‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 69 sur 94 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

le tartre stibié seul excite des convulsions , des crispations, etc. 11 faut alors le donner dans une eau anti-nerveuse , avec un peu de liqueur d’Hoffmann , par exemple. Dans 4 ou 5 onces d’eau de tilleul , ou de légère eau de safran , on dissout 2 grains d’émétique, liqueur d’Hoffmann , 24 gouttes. On prend de cette potion une cuillerée de demi-heure en demi-heure.

Comme purgatif \ le tartre stibié s’emploie souvent, non comme purgatif unique, mais pour solliciter l’action des autres purgatifs. Il est d’un usage très-commun comme purgatif dans les fièvres continues avec redoublement, dans beaucoup de fièvres bilieuses, et dans béaucoup de fièvres putrides. Alors on le file , c’est le terme, c’est-à-dire qu’on en étend un grain dans une pinte de boisson appropriée qu’on boit dans la journée, ou bien on en dissout un grain dans un verre d’eau, et on donne une cuillerée de cette eau dans chaque verre de boisson appropriée. Cette pratique est généralement adoptée; cependant elle 11e convient pas dans tous les cas ; car lorsque, dans les fièvres continues avec redoublement, il y a un caractère inflammatoire, le pouls dur,fréquent, crispé, sécheresse, alors le tartre stibié filé est nuisible ; il augmente l’érétisme, Ja sécheresse, entretient la fièvre et l’irritation générale. Quelquefois, à la vérité , il sollicite quelques évacuations, mais ce sont des évacuations forcées, séreuses, la matière morbifique n’ayant point encore subi de mouvement de coction ; ainsi ces évacuations sont nuisibles : de plus, le tartre stibié filé, dans ces circonstances , excite le météorisme du

13 t S MÉTAUX. 25(^

ventre. Ges inconvéniens ont engagé beaucoup de praticiens à commencer Je traitement de ces maladies par les saignées, les délayans , les rafraichissans, les emolliens , jusqu’à une certaine époque : alors, quand l’inflammation est tombée , que le ventre est souple et mou, que les évacuations sont sollicitées par la nature , le tartre stibié filé est bon. Dans les fièvres bilieuses, qui sont le plus souvent dangereuses, surtout quand elles se compliquent avec la péripneumonie, la maladie commence par la sécheresse de la langue , qui est comme brûlée, une chaleur considérable de la peau , des selles fetides et séreuses, de lerétisme; le ventre se boursouffle aisément: alors le tartre stibié filé augmenterait les accidens ; il est agaçant, irritant , même quoique très-étendu. Il faut donc commencer par les saignées, lesdélayans légèrement acidulés, les emolliens, les.lavemens , et continuer ce traitement jusqu’à ce qu’on puisse mettre en usage les purgatifs doux : alors on donne , non le tartre stibié , mais les tamarins aiguisés par un peu de crème de tartre. Dans les fièvres putrides (et les fièvres bilieuses portées à un certain point le deviennent) , le tarjtre stibié filé est nuisible quand il y a sécheresse, érétisme, inflammation plus ou moins grande. Ainsi , administré de cette manière dans les fièvres putrides et bilieuses, dans les fièvres aiguës avec redoublement, ce remède demande beaucoup de prudence. Si les maladies bilieuses existent sans symptômes inflammatoires, sans soif, sans grande agitation du pouls, sans trop forte chaleur, lorsque la langueesthuiiiectée, qu’elle

est couverte d’un limon jaunâtre épais, non sec, alors le tartre stibié filé, en évacuant les matières contenues dans les premières voies, empêche que la maladie ne devienne trop longue.

Le tartre stibié est encore employé comme purgatif dans l’apoplexie , quand elle commence à tirer en longueur : alors il est utile en entretenant la liberté du ventre, non dans les apoplexies sanguines , où il ne convient dans aucun temps , mais dans les séreuses , qui l’exigent au commencement comme vomitif, et ensuite filé, comme nous venons de le dire. Il y a des sujets chez qui la dose ordinaire de tartre stibié filé ne suffit pas comme purgatif, tandis que d’autres vomissent à cette dose. Un bon moyen de l’empêcher de faire vomir, c’est de l’unir avec un sel neutre , comme celui de Glauber ou le sel végétal (i). C’est ainsi que souvent, quand on l’emploie comme vomitif, on met dans le troisième verre 2 gros de sel de Glauber pour solliciter les selles , ce qui constitue V êmètico-catharticum . Chez les en fans , dans le cas de coqueluche, on donne dans de l’eau de tilleul un grain d’émétique et 2 gros de sel dé Glauber : cette potion sollicite les évacuations intestinales , fond la matière visqueuse pituiteuse , et débarrasse ainsi d’une maladie souvent mortelle. Cette potion est utile quand il y a seulement viscosité avec peu de fièvre, la peau peu acrimonieuse. Mais si, dans le commencement, il y avait un état un peu inflammatoire, de l’érétisme, une extrême

(1) Tartrate de potasse.

