PREMIÈRE CLASSE
ÉVACUANS.
On donne le nom d’évacuans à des médicamens dont 1 action principale consiste à chasser par les différeus émonctoires, les matières Tome I. B b
capables de gêner les fonctions de l’économie animale.
Cette classe renferme les émétiques, les purgatifs, les sudorifiques, les diurétiques, les emménagogues , et les apophlegmatisans.
ÉMÉTIQUES.
Par émétique, on entend toute substance propre à exciter le vomissement, c’est-àdire, à faire rendre par la bouche ce qui est contenu dans l’estomac et une partie des intestins.
Le vomissement peut être déterminé par la plénitude de 1 estomac , ou par une matière irritante qm agisse sur ce viscère , soit idiopathiquement, soit sympathiquement. Quand cette évacuation est sur le point de se faire, presque toute la machine ressent un saisissement considérable • il y a anxiété et malaise général. Pendant qu’elle se fait, tout le corps entre dans une grande commotion ; les jugulaires se gorgent, le visage devient très-rouge, la tête est pesante et douloureuse. Le vomissement fini, tout rentre dans le calme; on éprouve du soulagement , mais il reste une faiblesse considérable, et il survient une sueur abondante. Le vomissement évacue, non-seulement ce qui est contenu dans l’estomac et une partie des intestins , mais encore ce qui se trouve dans le pharynx, le larynx , la trachéeartère, les bronches, les poumons, et les viscères abdominaux. Ainsi les émétiques produisent deux grands effets , savoir, un effet secouant, et un effet évacuant.
DES ÉVACUAI S. 5g^
Examinons les cas generaux clans lesquels les emetiques conviennent, ou non.
i°. Dans les maladies de la tête. Ces maladies sont divisées en aiguës et en chroniques
Les aigues sont la fièvre maligne , la phrënêsie et I apoplexie.
Il faut éviter les émétiques dans la fièvre maligne, lorsqu’elle a pour cause l’engomement sanguin du cerveau : on la nomme alors cephaluis(i). Cependant, dans l’annonce de cette maladie , on éprouve souvent des envies de vomir, et même des vomissemens; mais ils n ont lieu que sympathiquement, à raison de 1 engorgement cérébral qui augmenterait parles secousses que produisent les émétiques - et cestic, une des exceptions à la règle proposée par H'ppocrate : vomitus vomitu curatur.
Mais les émétiques sont nécessaires dans la lievre maligne, quand elle existe avec affaissement, que le genre nerveux est affecté sans que le cerveau souffre plus qu’un autre orl gnne ; et c est celle qu on appelle fievre lente nerveuse. Cette maladie a une marche très! ente , il y a apathie presque générale, avant pour ainsi dire, que le sujet se croie malade les digestions des- lors sont viciées, ce qu, donné heu a \a saburre des premières voies. Il est donc necessaire de faire vomir, quand celte maladie
(i) Pourquoi l’auteur confond-il h f, r le céplmlilis, autrement dil ta répi, alite J “ f aVeo
fgrapl.es modernes, et principale ‘ ‘L J P “ "°50- . graphe Pinel , qu i, es,
orsqu II S agit de fievres, ce snm deux maladies fort di uices : l’une appartient essentiellement a ta elass! de fièvres , et l’autre se range parmi les phteg.nasi^
, commence à se développer : d’ailleurs , comme secouans, les émétiques redonnent du ton aux parties qui sont dans l’atonie.
Dans la phrénésie, les vomissemens n’étant que sympathiques , ils augmenteraient, et deviendraient mortels par l’usage des émétiques.
Ces mêmes moyens seraient nuisibles dans l’apoplexie sanguine ; ils sont très-avantageux dans l’apoplexie séreuse.
Les maladies chroniques de la tête sont la manie, la migraine, les douleurs de tout cet organe , et l’hydrocéphale interne.
Dans la manie , les vomitifs réussissent rarement; quelquefois cependant ils ont été utiles, en changeant l’habitude nerveuse qui entretenait cette maladie.
Dans la migraine, les émétiques sont souvent utiles , parce que cette maladie dépend très-sou vent de la saburre des premières voies ; mais dans celle qui est purement nerveuse, ou qui dépend d’une affection du péricrâne, d’une suppuration d’un des lobes du cerveau , etc. , les émétiques ne conviennent point. Quand elle est produite par une matière rhumatismale portée sur le cerveau etses membranes , les vésicatoires sont nécessaires , mais non les émétiques. Ceux-ci conviennent dans les douleurs générales de la tête, quand elles ont pour cause une saburre stomacale , ou une ataxie nerveuse ; mais il faut les rejeter quand c’est une cause résidant dans le cerveau.
C’est par cette raison qu’ils ne conviennent pas non plus dans l’hydropisie de cette cavité : les vomissemens spontanés qui l’accompagnent ne sont que sympathiques, ils ne sou-
DES évacuans. 58g
îagent que pour le moment ; de sorte qu’il faut recourir à d’autres moyens.
2°. Dans les maladies de la gorge. Les émétiques ne conviennent pas dans l’angine vraiment inflammatoire, dans celle qui est trèsbilieuse avec inflammation vive • mais dans 1 angine bilieuse qui n’est que peu inflammatoire, ils sont très-utiles en dégorgeant les parties affectées , et en évacuant le foyer bilieux. Dans celle qui est catarrhale, avec quelques symptômes un peu intenses , il faut quelquefois saigner légèrement , après quoi les vomitifs sont nécessaires. Ils le sont dès le commencement de l’angine catarrhale simple : ils le le sont aussi presque toujours dans l’angine gangréneuse, et c’est sur eux que le praticien doit fonder sa plus grande espérance. Dans le mal de gorge qui accompagne si souvent la fièvre scarlatine , dont le principe est bilieux, il faut employer les vomitifs, mais en général il faut les faire précéder par des saignées abondantes et répétées. Ils conviennent encore dans 1 angine convulsive ou paralytique ; enfin quand elle dépend d’une tumeur remplie d’eau ou de pus placé hors de la portée des instrumens , les vomitifs en opèrent la rupture et la guérison.
3°. Dans les maladies de la poitrine. Elles sont aussi distinguées en aiguës et en chroniques : les aiguës les plus fréquentes sont les pleurésies et les péripneumonies. Les émétiques ne conviennent pas dans ces maladies, lorsqu’elles sont inflammatoires, ou bilieuses avec beaucoup d’inflammation ; il faut alors • des saignées très-abondantes et répétées. Mais
dans les bilieuses peu inflammatoires, ils sont nécessaires, surtout quand la saignée a précédé : ils conviennent aussi quand ces maladies sont catarrhales, et quand elles dépendent d’une sabuire stomacale.
