, flegmatiques, dans le où le tissu cellulaire est engorgé par une

matière lymphatique épaisse, quand il y a une matière vague, errante : c’est par cette raison qu’ils conviennent comme purgatifs dans les maladiss cutanées.

Manière d'employer les Sels. — On les donne quelquefois sous forme sèche, mais plus souvent dissous : ils passent alors mieux dans les secondes voies. La dose, comme altérans, est de 1 , 2 ou 3 gros au plus ; comme purgatifs , 2, o gros, demi-once ou une once dans une potion appropriée.

Sulfate de Votasse. — L’acide sulfurique , combiné avec la potasse, forme un sel nommé tartre vitriolé , sel de duobus , sel polycreste de Glaser, arcanum duplicatum. On en trouve très-peu de tout formé dans le règne minéral , et il n’y en a guère que dans les eaux de la iner,et quelques eaux minérales particulières ; on en trouve peu dans le règne végétal , et point du tout dans le règne animal : ainsi celui dont on se sert est toujours formé par l’art. Sa saveur est amère et âcre , un peu salée: il se réduit facilement en poudre. Outre les propriétés générales des sels , on le dit spécifique dans les maladies laiteuses , mais h tort; ce qui a pu lui faire donner cette qualité , c est qu il irrite plus les intestins que les autres sels , et est par conséquent plus purgatif. Or on sait que dans les maladies laiteuses , il faut des purgatifs un peu actifs. On le donne en lavement, en boisson ou sous forme sèche : en lavement, à la dose de demi-once , 6 gros , quelquefois une once, mais on dissout diffici-

2 ï 4 RÈGNE MINÉRAL.

lement cette quantité dans la dose de véhicule nécessaire pour un lavement. En boisson à l'intérieur, comme altérant, la dose est de 1 ou 2 gros ; comme purgatif, 2 ou o gros : sous forme sèche il se donne rarement, et c’est à la dose de 6 grains par prise jusqu’à demi-gros au plus , comme fondant apéritif, légèrement désobstruant. Plusieurs praticiens le regardent comme tempérant, et c’est en cette qualité qu'il entre dans la poudre tempérante de Stahly composée de cinabre , de nitre et de sulfate de potasse. Mais la propriété tempérante de cette poudre est due aux deux premiers ingrédiens, et point au sulfate dépotasse, qui n’est nullement tempérant.

Sulfate de Soude. — L’acide sulfurique combiné avec la soude, forme ce sel aussi nommée de Glauber, ou sel admirable de Glauber (du nom du premier chimiste qui le découvrit et le mit en usage) , ou sel d’Epsom de Lorraine. On en trouve de tout formé dans le règne minéral. Sa saveur est amère, fraîche et salée. Celui qu’on emploie est ordinairement factice. Comme il est plus dissoluble que le sulfate de potasse, il est plus employé que lui. C’est le sel le plus usité comme fondant, apéritif et purgatif, contre les maladies cutanées, les jaunisses lentes, contre les viscosités ' stomachiques ; il aiguise l’appétit, détruit les matières glaireuses , qui sont la cause de coliques, de vents, de diarrhées, de dysenteries muqueuses. Oh l’emploie aussi pour aiguiser les médieamens cathartiques : on le donne rarement sous forme sèche. Eh dissolution, comme fondant, apéritif, et

préparant à une purgation plus décidée , on le donne à la dose de 2 ou 5 gros; comme purgatif, on le donne à la dose de demi -once, 6 gros ou 1 once dans une pinte de boisson purgative , ou , à la même dose , dans trois verres de boisson qu’on prendd’heure en heure. C'est par le moyen de ce sel que beaucoup d’eaux minérales sont purgatives.

Sulfate de Magnésie . — L’acide sulfurique uni à la magnésie forme le sel d’Epsom, sel d’Epsom anglais , sel de Canal , de Sedlitz, ou sel cathartique amer. Ce sel se prépare dans les pharmacies, et on le tire aussi des sources d’Epsom en Angleterre , de Sedlitz en Bohème , où il est en grande quantité. Sa saveur est amère et fraîche; c’est un des sulfates dont l’amertume est la plus forte et la plus désagréable. Il a les mêmes propriétés et les mêmes usages que les sulfates de potasse et de soude : il se donne aux mêmes doses.

