OR
L or est un métal d’un jaune brillant et éclatant. Il était regardé par les anciens, par les alchimistes , comme capable de guérir les maladies et d entretenir la santé ; mais aujour— d hui on le regarde comme inefficace.
L’or résiste à presque tous les dissolvans ; cependant il est dissoluble dans un mélange d acide muriatique et d’acide nitrique, nommé eau régale y parce qu’elle dissout l’or, appelé autrefois le roi des métaux.
Le foie de soufre attaque aussi l’or. Si on fait évaporer cette dissolution, il se forme des cristaux jaunes. Si l’évaporation est complète,
(i) Dernièrement on a proposé et tenté l’usage du ni-
trate d’argent à des doses très-minimes et à l’intérieur, associé a des extraits végétaux , dans certaines maladies convulsives , et en particulier dans l’épilepsie. Un pro-
esseur distingué 1 a même employé dans un cas de névralgie faciale très - rebelle. Les succès obtenus ne sont pas
assez évidens pour permettre au-delà d’une simple annotation. (i) * * 4
il reste au fond du vase une poudre jaune qu’on nomme chaux d’or.
L’or précipité par l’alkali volatil , de sa dissolution dans l’eau régale, se nomme or fulminant , parce qu’en effet si on le chauffe, ou qu’on le frotte suffisamment , il fait une explosion au moins aussi forte que celle de la fuudre.
La plupart des métaux peuvent séparer l’or de T eau régale qui le tient en dissolution. Le précipité par l’étain est connu sous le nom de précipité dor } ou pourpre de Cassius.
On a employé pendant quelque temps , £ l’intérieur, les dissolutions d’or. On faisait dissoudre l’or dans l’eau régale ; quand la dissolution paraissait complète, on jetait dessus de l’huile essentielle de romarin ; on laissait digérer le mélange pendant long-temps : l’huile qui surnageait s’était emparée de quelques particules d’or; on décantait l’huile, que l’on unissait avec de l’esprit de vin , ce qui formait la teinture dor ou l’or potable d Helvétius , qu’on employait comme un excllent cordial tonique, propre à chasser les maladies et à étendre la vie. Mais les effets que ce moyen pouvait produire étaient uniquement dus à l’huile essentielle de romarin et à l’esprit-devin. Sur la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, ont paru X or potable de mademoiselle Grimaldi , X élixir dor , les gouttes dor du général La Motte . Voici comment se faisaient ces préparations : on faisait dissoudre l’or dans l’eau régale, on précipitait la dissolution par un alkali fixe ; par ce moyen, l’or, très-divisé , devenait dissoluble dans l’acide nitrique : on l’y dissolvait, on
mêlait ensuite cette dissolution avec de l’esprit-de-vin; on faisait digérer le mélange pendant quelques mois à la chaleur du soleil, après quoi on le soumettait à la distillation , et on en retirait environ quatre onces de liqueur spiritueuse, que La Motte appelait goutta; d’or blanches , mais fort improprement. Ce qui restait dans la cornue était 1 or potable de mademoiselle Grimaldi. Les gouttes- blanches n étaient autre chose qu’une espèce d’éther nitrique , ayant la même odeur, la même coueur, et produisant les mêmes effets. Quelques succès qu’ait eus mademoiselle Grimaldi ils n étaient dus qu’à cet éther nitrique; caries ethers, surtout le nitrique, sont un des meilleurs caïmans toniques, bons dans beaucoup de migraines, d’affections venteuses, de douleurs d estomac, de spasmes des voies urinaires. J 1 n y avait point d’or dans les gouttes blanches parce que l’or ne peut s’élever à la distillation’ On avalait, il est vrai, dans l’or potable propremênt dit; ruais comme l’or n’est point véritablement dissous dans ces procédés, il ne passait pas dans les secondes voies, et on le rendait comme on l’avait pris.
0(1 a encore conseillé les dissolutions d’or à 1 intérieur quand on avait trop pris de mercure parce que celui-ci s’amalgame très-bien avec lor; mais ces idées sont très-f'ausses , jparce que cet amalgame ne peut s’opérer dans !1 intérieur de notre corps. Ainsi l’or, dequelque maniéré qu il soit préparé , doit être ab- .solument banni de la pratique , sahs en excep-
! !,'.XT du Seneral ^ Motte, qui se vendait un louis la goutte.
Récapitulation du règne minéral.
On examinera ici, i°. quels sont les médiinens qu on y trouve; 2°. quels sont ses poisons , ses spécifiques et ses antidotes.
i °. Médicamens fournis par le règne minéral \
* On les distingue en évacuans et en altérans.