Les maladies lentes de la poitrine sont la phthisie pulmonaire, l hydrothorax, etc., dans lesquelles les émétiques nuisent en général , et l’asthme. Quand les accès de celui-ci s’annoncent , on peut les arrêter en excitant le vomissement j mais quand une fois ils sont dans leur intensité, ou même sur leur déclin, les émétiques ne feraient que les augmenter ou les rappeler.
Zj°. Dans les maladies du bas-ventre. Dans le cas de langueur des premières voies, de matières glaireuses , saburrales , les émétiques sont tres-utiles, et beaucoup de maux d estomac existant avec faiblesse générale, syncope, douleur de tète , ont été guéris par ce moyen. Mais ils ne conviennent pas , quand ils dépendent d’un état nerveux ; ce qui h est pas rare, d’un squirrhe au pylore, commençant ou invétéré , d’un état inflammatoire, ou dune cause mécanique inhérente, etc.
Dans la jaunisse , les émétiquessont souvent utiles , surtout quand elle est due à une matière glaireuse , saburrale , qui, engorgeant le commencement du duodénum , s’oppose à la libre issue de labile. Ils conviennent encore dans la diarrhée et dans la dysenterie muqueuses, qu’ils guérissent en évacuant la matière morbifique , et en excitant le mouvement antipéristaltique des intestins. Ils sont utiles aussi dans quelques engorgemens des viscères du
DES ÉVACUA NS. 5pl
bas -ventre, non dans les obstructions décidées , ni dans les squirrhes , mais dans les simples empâtemens. Mais ils nuisent en général dans la plupart des maladies des reins, comme la néphrétique, le calcul , etc. ; de même dans les ulcères de la matrice , l’habitude nerveuse et l’état inflammatoire de cet organe. Ils sont au contraire avantageux dans les maladies de matrice qui dépendent d’atonie, d’engorgemens glaireux, de saburre des premières voies; ce qui n’est pas rare dans ces pertes utérines peu abondantes, connues sous le nom de stil~ licidium uteri : on préfère alors l’ipécacuanha, parce qu’il est moins secouant , et qu’il a d’ailleurs une espèce de propriété pour arrêter les évacuations sanguines qui ont lieu par les parties inférieures.
5°. Dans les maladies générales. Elles sont encore ou aiguës ou chroniques»; les aiguës sont les fièvres, qu’on peut considérer en continues simples, en continues éruptives, en fièvres rémittentes, et en fièvres intermittentes.
Les fièvres continues , soit simples , soit putrides, exigent souvent les émétiques, parce qu elles sont souvent accompagnées ou entretenues par une matière saburrale : alors le vomissement s’oppose à la longueur, à la gravité de la maladie. Mais ils sont nuisibles dans ces fièvres, quand elles sont déjà avancées, quelles existent avec un type inflammatoire, qu’il n’y a point de saburre. C’est pourquoi Hippocrate dit : In morbis acutis nulla tentancla evacuatio in pnncipio , nisi materia turgeat ; raro autem iurget . La langue chargée depuis un certain
3g2 RÉGNÉ VÉGÉTAL.
temps, le morsus du cardia, quelques envies de vomir, le manque d appétit , sont les signes qui indiquent la présence de ia sabun'e , et exigent les vomitifs. Mais ils doivent être éloignés , quand, avec les envies de vomir, la langue est rouge, sèche, non chargée; qu’il n’y a point de douleur stomacale , parce qu’ils ne feraient qu’atigmenter l’état inflammatoire.
Dans les fièvres rémittentes, qui sont presque toujours dues à une bile trop âcre contenue dans les premières et les secondes voies , les émétiques sont utiles, non quand ces fièvres sont très-inflammatoires, et qu’elles se rencontrent chez un sujet pléthorique ; ils seraient alors dangereux , et il faut des saignées très-répétées , les boissons délayantes, acidulés ; les lavemens émolliens réitérés. Mais souvent, dans cette maladie, l’état inflammatoire tombe vers le dixième ou onzième jour : la langue se charge , la bouche devient mauvaise , il survient des nausées ; il faut profiter de la circonstance, et faire vomir. Ce moven n’est pas moins utile dans les fièvres ardentes, dont la cause est toujours une bile très-exaltée: F ebres ardentes cholera-morbus solvit , dit Hippocrate.
Lorsque dans la petite vérole l’éruption est lente par faiblesse, ainsi que la suppuration ; quand l’une et l’autre viennent à rentrer, les secousses du vomissement et la sueur subséquente rappellent le virus variolique à la peau. Les émétiques sont encore nécessaires quand, au milieu de la maladie, la poitrine s’engorge à la suite d’une répercussion ; qu’il survient
DES JÉ V A C U A N s. 3q3
un dévoiement considérable et affaiblissant T 011 une salivation dont la suppression dorme lieu a de grands accidens : on rappelle cette évacuation avantageuse par le moyen des émétiques; ils conviennent aussi dans la rougeole a peu près dans les memes circonstances. Leur usage est nécessaire après les saignées dans les nevres scarlatines et érysipélateuses, qui reconnaissent presque toujours une cause bileuse : ils arrêtent les progrès de lerysipèle, e empêchent que le mal de gorge, qui complique la fievre rouge , ne devienne gangré- Telles sont les principales circonstances generales dans lesquelles on doit employer les emetiques. Mais .1 y en a de particulières qui les contre-, ndiquent quelquefois. C’est ainsi qu Us ne conviennent pas chez les sujets qui out la poitrine très-délicate, chez ceux ciui sont disposes au crachemeut de sang. Ceux qui ont des hernies doivent les contenir par un oandage, ou avec la main pendant le vomissement. Les émétiques ne doivent pas être don-
fUX, fen,',,nes enceintes sans des raisons s -fortes. Ils ne conviennent pas non plus quand il y a grande faiblesse; car celle qui précédé et suit le vomissement pourrait amener la mort. Cependant s’ils étaient absolues nTSa‘reS’- d faudrait te donner, mais dans quelque potion cordiale. En général ils
mrcTn‘le.nt Pe" dans les maladies nerveuses, occasion6 es,secousses fle l’estomac pourraient voit nCIî deS convuls’ons considérables. On voit cependant quelquefois I' 'épilepsie guérie
1 r des vomissemens répétés ; c’est qu alors
elle dépendait de la saburre des premières voies, ou d’une ataxie nerveuse qu’il fallait contredire. 11 y a des sujets qui , quoique forts en apparence , ne laissent pas d’ètre trèsincommodes par l’action des émétiques; il est donc important de s’informer de tout cela quand on a intention de faire vomir.
