‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 76 sur 94 · Tome. I. X · texte numérisé non relu

Tome. I. X

le fer, et d’une manière particulière ; car, si l’on met une lame de fer dans une dissolution de cuivre par un acide, cet acide s’empare du fer , et précipite le cuivre sous sa forme métallique. On observe aussi que, si l’on trempe une lame de cuivre dans une dissolution de mercure, cette lame se couvre de mercure, de manière à paraître argentée. Ainsi tous les dissolvans agissent sur le cuivre. Il les teint en vert, et Y alk ali volatil change cette couleur en bleu ; aussi est-ce un procédé presque toujours certain pour s’assurer de la présence du cuivre partout où on le soupçonne. Le cuivre, dissous et combiné avec d’autres substances,, est d’une grande utilité pour les arts : cette connaissance ne nuit point au médecin pour apprécier surtout les ustensiles de cuisine. Son alliage avec l’étain forme le bronze. Le cuivre blanc , ou tombac , est un alliage de cuivre rouge avec du zinc et de l’arsenic. Le cuivre jaune, ou laiton, est un alliage de cuivre rouge très -pur, avec environ un quart de son poids de zinc, aussi très-pur. Le similor est un alliage de cuivre rouge et de zinc , fait dans des proportions propres à imiter l’or. Le pinsbeck reconnaît le même alliage. Les artificiers, les peintres, les teinturiers, les pelletiers emploient le cuivre ; il sert aussi à colorer les émaux, les porcelaines et les faïences; plusieurs autres artisans s’en servent aussi, comme nous le dirons ci-après.

Propriétés du cuivre. — Les anciens employaient comme émétique Yœs ustum , ou cuivre brûlé , qui est le cuivre traité par l’ac-

lion d’un feu violent. Mais depuis que l’on connaît les émétiques antimoniaux et l’ipécacuanha , on a abandonné Yœs ustum y qui est un fort vomitif, mais dangereux et infidèle; car quelquefois il occasionne des vomisseinens considérables et nuisibles, et quelquefois il n’en produit pas.

\Yœs ustum a été regardé par plusieurs praticiens comme spécifique dans l’épilepsie.

li y a des épilepsies dont la cause réside dans les premières voies; alors il faut les vomitifs et les purgatifs : il yen a qui dépendent d’un type nerveux particulier, qu’on peut changer par de fortes secousses, ce que fait le vomissement. C’est donc dans ces circonstances que Yœs ustum* pu quelquefois être anti-épileptique , mais il n est plus employé comme tel aujourd’hui.

On a regardé le cuivre comme très-bon contre la rage, parce que, cette maladie ayant des symptômes très-intenses, on a cru qu’il lui fallait des remèdes violens , et l’on a recommandé tous ceux des trois règnes. On ri’a pas encore trouvé de moyen pour guérir la rage confirmée, qui est jusqu’ici nécessairement mortelle , et accompagnée de symptômes horribles. On a quelquefois guéri cette maladie quand les symptômes ne font que commencer, qu ils ne se suivent pas avec continuité , et encore plus souvent quand elle n’est pas développée. Alors le mercure à l’intérieur, et encore mieux en frictions, a réussi, et on n’y emploie plus les drastiques ni Yœs ustum.

Neumann, fioerliaave , Helvétius, ont regardé le cuivre comme un excellent apéritif

dans l’hydropisie; ce n’était point le cuivre en nature qui était employé alors, mais dissous par l’alkali volatil, ce qui forme une liqueur nommée teinture bleue , teinture de Chypre, teinture de Vénus. Helvétius faisait prendre quelques gouttes de cette teinture dans un verre de boisson appropriée. Elle est apéritive : aussi elle a pu être utile quelquefois. La dose était de 4, 6 , 8 gouttes dans chaque verre de boisson convenable, jusqu’à la concurrence de 12, 18, 24 gouttes par jour. Mais aujourd’hui cette teinture est abandonnée à cause de ses dangers; car le cuivre, pris à l’intérieur, est nuisible par sa continuité. Depuis peu , on a voulu ramener l’usage des préparations cuivreuses en médecine à l’intérieur. Un nommé' Ganiet, chirurgien de Lyon , qui a publié un ouvrage sur les cancers, fort bien écrit par Linguet (1), a prétendu avoir un secret merveilleux contre les squirrhes et les cancers. Ce remède est composé de cristaux de V ènus [2) , de limaille de fer et de l’extrait de ciguë. 11 a eu quelques succès dans les cancers au sein , dans les ulcères cancéreux de la matrice ; mais ces succès ont été rares : le plus souvent ce remède a échoué. Souvent ces pilules donnaient des coliques , des tiraillemens d’estomac , etc. , et les malades étaient obligés d’en discontinuer l’usage. Un médecin, qui n’est point de la Faculté, a prôné un nouveau secret contre

