‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 68 sur 94 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

qu’il faut ranimer et mettre les solides et les fluides en mouvement. Ce remède étant caustique , il ne faut pas en prendre plus de 6 à 8 gouttes h la fois dans la même verrée.

L’antimoine cru (i) peut être attaqué par les alkalis fixes , qui, se combinant avec le soufre d’antimoine, forment un foie de soufre antimoniè, Cette préparation se fait par la voie humide , et il faut que la liqueur soit chaude. Quand elle se refroidit, il se précipite une poudre d’un rouge jaunâtre , nommée kermès minéral. Si l’on aide le précipité par un acide, alors il résulte un sel neutre de l’alkali contenu dans le foie de soufre antimoniè, et de l’acide qu’on y ajoute : dans ce cas , le précipité qui se forme prend le nom de soufre doré d’antimoine , qui ne diffère par conséquent du kermès minéral que parce que, dans celui-ci, la dissolution du régule d’antimoine est complète, au lieu qu’elle n’est point aussi complète dans le soufre doré, qui diffère encore par l’addition d’un sel à base alkaline.

L’antimoine est facilement attaqué par les sulfures alkalins , mais difficilement par les acides végétaux, et même les minéraux. Ce-

Eendant l’acide muriatique le dissout assez ien ; mais il faut pour cela que l’une et l’autre substances soient dans un état de vapeur. Le résultat de cette combinaison est nommé beurre d’antimoine 9 qui est dissoluble dans l’eau chaude. Si on l’étend dans une assez grande quantité de celle-ci , le dissolvant étant trop abondant pour tenir toutes les parties en dis-

(r) Les anciens nommaient aussi antimoine cru le su! fujrç. d'antimoine.

solution , celles-ci se précipitent presque toutes sous la forme d’une poudre blanche , nommée poudre d’algaroth mercure de vie, mercure de mort , qui est par conséquent une espèce de beurre d’antimoine , mais moins entier, parce que l’eau a séparé beaucoup de l’acide muriatique, et qu’il se précipite une plus grande quantité de parties métalliques. Quant au beurre d’antimoine, on lui enlève l’acide muriatique en jetant sur la dissolution un alkali qui s’empare de l’acide, et la partie métallique se précipite sous la forme de poudre blanche.

Le beurre d’antimoine (r) se dissout aisément dans 1 acide nitrique , ce qui forme une espèce d'eau régale (2). Le précipité de cette dissolution se nomme bézoard minéral. Pour purifier ce précipité, il faut jeter, avant qu’il ait lieu, un alkali qui , s’unissant 'aux acides nitrique et muriatique , laisse tomber la partie métallique pure.

L’antimoine est susceptible de se volatiliser par le feu : c est ce qu’on nomme fleuris antimoniales. Si on continue le feu, Ion obtient les fleurs de régule dé antimoine. Comme l’antirnome est dissoluble par l’alkali volatil, si l’on fait remonter 1 un et l’autre en vapeurs , on aura les fleurs rouges d’antimoine. Le régule d antimoine est aussi dissoluble dans les acides végétaux ; quand il est combiné avec la crème de tartre^ il forme le tartre stibiè (5) : pour le

(0 ^uriate d’antimoine sublimé.

T. eau régale est ce que les, chimistes modernes nomment acide nitro-muriatique.

(3) Jartratede potasse et d’antimoine.

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faire , on conseille aujourd’hui, au lieu de ré* gule d’antimoine , le verre d’antimoine , et plusieurs, la poudre ftalgaroth.