— Remèdes évacuans. — Ce sont les émétiques, les purgatifs, les sudorifiques, les diurétiques, les sialagogues et les emménagogues.
i°. Les émétiques sont en général des médicamens qui chassent par la bouche ce qui est contenu dans l’estomac et une partie des premières voies. Ceux que fournit le règne minéral sont, i°. l’arsenic, qu’on ne doit point employer. 2°. Le zinc , le sulfate de zinc, qui était l’émétique le plus accrédité parmi les anciens , avant la connaissance des antimoniaux , après laquelle il a été abandonné et remplacé par ces derniers. 5°. L’antimoine , qui comprend le régule, le foie, le verre, le sulfate et le nitrate d’antimoine , le beurre d’antimoine, qui serait un émétique mortel; la poudre d’Algaroth, le bézoard minéral, le soufre doré, et le kermès minéral, qui sont émétiques à une certaine dose, et surtout le tartre stibié. 4°. La plupart des préparations mercurielles , le précipité perse , le turbith minéral, le sulfate de mercure , le précipité rouge , l’arcane corallin , le sublimé corrosif, le mercure acéteux, et le mercure tartareux sous forme sèche. 5°. Le cuivre, surtout Yœs ustum ou cuivre brûlé, la plupart des dissolutions cuivreuses. Parmi ce grand nombre , il y en a peu de
DES MÉTAUX/ %rjrj
choisis pour 1 usage médical , parce que beaucoup sont dangereux y et que la plupart sont infidèles. Aujourd hui 1 on n emploie guere que le soufre doré, le kermès minéral , et encore plus le tartre stibié qui lui seul peut remplacer tous les autres , et est plus sûr qu eux. Les anciens , parmi tous ces émétiques, ne connaissaient que le sulfate de zinc , le cuivre , Ipt surtout 1 ces ustwn ou cuivre brûlé.
2. Les purgatifs. Tous les émétiques à dose legere sont purgatifs. Mais les plus accrédités, et qui méritent de letre , sont : i°. les sels à base terreuse et alkaline, qui sont en général d excellens cathartiques, comme les sulfates de soude et de potasse , le muriate de potasse, le muriate de soude. Les plus purgatifs parmi eux sont : le sel d’Epsom , ou sulfate de magnésie, qui est un excellent purgatif, le nitrate de potasse ; 2°. les sels à base métallique : tel est le mercure doux qui est un excellent purgatif pour l’enfance , dans le cas de mala-, aies vermineuses , d’embarras des viscères du bas- ventre ou des premières voies ; dans les maladies écrouelleuses , pour maintenir la liberté du ventre. Ainsi les purgatifsdu règne minerai sont seulement les sels neutres, le mercure doux et le tartre stibié à dose fractionnée. Les anciens ne connaissaient d’autres purgatifs minéraux que le sel de Glauber naturel.
5 . Les diaphoretiques et les sudorifiques sont des medicamens qui augmentent la transpiration et la sueur. Il y en a beaucoup dans le régné minéral : i°. le soufre , qui est un excelent diaphorétique et sudorifique, soit en
O'jS RÈGNE MINÉRAL.
substance, soit combiné; i°. l’alkali volatil, qui est un excellent sudorique , et un des meilleurs de la matière médicale ; 3°. le sel ammoniac qui est un très-bon sudorifique; 4°. beaucoup de préparations métalliques, comme le sulfure et le verre d’antimoine , l’antimoine diaphorétique non lavé, le kermès -minéral , le soufre doré, qui sont de très-bons sudorifiques. Les anciens les ignoraient tous* excepté le soufre en substance.
4°. Les diurétiques que fournit le règne minéral , sont : i°. la plupart des sels neutres à petite dose , et surtout le nitre , qui est un diurétique rafraîchissant très-employé dans les maladies inflammatoires des voies urinaires. Quand l’inflammation commence à tomber, il diminue la douleur , excite le cours des urines qu’il rend très-abondantes : il est employé aussi dans les gonorrhées , quand l’inflammation commence à tomber. a°. Les acides minéraux très-étendus : car quand ils sont très-rapprochés , ils sont astringens ; mais étendus , ils sont d’excellens diurétiques, surtout l’esprit de nitre ou acide nitrique étendu d’eau, qui est un diurétique rafraîchissant excellent. 3°. Les diurétiques échauffans sont les sels neutres, et l’eau de chaux, qui est un excellent diurétique.
