Tome I. G g
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que les sudorifiques ne la fissent passer dans les secondes voies, et n’occasionnassent ainsi des maladies graves. Ils ne conviennent pas non plus quand il y a des sueurs déjà existantes, et dues à la dissolution des humeurs , comme dans le commencement de quelques fièvres putrides, où les sueurs ne sont que symptomatiques. Ils ne conviennent point aux sujets très - faibles , à ceux qui sont très-maigres; ils ne feraient que les affaiblir et maigrir davantage. Enfin ils sont nuisibles à ceux qui sont disposés à l’inflammation, ou qui ont une bile très-âcre et facile à s’exalter.
Mais ils sont utiles au commencement de quelques maladies inflammatoires, avant l’intensi té des symptômes. C’est ainsi qu’on a quelquefois vu la peste guérie, dès le premier ou le second jour, par une sueur abondante, avant que le miasme eût eu le temps de déployer toute son activité. Ils conviennent aussi au cdmmencement de quelques maladies catarrhales-inflammatoires , avant que l’inflammation soit développée : on a vu quelquefois une sueur abondante guérir ces maladies en 24 ou 56 heures. Les sudorifiques sont utiles aussi dans beaucoup de maladies éruptives , lorsqu’il faut aider la nature dans l’effort qu’elle fait pour porter la matière morbifique à la peau ; mais il faut alors beaucoup de circonspection. On les emploie encore dans quelques fièvres intermittentes, au commencement des accès et à la fin , quand ils se terminent par une sueur qui demande à êlre aidée, ce qui exige aussi des précautions. On les donne quelquefois avant l’accès, pour le prévenir, et éviter
DES ÉVACUA N S. [firj
le frisson et la chaleur, qui ne paraissent tentés par la nature que pour amener la sueur. On a ainsi guéri quelquefois de ces fièvres. Dans ce cas, les sudorifiques doivent être pris une demiheure ou trois quarts d’heure avant l’accès.
Les sudorifiques sont utiles dans beaucoup de maladies chroniques; au commencement de la phthisie pulmonaire , quand elle est due à la suppression de la transpiration; dans les infiltrations aqueuses de la peau et du tissu cellulaire intérieur; dans les engorgemens glaireux et visqueux, quand ils ne sont pas trop forts : c’est alors le cas des sudorifiques résineux, de même que dans le commencement des écrouelles, la goutte sereine, certaines paralysies , les suites de l’apoplexie séreuse , pour prévenir la paralysie; dans beaucoup de maladies virulentes, comme dans le scorbut, quand il y a douleurs ostéocopes .opiniâtres et rebelles ; on les unit alors avec les anti-scorbutiques ; dans les maladies vénériennes, pour faire circuler le mercure et aider son action : on a même vu des symptômes vénériens , rebelles au mercure administré de toutes façons, céder aux sudorifiques ; dans beaucoup de rhumatismes lents, ce sont les sudorifiques forts qu’il faut alors; a la fin des rhumatismes aigus, alors ce sont les doux qui sont utiles; dans la goutte, dans beaucoup de maladies de peau, comme la gale, la teigne, le pian, quelques espèces de dartres et d’érysipèles.
Mais l’usage des sudorifiques demande en général des précautions. G est ainsi qu’avant de les administrer, il faut souvent pu rger, afin qu’ils ne fassent pas passer dans les secondes
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voies la saburre qui pourrait se trouver dans les premières. Il faut donner de la fluidité au sang, pour que les sudorifiques n’excitent pas trop de chaleur et de sécheresse.
Quand la sueur est excessive, il faut la suspendre par le contact d’un air un peu frais • et quelquefois il faut recourir aux astringens tirés des acides, surtout minéraux; car ils l’arrêtent très-bien. Au contraire , les narcotiques, qui arrêtent bien toutes les autres évacuations abondantes, augmentent les sueurs , de manière qu’ils doivent être mis au nombre des meilleurs sudorifiques.
Les différens sudorifiques nous sont fournis par des racines, des écorces, des feuilles , des fleurs , des fruits , des semences et des sucs.
i°. Racines sudorifiques.
On les distingue en exotiques et en indigènes. Jjes premières sont en grand nombre.