Lors même que les émétiques sont le plus clairement indiqués, il y a des précautions à prendre, soit avant de faire vomir, soit pendant le vomissement, soit contre son intensité ou sa continuité.
i°. Il faut souvent le faire précéder de la saignée (i), détendre, délayer la matière qu’on veut évacuer. Sans cette dernière attention , le vomissement ne se ferait pas, ou, s’il se faisait, ce serait avec des secousses considérables, qui pourraient amener un état inflammatoire. Cependant il y a des circonstances où le vomissement est si promptement nécessaire , qu’on n’a le temps de prendre aucune précaution , comme dans le cas d’indigestion, de matières vénéneuses avalées, etc.
2°. Pendant le vomissement, il faut faire prendre des boissons tièdes , abondantes , qui , remplissant l’estomac , rendent les secousses moins vives et les évacuations plus complètes ; mais quand on veut un effet plus secouant
(i) Peut-être M. Desbois a-t-il trop préconisé la saignée. Il semble qu’on devrait employer ce moyeu avec plus de circonspection, surtout dans les complications bilieuses. C’est dans ces circonstances que des praticiens recommandables, éclairés par une longue expérience et une saine observation, ont souvent conseillé les émétiques avant la saignée.
DES ÉVACUAIS. 3()5
qu’évacuant, il ne faut pas trop insister sur l’eau tiède, comme dans certaines paralysies, les coliques de peintres, où il faut de fortes secousses , etc.
3°. Le vomissement, quoique sollicité par des moyens doux et quelquefois si forts, qu’il faut l’arrêter promptement, sans quoi les convulsions considérables qu’éprouve l’estomac, pourraient être suivies de la mort; il faut, dans ce cas, mettre en usage les acides, moins les minéraux que les végétaux , comme la crème de tartre , et encore mieux le suc de citron , de limon , d’orange , surtout le vinaigre un peu fort. On conseille aussi les eaux distillées aromatiques d’bysope , de lavande, de romarin, et principalement l’eau de menthe, surtout de menthe poivrée; les terres absorbantes, surtout la magnésie. J’ai vu des vomissemens, rebelles à d’autres moyens, céder à une dissolution de magnésie dans un peu de suc de citron ou d’orange, et avalée dans le moment de l’effervescence. On peut se servir aussi de la potion anti-émétique de Rivière, composée avec demi-gros de sel d’absynthe , une cuillerée de suc de citron, et une ou deux cuillerées d’eau : il faut avaler le mélange dans le moment de l’effervescence. Les toniques sont encore recommandés , comme les préparations martiales , la rhubarbe , le quinquina , etc.; mais ces moyens réussissent moins que les précédens. Quand tous ceux dont nous venons défaire mention ne suffisent pas pour arrêter le vomissement, il faut avoir recours aux anti spasmodiques donnés à dose un peu forte. Ainsi on donne la liqueur d Hoffmann ÿ
l’éther sulfurique, le laudanum liquide de Sydenham, l’opium, surtout son extrait aqueux; la thériaque, la confection hyacinthe, le diascordium. Yoici, une bonne formule de M. Dehaën contre les vomissemens opiniâtres dus a un émétique pris inconsidérément, ou dépendans d’un état spasmodique de l’estomac :
Eau de menthe 5 onces.
Poudre d’yeux d’écrevisses. . demi-gros.
Suc de limon 1 cochl.
Liqueur d’Hoffmann demi-gros.
Laudanum liquide 20 gouttes.
Sirop de menthe i once.
Il faisait prendre cette potion par cuillerée , de deux heures en deux heures. C’est un des meilleurs anti-émétiques que l’on connaisse, utile non- seulement dans les vomissemens continus, mais encore dans le hoquet , les douleurs nerveuses et les crampes de l’estomac. Quand ce moyen ne suffit pas, ce qui est rare, il faut avoir recours aux anti-spasmodiques férulacés , surtout à l’assa-fœtida donné à la dose de 10 du 12 grains par jour en trois prises : il est très-utile contre le vomissement et le hoquet opiniâtre. Enfin, il y a des topiques utiles dans le même cas : c’est ainsi que la thériaque, appliquée sur la région épigastrique, qu’un emplâtre approprié sur lequel on a mis 6 grains de camphre et autant d’opium, que l’emplâtre d’assa- fœtida , ont souvent guéri des vomissemens que tous les moyens possibles, pris à l’intérieur, n’avaient pu arrêter.
Parmi les émétiques végétaux, on trouve des racines , des écorces , des feuilles : il n y a
UES ÉVACUAIS, ni fleurs, ni fruits, ni semences
, ni sucs qui
soient d’usage dans la pratique comme vomitifs.
i°. Piacines émétiques.
On les distingue en exotiques et en indigènes . on n en connaît qu une exotique \ mais c est le plus précieux de tous les émétiques que ce règne nous fournit.
La plante qui fournit l’ipécacuanha n’est pas encore bien parfaitement déterminée. On a cru, pendant un certain temps, que c’était un apocin; mais on croit aujourd’hui que c’est la racine du ccdlicocca ipecacuanha^x) , ou, selon quelques botanistes, cephaelis ipecacuanha .
(i) Pentandrie monogynie (Lin); rubiacées (Juss.). Selon le professeur Peyrilhe, l’ipécacuanha se rapporte au psychotria emetica , de la pentandrie monogynie de Linné (rubiacées de Jussieu) ; il s’appuie sur l’autorité de Mutis, célèbre botaniste , qui lui-même parlait d’après des renseignemens donnés par un herboriste mexicain. Swediaur rapporte aussi 1 ipécacuanha ( ipecacuanha vulgaris , seu vera , seu cinerea , seu grisea officinarum ) au psychotria emctica ; mais il rapporte au viola ipecacuanha de Linné, l’ipécacuanha blanc ( ipecacuanha alha ) des boutiques; et il parait que cet auteur a suivi l’opinion de Murray. 'Sclrwilgué rapporte également l’ipécacuanha , et au psy- ' chotria emetica, qui vient du Pérou , et au callicocca ou calicocca ipecacuanha , qui vient du Brésil ; et il dit :
On croit que 1 ipécacuanha gris appartient au psy- » chotria emctica , et le brun au calicocca ipecacuanha.
» L ipécacuanha gris est souvent mêlé avec la racine du » viola parvijlora de Linné. Le nom d’ipécacuanha n »* d ailleurs été donné à un grand nombre de racines •vo-
Ipécacuanha.
5c)8 IIÈGKE VÉGÉTAL.
L’ipécacuanha croît au Pérou, et surtout au Brésil, d où vient qu’il porte aussi le nom de racine du Brésil. C’est M. Adrien Helvétius qui 1 a , le premier , fait avantageusement connaître dans la pratique. On trouve dans le commerce plusieurs espèces d’ipècacuanha , savoir : le blanc , que M. Geoffroy regarde comme une espèce bâtarde; le brun et le gris : c’est ce dernier qui est le plus usité.