Sulfate acide d Alumine et de potasse , ou d ammoniaque , Alun. — C’est un sel à base double. Il est incolore, soluble dans un poids d’eau bouillante moindre que le tiers , et dans quinze fois son poids d’eau à i5 degrés. Sa saveur est astringente et styptique ; on y remarque cependant quelque chose de douçeâtre. O11 en trouve en grande quantité dans le sein de la terre : le plus estimé est connu sous le nom d "alun de roche ou de glace. Il y a une autre espèce d'alun naturel , qu’on trouve sublimé aux voûtes des mines; c’est ce qu’on nomme

alun de plume , à cause de sa légère te ( i ).

L’alun est astringent à l’intérieur et à l’extérieur, en quoi il diffère beaucoup delà plupart des autres sels qui sont purgatifs. . . . A l irpérieur, l’alun convient dans les hémorrhagies très- considérables, qui menacent la vie du malade, comme dans quelques hémoptysies , quelques hémorrhagies de matrice. Mais il faut qu’elles soient accompagnées de faiblesse, d’atonie ou de dissolution, comme dans le scorbut avancé, où le sang sort par par tous les émoncloires: alors l’alun est bon ; cependant, dans ce dernier cas, les acides minéraux purs , étendus à certaine dose dans une boisson appropriée, sont meilleurs. Si l'hémorrhagie était occasionnée par une pléthore générale ou particulière, l’alun serait nuisible; il occasionnerait la stase du sang dans le poumon , la matrice , etc. , d’où résulteraient ulcères, suppurations, etc. Il faut donc commencer alors par les saignées abondantes et répétées , les délayans, les émolliens, les narcotiques à petite dose. Si ces moyens ne suffisent p^s, et que la vie du sujet soit en danger , alors on vient à l’alun , qui réussit comme spécifiquement dans ces circonstances.

(1) On ne trouve pas , dit Thénard , ouvrage cité, beaucoup d’alun tout formé dans la nature : il n’en existe guère qu’aux environs des volcans , particulièrement à la sulfatare, et quelquefois en dissolution dans certaines eaux ; mais on rencontre une grande quantité de sous-sulfate de potasse et d'alumine. Ce sous- sel constitue des collines tout entières à la Tolfa, près de Civita- Veccliia , et à Piombino.

T) r: S SELS.

On a vu des hémorrhagies rebelles aux autres astringens, céder à celui-ci. il a fait le secret anti- hémorrhagique d’Helvétius : ce sont des pilules composées d’alun et de sangdragon, aujourd’hui appelées pilules teintes , à cause de la couleur que leur donne le sangdragon. Elles ont souvent été utiles dans les hémorrhagies, surtout utérines, quand, à la suite d accouchemens, elles étaient abondantes, continues, avec une extrême faiblesse.

L’alun convient encore dans les pertes séreuses, muqueuses, comme les anciens dévoieinens qui jettent dans la dernière faiblesse. Il faut arrêter ces flux dans le commencement; car, quand les humeurs ont pris l’habitude de couler par les intestins, il est bien difficile de les arrêter. Il faut donc commencer parl’ipécacuanha comme vomitif, d’abord; ensuite comme altérant, surtout dans les flux de ventre qui existent avec coliques , ténjesme, tranchées ; et après, purger. Si ces évacuans ne suffisent pas pour arrêter le flux , il faut avoir recours aux astringens, d’abord mucilagineux et doux, ensuite plus décidés, s’ils ne sont pas sulfisans ; et c'est alors le cas de l’alun. Dans les pertes blanches des femmes par le vagin et la matrice, qui, par leur continuité et leur abondance, occasionnent des langueurs d’estomac, la faiblesse des organes, le marasme,

les pilules teintes d Helvétius réussissent trèsbien.