Salsepareille.
Cette racine appartient au smilax sarsaparilla , L. (i) , qui croît en assez grande quantité dans les deux Indes, le Brésil, le Pérou, la Virginie , etc. , et qui n’est connu en médecine que depuis deux ou trois siècles. Elle n’a point d’odeur, est très-légèrement amère, ne contient point d’huile essentielle , n’a qu’un principe résineux peu abondant. D’après cette analyse , la salsepareille ne paraît pas avoir
(i) Dioécie hexandrie (Lin.). — Asperges (Juss->
T) ES ÉVACUANS. /fîty
grande vertu. C’est pour cela que Cartheuser et la plupart des médecins chimistes ne lui en ont accordé aucune. Mais la pratique réclame en sa faveur; elle éprouve tous les jours que c’est un sudorifique atténuant très-utile dans les écrouelles , les maladies de la peau , la paralysie, les maladies vénériennes; et c’est contre ces maladies qu’elle est si employée dans les deux Indes , et qu’elle l’a tant été au commencement de son apparition parmi nous. Il est vrai que ses vertus ne sont point aussi efficaces ni aussi multipliées qu’on l’avait cru d’abord; mais il reste toujours que c’est un bon sudorifique atténuant et résolutif, qui convient dans les maladies vénériennes rebelles au mercure , dans celles qui sont anciennes , qui ont lieu avec carie , etc. Alors le mercure ayant précédé, la salsepareille est très-utile. Elle faisait la base du remède du cuisinier , très-accrédité contre ces maladies en France et en Italie.
On la donne en forte décoction , à la dose d’une demi-once , une once , une once et demie ou deux onces , dans deux pintes d’eau qu’on fait réduire à une , et à moins encore. On prend trois ou .quatre verres de cette décoction dans le jour. Par-là, la transpiration augmente souvent jusqu’à la sueur; et les anciennes douleurs scorbutiques, rhumatisantes, arthritiques, vénériennes, rachitiques, s’en trouvent très-diminuées. On peut aussi en faire bouillir 2, 3' ou 4 onces dans 8 pintes d’eau qu’on fait réduire au quart. On la donne très-rarement en poudre, parce qu’elle a de cette manière beaucoup moins d’efficacité.
Squine.
La squine, smüax china , L. (r) , est une, plante qui croît surtout dans l’Orient , à la Chine et au Japon. Sa racine n’a point d’odeur; cependant elle est un peu aromatique et un peu amère ; la forte décoction que l’on en prépare est aussi un peu amère. Elle contient trèspeu de principe résineux, mais beaucoup de principe extractif. Chimiquement parlant , elle ne paraît pas avoir grande vertu ; aussi Cartheuser , et beaucoup d’autres, la regardent-ils comme à peu près inefficace. Cependant il est certain qu’elle jouit à peu près des mêmes propriétés que la salsepareille. C est un sudorifique atténuant et fondant , très-utile dans les douleurs rhumatisantes et arthritiques lentes; dans le commencement de la phthisie, quand elle reconnaît pour cause une suppression de transpiration ; dans lesmaladiesécroueileuses; beaucoup de maladies de peau, comme la gale , etc. ; dans les maladies vénériennes anciennes et dégénérées, quand le mercure a été employé inutilement ; dans les maladies chroniques occasionnées par 1 humeur laiteuse.
La squine se donne en forte décoction , de la même manière et aux mêmes doses que la salsepareille. Mais comme elle agite beaucoup le sang, quelle s’oppose au sommeil , donne beaucoup de démangeaison et d inquiétude ( preuve de son activité réelle) , de sorte que beaucoup de sujets ne peuvent la supporter pure , on l’unit avec quelque décoction muci-
(1) Dioécie hexandrie (Lin.). — Asperges (Juss.).
lagineuse, telle que celle de bardane, de scorsonère, et encore mieux, ce qu’on fait trèssouvent , avec parties égales ou un tiers de lait.
Serpentaire de Virginie.