5°. Les sialagogues sont des médicamens qui augmentent la quantité de l’excrétion de la salive. Ceux que le règne minéral fournit sont le mercure et ses préparations. Il a cette propriété spécifiquement , soit qu’on le donne à l’intérieur ou à l’extérieur à certaine dose , et il excite la salive au point quelquefois d’occa-
sionner des maladies et meme la mort. Cn est fort partagé sur la manière dont agit le mercure alors. Les uns ont dit qu’étant très-volatil, il se portait de préférence aux parties supérieures, et que par son poids il forçait la sortie de la salive; d’autres ont pensé que c’était en opérant la dissolution des humeurs . En effet , les sujets disposés à la dissolution sont plus sujets à saliver que les autres, et 1 on remarque que la dissolution arrivant a la fin du traitement anti - vénérien , la salivation est alors aussi très - abondante , au point quelquefois d exiger les anti-scorbutiques. Mais il y a encore une autre raison de 1 action du mercure : c'est que par une propriété qui lui est inhérente, il se porte de préférence sur les glandes salivaires, comme les diurétiques se portent sur les voies urinaires, comme les emménagogues, le safran, par exemple, excitent le flux utérin , et comme l’aloès excilele flux hémorrhoïdal.
6°. Les emmènago gués sont des médicamens qui. excitent le flux des règles, le rétablissent quand il manque, et l’augmentent quand il languit. Ceux que le règne minéral offre, sont, a°. le soufre, qui, augmentant par sa continuité la turgescence du sang, excite son effet sur tous les organes excrétoires : c’est ainsi qu il fait naître des hémorrhagies nasales, pulimonaires , et surtout utérines et hémorrhoïidales . aussi est-il recommandé pour exciter le flux hémorrhoïdal et menstruel. 2°. Le fer est [plus spécifique que le soufre quand les règles manquent ou languissent par défaut de ton et
de sensibilité de la matrice ou d appauvrissement du sang.
— Médicamens altérans. — Ce sont ceux qui changent la constitution des solides et des fluides, arrêtent les convulsions, relâchent ou donnent du ton, donnent de la fluidité ou de la consistance aux humeurs , etc. , sans exciter d’évacuation sensible.
i°. Les toniques. Le règne minéral en fournit un excellent: c’est le fer, qui est un des meilleurs que la médecine connoisse, trèsutile chez des gens épuisés par de longues évacuations, quand le sang est en petite quantité et appauvri ; mais il est nuisible dans les maladies aiguës.
2°. Les astringens. Le règne minéral en fournit beaucoup, surtout les acides minéraux , qui sont d’excellens astringens, et encore plus l’ai un , qui est un sel neutre avec excès d’acide, et un des meilleurs astringens que la médecine possède. Les terres absorbantes sont astringentes jusqu’à un certain degré.
5°. Les antispasmodiques sont ceux qui calment le genre nerveux , et arrêtent son ataxie. Ceux du règne minéral sont les fleurs de zinc, vantées aussi avec une espèce d’avantage dans l’épilepsie. On compte encore parmi eux l’éther.
4°. Les délajans. On n’en trouve qu’un seul daris le règne minéral : c’est l’eau , qui appartient à tous les règnes. C’est le meilleur de tous les délayans; elle est aussi relâchante et dissolvante ; tiède * elle est émétique , purgative , un des meilleurs sudorifiques, un excellent
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antidote dans le cas de poison , très-utile aussi dans plusieurs circonstances des maladies aiguës et chroniques.
5 • Les incrassans. On n’en trouve aucun rians le règne rainerai, parce qu’il doit entrer dans leur composition une partie mucilamneuse , épaisse , étrangère à ce règne , mais qu on trouve dans le régné végétal.
6°. Les atténuons , les fondans, les résolutifs , les mcisifs, sont ceux qui rendent aux humeurs eur fluidité . Le soufre et ses préparations et surtout les foies de soufre, sont d’excellens attenuans ou résolutifs. L’eau de chaux est un excellent atténuant; l’alkali volatil, et surtout les alkalis fixes, sont de très - bons fondans. Les savons sont aussi d’excellens fondans et attenuans. Plusieurs préparations métalliques, comme le foie et le verre d’antimoine, l’antimoine diaphonique non lavé , le kermès minerai, le soufre doré, les préparations mercurielles, comme le précipité ;*;/•.*?, le nitrate e mercure, le sublimé corrosif le mercure aceteux et tartareux, surtout la panacée mercurielle et le mercure doux, sont d’excellens attenuans et résolutifs. Le vert-de-gris est aussi tres-bon fondant, ainsi que le fer et ses préparations. De tous les règnes, le minéral est donc celui qui fournit le plus d’atténuans ; il en fournit d appropriés aux causes inviscantes, comme le soufre dans les engorgemens de
f*' ’ !eS, a.lk.al,s’ et surtout les savons, dans ceux de la bile; les alkalis dans les laiteux ; les
préparations mercurielles et antimoniales dans les ecrouelleux ; les préparations mercurielles
en general, spécifiques dans les vénériennes : il n’y a que pour les engorgemens scorbutiques que le règne minéral n’en fournit pas.