Préparations cV Antimoine, et leurs propriétés médicales. — i °. Sulfure d! antimoine , antimoine cru. Il a été employé à l’intérieur et à l’extérieur. Les anciens, selon Dioscoride, s’en servaient comme d’un desséchant cicatrisant ; mais il n’a point ces propriétés; c’est pourquoi il n’est plus d’usage aujourd’hui à l’extérieur. A l’intérieur , on l’emploie encore aujourd’hui, mais moins qu’il y a cent cinquante ans. On le regardait alors comme fondant, dépuratif, utile dans presque toutes les maladies de peau , même comme anti- vénérien , et propre à chasser le trop de mercure que l’on pourrait avoir pris dans le traitement ; comme fondant dans les engorgemens des viscères du bas- ventre , les écrouelles, les suites d’apoplexies séreuses, la paralysie, etc. Cependant cette substance dure, et non volatile, ne peut entrer dans les secondes voies. Ce qui a induit en erreur sur ces prétendues propriétés , c’est qu’on l’unissait avec d’autres substances vraiment actives, comme les fleurs de soufre, différentes préparations mercurielles, l’antimoine diaphorétique non lavé j des boissons fondantes, aromatiques, sudorifiques , etc. Ainsi on peut exclure sans regret l’antimoine cru de la pratique médicale. Au cas qu’on voulût l’employer, voici la manière : on ne le donne point en potion ni dans de larges véhicules, mais en poudre, à la dose de 4 , 6, 8 , 12 grains au plus : cependant la dose pourrait être en-

DES JIÉTACX. 245

core beaucoup plus forte sans inconvénient ; car l’antimoine cru n’est point émétique, à cause du soufre qui lui est uni, et qui énerve spécifiquement la propriété vomitive des différons émétiques. On ne le donne point seul, mais incorporé avec des substances qui font toutes ses propriétés, comme l’extrait d’aunée, de petite centaurée, d’absinthe, les extraits sudorifiques, etc.

L’antimoine cru entredans la tisane de Feltz , vantée pour les maladies écrouelleuses et vénériennes. Elle est composée de bois sudorifiques , d’une petite dose de sublimé corrosif et d’antimoine cru. Mais les effets de cette tisane doivent être attribués aux autres ingrédients qui y entrent , et non à l’antimoine cru.

L’antimoine cru entre encore dans le clecoc tum anti-venereum laxans de la Pharmacopée de Paris, qui est un excellent moyen , dans beaucoup de cas d’engorgemens » froids des glandes, de maladies de peau et de maladies vénériennes. Cette préparation est faite avec les bois résineux sudorifiques, des substances purgatives , comme le polypode de chêne, la rhubarbe , les follicules de séné, et de l’aïkali fixe. Par le moyen d’une longue ébullition , celui-ci dissout l’antimoine, et forme un foie de soufre antimonié , qui est un excellent fondant et dépuratif. Ainsi, dans cette dernière préparation , 1 antimoine n’entre pas comme antimoine cru, mais comme foie de soufre antimonié.

20. Antimoine pur y régule (V Antimoine. Il a été très-usité autrefois. Il n’est point innocent comme 1 antimoine cru , parce qu’il u’a plus

ïi/jG HÈG.KE MINÉRAL.

ce soufre qui énerve la vertu vomitive. Aussi est -ce un fort vomitif, un stimulant infidèle et dangereux, proscrit par la médecine actuelle. Dans le commencement qu’on employa les préparations antimoniales, on faisait des tasses avec ce métal, on y mettait du vin blanc, qui, par son séjour, devenait un émétique violent et infidèle, puisque la dose variait à raison de l'acide du vin, etc. On faisait encore avec l’antimoine, de petites balles ou pilules qu’on avalait. Ces pilules étaient en partie dissoutes par les liqueurs des premières voies; et comme on les rendait entières comme on les avait prises, on leur avait donné le nom d e vomitif perpétuel , pilules perpétuelles. Mais cet émétique est encore infidèle et dangereux ; ainsi on peut encore exclure de la pratique médicale le régule d’antimoine.