C’est la racine d’une espèce d’aristoloche aristolochia serpentaria , L. (i) , qui croît en Amérique , en Virginie, et pourrait aussi venir dans les pays méridionaux de l’Europe , comme l’Espagne, l’Italie, le Languedoc, etc. Elle a un goût amer, très - aromatique et échauffant. Son odeur est aussi assez fortement aromatique. Elle donne de l’huile essentielle , à la vérité en petite quantité. L’eau distillée de cette racine a beaucoup d’odeur et d’aromate ; le vin et la teinture qu’on en prépare sont très-actifs , ainsi que l’extrait résineux.
Comme sudorifique, la serpentaire est moins employée que les deux précédentes ; mais on la préfère comme tonique et stimulante, dans le cas de fièvre maligne nerveuse (2), à la fin des fièvres putrides (5) , quand il y a beaucoup de faiblesse, dans le défaut de ton de l’estomac. On l’emploie aussi comme un sudorifique alexitère et alexipharmaque , dans beaucoup de fièvres pétéchiales , de fièvres catarrhales de mauvais caractère; unie alors au quinquina, elle est très-utile.
(1) Gynandrie hexandrie (Lin.). — Aristoloches (Juss.).
(2) Fièvre ataxique du professeur Pinel.
(3) Fièvre adynamique du même auteur.
On donne la serpentaire en infusion aqueuse et vineuse, ou en teinture et en poudre. En infusion , la dose est d’un gros , un gros et demi ou deux gros dans l’eau bouillante , à vaisseau fermé , et il faut; que l’infusion soit prolongée. On prépare de même l’infusion vineuse, excepté qu il n’est pas nécessaire que le vin soit échauffé. La teinture se donne à la dose de 1 5,
1 8 ou 20 gouttes dans quelque potion. La poudre entre dans les bols alexitères dans le cas de fièvre maligne , etc. Ainsi on en met 4 i 6 , 8 ou io grains dans un bol de camphre et de quinquina : on peut en prendre ainsi jusqu’à un scrupule par jour.
Contrayerva.
C’est la racine d’une espèce de graminée d’Amérique , dors ténia drakœna , L. (î). Cette racine est aromatique et comme poivrée, a une odeur forte, et donne de l’huile essentielle, mais en petite quantité. Son eau distillée est aussi aromatique, et sou principe résineux est sa partie la plus active , comme tonique et diaphonique.
Le contrayerva est un sudorifique alexitère, comme la serpentaire de Virginie ; il se donne de la même manière , à la même dose , et dans les mêmes circonstances , dans les fièvres pétéchiales , les fièvre colliquatives, etc. On l’unit alors au camphre et au quinquina.
( i ) Hexandrie monogynie ( Lin. ). — Orties ( Juss. ). Swediaur conserve te nom spécifique de contrayerv i , qu’avait adopté M. Desbois, et , on ne sait pourquoi, il place le dorstenia dans la inonoécie diandrie de Linné.
Narcl, ou Spica-nard.
On distingue deux sortes de nard, le celtique et l’indien; celui-ci, nardus indicci , C. B. P. , arulropogon nardus , L. (1) , est le plus estimé. 11 est aromatique comme le souchet, dont il approche beaucoup , contient un principe spiritueux très-abondant, et un principe gomraorésineux assez actif, et a un goût amer et âcre. Il se donne dans les mêmes circonstances, et à la même dose que les précédens : il est à présent assez peu employé.
Enfin , nous avons encore l’acorus , acorus verus , L (2). C’est une espèce de jonc aromatique , qui croît en Asie. Cette racine , quoique pourvue d’un principe spiritueux abondant, donne peu d'huile essentielle. Elle contient beaucoup plus de parties extractives que de résineuses , etc. L’acorus s’emploie dans les mèmescirconstances,etde lamême manièreque les précédens ; mais il n’est plus'guère d’usage que pour les préparations pharmaceutiques.
Il y a aussi beaucoup de racines sudorifiques indigènes.
Aunée.
L’aunée , inula helenium , L. (5), est un
(1) Polygamie monoécie (Lin.). — Graminées (Juss.). — C’est Murray qui rapproche le nardus indica de Gaspard Bauliin , de 1 andropogon nardus de Linné. L’éditeur , dans un travail qu’il prépare sur la synonymie des plantes , a cru devoir rapporter cet andropogon nardus de Linné au calai nus aromaticus indiens de Gaspard Bauliin.