Cette racine n’est point odorante, et ne fait presque rien sentir au goût. Elle donne ses principes à l’eau , au vin et à l’esprit-de-vin ; ce qui prouve qu elle contient un principe gommeux et un principe résineux ; mais ces deux principes sont tellement unis, qu’on ne les sépare que difficilement. Elle contient de plus un principe volatil; car une eau fortement distillée de cette racine, est quelquefois émétique, et une forte décoction lui ôte sa
y» mitives appartenant aux familles des apocinées , des » violettes , des tithymaloïdes , etc., ainsi qu’il résulte des recherches de M. Decandolle ».
M. Brotero , professeur à l’université de Coïmbre, a fait voir, dit le docteur Alibert, que l’ipécacuanha est une espèce nouvelle du même genre que le tagopomea de Aublet , ou calicocca de Schreber , d’qprès des renseigneinens qu’il tenait de M. Gomex ou Gomez.
M. Vahl , élève de Linné, professeur très -célèbre à l’université de Copenhague, avait une opinion analogue à celle de M. Decandolle. Il pensait que les racines envoyées du Brésil sous le nom d’ipécacuanha , n’appartenaient pas toujours au même végétal.
Sans aucun commentaire , M. Desbois avait rapporté l’ipécacuanha au viola ipecacuanha. Il trouvait que cette racine ressemblait à celle de la violette ordinaire, qui, ajoutait-il , séchée et donnée à certaine dose , est émétique.
UES ÉVACÜAKS.
propriété vomitive. D’ailleurs l’extrait résineux est plus âcre, plus irritant et plus vomitif
que l’extrait gommeux.
L ipécacuanfra a commencé par être eiîi« ployé contre la dysenterie; par la suite, on lui a reconnu d’autres propriétés , et aujourd hui il est regardé comme vomitif, comme altérant, et comme anti-dysentérique.
i°. C’est un excellent émétique, digne de 1 emploi journalier que l’on en fait. On Je conseille de préférence chez les tempéramens iaibles, parce que les secousses qu’il occasionne sont moins violentes, et qu’il n’est pas suivi d’une aussi grande faiblesse que les autres émétiques ; dans le cas de flux par anus et par la matrice, comme les diarrhées considérables, les fleurs - blanches ; dans les embarras glaireux et visqueux de l’estomac, et dans les pénpneumonies et angines catarrhales. On le préfère aussi pour faire vomir les enrans et les femmes, surtout enceintes et en couches, quand le vomissement leur est nécessaire. C’est encore un très -bon vomitif contre les vers car il jouit d’une espèce de propriété vermifuge. r
On le donne rarement en poudre sous forme seche, mais on 1 etend dans quelque véhicule, surtout 1 eau l.ede On l’a auss. quelqueh^ donne étendu dans le vin et l’eau-de-vie; mais cette teinture est aujourd’hui hors d’usage, parce qu e le agit d’une manière trop forte! Quand on le donne aux enfans, il ne faut pas que ce soit dans un véhicule trop étendu, mais dune manière plus rapprochée, parce que cet âge répugne aux boissons abondantes.
Ainsi clans deux onces d’eau tiède, édulcorée avec un sirop , ou dans toute autre potion appropriée, on peut mettre 2, 4? 6 grains au plus de cette racine ; c’est-à-dire que la dose est de 2 grains depuis la naissance jusqu’à environ trois ans ; de 4 grains depuis trois ans jusqu’à six ; et de 6 grains depuis six jusqu’à dix ou douze ans. On peut donc , dans une potion agréable, étendre 2 , 4 ou 6 grains d ipécacuanha, et en donner une cuillerée de demilieure. en demi-heure, jusqu à ce que le vomissement survienne. On le conseille de même rapproché dans un véhicule agréable, aux personnes très-faibles, et à celles qui n aiment point les boissons abondantes.
Aux adultes, cette racine se donne plus étendue, à la dose de 8 ou 10 grains dans un verre d’eau tiède: cette dose suffit souvent pour faire vomir. Quand elle ne suffit pas, ôn la répète une heure après, et il en faut quelquefois trois doses , mais rarement. Quelquefois l’ipécacuanha excite plutôt des nauseesque le vomissement; c’est pourquoi on assure sa vertu émétique par le moyen du tartre slibié, de cette manière :
Ipécacuanha 18 grains.
Tartre stibié 1 grain.
On étend le tout dans deux verres d’eau , que l’on prend à demi heure d’intervalle 1 un de l’autre. Quelques sujets, quoique jeunes et forts, vomissent avec une dose beaucoup moindre, comme trois ou quatre grains; j’ai même connu une personne à laquelle un demi-grain suffisait pour la faire vomir. Il est certain qu’une dose moyenne excite autant le vomisse-
■ BlîS É V A CU A NS. /01
ment qu’une dose forte : malgré cela , on ne peut guère pécher par une dose trop forte, car même alors il n’excite que le vomissement sans aucun accident.
Ainsi , chez les adultes, la dose est, en général , de 12 , 20 , 24, 3o grains. C’est surtout 1 ecorce de cette racine qui est vomitive : car e parenchyme ou la moelle ne l’est pas autant : quatre grains de l’écorce équivalent à vin^tquatre grains ou demi-gros de parenchyme*
On prépare encore un vin et un syron d’ipécacuanha , dont la dose est d’une once et demie ou deux onces qu’on prend par cuillerées.
20. Comme altérant, l’ipécacuanha est un des meilleurs fondans végétaux que l’on con naisse, très-utile dans les faiblesses d’estomac occasionnées par une saburre visqueuse dans les premières voies; et M. d’Aubenton Je regarde comme spécifique dans ces langueurs d estomac qui ont lieu vers l’âge de retour cest-à-dire, quarante-cinq, cinquante ans, et qui sont occasionnées par une matière glaU reuse , laquelle vient de nouveau dominer dans la machine,, comme elle y avait déjà dominé dans 1 enfance. On l’emploie aussi dans le cas de nids vermineux , qui sont toujours produits par une matière glaireuse très-épaisse au commencement du carreau et des maladies écrouelleuses, dans l’asthme humide, les péripneumonies catarrhales, les phthisies tuberculeuses, les legeres œdématiés du poumon ; à la fin des apoplexies séreuses, etc. C est un très-bon fondant pour les tempéramens pituiteux, l’enfance et la vieillesse.
Dans l’enfance, la dose est d’un quart et Tome I.