3°. Oxide cT Antimoine sulfuré , foie cV Antimoine. Lorsqu’on commença à employer 1 antimoine en médecine , le foie d antimoine était la préparation antimoniale la plus usitée. On s’en servait comme vomitif, purgatif, fondant dans beaucoup de maladies cutanées. Il a servi pendant un certain temps à faire le vin émétique, qui se prépare en faisant infuser à froid, pendant plusieurs jours , du foie d’antimoine dans du vin. Il était fort en usage autrefois pour faire vomir; aujourd’hui on lui préfère les autres vomitifs : cependant ce vin peut être employé comme vomitif , purgatif et fondant. On en clistingue de deux sortes , le trouble et le non trouble ; on préfère le premier, celui-ci étant moins bon. Le vin émétique trouble est celui dans lequel il n’y a aucune espèce de pré

cipité; le foie d’antimoine reste entièrement suspendu dans le vin. Comme fondant, on le donne à l’intérieur à la dose de demi-once ou une once , point seul mais dans 4 ou 5 onces de potion appropriée , dont on prend une cuillerée de demi - heure en demi -heure. La dose, chez lesenfans, est de demi-once, dont ils prennent une cuillerée à café à la fois. Huxham l’employait ainsi dans les sahurres glaireuses et pituiteuses des enfans. Comme vomitif, il n’est point usité aujourd’hui ; on le donnait à la dose de demi-once ou une once , et plus dans les cas pressans. Comme purgatif et stimulant , il s’emploie en lavement dans les apoplexies séreuses , ies affections comateuses, les coliques métalliques, etc. , à la dose d’une once et demie , deux, trois, et même quatre onces. C’est un excellent fondant à petite dose, comme tous les vomitifs et purgatifs. Il est peu usité comme tel en France, mais.beaucoup en Angleterre, en Allemagne, en Hollande. Boerhaave , Yan-Swieten , Iluxham , Sydenham, etc. , remployaient fréquemment. Dans ces pays , les fibres plus lâches , plus molles , le sang plus disposé a la dialhese glaireuse , en rendent l’usage recommandable. On s’en sert dans les maladies cutanées, les anciennes fièvres quartes avec engorgement des viscères du bas -ventre, dans quelques espèces de scorbut, etc. , à la dose d’un gros ou demi-once au plus, dans un large véhicule; avec la décoction de bina , dans les fièvres intermittentes ; avec les décoctions amères dans les maladies de a peau; avec Fivette et la gentiane dans lesrhumatismes froids et les gouttes lentes ; avec les

forts anti-scorbutiques dans le scorbut \ avec les forts sudorifiques dans l’apoplexie séreuse , la paralysie ; et cet usage pourrait être rappelé ici avec profit! En potion, la dose est de 18 , 20 gouttes, ou demi-gros au plus.

4° • Oxyde d Antimoine sulfuré demi-vitreux , Safran des métaux , Crocus metallorum. C’est le foie d’antimoine dépouillé de toute matière saline par un lavage suffisait. Emétique violent et infidèle.

5°. Oxyde d Antimoine sulfuré vitreux , verre d Antimoine. Le verre d’antimoine est encore plus vomitif que le foie d’antimoine. C’était le vomitif le plus accrédité de l’avant-dernier siècle j aujourd’hui il ne sert plus qu’à préparer le tartre stibié. Il a été employé pendant longtemps à l’hôpital de la Charité de Paris, pour faire vomirles peintres. Alorsil portait le nom de mochlique des frères de la Charité. On le triturait avec parties égales de sucre , et on en formait des tablettes d’un scrupule ou demi-gros, et c’était cette dose que l’on donnait pour faire vomir. Mais le tartre stibié est , dans ces cas , toujours préférable.