(2) Ilexandrie monogynic (Lin.). — Graminées (Juss.).
(3) Syngénésie polygamie superflue (Lin.). — Coryinbifères (Juss.).
excellent remède , très-employé, et avec raison : son usage est très-ancien , et s’est toujours soutenu. Lorsque cette racine est fraîche , elle a une odeur un peu désagréable. Elle est, au goût, assez fortement aromatique et amère , et fournit dans la distillation une substance trèsanalogue au camphre, qui s'en sépare sous forme de flocons blancs. Enfin elle contient aussi un principe gommeux et un principe résineux; et il paraît que c’est à ce dernier, quoique moins abondant que l’autre, qu’est due principalement la propriété de l’aunée.
On l’emploie comme tonique, apéritive et sudorifique. Elle a en effet ces trois propriétés. Comme tonique, c’est moins en décoction et en poudre qu’en extrait ou en conserve qu’on la donne, à la dose d’un demi-gros , un gros , un gros et demi ou deux gros. C’est ainsi qu’elle sert d’excipient dans la plupart des bols et des pilules stomachiques.
Comme apéritive, on l’emploie dans beaucoup d’engorgemens lents du foie, delà rate, des viscères abdominaux, de la matrice; dans certaines jaunisses. Elle entre dans la plupart des tisanes apéritives ; et c’est en effet un excellent apéritif tonique , très-utile dans le cas de matières glaireuses des premières voies , à la fin des fluxions de poitrine catarrhales , dans les catarrhes un peu anciens , dans la langueur des reins, la néphrétique glaireuse, etc. Elle entre dans Y hydromel composition de la Charité, et dans les tisanes expectorantes un peu fortes.
Comme sudorifique , on la donne dans beaucoup de maladies de peau ; dans la petite-vé-
rôle , etc. ; quand on a besoin d’un sudorifique tonique; au commencement de quelques paralysies , à la fin des apoplexies pituiteuses , etc. On la donne en décoction , en poudre, en conserve , ou en extrait. La décoction ne doit pas être trop forte, parce qu’elle dissiperait le principe aromatique. La dose est d’une demionce, une once ou une once et demie dans une pinte d’eau qu’on fait réduire à trois demisetiers. C’est alors un bon expectorant, apéritif, et surtout diaphorétique ; car les diaphoniques demandent à être étendus dans un large véhicule tiède, qui, par sa chaleur et son abondance, porte lui-même à la peau. Enfin l’année est un très- bon dépuratif, comme donnant plus de ton , et étant apéritive , diurétique et sudorifique. C’est pour cela qu’on l’emploie dans certains cas de scorbut , avec le cochléaria et le cresson; dans les maladies de peau entretenues par les légers'engorgemens du foie et des viscères abdominaux ; alors on l'unit avec les amers : on la donne aussi dans les maladies chroniques laiteuses , quelques espèces de gouttes, etc.
En poudre , elle entre dans les bols expectoransà la dose depuis 12, 1 5 ou 24 grains jusqu’à un demi-gros ou un gros par jour. La conserve se donne aussi à celle d’un demi-gros ou un gros.
Le vin d’aunée se fait en mettant 1 ou 2 gros de cette racine digérer dans une chopine de vin , dont on prend 6, 8 , 10 ou 12 onces par jour, en plusieurs prises. C’est un excellent stomachique, auquel on joint ordinairement le fer. L’eau distillée peut être employée comme excipient, a la dose de 4 ou 5 onces.
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-> Asclepias.
C’est une plante très-commune, asclepias vincetoxicum , L. (1), dont les racines chevelues ressemblent assez à celles de la serpentaire de Virginie. Cette racine est agréablement aromatique , à raison du principe spiritueux volatil qu’elle possède. Elle contient aussi un principe gommeux et un principe résineux ; celui-ci est moins abondant que l’autre. C’est un des meilleurs diaphorétiques aromatiques qu’on pourrait employer dans la petite vérole, quand on veut porter à la peau, et donner du ton , ainsi que dans les maladies vénériennes , etc. Cette racine est peu usitée , et c’est à tort , car elle mérite de l’être. On la donne en décoction, à la dose de 2 gros, demi-once ou une once, qu’on fait bouillir légèrement à vaisseau fermé. La poudre se donne à celle d’un demi-gros ou d’un gros : on pourrait encore employer cette racine en vin et en teinture.
