ÉTAIN
Les alchimistes , qui croyaient que les planètes avaient une influence particulière sur les substances métalliques , donnèrent à ces substances les noms de ces planètes ; et voilà pourquoi ils appelaient le fer, Mars ; le cuivre, Vénus ; le plomb , Saturne ; l’argent , la Lune ; l’or , le Soleil 3 ou roi des métaux , et enfin l’étain , Jupiter.
L’étain est un métal d’une couleur blanche approchant de celle de l’argent, mais plus sombre. Il est plus mou, plus léger, moins élastique et moins sonore que tous les autres métaux, excepté le plomb. L’étain oxydé, ensuite fondu avec un oxyde de plomb et des matières fusibles et vitrifiables, comme du sable et des sels , sert à former le bel émail blanc dont on couvre la faïence. Comme l’étain est moins susceptible d’être attaqué ou rouillé par l’action de l’air et de l’eau que le fer et le cuivre , on s’en sert pour recouvrir ou étamerla plupart des ustensiles faits avec ces métaux. L’étain mêlé avec le sublimé corrosif, et soumis à la distillation, donne un esprit de sel très-fumant , connu sous le non de liqueur fumante de Libavius, que quelques-uns nomment aussi beurre d’étain, quoique cette ma-
tière en paraisse séparée et sous forme concrète.
Les dissolutions d’étain dans les acides , et étendues dans une grande quantité d’eau, forment un précipité couleur de pourpre , qu’on nomme pourpre de Cassius. Ce pourpre sert dans la peinturé en émail et sur la porcelaine. L’étain mêlé avec le mercure forme l’étamage, ou le tain des glaces. Alliés avec le plomb, à parties à peu près égales , il sert aux plombiers pour former la soudure.
Propriétés. — Les anciens n’employaient point 1 étain. Il a été recommandé dernièrement comme un excellent vermifuge , surtout contre les vers cucurbitains et le tænia. MM. Andry , Tissot , Yander-Wien l’ont accrédité. Il l’est beaucoup en Prusse et en Allemagne; mais en France , les expériences qu’on en a faites n ont pas réussi ; étant donné même à hautes doses, nous avons des moyens presque toujours sûrs qu’il faut lui préférer.
La manière de le donner est en limaille , dansquelquescuilleréesde boisson appropriée. On le donne à la dose de i , 2, 3 gros , et même d une once par jour. On n’éprouve aucun effet salutaire ni nuisible.
Mead et autres Font recommandé dans la lèpre , maladie à peu près incurable , à moins qu elle ne soit prise dès son commencement, où il faut les sudorifiques, lesdélayans, les bains.
On a encore regardé 1 étain comme un excellent anti-spasmodique, surtout contre les maladies nerveuses du sexe. C’est Je sel jovial (1)
(1) Muriate d’étain.
qu’on a employé alors, auquel on avait donné le nom de poudre des dames. Quand on donnait cette poudre dans des extraits appropriés, cela formait les pilules des dames , les pilules anti-hy stériques.
L’étain se dissout très - bien dans tous les acides minéraux et végétaux , et forme avec eux des sels d’étain , et avec le vinaigre surtout , ce qui forme un sel acéteux d étain ou jovial. t
Ori l’a cru propre à s’insinuer dans les plus petits recoins du corps, dans les maladies nerveuses, et à chasser jusqu’aux plus petites particules morbifiques ; aussi l’appelle-l-on furet du corps. Aujourd’hui il est absolument éloigné de la pratique , non comme dangereux , mais comme inefficace. Ce qui a trompé sur son compte, c’est qu’on le donnait avec des moyens efficaces, comme la thériaque, l'extrait d’armoise , le laudanum , etc.
L’étain entre dans l’anti - hectique de Potérius , et dans le lilium de Paracelse; hofs ces deux préparations, il n’est point employé : ainsi la chimie , la pratique médicale et la pharmacie doivent éloigner 1 étain , de quelque manière qu’il soit donné , de 1 art de guérir.
Maladies de ceux qui travaillent V étain. — Plusieurs regardent 1 étain comme un poison, quand il est pris à certaine dose à l’intérieur. Ce qui a soutenu cette idée, c’est qu’on croyait, d’après Margraf, que l’étain contenait beaucoup de particules arsenicales. Peut-être qu’il en contient souvent quand il est dans le sein
cle la terre ; mais quand il a été purifie par des moyens chimiques, il n’en contient pas. L’étain 'en pratique est nul en bonne et en mauvaise part. Mais souvent l’étain n’est pas pur ; il se trouve combiné avec le plomb, et produit , à cause de cela, les accidens de ce dernier métal chez les potiers d’étain, chez les chaudronniers, ceux qui mettent les glaces au tain. Quelquefois ce sont d’autres substances unies à l’étain qui produisent les maladies de certains ouvriers , comme chez ceux qui emploient le pourpre de Cassius , avec lequel on colore les porcelaines de Sèvres : ces ouvriers éprouvent des irritations de poitrine , des toux , des hémoptysies , non à cause de l’étâin , mais des acides minéraux. Les teintures rouges cramoisies, et surtout l’écarlate, s’obtiennent en grande partie par la dissolution de l’étain dans l’eau régale ; et c’est cette dernière qui produit la sécheresse , le marasme, la'faiblesse , le tremblement , l’irritation de poitrine, l’hémoptysie , la phthisie , soit sèche , soit ( plus souvent) humide. Dans tous ces cas , il faut un traitement analogue aux différens accidens, et qui se déduit facilement de ce que nous avons déjà dit.