6°. Le verre d Antimoine ciré. Il se prépare en faisant fondre de la cire avec le verre d’antimoine. Les médecins d’Edimbourg, Pringle et autres, l’ont vanté comme anti-dysentérique. 1\ fait vomir, mais moins fortement que le verre d’antimoine pur- Ainsi, il n’agit dans la dysenterie que comme vomitif ; et dans ce cas , le plus approprié est l’ipécacuanha , et quelquefois le simarouba. Les mêmes praticiens le donnent à dose altérante, à la valeur de ^grains.

par jour , un grain à la fois. Il a pu être utile dans les dysenteries muqueuses (point putrides, car alors il n’est pas si bon). Dans ce cas, il agit comme fondant, apéritif, évacuant peu à peu : tout cela est encore mieux opéré par l'ipécacuanha. Comme vomitif, la dose est de 10 ou 12 grains, 4 grains d’heure en heure.

7°. Oxyde d Antimoine blanc par le nitre; Antimoine diaphorétique , ou diaphorétique minéral. Il est lavé , ou non lavé.

Le lavé , celui qui est dépouillé par l’eau de toute substance saline avec lequel il est mêlé, a été très-vanté autrefois comme un excellent fondant, apéritif dans les maladies cutanées, etc. Mais si on lui a remarqué quelquefois ces propriétés, c’est qu’on l’unissait avec des ingrédiéns vraiment actifs, comme le soufre , 1 es extraits amers , l’extrait de ciguë, etc.

Le non lavé n’est point, au contraire, sans vertu, parce qu'il contient un sel neutre , du foie de soufre antimonié, et un alkali ; or ces trois substances sont fondantes et apéritives. Cependant d’autres préparations antimoniales sont à préférer sous ces rapports. Ainsi on peut exclure l’antimoine diaphorétique de la pratique médicale. Il entrait dans le fondant de Rotrou. Si on voulait l’employer, on pourrait en prescrire xil\ grains ou demi-gros , dans 5 ou 6 onces de potion , en poudre délayée dans une eau convenable, 4 ou 6 grains à la fois , trois ou quatre fois dans le jour. On peut aussi le donner dans des excipiens secs.

L' anti-hectique de Poterius ou de la Poterie ,

2 JO R È G N E M I jN i R A L.

ou diaphorètique jovial. . . .(1). C’est du régule d’antimoine martial uni avec de l’étain. On fait détonner le tout par le moyen du nitre , et on obtient un composé d’antimoine diaphorétique combiné avec du foie de soufre antimonié , un sel neutre et un oxyde d’étain. Quand il n’est point lavé , il doit être fondant. Il a été très-recommandé dans les phthisies du poumon, mais il faut distinguer. Il y a des phthisies avec foyer de suppuration , mais celle-ci n’est point épaisse ni consistante ; elle est fluide , accompagnée de sécheresse et d’éréthisme : dans ce cas, l’anti-hectique de Poterius serait nuisible, au lieu que quand la matière purulente est abondante, consistante, et qu’elle exige des incisifs pour en faciliter l’expectoration, alors il peut être utile; mais d’autres moyens , comme le kermès minéral, le soufre doré d’antimoine , les pilules de Morton , etc. , sont beaucoup meilleurs. Si on voulait l’employer , la dose en commençant ne doit pas être plus forte que 6 ou 8 grains ; elle peut augmenter peu à peu jusqu’à i scrupule.

8°. Oxyde hydro-suif urè rouge dé Antimoine , kermès minéral C’est un remede dû au frère Simon, apothicaire des chartreux; ce frère tenait cette préparation d’un chirurgien nommé La Ligerie, lequel le tenait lui-même d’un apothicaire allemand qui avait été disciple de Glauber. Le duc d’Orléans, régent, en acheta le secret de La Ligerie, et le publia en 1720.

C’est un des plus grands fondans et apéritifs, surtout pour les matières qui empâtent

. (1) Mélange d’oxyde d’anlimoine au maximum et d’étain.