DES MÉTAÜX. 201

sensibilité , où on ne peut prendre ni boissons ni alimens sans les vomir , alors cette potion serait dangereuse : il faut les émolliens, les relâchans en lavement et par la bouche, quelque potion légèrement narcotique et anodyne, pour détruire cette sensibilité exquise ; alors onfileJamanne ou la marmelade de Tronchin, qui est composée de parties égales de manne, de pulpe de casse et d’huile d’amandes douces; on donne une cuillerée à la fois de cette marmelade , ce qui est très-utile.

Comme fondant, le tartre stibié est employé dans beaucoup de maladies de poitrine, d’asthmes, de catarrhes anciens, dans les engorgemens glanduleux des viscères du bas-ventre, du mésentère, dans quelques maladies de peau. Il est vraiment fondant, mais moins que vomitif et purgatif; d’ailleurs d’autres préparations , même antimoniales, sont plus sûres que lui. Ainsi on peut l’éloigner de la pratique comme fondant (1).

(1) Dans quelques circonstances , le tartre stibié n’a agi que comme altérant, et il paraîtrait qu’il en est souvent ainsi dans les affections du cerveau. L’éditeur a sous les yeux trois observations qui lui sont communiquées par son honorable ami le docteur Kapeler , médecin en chef adjoint de 1 hôpital Saint-Antoine. Ces observations portent sur trois cas d’apoplexie. Dans la première, terminée par la mort , le tartre stibié a été porté graduellement à grains , sans déterminer ni vomissement , ni selles : à 1 autopsie cadavérique, on a trouvé un épanchement considérable de sérosités citrines dans les ventricules du cerveau. Dans la seconde , également terminée par la mort , le tartre stibié fut porté à la dose de a5 grains. On trouva des traces d’inflammations intenses des méninges (il faut remarquer qu’il s’agit ici d’apoplexie , et que le malade

j 4°. Oxyde d’ Antimoine blanc sublimé , fleurs d\ Antimoine. Les fleurs antimoniales, qui sont une simple volatilisation de l'antimoine, sont émétiques, mais d’une manière infidèle, ce qui fait qu’elles ne sont plus usitées.

Les préparations antimoniales ont fait la hase de plusieurs secrets : tels sont, i°. La -poudre de laChevaleraie,oyx\ a eu et a encore de la réputation pour les maladies écrouelleuses, les engorgemens quelconques , beaucoup de maladies des enfans. Cette poudre est de l’antimoine diaphorétique non lavé.

20. Les tablettes antimoniales de Daquirt. C’est encore le même antimoine diaphorétique non lavé , uni à quelques substances purgatives. Elles sont très-bonnes dans beaucoup de maladies par engorgement lymphatique, les écrouelles , etc.

5°. La poudre cornachine ou de tribus , ou du comte de IVarwick. Elle est composée de parties égales d’antimoine diaphorétique non

n’a présenté aucun symptôme qui appartînt à la frénésie ou qui en approchât) ; plus , un foyer conlenant 5 onces de pus , et placé à la partie externe du ventricule droit du cerveau. Enfin le sujet de la troisième observation vit encore. Il est d’une constitution en apparence athlétique. Plusieurs mois avant son entrée à l’hôpital , il a eu une attaque d’apoplexie ; il conserve des traces d’hémiplégie ; ses facultés intellectuelles sont presque entièrement abolies. Il se plaint d’une pesanteur de tète continuelle , d’étourdissemens , etc. L’application d’un séton , de divers stimulans, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, ayant échoué , le docteur Kapeler tenta l’usage du tartre stibié ; il en poussa la dose jusqu’à un gros pour vingt-quatre heures , dissous dans 2 pots (2 pintes) d’infusion d’arnica , sans obtenir ni vomissement , ni selles.

lavé, de diagrède et de crème de tartre : c’est un fondant doux qui évacue en même temps. La dose est de 12 grains jusqu’à 1 gros.

4°. Le remède de Rotrou , pour les maladies écrouelleuses. Il a eu beaucoup de succès, et il le mérite; mais il faut y insister long-temps.

Ce remède est composé de cinq préparations , savoir :

i°. Les pilules purgatives ou alexitères , ou pâte d’églantine. Elles sont composées avec les pignons d’Inde , qui sont un des plus forts purgatifs, et même poisons. Mais on a soin d’en exprimer la plus grande partie de l’huile t res- caustique , dans laquelle réside la vertu purgative. On les mêle ensuite avee l’esprit de vitriol (1) , qui amortit encore lenr causticité, en réduisant 1 huile dans un état savonneux ou résiniforme, ce que fait encore la crème de tartre qu’on y ajoute.

2°. Le fondant, qui est de l’antfmoine diapho rétique non lavé.

3 . L alkah , qui est de Valkali végétal ordinaire. Le dose est de 8 ou 10 gouttes dans quelque boisson sudorifique ou apéritive:

4° et 5°. La teinture aurifique et l'élixir au lifique. Ces préparations sont du kermès minéral , digéré dansde l’esprit-de-vin, qui dissout en partie le foie de soufre antimonié. C’est uri excellent fondant, légèrement purgatif, tonique et très-bon dans les maladies écrouelleuses.

Page 1