402 hègne végétal.
demi de grain au plus par jour, divise en plusieurs doses , et chez les adultes , de deux grains au plus par jour , divisés par demi-grains. Un l’unit ainsi en poudre avec l’extrait d’aunée , de gentiane, de ciguë, et autres appropriés; ou on en fait des tablettes avec un peu de conserve de rose, un demi-grain d’ipécacuanha , dont on peut prendre ainsi jusqu’à trois ou quatre grains par jour; mais il est rare qu’à cette dose il n’excite pas des nausées et le vomissement. On l’unit aussi avec le kermès minéral, le blanc de baleine, etc. Quand on emploie ce remède comme altérant , il faut le continuer long-temps.
3°. L’ipécacuanha est très-employé comme anti-dysentérique. On commence parle donner comme vomitif, et ensuite comme altérant. Comme vomitif, il est très-utile dans la plupart des dysenteries , et on en a vu souvent de rebelles guéries par ce moyen. Ce n’est pas que les autres émétiques, comme le tartre stibié , le verre d’antimoine , surtout ciré , ne puissent aussi produire cet effet; mais l’ipécacuanha a de plus qu’eux une vertu vraiment spécifique, qu’il est impossible d’expliquer. Lorsque les autres émétiques n’ont pu arrêter une dysenterie, on donne l’ipécacuanha comme altérant, et la dysenterie s’arrête. J’ai essayé de donner cette racine de deux jours l’un : le jour où je ne la donnais pas , le flux dysentérique avait lieu ; il cessait le jour où je l’employais. Mais il ne faut pas croire que l’ipécacuanha réussisse dans toute espèce de dysenterie. Lorsqu’elle a lieu par l’inflammation du canal intestinal , il faut employer les délayans , les
«ES EVACüANS.
!r' ,enS’ ,CS muc*lagineux, et non l'inéca cuanha, qui augmenterait l'inflammation 'il ne convtent pas non plus dans la dysenterie b teuse ; ma, s d est très-ntile dans celle qu, est glaireuse , muqueuse , et qui est commune an printemps et e, automne , par la répercu sion de la transpiration II reiK^f i- cu®s,on
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sanguinolent. Il réussit peu dans 1 p« ^ eiDpS nés putrides, qui ont I.e^iar m, " ^'1'6"
tnde porté sur le canal intestinal \lasme Pu~ souvent épidémiques, et qui font^ ”5* ravages. On le donne bienllors coml?a"ds
fit; mais comme altérant en général il ne *"
su Pf , ü rend même quelquefois^ U À ^ r-e plus considérable. Dans^cette mal dîe ^ faut de doux sudorifiques et de donv ‘ ™ ques. Quelquefois on sai'ne être que très-léo-èremenf & , ’ a!S ce ne doit prudence. On donne ensu el^K^^^^P de
J-té , parce que sa ver’tu vomitif T°P due par les substances purgative! T* , demain, on donne l’ipécacuanb! L SUri '?n‘
Paris, Jd-dyse’XçlT™; à,*Chari|d*
sont composées de dourep-rai S^?ues- EUes incorporés dans un gros® de dis lpeC,a.Cuanha>
Ce 2
4°4 HÈGNE VÉGÉTAL.
prend une de trois heures en trois heures. Par la continuité de ce moyen , on est presque toujours sûr d’arrêter la dysenterie. On donne aussi quelquefois l’ipécacuanha en teinture, que l’on prépare en le faisant digérer dans l’esprit-de-vin, ou l’eau-de-vie déphlegmée . Cette teinture est peu usitée en France, mais elle l’est beaucoup en Angleterre, en Russie, en Allemagne. La dose est de 12 ou i5 gouttes sur quatre à cinq onces de potion , dont on prend une cuillerée de deux heures en deux heures; de cette manière, l’ipécacuanha fait quelquefois vomir. On le donne encore en décoction aqueuse. Cette décoction, même trèschargée, et faite avec deux gros dans deux pintes d’eau qu’on fait réduire au tiers, souvent ne fait pas vomir. Cependant, prise par la bouche , elle est utile comme altérante dans les flux dysentériques. Néanmoins on préfère de donner l’ipécacuanha en substance. On l’emploie aussi très-souvent en lavemens : il a souvent guéri de cette manière , quand le siège de la maladie était dans les gros intestins. La dose est d’une demi-once , bouillie dans deux pintes d’eau , qu’on fait réduire à une chopine. Ainsi donné , le plus souvent il ne fait pas vomir. On peut aussi, dans d’autres lavemens, ajouter 24 ou 3o grains, ou demi-gros d’ipécacuanha en substance ou en teinture.
Il guérit aussi les dévoiemens anciens et opiniâtres, quoique non dysentériques. On le donne alors comme vomitif et altérant, de la même manière que dans la dysenterie. Il n est pas moins avantageux pour arrêter les flux utérins sanguins ou séreux, abondans , conti-
nus , et les fleurs blanches. On le donne alors en pilules ; il a souvent réussi , non cependant d une manière aussi spécifique que dans les flux par l’anus.
Les racines émétiques indigènes sont , l’ellébore blanc et noir, le cabaret et la scille.
Ellébore ou Hellébore.
L ellebore était très-employé par les anciens : aujourd hui il l’est moins, et l’on doute que celui que nous connaissons soit le même que Je leur. On en distingue deux espèces : le noir helleborus niger, L. ; et le blanc, veratrum album, L. Ces deux ellébores n’appartiennent pas a la même classe de plantes (i). Le blanc était fort suspecté par les anciens, et avec raison ; car d’après les expériences de MM. Haller Linnæus et Hérissant, les animaux les plus forts sont tres-incommodés, et périssent même par usage de cette racine; c’est pourquoi ils ont cru qu’on ne devait pas l’employer. IL excite, en effet, des vomissemens très-violens avec beaucoup de douleurs, des coliques qui exigent les emolliens, etc. Les anciens le donna'ent a la dose de 4, 5 ou 6 grains au plus. Aujourd hui , s, on voulait le donner en substance, ce ne devrait être qu’à la dose de 2 d ou 4 grains au plus, étendus dans un véhicule convenable, et il aurait un effet vomitif tres-determiné. Du reste , il n’entre dans aucune préparation pharmaceutique
(1) Le premier , polyandrie polygynie de Linné ; famille des ranonculacées de Jussieu : el le second , po yg”n °
lOCCie: faim o/ nel ’ 1
monoécie j famille des joncs.
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La racine d’ellébore noir ëst âcre et amère ? d’une odeur assez désagréable. Elle contient un principe volatil, car son eau distillée, souvent cobobée, fait vomir : une forte décoction lui enlève sa vertu émétique. Elle contient aussi un principe gommo-résineux , et c’est la résine qui paraît principalement active ; car la teinture, à certaine dose, est très -vomitive. L’extrait acqueux n’excite pas le vomissement, pour l’ordinaire; mais il excite quelquefois les selles , et peut être utile aussi comme altérant. Ainsi la vertu émétique de l’ellébore noir, réside surtout dans sa résine , qui est si unie au principe gommeux, qu’il est difficile de l’en séparer parfaitement.