*(1) Ce n’est pas Linguet qui a écrit ce livre , mais un avocat hypocondriaque , qui a débité le remède de Gamet en province , et qui s’y est ruiné.

(2) Acétite de cuivre cristallisé.

tes squirrhes, les cancers, les ulcères à la matrice, sous le nom de pilules de Çerbier, qui en est l’auteur : ces pilules sont les mêmes que celles de Gamet ; elles sont composées de verdet , ou acétite de cuivre, de limaille d’acier et d’extrait de ciguë. Plusieurs médecins, qui en ont suivi l’usage , ont vu que ces pilules ne réussissaient pas, qu’elles accéléraient la maladie et la mort , qu elles produisaient des coliques, des dévoiemens dysentériques, des tiraillemens d’entrailles, le marasme, la fièvre lente, et en peu de temps une teinte jaune et même verdâtre sur l’habitude du corps ; que les cheveux et les poils devenaient d’un vert clair : ce qui est propre à ceux qui sont exposés aux effets des préparations du cuivre. Ainsi, il n’y a que fort peu de tempéramens qui puissent supporter l’usage du cuivre; et comme il est difficile de distinguer ces sujets privilégiés, il vaut mieux éloigner le cuivre et *ses préparations de l’usage intérieur. Quelques médecins espérant que des tumeurs, de nature à peu près squirrheuse, céderaient à l’usage continué du cuivre , on en a fait une suite d’expériences à 1 hôpital de la Pitié. On a vu seulement , chez des enfans , que quelques tumeurs écrouelleuses , quelques nodus rachitiques se sont fondus au bout d’un certain temps. C’était le verdet que l’on donnait à la dose d’un grain et demi ; chez quelques-uns, deux ou quatre ; mais le plus souvent il n’a point eu de bons effets, et l’on a été obligé de le discontinuer , à cause des accidens qu’il produisait. Al extérieur le vert-de-gris est très-employé comme desséchant et corrosif, pour

cicatriser les anciens ulcères, détruire les taies des yeux , les aphlhes et les chancres. 11 entre dans l’onguent ægyptiac, dans le baume vert de Metz ou de feuillet, dans le collyre de Lanfranc. On l’emploie pour les ulcères de la cornée, les taches, les taies; et en gargarisme, très-étendu dans un menstrue convenable, à petites doses , pour les aphthes de la gorge , les petits ulcères de la gorge et de la langue, et dans les ulcères des autres parties.

Sulfate de cuivre , Vitriol bleu , Vitriol de cuivre , Vitriol de Chypre , Couperose bleue. — C’est une dissolution du cuivre dans l'acide sulfurique : il est très-caustique, et la plus dangereuse de toutes les préparations cuivreuses. On en trouve une assez grande quantité dans le sein de la terre. Il s’emploie à l’extérieur comme caustique et desséchant. M. Nâvier conseille les alkalis fixes dans le cas d’empoisonnement par le sulfate de cuivre, pour décomposer ce poison ; mais ce moyen chimique n’est pas admissible dans la pratique. 11 faut détendre, relâcher, empâter et évacuer par des purgatifs très -doux. Le même conseille le baume de soufre, quand on a été empoisonné par le vert-de-gris des ustensiles de cuisine , parce que le baume de soufre peut dissoudre la graisse , qui est , dans ce cas, le dissolvant du cuivre. Mais il ne faut pas employer ce moyen au commencement. Quand les symptômes inflammatoires sont passés ,■ et que le poison agit lentement dans les secondes voies, alors les baumes et foies de soufre à petites doses et très-étendus peuvent convenir.