]e ( issu pulmonaire. Il convient dans beaucoup d’affections de poitrine, même sur la fin de celles qui sont aiguës. Il est très-utile dans les fluxions de poitrine , non dans celles qui sont décidément inflammatoires, ni dans le commencement de celles qui sont peu inflammatoires, ni dans celles qui reconnaissent pour cause une matière bilieuse très-âcre , lesquelles sont toujours dangereuses ; mais il est utile dans les fluxions de poitrine catarrhales , même dès les premiers commencemens. Il y a des fluxions de poitrine catarrhales qui s’annoncent par un caractère aigu , que les saignées et les délayans abattent promptement. Dans ce cas, on donne le kermès minéral, qui a été regardé alors comme spécifique. Il ne convient point quand il y a crachement de sang, disposition à l’hémoptysie, poitrine délicate, chaleur et sécheresse dans l’intérieur de la poitrine , car il irrite et excite V orgasme du sang. On le donne sous forme sèche, à la dose au plus de 2 ou 3 grains par jour, dans le beurre de cacao ou le blanc de baleine : cette dose est forte. On le donne quelquefois dans des extraits un peu apéritifs. On l’emploie rarement dans 1 enfance ; car la dose de 2 grains , donnés même séparément, ferait vomir. Cependant il est très-utile dans la coqueluche, quand il n y a plusd’irritation, maisune matière épaisse, consistante, qui empâte les premières voies et le poumon. Quand on a commencé à employer le kermès minéral, on le donnait comme émétique à la dose de L\ , G et 8 grains ; mais c’est un vomitif infidèle et incertain (i ). Il est légère-

(i) L éditeur a souvent employé le kermès comme vu-

ment purgatif, et utile sous ce rapport dans les cas de fluxions de poitrine ci-dessus rapportés. Il excite aussi les sueurs. Quand on le donne au commencement des maladies aiguës de poitrine , et qu’on craint qu’il ne soit trop stimulant, on le restreint par le moyen de. l’huile, comme dans la potion suivante :

^Kermès minéral 2 grains.

Huile 3 onces.

Sirop diacode demi— once.

Sirop de guimauve 1 once.

Il est aussi employé avec avantage dans les phthisies pulmonaires , quand le pus épais , consistant , exige des moyens un peu actifs pour faciliter l’expectoration. Il est de même utile dans les engorgemens visqueux du poumon , sans fièvre, avec toux quelquefois seche, quelquefois avec une matière filante ; dans les asthmes humides et glaireux , dans l’engorgement des glandes du poumon par une matière écrouelleuse ou rhumatismale très-froide. Il est encore bon dans les affections rhumatisantes lentes, les sciatiques et gouttes anciennes (alors on l’unit avec le camphre et l'antimoine diaphorétique non lavé); dans les affections cutanées, la gale, les dartres, enfin quand il faut pousser lentement à la peau , après avoir atténué et divisé. (C’est un remède qui réunit la vertu excitante et évacuante des préparations émétiques d’antimoine, avec les propriétés toniques , divisantes , apéritives et

mitif,et ne l’a jamais trouvé infidèle. II l'administre à la dose de 6 à 1 o grains dans trois ou quatre onces de sirop d’ipécacuanlia. Le mélange se prend par cuillerée à bouc • e de quart-d’henre en quart d’heure, jusqu'à premier vomissement.

fondantes du foie de soufre Macquer.)

90. Oxyde hydro sulfuré orangé d' Antimoine , soufre doré d Antimoine . Il est employé dans les mêmes circonstances que le kermès minéral ; cependant il est plus vomitif. Le soufre doré d’antimoine a fait le secret de beaucoup d’empiriques. Un chirurgien anglais l’employait avec le calomélas dans les affections cutanées véroliques, dans les anciens ulcères véroliques. Il est très- bon dans les maladies écrouelleuses et dans beaucoup de maladies cutanées. La dose sous forme sèche est la même que celle du kermès minéral, et c’est sous cette forme qu’il se donne le plus souvent. Le kermès minéral et le soufre doré se donnent aussi étendus dans une eau aromatique que l’on édulcore avec quelque sirop aussi aromatique. Quand on l’emploie au commencement des maladies aiguës de la poitrine , quand l’inflammation n’est pas entièrement'tombée , de sorte qu’on craint qu’il ne soit trop stimulant, on le restreint par le moyen de l’huile , comme dans la potion précédente.

io°. Muriate db Antimoine sublimé , beurre d! Antimoine , huile glaciale d’ Antimoine. Il a une consistance butireuse; il est très-dissoluble dans l’eau , et même à l’air, où il tombe facilement en deliquium. C’est un des sels les plus caustiques que l’on connaisse, et un poison , quand on le prend à l’intérieur.