Spécifiques , Poisons et Antidotes minéraux. * — On doit entendre en matière médicale^ par spécifique , un médicament qui guérit une maladie promptement, sûrement, et dans presque toutes les circonstances; car, dans toute la force du terme, il- n’y aurait pas plus de spécifiques que de moyens propres à rendre l’homme immortel. Ainsi, on peut dire que le soufre est le spécifique des maladies psoriques; le mercure , de la vérole , des vers et autres insectes qui se trouvent à l’intérieur et à l’extérieur du corps; et le mercure encore, pour énerver le virus rabique non encore développé ; Yalkali volatil , de la morsure de la vipère et autres insectes vénéneux ; les terres absorbantes , comme la magnésie, des acides des premières voies; le fer , de la chlorose, et pour donner de la couleur rouge au sang; le kermès , comme bon expectorant.
Le règne minéral est malheureusement trop riche en poisons corrosifs. Il n’y en a qu’un seul qui n’agit pas par corrosion : c’est le plomb. Les poisons minéraux corrosifs sont les acides minéraux purs , et surtout l’eauforte ; les alkalis fixes et volatils purs ; l’arsenic, qui est le plus prompt et le plus mortel de tous les corrosifs; le beurre d’antimoine, le nitrate et le sulfate d’antimoine, qu’on ne doit prendre à l’ititérieur d’aucune manière ; beaucoup de préparations mercurielles sous forme sèche ,
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comme îe nitre mercuriel, le précipité rou^e le sublime corrosif, les solutions de mercure par les acides végétaux, le vert-de-gris, la pierre infernale, l’or fulminant, et surtout les dissolutions d’or par l’eau régale : les sels parfaits à certaine dose, sont tous corrosifs, et exigent les délayans , les inviscans et les rafraîchissans.
Les Antidotes minéraux sont 1 eau , comme vomitive, purgative, délayante, rafraîchissante , le soufre et les foies de soufre, non dans l’intensité des symptômes, mais quand ils sont tombés, et qu une partie du poison est passée dans les secondes voies , et occasionne des maladies lentes : alors les eaux hépato-sulfureuses réussissent. Les médecins - chimistes ont conseillé les acides contre les poisons alkalins, et vice versa ; les alkalins contre les poisons acides:, mais l’estomac n’est point un matras. Il faut donc éloigner ces prétendus antidotes, excepté quand le poison est appliqué à l’extérieur, comme lorsqu’on s’est servi de précipité rouge, de sublimé corrosif contre les poux, la teigne, etc.; alors les lotions savonneuses ou alkalines sont très-utiles.
La chirurgie tire aussi des médicamens du trègne minéral, surtout les caustiques, comme la pierre infernale, la pierre à cautère, le beurre d antimoine, etc. Elle en tire l’alkali volatil contre les brûlures, quand il n’y a pas
encore inflammation ni vésicules : il résout alors les symptômes commençans. ( L’espritde-vin est bon aussi dans ce cas. )
Les fondans minéraux chirurgicaux sont les emplâtres savonneux, les lessives alkalines, etc.
Ainsi le règne minéral fournit à l’art de guérir un grand nombre de médicamens ; mais comme ils sont pour la plupart très-actifs, ils exigent une main prudente et exercée.
Les mèdicamens que nous retirons du règne végétal sont si nombreux, ils diffèrent tellement de ceux que fournit le règne minéral, qu il n est pas possible de les exposer d’après la même méthode. Nous avons déjà observé que de toutes celles quont pu imaginer les auteurs, il n’y en a aucune qui ne soit plus ou moins fautive, ce qui ne doit pas les faire toutes rejeter : premièrement, parce qu’il est très- vraisemblable qu’on n’en trouvera jamais de parfaite; en second lieu , parce qu’il y en a parmi elles qui empêchent la confusion, et qui aident singulièrement la mémoire.
C’est d’après ces vues que nous 'distribuerons les végétaux employés en médecine, en quatre classes générales. La première comprendra les évacuans ; la seconde, les altérans ; la troisième, les spécifiques ; et la quatrième , les poisons.