Dans les dissolutions sanguines, portées au point de faire craindre pour la vie du sujet, il faut donner l’alun à petite dose dans un véhicule convenable. En général, l’usage de çe

2l$ IlèÇNE MINÉRAL.

médicament exi^e beaucoup de réserve , et doit être précédé par des moyens plus doux. A l’extérieur, l’alun se donne comme anti- hémorrhagique, comme cicatrisant et desséchant les anciens ulcères : il donne plus de ton aux parties externes. Il entre dans les gasgarismes pour affermir les gencives, et comme fortifiant ponr les angipes catarrhales avec faiblesse de la gorge. On l’emploie en injection dans les gonorrhées bénignes et virulentes qui durent long-temps et qui coulent abondamment, dans celles qui subsistent plusieurs mois, et qui ne sont point entretenues par un principe syphilitique qui n’existe plus , mais par la faiblesse des organes : alors les injections alumineuses sont bonnes, après avoir mis en usage les moyens intérieurs. On l’emploie de même en injection dans les pertes blanches des femmes, lorsque les moyens intérieurs et les autres astringens extérieurs ne suffisent pas pour les arrêter. Quand on continue trop long-temps l’usage de l’alun à l’intérieur, à certaine dose, il occasionne la constipation , le resserrement du canal intestinal, des coliques qui imitent celles qui sont causées par le plomb : le traitement alors est le même que pour les coliques de plomb, et consiste dans les forts vomitifs , purgatifs et sudorifiques, d’où l’on voit que c’est à tort que M. Grassnis a recommandé l’alun en pilules dans les coliques saturnines. On donne l’alun sous forme sèche à dose de 4 ou 6 grains par jour , et 011 monte jusqu’à 12 , 18 grains, 1 scrupule, demi-gros, 1 gros, non pas seul, mais dans quelque ingrédient approprié , comme la conserve de rose de

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cynorrhodon , 1 extrait de centinade, le cachou , etc. Eu dissolution , il se donne à la même dose dans une potion, qu’on prend dans le courant de la journée : mais il faut prendre garde de le donner à trop haute dose, ni de le trop continuer. A l’extérieur, il entre aussi à la même dose dans les collyres et les injections.

On se sert de l’alun calciné, qui est plus actif que l’alun ordinaire, quand on veut cicatriser les anciens ulcères, consumer les chairs baveuses et les excroissances.

L'alun calciné se fait en mettant de l’alun sur une pèle rouge , ou mieux dans une terrine de terre non vernissée : on la place sur le feu; l’alun alors perd son eau de cristallisation et devient pulvérulent, et parfaitement blanc.

Nitrate de Potasse. — L’acidç nitrique > combiné avec la potasse, forme ce sel, autrement appelé nitre ou salpêtre . U existe dans la nature; il est blanc , demi- transparent , a une saveur fraîche et piquante. Le quart de son poids d’eau bouillante suffit pour le dissoudre, tandis qu’il faut , pour la même opération , quatre fois son poids d'eau à iô degrés.

Le nitre est regardé comme un excellent rafraîchissant , tempérant et puissant diurétique. Comme sel , il est légèrement stimulant et irritant; c est pourquoi il ne convient pas au commencement des maladies inflammatoires: mais quand par les saignées, les délayans continués,

1 effort inflammatoire est tombé, alors le nitre peut être bon à petite dose, et très étendu. Mais il convient principalement dans les ma-

ladies où il n’y a pas un état très-phlogistique du sang; dans les maladies où il y a acrimonie bilieuse, dans les fièvres ardentes , les fièvres intermittentes vernales, et la plupart des fièvres tierces : alors de Haën l’employait aussi comme purgatif.