A l’extérieur , il est employé comme caustique, escharrotique , dans les ulcères trèsanciens qui n’ont pu être cicatrisées par les moyens ordinaires, pour tenter les exfoliations osseuses, brûler les verrues et autres excroissances : il est dans ces cas d’une grande

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utilité ; mais comme il se dissout très-aisément , il peut s’étendre et attaquer les parties saines qui environnent celles qui ne le sont pas ; aussi on lui préfère la pierre à cautère et la pierre infernale, mais mieux la première. Ainsi le beurre d’antimoine n’est plus guère employé que dans la carie des os. On l’emploie cependant quelquefois pour cautériser les morsures faites par les chiens enragés.

ii°. Muriate d’ Antimoine avec excès d'oxyde, poudre d’algaroth. Cette poudre était trèsusitée , il y a cent cinquante ou deux cents ans , pour solliciter le vomissement; aussi on lui a donné le nom de poudre émétique .Comme elle avait eu quelques succès dans certaines apoplexies, paralysies et autres cas où il faut de fortes secousses, on lui avait donné le nom de mercure de vie ; mais comme aussi elle avait été nuisible, on l’avait appelée mercure de mort. Aujourd’hui elle n’est plus d’usage , car, ou elle n’est pas très-lavée , et alors c’est un sel très-dangereux ; ou elle est bien lavée, et alors ce n’est plus qu’une substance sans vertu.

1 2°. Oxyde d! Antimoine par les acides muriatique et nitrique , Bézoard minéral. Aujourd’hui le bézoard minéral n’est plus d’usage,

Earce qu’il est dangereux quand il n’est pas ien préparé, et inutile quand il l’est bien.

1 3°. Tartrate de Potasse et d! Antimoine f Tartre stibié ou émétique. Il n’est employé que depuis t65o ou 1660. D’abord mis en vogue par les alchimistes , ses premiers essais ne furent point heureux , parce qu’on ignorait le cas où il convenait, sa dose, la manière de l’administrer; aussi fit-il beaucoup de victimes, et la Faculté de médecine de Paris fut obligée

DES METAUX. l55

de solliciter un arrêt du Parlement, qui défendit i’usagede ce remède. C’est pendant le temps de cette défense que des médecins prudens l’ont administré avec les précautions requises, ont examiné ses effets, sa dose, etc. ; et quand on eut des règles fixes sur son usage , l’arrêt fut levé.

On l’emploie, i°. comme vomitif; 20. comme purgatif ; 3°. comme fondant.

C’est le seul vomitif et purgatif sûr du règne minéral, et qui convient dans beaucoup de circonstances. L’ipécacuanha réussit mieux quand il faut fondre des glaires épaisses , dans le cas d’évacuation sanguinolente intestinale, de dysenterie chez les tempéramens mous et ceux qui sont sensibles. Mais quand le sujet est fort, que la sensibilité n’est point trop exaltée, qu’il faut des vomissemens copieux, comme dans la plupart des maladies bilieuses , après les remèdes préliminaires nécessaires, dans les apoplexies séreuses et les paralysies de même caractère , les coliques métalliques , etc. ; alors le tartre stibié est meilleur.

La dose du tartre stibié doit être différente, selon l’âge, le sexe, les tempéramens et les circonstances.