Souchet.
C’est une plante qui approche de la famille des joncs, cyperus Ion gus et rotundus , L (2). Cette racine est très-aromatique, moins cependant que la serpentaire de Virginie et le contrayerva , et donne très-peu d’huile essentielle : son eau distillée est peu aromatique. On emploie le souchet comme tonique, stimulant, diaphorétique , dans les mêmes circonstances, de la même manière , et à la même dose que la serpentaire de Virginie.
(1) Pentandrie digynie (Lin.). — Apocinées (Juss.).
(a) Triandrio monogynie (Lin.). — Cvpéroïdes (Juss.).
DES ÉVACUANS.
Carline.
La carline , carlina acaulis , L. (i) , croît dans les contrées méridionales de l’Europe. Sa racine est amère, assez odorante et aromatique; et contient un peu d’huile essentielle. Elle est plus sudorifique que la scorsonère et la bardane ; cependant elle est peu employée à présent , parce que nous avons des moyens beaucoup plus efficaces. La dose est depuis 2 gros jusqu’à une once, en légère décoction.
Bcirdane.
La bardane , arctium lappa ,L. (2) , est employée depuis très-long temps comme atténuante, résolutive, dépurative , et surtout sudorifique , dans le scorbut , les écrouelles , les maladies de peau , les maladies vénériennes, etc. Mais possède-t-elle vraiment ces propriétés? Elle n’a pas d’odeur , presque pas de goût , et n’est presque que mucilagineuse. Beaucoup de praticiens sont revenus sur ses vertus. Quand on en fait usage, on la ratisse, et on en met bouillir une once et demie ou deux onces dans deux ou trois pintes d’eau qu’on fait réduire au tiers. Elle donne à la décoction une couleur verdâtre très-foncée.
Scorsonère.
C’est une espèce de plante chicoracée, scor-
(1) Syngénésie polygamie égale (Lin.). — Cinarocéphales (Juss.).
(2) Idem.
zonera hispanicci , L. (i), mucilagineuse , sans odeur ni goût, employée depuis long-temps dans les maladies de peau , et, depuis deux siècles, du plus fréquent usage dans la petite vérole et la rougeole. Le public y a la plus grande confiance ; et il semblerait qu’il manque quelque chose au traitement de ces maladies, si on ne l’y employait. Cette prévention est même si forte, que, si une petite vérole ou une rougeole devenait mortelle ^ et qu’on eût négligé d’employer la scorsonère, beaucoup ne balanceraient pas à attribuer la mort à cette négligence. Cette racine n’est cependant pas sudorifique ; elle n’est qu’émolliente, mucilagineuse , et comme telle, utile pour enveloppe!' et tempérer l’acr imon ie varioliq ue , e t n o u r r i r légèrement. On peüt donc l’employer, pour condescendre aux désirs et aux préjugés des malades, toutes les fois que la nature n’a pas besoin d’aide; car, dans le cas contraire, il faudrait recourir à des moyens plus actifs. On la donne en décoction à la dose d'une once et demie ou deux onces, dans deux ou trois pintes d’eau qu’on fait réduire à une.
2°. Écorces et Bois sudorifiques.
Il n’y en a que d’exotiques.
Gajac. — Bois'Saint.
C’est le bois d’un arbre, guaiacum ou gua-
(i) Syngénésie polygamie égale (Lin.). — Cliicoracées (Juss.).
jacnm officinale , L. (i), qui ressemble assez au noyer, et qui croît en Amérique. Il a peu d’odeur , à moins qu’il ne soit très-frolté : il a un goût aromatique très-amer, et point agréable. Ce bois contient peu de parties spirituenses, mais un principe gommo-résineux assez abondant, surtout quant à la résine, qui est en plus grande quantité que le principe gommeux.