L’ellébore noir est vomitif, purgatif et altérant.
i°. Comme vomitif, il était très-employé par les anciens, qui n’avaient guère que lui d’émétique, Elleboro stomachum moveto , dit Hippocrate. Aujourd’hui il est peu employé comme tel, parce que les antimoniaux et l’ipécacuanha sont plus sûrs et plus fidèles.
î2°. Comme purgatif, il entre dans beaucoup de préparations pharmaceutiques, comme l’extrait de Radius, les pilules toniques de Bâcher, etc. Celles-ci sont composées avec l’extrait résineux d’ellébore , la poudre de chardon-bénit et la myrrhe , qui tempère la vertu émétique de l’ellébore, comme les autres substances toniques et aromatiques, qui toutes affaiblissent l'énergie des vomitifs résineux. Ces pilules sont purgatives et diurétiques, estimées dans les hydropisies par relâchement, qu elles guérissent , quand il n’y a point de
DES lîVACTJADÎS. foy
cause organique , comme obstruction ou squirrhe. Mais elles seraient dangereuses quand l’hydropisie a lieu par pléthore , sécheresse , spasme , ou par dissolution du sang. Elles sont du poids de deux ou quatre grains, contiennent sur cette quantité un demi-grain d extrait résineux d’ellébore, et se donnent à a dose de 8 , io pilules par jour : on monte graduellement jusqu a 3o , 4° ■> 60 et plus.
L ellébore était très en 'vogue contre la manie. Naviget Anticyram , H or. Antieyre est une île de la Grèce où l’ellébore croît en grande quantité, ainsi que dans les autres îles de l’ Archipel. Quand la folie a lieu chez un sujet jeu ne , pléthorique , la saignée , les bains froids, e douches froides, les tisanes émulsionnées sont préférables à l’ellébore. Mais s’il n’y a pas e contre-indication , celui-ci se prend comme purgatif à la dose de 8, io ou 12 grains dans un verre d eau ou de tisane appropriée , ou incorporée dans quelque extrait. Il guérit ainsi quelquefois la folie, non par une propriété spécifique, mais comme purgatif violent.
Un chirurgien guérissait la manie, il y a quelques années , avec un secret dont la gratiole et le cabaret faisaient la base. Ce remède excitait es purgations immodérées, et réussissait souvent ; car dans cette maladie, l’indication géîierale est souvent de secouer, de contredire 1 affection nerveuse , et d évacuer par en bas.
o . Comme altérant, 1 extrait d’ellébore est un tres-bon fondant dans le cas d’engorgemens cnts du foie et de la rate ; dans les sui tesde fièvre quarte ; dans le carreau, les engorgemens glaireux delà matrice. Mead ditquil ne lui a jamais
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manqué pour rappeler ou accélérer le cours des règles arrêté par cette cause. Il guérit aussi les affections hystériques, quand cette même cause les occasionne. En substance, la dose est de 1 ou i grains par jour. Celle de l’extrait résineux est d’un demi-grain, un ou deuxgrains graduellement, et en plusieurs prises. On fait aussi un vin d’ellébore , en faisant digérer pendant vingt-quatre heures un scrupule de cette racine dans une chopine de vin , qui se donne ensuite par cuillerée , de deux heures en deux heures. C’est un excellent apéritif tonique , qui mériterait d’être plus employé qu’il ne l’est. On en fait aussi une teinture , mais la dose en doit être très-ménagée ; car c’est un des plus forts émétiques et purgatifs que l’on connaisse : on peut en donner 8 à io gouttes comme fondante et désobstruante. Nous observerons ici qu’en général , les substances résineuses fortement purgatives sont d’excellens fonda ns , surtout pour les engorgemens de la matrice, comme la bryonne , le cabaret, etc.
Cabaret.
Le cabaret, asarum Europœum , L. (i), croît surtout dans les contrées méridionales de 1 Europe : on en trouve aussi dans les environs de Paris. Les anciens faisaient beaucoup d usage de cette plante; aujourd’hui on en emploie encore la racine et les feuilles. La racine est âcre, amère, nauséabonde, donne ses principes à l’eau, au vin, à l’esprit-de-vin; et comme elle est plus active en teinture, c’est une preuve
(i) Dodécandrie monogynie(L.). — Aristoloches (Juss.y-
que son principe actif réside surtout dans sa résine.
Le cabaret est employé dans les campagnes comme vomitif : la dose est de 6, 8 ou io grains en poudre, étendus dans un verre d’eau tiède, ou un bouillon de veau. On réitère une heure après, si la première prise n’a pas suffi. Cette dose fait vomir fortement, et même quelquefois d’une manière dangereuse : c’est pourquoi on lui préfère l’ipécacuanha , qui agit d’une manière plus modérée.
Comme purgatif, la dose est de 4, 6 ou 8 grains, rarement seul , mais pour augmenter 1 action des autres purgatifs : c’est un auxiliaire actif excellent.
Comme altérant , c’est un fort bon apéritif, fondant, désobstruant, très -utile dans les fièvres quartes anciennes , avec disposition à infiltration, engorgement du foie, de la rate, de la matrice : la dose est d’un ou 2 grains par jour. L’extrait résineux demande plus de circonspection : la dose est d’un grain divisé en plusieurs prises, et uni avec d’autres substances appropriées. On peut aussi faire un vin d'asat um , comme celui d ellébore , et le donner à la même dose.
Les feuilles de cabaret sont plus décidément émétiques, fondantes et sternutatoires que la racine. On fai t'infuser dans l’eau 4,6 ou 8 de ces feuilles , et on se sert de cette infusion pour faire vomir et purger, surtout dans les campagnes. C est un purgatif drastique, qui convient dans le cas d hydropisie ancienne et rebelle, avec atonie et relâchement. La tisane de La Yéronière est en partie composée avec
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les feuilles de cabaret. Elles entrent aussi dans l’eau d’Husson, suivant quelques-uns ; d autres la croient composée avec les feuilles de gratiole. On peut mettre 6, 8 de ces feuilles en digestion chaude dans du vin ; et ce vin, pris par cuillerée , de deux heures en deux heures, est un bon purgatif atténuant et apéritif. Si on fait bouillir 2 , 3 de ces mêmes feuilles dans une pinte d’eau, elles perdent, parla décoction, leur propriété émétique et purgative, mais gardent leur effet fondant. Ce remède est trèsutile sur la fin des fièvres quartes automnales : on l’y a meme regardé comme spécifique ; mais cette manière d’employer le cabaret n’a pas encore été assez éprouvée pour pouvoir le décider.