Le nitre est aussi très-bon dans les jaunisses aiguës ; il dissout doucement et sans irriter , et évacue comme un bon diurétique. Il ne convient point dans les maladies inflammatoires des voies urinaires , ni dans les gonorrhées inflammatoires , dont il arrêterait l’écoulement, et où il faut la saignée, les délayans mucilagineux, les bains : quand, par ces moyens, l’inflammation est tombée , on peut donner le nitre étendu dans les délayans mucilagineux. Dans les fièvres avec soubresauts des tendons, convulsions, grande agitation, et les affections convulsives, on le donne seul, et mieux combiné avec le camphre , dont il augmente l’effet antispasmodique. Le nitre ne convient pas dans les maladies inflammatoires du poumon , parce qu’il excite la toux : cet inconvénient est cause qu’on le suspend quelquefois, même dans le cas où il est bien indiqué. A l’extérieur, le nitre est employé comme rafraîchissant , d’après M. Alexandre, qui fait mettre le pied dans un monceau de nitre , dans le cas d’affections goutteuses très-douloureuses, attaquant les articulations, surtout du pied; alors le gonflement tombe : cependant , comme on pourrait craindre une répercussion dangereuse , cette pratique, pour être autorisée, exige encore de nouvelles observations.

Le nitre se donne rarement sous forme sèche à l’intérieur, mais le plus souvent dissous dans

l’eau d’orge ou autre mucilagineux , dans le petit-lait, à la dose de 12, i5, 20 grains par pinte : à cette dose, il excite le cours des urines, diminue les douleurs des voies urinaires, et est antiphlogistique. Comme purgatif, on le donne à la fin des maladies bilieuses, à la dose de demi ou 1 once , dans trois ou quatre verres d’eau. Dans le cas de gonorrhée peu inflammatoire , on met sur une pinte de tisane apéritive , faite avec les racines de fraisier, de chicorée sauvage et d’oseille, demi-gros, 2 scrupules ou 1 gros de nitre, pour titiller davantage les voies urinaires. En potion , la dose est de 8 ou 10 grains. Dans les fièvres aiguës avec soubresauts, on l’unit au camphre, qui diminue un peu sa vertu stimulante. On forme alors des bols composés de 2 grains de nitre et 4 de camphre , et l’on en donne trois, quatre ou cinq par jour. Rarement le çitre se donne sous forme sèche dans d’autres circonstances.

Cristal minéral , 011 Sel de prunelle. — C’est le nitrate de potasse fondu avec un peu de soufre. Le cristal minéral s’emploie plus rarement, mais dans les mêmes cas que le nitrate de potasse. Il se donne à l’intérieur à la dose de 20 grains à un gros dans une pinte de tisane appropriée. En lavement , on l’administre à la dose de 1 à 3 gros .

Muriate de Potasse. — Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide muriatique avec la potasse. Il était connu par les anciens chimistes sous le nom de sel fébrifuge de Sylyius. Inusité aujourd’hui.

Muriate de Soude. — • L’acide muriatique combiné avec la soude, forme le sel marin ou sel commun , sel de cuisine , actuellement muriate de soude. Il se trouve tout formé dans les eaux de la mer , des fontaines salées , de plusieurs lacs, et même dans le sein de la terre : alors il prend le nom de sel gemme , sel fossile. C’est un très-bon fondant, utile dans la plupart des maladies écrouelleuses. Russel, médecin hollandais, employait beaucoup l’eau de la mer en Hollande , où les écrouelles sont communes. C’est un des meilleurs fondans de la graisse , et très-utile dans les engorgemens du mésentère, du foie, de la rate. Le sel marin convient à l’intérieur dans beaucoup d’écrouelles, de maladies laiteuses , d’engorgemens des viscères abdominaux , et dans beaucoup de maladies cutanées. A l’extérieur, il est trèsbon fondant résolutif, propres à prévenir les ecchymoses : mêlé aux alimens, il en relève le goût et excite l’appétit ; il est par conséquent très-utile pour aider la digestion, surtout chez les tempéramens lents. Comme septique , il hâte le commencement de fermentation que doivent subir les alimens, ce qui est avantageux pour les alimens du règne végétal ; pour Ceux du règne animal, ils n’ont pas besoin de ce sel pour passer à un commencement de fermentation. Le sel commun a aussi l’avantage précieux de préserver pendant long -temps presque tous les comestibles de. la putréfaction. A la vérité, plusieurs substances salines pourraient plus efficacement que lui les conserver; mais on le préfère, parce qu’on n’en connaît aucun autre dont la saveur soit d’ac-

eord comme la sienne avec celle des alimens. Mais une chose très-singulière , c’est que ce sel hâte beaucoup la putréfaction, lorsqu’il n’est employé qu’à petite dose.