DES MÉTAUX. 02f]

Empois onnemens par le cuivre. — Le vertde-gris, la limaille de cuivre, pris en substances ou en dissolution , ne sont pas un poison lent comme le plomb et les vapeurs du cuivre; mais ilssont corrosifs, et excitent trèspromptement des symptômes inflammatoires et d'irritation qui demandent de prompts secours. Les ustensiles de cuisine rendent cet empoisonnement assez frequent quand rétamage uest pas exactement posé; alors les ragoûts qu’on laisse refroidir dans ces vaisseaux attaquent le cuivre par le vinaigre ou les substances graisseuses qu’ils contiennent. Au bout de trois ou quatre heures au plus tard , on éprouve des douleurs horribles dans l’estomac et les premières voies, des nausées, des vomissemens verdâtres, une très-grande irritation du bas-ventre, des selles douloureuses, souvent dysentériques, des tranchées effrayantes, enfin tout ce qui caractérise une inflammation portée à l’excès. On trouve , dans les cadavres , les premières voies enflammées, gangrenées et trouées par la chute des parties sphacelées.

— Traitement. — Il faut les huileux en grande quantité, le lait, les boissons mucilagin eu ses. Les cbymistes ont redouté l’huile, parce que, comme corps gras, elle peut dissoudre le cuivre; mais il faut amortir, détendre, envelopper le venin , l’évacuer par haut et par bas; ce que fait l'huile , et ce qui est très-précieux. Ils ont craint de même la partie butircuse du lait, mais à tort. Il faut aussi donner la tisane de graine de lin , la décoction d'orge , de gomme arabique, etc. Si l’on n’a avalé qu une petite quantité de ce poison, ou si l’on

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en a rendu une certaine partie par les évacuations , de sorte que le reste passe dans les secondes voies, alors il produit la fièvre lente , le marasme, les convulsions , les tremblemens, l’irritation des membranes. On fait bien de continuer le lait et les émolliens ; mais il faut y joindre les sudorifiques, surtout tirés des huiles essentielles , comme la potion recommandée dans l’empoisonnement de l’arsenic (i).

Maladies de ceux qui travaillent le cuivre. — Beaucoup d’ouvriers emploient le cuivre , et sont , à cause de cela , sujets a différentes maladies. Cependant le cuivre ne mérite pas tous les reproches qu on lui a laits : on a outré ses mauvais effets ; car il y a des ouvriers qui ne

travaillent que ce métal, et qui n’en sont pas très-

(1) Il est bien reconnu actuellement que le- sucre est le véritable contre - poison du vert-de-gris , comme L albumine ( le blanc d’oeuf ) est le contre-poison du sublimé corrosif. Le premier soin du médecin appelé pour secourir les individus empoisonnés depuis peu de temps par le vertde-gris est , dit le docteur Orfila dans son Traité des poisons , de leur faire prendre une grande quantité de sucre solide, et de leur administrer beaucoup d’eau sucrée.

Il est certain que le sucre exerce une action chimique sur Je vert-de-gris j car , si 1 on fait bouillir , dit le meme auteur, pendant une demi— heure , dans une fiole une once de sucre blanc avec une once d’eau et 10 grains de vertde-gris, on obtient un liquide vert qui ne renferme aucun atome de cuivre s puisqu’il n’éprouve point de changement par le prussiate de potasse , l’ammoniaque et les h y dro- sulfures. Le fond de la fiole contient une poudre verte sans nuance de bleu , insoluble dans l’eau bouillante , et soluble avec effervescence dans l’acide nitrique affaibli, qui la transforme en nitrate de cuivre.

incommodés, comme on le voit à Ville-Dieu en Basse-Normandie. A la vérité, il n’agit pas sur eux d’une manière prompte; mais à force de le travailler, d’être continuellement dans une atmosphère cuivreuse , d’en absorber une grande quantité, leur santé est altérée. Leur port et leur physionomie ont quelque chose de remarquable : ils ont le teint d’un jaune vert, les yeux et la langue sont de la même couleur, les cheveux sont verdâtres, les excrémens, les urines, les crachats sont empreints de la même couleur, qui se communique à leurs habits par la transpiration. Ils sont petits, maigres, comme raccourcis; la plupart de leurs enfans sont rachitiques; ils sont vieux à quarante, cinquante ans; et quelquefois à trente, ils sont déjà décrépits. Ainsi les vapeurs du cuivre , absorbées, amènent un état sénile très - précoce. Lorsque le cuivre amène des maladies moins lentes* elles ressemblent entièrement à celles du plomb, comme chez les fourbisseurs , les graveurs en cuivre, etc. Il faut alors le même traitement que pour la colique saturnine. Il y a pourtant des artisans maniant le cuivre, dont les maladies ne sont pas dues principalement à ce métal ; c est ainsi que les maladies des chaudronniers dépendent du plomb qu’ils manient; celles des monnoyeurs dépendent souvent des acides minéraux dont ils se servent pour la coupelle; celle des essayeurs dépendent du plomb avec lequel ils essaient l’argent. Ainsi , quelquefois le cuivre peut exciter des coliques, et ces coliques ressemblent à celles du plomb; cependant il est possible que quelquefois il n'y