Comme sternutatoires , les feuilles d’asarurn entrent dans la poudre capitale de Saint-Ange, qui produit quelquefois de bons effets dans les maux de tête dus à une extravasion sanguine dans les sinus ; dans les apoplexies séreuses , les maux de dents, d’oreille, d’yeux, dus à une sérosité abondante ; dans la paralysie de la langue venant de la même cause , etc.
S cille.
La scille , scilla maritima , L. ( 1 ) , est une plante qui croît surtout dans les contrées méridionales , sur les bords de la mer d’Afrique , les côtes de Tunis et d’Alger, etc. On en distingue deux espèces , dont l’une a la racine rouge , et l’autre blanche. Elles sont toutes deux également bonnes ; mais comme la rouge
(1) Hexandrie monogynie (Lin.). — - Asphodèles (Juss.)
DES ÉVACUAIS. /, H
est la plus commune , elle est aussi la plus usitée. C'est la racine bulbeuse et écailleuse de cette plante qui est d’usage: Elle est suspecte quand elle est fraîche : il faut qu’elle soit desséchée; et pour cela on détache ses écailles, et on les expose à un feu violent ou au soleil. Fraîche, elle excite sur la langue un sentiment de chaleur, d ardeur, et presque de corrosion ; avalée, elle occasionne de forts vomissemens, et est un poison pour la gent gallinacée.
Cette racine contient un principe volatil dépositaire de sa vertu la plus active ; car l’eau distillée de scille fraîche est très-émétique, et même d une manière dangereuse. Si étant sèche on la fait digérer pendant un certain temps dans 1 eau , cette eau, après avoir été distillée, est aussi émétique. La scille donne ses principes à 1 eau, au vin, à l’esprit-de-vin -et au vinaigre; ainsi , outre le principe volatil , elle contient un principe gommeux et un principe résineux; mais celui-ci est bien moins abondant que l’autre.
La scille a quatre grandes propriétés : elle est 'émétique, fondante, expectorante et diurétique; les anciens 1 emplo voient sous ces quatre irapports.
x . Comme émétique , la scille est surtout d’usage pour les enfans, et les personnes d’un (tempérament jpitaitcux ^ dans le cas de coqueluche, d engorgement glaireux de l’estomac et des poumons. Alors on met 6, y, 8 grains de poudre de scille dans une potion huileuse, dont on prend une cuillerée d’heure en heure. Cependant il est plus ordinaire de donner le vin, le vinaigre, et surtout l’oxymel qu’on
prépare avec cette racine; par exemple, sur trois ou quatre onces de potion , on met pour la première enfance un ou deux gros d’oxymel seillitique , et l’on fait prendre cette potion par cuillerée. Aujourd’hui la scille en substance est rarement employée comme émétique ; on lui préfère l’ipécacuanha et le tartre stibié.
20. Comme fondante, la scille est un des meilleurs moyens que Ton connaisse , trèsutile dans les glaires de l’estomac, les défauts d’appétit par saburre glaireuse , les jaunisses qui reconnaissent la même cause. On la donne alors à petite dose, soit dans l’enfance, soit chez les adultes : ainsi on en prend par jour 2, 3 grains en poudre, divisés en plusieurs prises , et incorporés dans des substances appropriées, comme la conserve d’aunée , l’extrait de fume terre , etc.
3°. Comme expectorante, la scille est utile dans les orthopnées et les dyspnées qui dépendent de la sérosité trop abondante du tissu pulmonaire; dans les glaires du poumon , les péripneumonies catarrhales, l’asthme humide, l’hydropisie de poitrine , etc. C’est un excellent anti- hydropique qui agit en titillant les fibres , et en leur donnant du ton. Alors on la donne en poudre, à la dose de 2 grains par jour, ou en oxymel, à celle d’une once ou d’une once et demie.
4°. Comme diurétique , la scille peut se donner en poudre à la dose de 4 ou 6 grains dans quelque excipient convenable, et divisés en plusieurs prises; elle excite alors les urines, qu’elle rend très-abondante. Elle convient de cette manière, quand les voies urinaires sont
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dans un état de relâchement. Cependant comme diurétique, on emploie plutôt ses préparations, qui sont le vin scillitique, le vinaigre scilliti— que et l’oxymel scillitique. Voici en quoi ces préparations paraissent différer entre elles , quant à leurs effets : le vin de sciile est plus diurétique, l’oxymel est plus expectorant, et la poudre plus propre à inciser les matières glaireuses . Le vin se prépare en faisant digérer une once de sciile dans une livre de vin : la dose de ce vin est d’une once ou une once et demie, non pur, car il ferait vomir; mais dans de larges véhicules diurétiques ou expectorans. Le vinaigre scillitique est plus employé que le vin , parce que le vinaigre corrige l’âcreté des végétaux. Cette préparation fait moins vomir, excite moins de nausées, fatigue moins que le vin scillitique : on la donne comme diurétique et expectorante, à la dose d’une once, une once et demie ou deux onces par jour, non seule, car elle ferait aussi vomir, mais étendue dans un véhicule convenable. L’oxymel scillitique est encore plus employé : on le fait en mettant quatre livres de miel sur deux livres de vinaigre scillitique. Il est très-recommandé par les anciens et les modernes comme expectorant et diurétique, à la fin des péripneumonies catarrhales , dans les rhumes anciens, les difficultés de respirer par glaires du poumon, dans beauconp d’hydropisieset de leucophlegmasies. La dose est d’une once dans une potion convenable. En général, on le do nne trop étendu : on peut en faire prendre dans la matinée une once, une once et demie ^ non pas pur; mais en mettre une cuillerée sur
(leux d eau. C’est un excellent diure'tique qui excite aussi les selles et les sueurs. O11 le conseille encore sur la fin des inflammations , surtout du foie , à la fin des fièvres ardentes et bilieuses; la dose est alors d’un gros sur une pinte de boisson adoucissante, ou légèrement apéritive : de cette manière, il est rafraîchissant , tempérant , et fond les engorgemens bilieux. Il est encore employé dans les inflammations du foie, lorsqu’elles se terminent par suppuration, pour tâcher d’entraîner le pus par les urines.
On prépare aussi, avec la scille, des tablettes et des trochisques : c’est de la scille réduite en poudre , et incorporée dans la gomme adragant , avec un peu de sirop de guimauve et du sucre , ou dans la farine d’orobe. On peut prendre un gros de ces trochisques par jour, comme fondans et expectorans, dans les dyspnées sans fièvres et sans inflammation , dans les hydropisies de poitrine , dans lesquelles les boissouns abondantes pourraient être nuisibles.
2°. Écorces émétiques. .
Il y en a une exotique , c’est le simarouba; et une indigène , qui est l’écorce du sureau.
Simarouba ou Simaruba.