Le sel marin ne convient pas aux tempéramens bilieux , ni à ceux dont la digestion est très-prompte ; mais il convient aux gens mous , flegmatiques , aux hypocondriaques lents et froids. Lorsqu’on abuse de ce sel , les humeurs acquièrent une acrimonie nommée muriatique, qui a beaucoup de rapport avec le scorbut , par le gonflement des gencives , les taches , etc. mais qui en diffère par le traitement, lequel consiste dans les acides et les mucilagineux.

Le sel marin ne se donne jamais en potion ni en poudre, mais en dissolution , à la dose de i gros et demi par pinte. La boisson de la mer est encore meilleure.

Muriate d'ammoniaque , autrement dit : sel ammoniac. — Ce sel est le produit de la combinaison de l’acide muriatique avec l’ammoniaque. Il est blanc, d une saveur extrêmement piquante, soluble dans un peu moins de trois parties d'eau à i5 degrés , et dans une moindre quantité d’eau bouillante. Le sel ammoniac se trouve dans les urines humaines et dans la fiente de quelques animaux, particulièrement des chameaux ; il existe aussi en petite quantité aux environs des volcans. Lu ESyPle , où 1 on en fait un objet de commerce, on le retire de la suie produite par la bouse #de vache et la fiente des chameaux. On met eette suie dans des balons que l’on chauffe par

224 «Igné minéral.

degrés, et le sel ammoniac se sublime dans leur partie supérieure. On peut débarrasser le sel ammoniac de ses parties étrangères par les moyens usités pour la purification des sels , c’est-à-dire en les dissolvant dans l’eau , filtrant , faisant cristalliser et sublimer une seconde fois si on le juge à propos : on obtient alors un sel ammoniac parfaitement blanc et pur.

Le sel ammoniac est très-utile en médecine. Les anciens le connaissaient et l’employaient à l’intérieur et à l’extérieur. Il n’est point purgatif ni diurétique comme les autres sels, mais retenant les propriétés des deux ingrédiens qui le composent, il est fondant, apéritif, diaphorétique et sudorifique , et comme tel souvent employé dans des potions sudorifiques. Il est utile quand il faut résoudre , dans la plupart des affections cutanées , dans les affections rhumatismales lentes, les anciennes gouttes qui ne sont point encore poussées au point de produire des nodus et des tophus ; de même à la suite des apoplexies séreuses, au commencement des paralysies , surtout celles qui suivent les apoplexies qui viennent d’être désignées, dans les leucophleg^ maties commençantes, principalement celles qui suivent les fièvres intermittentes ; dans les fièvres quartes.

Le mtiriate d’ammoniaque se donne en poudre à la dose de 8 , 12 , 24 ou 5o grains au plus par jour. En dissolution on en donne depuis un demi-gros jusqu’à une demi-once dans nue pinte de tisane sudorifique quelquefois, comme vulnéraire , après les fortes con-^

t usions , on le fait dissoudre clans une pinte de vin blanc. Sous forme sèche, on peut Punir aux extraits d’aune , de chardon béni. On peut aussi l’unir au kina ; alors c’est à la dose de x ou 2 gros par once. Les propriétés anti-syphilitiques du sel ammoniac ne sont point confirmées par une exacte observation.

Muriate de baryte. — Ce sel résulte de la combinaison de l’acide muriatique avec le baryte. Il est blanc, très-pesant; sa saveur est piquante, âcre et austère : il est soluble dans deux fois son poidsd’eau bouillante et deux fois et demie son poids d’eau à i5 degrés.