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donne paslieu. Beaucoup de graveurs en cuivre et en eau-forte ont des symptômes comme de colique de plomb , mais surtout compliquées de symptômes produits par les acides minéraux , comme le tremblement , l’irritation générale , etc. Il faut employer d’abord les drastiques , et ensuite les émolliens et les mucilagineux.

Le cuivre , sous forme de cuivre , peut s’avaler sans accidens ; c’est ainsi qu’on avale souvent des liards qui ne produisent d’autre effet qu’une irritation purement mécanique. Mais quand ce métal a été dissous, il donne lieu a des accidens très-graves. Un malade , à l’hôpital Saint-Louis, ayant mangé une soupe, depuis long-temps faite dans un pot de terre non vernissé, où séjournait depuis quelque temps un liard qu’on a trouvé verdegrisé , a éprouvé des coliques , des tiraillemens d estomac et des tremblemens.

Le cuivre dissous , employé même à 1 extérieur , est pernicieux pour l’intérieur. Les peintres qui emploient le vert-de-gris dans leurs couleurs , sont sujets à des tremblemens, à des convulsions , à des tiraillemens d estomac et à des coliques, mais bien différentes de celle du plomb , qui sont caractérisées par la non inflammation et la constipation ; au lieu que celles du cuivre sont accompagnées d inflammation, d’une irritation très-forte, dediarrhée, de dysenterie, ce que produit surtout le vertde-gris. Les émétiques , les purgatifs et les sudorifiques seraient très-nuisibles alors; il faut au contraire les émolliens sous toutes les formes , et y insister long-temps. Quand , après

pks métaux. 53i

le traitement , il reste du tremblement, il faut employer l’extrait de genièvre avec l’huile essentielle d’anis , les eaux hépatiques sulfureuses très-étendues, et coupées avec le lait ou autres boissons mucilagineuses. Cependant ceux qui travaillent le verdet , ce qui se fait surtout a Montpellier , en sont peu incommodés. Mais les dissolutions de cuivre les plus da ngereuses sont celles qui ont lieu par les huiles ; ce qui rend si pernicieux les mets qui ont séjourné dans des vaisseaux de cuivre. J’ai ouï dire à des praticiens très-répandus que le verdet avait été donné à l’intérieur sans accidens, mais que les dissolutions du cuivre par les huiles , avaient toujours agi comme poison, produisant de la fièvre , des tiraillemens de viscères, beaucoup de douleurs, la diarrhée, souvent la dysenterie et des tremblemens trèsdifficiles h guérir. Le traitement de ces accidens doit être émollient, et nullement drastique.

Ainsi concluons que le cuivre en vapeurs est rarement dangereux d’une manière prompte et marquée : que les accidens qu’il peut produire îie sont point inflammatoires , mais ressemblent à ceux du plomb ; qu’avalé en nature, il n’est point dangereux ; qu’il est dangereux quand il est réduit en vert-de-gris; qu’il est moins dangereux dissous par le vinaigre que quand il l’est par les huiles , les graisses et divers sels ; car alors c’est un des plus violens poisons.

Outre les exploiteurs des mines de cuivre , les ouvriers qui manient le cuivre, sont les chaudronniers, les faiseurs de statues, de médailles, les monnoyeurs, ceux qui font le

bronze , ceux qui fabriquent le similor. Au reste , si le cuivre était aussi dangereux qu’on l’a dit, presque tout le monde serait toujours incommodé , tant il est d’un usage fréquent dans les cuisines : il faut les circonstances que nous avons déterminées pour qu’il soit alors dangereux.

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