Le gayac est très-employé, et avec raison. C’est un excellent sudorifique atténuant , stimulant , fondant , très-utile dans les maladies écrouelleuses , pituiteuses, laiteuses ; dans les infiltrations de la peau et des autres organes ; dans les paralysies commençantes, suites d’apoplexie séreuse, et même sanguine; dans les poisons métalliques , lorsqu’ils sont passés dans les secondes voies, comme il arrive souvent chez les peintres ; dans les maladies vénériennes anciennes , où il est préférable à la squine et *à la salsepareille. Il réussit très-bien dans beaucoup d’affections rhumatisantes lentes, surtout dans les gouttes qui veulent devenir tophacées : alors, par sa continuité, il résout et évacue en partie l’humeur goutteuse. Il convient aussi dans beaucoup de maladies de la peau : en Amérique et en Afrique, on l’emploie contre le pian. Le gayac s’emploie râpé en forte décoction, à la dose d’une demi-once, d’une once ou deux onces, dajis deux pintes d’eau qu’on fait réduire à une. Cette décoction est un peu amère et aromatique : on en prend 2 , 3, ou 4 verres dans la journée. Celte râpure
(i) Décandrie monogynie (Lin.). — Rutacées (Juss.).
s’incorpore aussi dans les bols, etc., mais de cette manière, le gayac n’est pas aussi efficace.
Le vin de gayac est peu employé; mais on fait beaucoup d'usage de sa teinture, qu’on ne donne jamais seule et pure, parce qu’elle produirait des symptômes de corrosion , mais étendue dans un véhiculé convenable. Cette teinture est comme spécifique dans les anciens rhumatismes et les gouttes invétérées. Ainsi on prend une demi-once de râpure de gayac ; on la met digérer au soleil, pendant plusieurs jours, dans une chopine de bonne eau-de-vie. La dose est d’une cuillerée, étendue dans une infusion amère, comme celle de petite centaurée ou de gentiane. On prend cette dose , d’abord le matin seulement , ensuite matin et soir , enfin trois fois par jour. Au bout de huit ou quinze jours de son usage dans les douleurs laiteuses très-anciennes, la goutte et le rhumatisme invétérés, on commence à en ressentir de bons effets, et il faut continuer pendant un mois, six semaines et plus.
A l’extérieur, le gayac est aussi très-employé. On se sert de sa teinture pour nettoyer la bouche, raffermir les gencives, diminuer les douleurs de dents; ce qu elle fait en cautérisant le nerf, en excitant fortement la salive, et débarrassant ainsi le nerf d’une sérosité âcre qui l’irritait. L’huile essentielle est plus corrosive que la teinture , de sorte que l’on ne peut guère l’employer à l’intérieur. Mais elle est utile extérieurement, pour cautériser les nerfs dentaires, arrêter la carie des os , les progrès de la gangrène , etc.
DES ÉVACUANS.
Sassafras.
L’écorce de sassafras appartient à nneespèce de laurier, laurus sassafras , L. (i), qui croît dans le Brésil, la Virginie, etc. Elle est trèsodorante, et d’un aromate très-agréable quand elle est échauffée ; donne une huile essentielle pesante comme celle du gayac, mais moins caustique. Elle contient aussi un principe camphré assez abondant.
Cette écorce quoique plus odorante, est cependant moins active que la squine , la salsepareille et le gayac (2). O11 l’emploie quand il faut titiller les nerfs d’un manière douce , exciter les sueurs doucement; dans les maladies éruptives, même aiguës; dans les langueurs d’estomac , les leucophîegmaties, les paralysies qui suivent l’apoplexie. La décoction de sassafras conviendrait mieux que celle de scorsonère dans quelques petites véroles et rougeoles, étant plus tonique et plus sudorifique. La dose est d’une once ou une once et demie dans deux pintes , ou deux pintes et demie d’eau , qu’on fait réduire à moitié. La décoction doit être forte , et faite à vaisseau fermé. L’huile essentielle de cette écorce peut se donner à l’intérieur à la dose de 10 ou 12 gouttes sur 5 ou 6 onces d’excipient ; d’ailleurs on en fait le même usage à l’extérieur que de celle de gayac. Le vin de sassafras est un excellent
(1) Ennéandrie monogynie (Lin.) — Lauriers (Juss.).
(2) Ce qui est au moins fort douteux. Les propriétés de la squine principalement ont été très-exagérées : quelques praticiens même la tiennent pour inerte.