Le muriate de baryte a été proposé pour le traitement des maladies scrophuleuses par M. Crawford , médecin de l’hôpital Saint-Thomas; il l'a administré en dissolution saturée à la dose de 2 , 4 et jusqu’à 6 gouttes dans une tasse d’eau pure. Les effets annoncés par le médecins anglais, n’ont pas été confirmés par les observations des médecins français 5 c’est un médicament dangereux qu’il faut employer avec une extrême prudence. Il est cependant bon de dire, que le muriate de baryte est un peu moins vénéneux ou est un poisdn moins actif que le carbonate de baryte.

Phosphate de soude. — Sel formé par l’acide phospnorique et la soude. Il a été connu sous les noms divers de selfusibleoumicroscomique , de sel perlé , de sel admirable perlé. Le phosphate de soude est très-efflorescçnt ;• il est soluble dans quatre parties d’eau froide et deux parties d eau bouillante. Sa saveur est salée et douce.

Tom e f .

Ce sel est un purgatif doux et sûr. Il se donne à dose d'une once , une onco et demie et même deux onces dans une pinte d’un véhicule aqueux : il est fort employé depuis quelques années.

Borate sursaturé de soude ( i ) . — Ce sel , .appelé borax par les anciens chimistes , résulte de la combinaison de la soude et de l’acide boracique. Les anciens ne connaissaient pas cette substance ; on a cru qu’ils la connaissaient sous le nom de chrysocolle • mais la chrysocolle est une mine cuivreuse , et point du tout notre borax , que l’on appelle aussi le tinkal quand il est brut. Le borate de soude a une faible saveur alkaline due à l’excès de base qu’il contient. Il se dissout dans deux fois son poids d’eau bouillante , et est très-difficilement soluble dans l’eau froide. Il s effleurit à l’air.

Le borax a commencé à être employé en médecine il y a trois cents ans. On lad abord regardé comme un bon fondant , utile dans les engorgemens de la matrice ; utile encore pour appeler les évacuations utérines , accélérer les accouchemens et 1 expulsion de l’arrière - faix. Ce qui a pu en imposer sur ses vertus , c’est qu on 1 unissait a des substances très-appropriées dans le cas où on le donnait, comme l’assa-fœtida , 1 oppoponax , la myrrhe , le safran, le fer et ses piépara— tions, etc. Aujourd’hui il est moins employé: on le donne sous forme sèche , à la dose de 6 ,

(i) Sous-borate de soude , de Thénard.

S ou 10 grains, quelquefois jusqu’à 18 ou 24. Le plus ordinairement on le fait entrer dans la composition des gargarismes détersifs , par exemple dans le linctus ad aphthas ainsi composé :

Mucilage de semence de coing. . } de chaque

Sirop de mures J j once.

Borate de soude 1 gros.

Mêlez.

Swediaur indique l’usage externe de la solution de borax pour les ulcères rongeans ? les verrues , les condylomes.

Selon le professeur Thénard, les métaux sont des corps simples , presque complètement opaques , très-brillans en masse , brillans même en poussière , pourvu qu’elle ne soit pas trop tenue; susceptibles de recevoir un beau poli est de prendre un éclat très-vif; bons conducteurs du calorique , et plus dilatables, par lui (le platine excepté), que les autres solides ; transmettant le fluide électrique avec une rapidité extrême ; capables de se combiner en diverses proportions avec l’oxygène , et de donner naissance à des oxides qui pour la plupart ont la propriété de former des sels avec les acides.

On compte onze (1) métaux employés en

0) Reconnus tels par Fourcroy ; car, selon'Thénard , les terres et les alkalis étant reconnus oxydes , il y en aurait un plus grand nombre.

228 IIÈGNE MINÉRAL.

médecine: ils vont être examinés successivement ; seulement, toutefois, dans les combinaisons et les modifications dont ils sont passibles , et qui les rendent applicables à la thérapeutique,

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