Le simarouba n’était point connu des anciens; iL n’a commencé à l’être qu’au commencement du dernier siècle. L’arbre qui fournit cette écorce croît en Guinée, et ressemble à une espèce de pistachier ou de noyer : c’est le
DES ÉVACUAIS.
bursera gummifera, L. (i). Il est employé en Guinée comme un excellent anti-dysentérique, et c’est à cause de cette propriété qu’il a été apporté parmi nous par les Jésuites. D’après les conseils de M. Antoine de Jussieu, les médecins l’employèrent dans une épidémie de dysenterie qui régnait en 3725, et dans laquelle 1 ipécacuanha ne réussissait pas. On remarqua depuis, que quand l’un de ces deux remèdes avait d’heureux effets en pareils cas, l’autre n était point avantageux. Le simarouba contient un principe gommeux et un principe résineux ; mais celui-ci est bien moins abondant que l’autre. On reconnaît dans ce médicament trois grandes propriétés : il est émétique, astringent, anti-dysentérique. Deux de ces propriétés lui sont communes avec l’ipécacuanha ; mais par sa vertu astringente , il en diffèrebeaucoup , puisqu’au contraire l’ipécacuanha est fondant.
i°. Comme émétique, le simarouba est à présent très-peu employé, même quand on le donne comme anti - dysentérique. Il faut une dose un peu forte pour qu’il excite le vomissement. Autrefois on en faisait bouillir 3 gros dans trois pintes d’eau que l’on faisait réduire au tiers ; on donnait un verre de cette boisson de deux heures en deux heures : elle faisait ibeaucoup vomir, et même trop; ce qui fit qu’on réduisit la dose à 1 gros, 1 gros et demi ou 2 gros au plus ; et encore à cette dose fait-il ibeaucoup vomir.
(1) Quassia simaruba , selon Murray et Swediaur; quassia rnonoïca , selon Peyrilhe. — Décandrie monogy- ;*ne (Lin.). — Magnoliers (Juss.).
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(i° . Le simarouba, de même que l’ipécaciianha, ne convient pas dans les dysenteries inflammatoires où il faut les émolliens et les mucilagineux : il ne convient pas non plus dans les dysenteries avec viscosité , au lieu que l’ipécacuanha réussit alors très - bien ; mais il est bien préférable à celui-ci dans les dysenteries compliquées avec dissolution putride. Dans ce cas, il donne du ton aux solides, de la consistance aux humeurs, et agit de plus d’une manière spécifique qu’on ne peut expliquer. On le prend alors par la bouche et en lavement : par la bouche, il se donne rarement en poudre, parce qu’il exciterait trop d’astriction et d’irritation ; mais de préférence en décoction, à la dose d'un gros ou un gros et demi dans trois pintes d’eau qu’on fait réduire à une, pour la journée. Continué ainsi pendant quelques jours, il arrête ces dysenteries. Il fait à la vérité quelquefois vomir, mais ce n’est point un mal. On le donne en lavement, quand le siège de la maladie paraît être dans les gros intestins; la dose est de 6 gros, et même une once , dans une pinte d’eau qu’on fait réduire à moitié.
Le simarouba est utile aussi pour arrêter des flux séreux , et même sanguins, qui ont lieu par les parties inférieures , comme les diarrhées anciennes et rebelles; quelques pertes blanches, et même rouges, chez les femmes; quelques gonorrhées invétérées. Dans ces cas, il se donne en poudre , à la dose de demi-gros, a scrupules par jour , en quatre, cinq ou six prises, dans des substances appropriées. On peut aussi le donner dans le vin, de la même
DES ÉVACUA N S/ [%xn
manière qu'on l’emploie dans l’eau, excepté que la décoction doit être moins forte. Ainsi on en fait bouillir un gros coupe par morceaux dans trois denn-setiers de vin qu’on fait réduire a une chopine : on prend deux ou trois cuillerées de ce vin par jour; c’est un excellent anti-dvsenterique et astringent. Enfin on peut en faire une teinture, qui est assez active quoique le principe résineux soit très-peu abondant : un gros de cette teinture sur 5 ou b onces d une potion appropriée, forme un excellent astringent et anti-dysentérique.
Sureau.
L ecorce du sureau , sambucus niera, L. Ci 1 dont on fait usage, est celle qufon trouvé entre I ecorce extérieure et le bois. Fraîche elle est d un vert qui tire un peu sur le blancavec le temps , elle devient à peu près blanche' C est un bon vomitif, purgatif, et surtout diurétique. Aujourd hui elle est peu employée comme vomitive, à cause des autres éméfi! ques que nous connaissons ; mais elle fait souvent vomir, quand on la donne comme purgatne et comme diurétique. On l’emploii surtout dans la leucophlegmasie , l’hydropisie de poitrine, et surtout l’ascite, contre Luelle elle a souvent réussi , en évacuant par ?e vomissement, les selles, la sueur et les urines Les anciens connaissaient beaucoup ce remede et en faisaient plus d’usage qPue nous Quand on a cette écorce fraîche* on la pile ,'
(QPentandrie trigynie (LIN.). Chèvrefeuilles (J„,s s iOME I. i ' '
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4l8 RÈGNE VÉGÉTAL.
en y ajoutant un peu d’eau ou de vin blanc, on en exprime le suc qui se prend à la dose de une à trois onces non pur, car il ferait fortement vomir , mais étendu dans deux tiers de boisson appropriée; par exemple, on en met une cuillerée sur deux d’eau. Ce suc excite fortement les selles et les urines. Quand l’écorce est sèche, on en fait une décoction , mais de cette manière elle réussit moins. La dose est de demi-once, 6 gros , une once et plus , qu’on fait bouillir dans deux pintes d’eau jusqu’à ce qu’elles soient réduites à une pinte ou trois demi-setiers qu’on prend dans le jour : on la donne ainsi rarement seule , mais unie à d'autres ingrédiens appropriés.
Les feuilles de sureau sont aussi purgatives, mais légèrement, soit qu’on se serve de leur suc ou de leur décoction , et elles sont aujourd’hui peu employées comme telles ; mais on s’en sert à l’extérieur contre les légères œdématiés et les enflures des jambes. Dans ce cas, on préfère les feuilles d’ieble , scimbuc.us ebu lus , L. , à celles de sureau.
Le suc de feuilles d’ièble donné à l’intérieur est plus purgatif que celui d’écorce moyenne de sureau : la dose est d’une once ou d’une once et demie. En décoction , ces mêmes feuilles se donnent à la dose d’une poignée pour deux pintes d’eau qu’on fait réduire au tiers. C’est un fort purgatif, utile dans quelques hydropisies.
Les graines de sureau, grand actes , ont été très-vantées par les anciens, et dans le quatorzième et le quinzième siècles , comme purgatives. Elles le sont en effet, mais d’uue ma-