— Selon T âge, — Il doit être donné avec circonspection dans l’enfance, car il en faut peu à cet âge pour faire vomir. Ainsi la dose peut être de demi-grain depuis le premier âge msqu à celui de trois ou quatre ans. En général, quand on juge le vomissement nécessaire bhez les enfans , il faut préférer de le solliciter aar l’ipécacuanha , à cause de leur grande irriabilité , de la nature glaireuse de leurs hu neurs , et de leurs maladies presque toujours

compliquées avec une matière visqueuse , tenace. Le kermès minéral , ou un peu d’oxymel sciilitique, sont lions aussi dans ce cas. Depuis cet âge jusqu’à celui de sept ou huit ans, on peut en donner un grain. Depuis huit ou dix ans jusqu’à quinze ou dix-huit, 2, grains. Depuis dix-huit jusqu’au reste de la vie, 2 ou 3 grains. Cette dernière dose est quelquefois inefficace chez les gens faits ; alors on monte jusqu’à 4 ? 5 , 6 ou 8 grains , et cependant même quelquefois inutilement. Il ne faut monter à ces doses qu’en tâtonnant;

— SeloJi le sexe. — La dose chez les femmes est en général de 2 grains , même <^hez celles qui paraissent fortes ; chez les délicates, il faut commencer par un grain et moins.

— Selon les tempéramens. — Il y a des gens faits qui paraissent robustes, auxquels il suffit d’un grain, et même d’un demi-grain pour les faire vomir. Ces choses ne se devinent point : ainsi, quand un sujet se dit disposé à vomir à la moindre dose, il faut en effet ne lui faire prendre qu’une dose légère.

- — Selon les circonstances. — Ordinairement 2 ou 3 grains suffisent; mais dans les affections comateuses, dans les apoplexies et paralysies séreuses et pituiteuses , cette dose ne suffit pas ^ parce que l’estomac , partageant la faiblesse générale , est peu irritable. Ainsi , dans ces apoplexies séreuses, on monte jusqu’à 4? 5, 6 grains, on a même été quelquefois jusqu’à 12, 20, 3o grains et demi-gros; mais il ne faut monter à ces différentes doses que peu à peu. Dans les coliques métalliques* la dose ordinaire ne suffit pas : on est alors obligé d’en donner 6 grains partagés en trois

verres , et quelquefois on a été obligé d’aller jusqu’à 18 et 24 grains.

Comme vomitif , le tartre stibié ne se donne pas sous forme sèche (il serait alors nuisible), mais en dissolution. La forme sèche, dans le commencement , avait sans doute contribué à ses mauvais effets. On étend 5 grains dans trois verres d’eau ; on prend ces verres à trois quarts d heure ou une heure de distance l’un de l’autre. Quand le premier ou le deuxième a opéré un vomissement, on laisse le reste sans le boire. Dans l enfance, qui répugne aux boissons etendues, il faut donner le tartre stibié d une manière plus rapprochée : par exemple on étenu demi-grain dans une once et demie 2 onces d eau ; on en fait prendre une cuillerée de temps en temps ; au bout de quelques cuiilerees , les vomissemens viennent et se soutiennent. Dans le cas d’apoplexie, où l’estomac, partageant la faiblesse générale , a perdu toute son irritabilité, le tartre stibié seul ne suturait pas même à haute dose ; il fautl’étendre dans quelque potion cordiale qui ranimant 1 estomac , puisse lefaire contracter par

le vomissement. D’ailleurs, dans lesapoplexies

meme incomplètes, la déglutition est très-difîcde. Ainsi a tous égards, on est obligé dans ce cas de le donner d’une manière rapprochée dans 4 ou 5 onces de potion, on dissout 4, 5, 6 grains de tartre stibié; on donne une cudleree de cette boisson de quart d’heure en

quart d heure , et même à des intervalles plus rapproches. k

Quelquefois le vomissement est indiqué mais le su(et est trop sensible et trop irritable ’•

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