‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 92 sur 94 · Tome T. Jlh · texte numérisé non relu

Tome T. Jlh

tonique : pour le faire , on met deux ou trois gros de cette écorce râpée dans le vin d’aunée.

Cannelle.

C est la seconde écorce d’un autre laurier, laurus cinnamomum , L. , qui croît dans les Indes orientales , à Ceylan et à la Martinique. Elle est agréablement aromatique; et quoique les Hollandais la privent, dit-on , en partie de son huile essentielle dont ils font un riche commerce, cependant elle nous en donne encore en assez grande quantité, et cette huile essentielle est pesante et caustique comme celle des autres écorces exotiques. Elle fournit aussi un principe gommeux et un principe résineux : le premier, qui est moins abondant que l’autre, paraît être le dépositaire de la vertu astringente de la cannelle, et le résineux l’est de la partie aromatique de cette écorce. Ainsi elle donne ses principes à l’eau distillée, et surtout au vin et à l’esprit-de-vin.

La cannelle est un sudorifique alexitère trèsestimé , et l’un des meilleurs toniques qui convienne dans la faiblesse de l’estomac et des intestins , dans quelques diarrhées et dysenteries , à la fin , dans les légères infiltrations. Elle réveille le genre nerveux, et est utile, sous ce rapport , dans quelques fièvres éruptives , quand il y a défaut de ton ; dans les fièvres malignes et putrides. La dose est d’un demigros ou un gros en infusion sur une pinte de noisson convenable; par exemple, dans l’eau de riz ou d’orge, à la fin des diarrhées et des dysenteries.

On donne rarement la cannelle en poudre ;

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la dose est depuis 10 ou 11 grains jusqu’à un demi-gros. L’huile essentielle se donne à celle de 4, 6, S ou 12 gouttes dans 3 ou 4 onces d’ane potion appropriée , ce qui forme un excellent sudorifique. La dose de la teinture est de 20, 3o ou 4<> gouttes sur la même quantité de liquide. Le vin de cannelle s’obtient par la digestion d’un gros et demi de cette écorce, mis dans une chojp’ne de vin. C’est un trèsbon tonique aromatique dans le cas de langueur, etc.; enfin, on peut donner l’eau distillée de cannelle à la dose de 4o, 6o gouttes ou un gros, sur 5 ou 6 onces ce potion.

On donne dans les mêmes circonstances , de la même manière et à la même dose, le cassialignea, laurus cassia, L., et l’écorce de Winter, ou cannelle blanche, JF mte milieu cannella , L. ( î ) ; mais ces deux dernières écorces sont moins d’usage que la manuelle, et lecassia-lignea est moins efficace comme tonique et sudorifique.

Nous ne parlerons pas des santaux , du lentisque et du buis , qui étaient fort employés autrefois, et qui ne le jont plus guère aujour-

(i) Dodécandrie raonogynie ( Lin.). — Azedaraclis (Juss.). — Swediaur rapporte l'écorce de Winter au JVintera aromalica (polyandrie polygynie , Lin.) , auquel il donne pour synonymes le cortex JVint.eranus , le cortex JVinteri, le cortex Jïfagellanicus , le JVinterania arornaticn , le dry mus granadensi.', le drynvus JVinteri.

Schwilgué distingue fécorce de Winter de la cannelle blanche. Il rapporte la première au drymis JVinteri de Linné, et la seconde au canella alba de Murray.

Peyrilhe réunit ces deux substances sous le nom de JV interama canella. Voyez la note que cet auteur a ajoutée à la fin de son article Winteuania.

Hh a

d hui. Ces deux derniers, en effet, ne fournissent rien dans l’analyse qui puisse faire croire aux vertus qu’on leur attribuait; et des trois santaux , il n’y a que le citrin qui mérité d’être conservé. Ses propriétés sont les mêmes que celles du sassafras , et il s emploie de la même manière et à la même dose.

5°. Feuilles sudorifiques.

Nous n’en connaissons point d’exotiques, mais beaucoup d’indigènes. Telles sont les feuilles des plantes labiées, comme celles d’hysope, de mélisse, de sarriette, de marrube, etc. Elles sont foutes aromatiques , et quelquesunes le sont fortement, comme le romarin, la lavande , la sauge , principalement celle qu’on nomme petite-sauge , et qui n’est qu’une variété du salvia officinalis , L. (1).

Par l’analyse, on retire de ces plantes une eau distillée très-aromatique, une huile essentielle plus ou moins abondante, et un principe gommo - résineux en plus ou moins grande quantité. Toutes sont employées, et avec raison , comme toniques, stimulantes, diaphorétiques et sudorifiques; et c’est à l’huile essentielle qu’elles contiennent, qu’elles doivent ces propriétés. On en fait surtout usage dans la langueur des premières voies, et là faiblesse d’estomac. Boerbaave , Van-Swieten, et beaucoup d’autres, prescrivaient le vin de sauge, de romarin, de lavande, etc., dans le cas de relâchement des viscères, quand il fallait don-

(i) Diandrie monogynie (Lin.). — Labiées (Juss.).

DK S ÉVACUA N S.

ner du ton à la fin des fièvres putrides , des fièvres malignes nerveuses, et qu’il fallait en même temps porter à la peau. Boerhaave donnait l’huile essentielle de ces plantes dans les fièvres intermittentes , avant l’accès , et dans l'épilepsie ; il cite quelques observations où cette méthode a réussi.

L’infusion théiforme des feuilles des plantes labiées est un sudorifique sûr et agréable. On peut aussi en mettre une derni-poignée sur deux livres de vin, qui devient alors très-tonique, très-énergique. Enfin leur huile essentielle s’emploie à la dose de 8 , io ou 12 gouttes, sur 5 ou 6 onces d’une potion convenable , dont on prend une cuillerée de deux heures eu deux heures.

Scordium , ou Germandrêe aquatique .

Le scordium, teucrium scordium , L. (1), mérite une place distinguée parmi les feuilles sudorifiques. C’est une plante aromatique, très-amère, à peu près comme l’absinthe , et qui , outre un principe gommo-résineuxct de l’huile essentielle, contient encore un principe salin. Le scordium est un des meilleurs anti-septiques éehauffans qu’on emploie à l’intérieur ; on l’unit très-souvent au kina.

(1) Didynamie gymnospermie (Lin.). — Labiées (Juss.).

4°. Fleurs sudorifiques.

Ce sont celles de la plupart des plantes labiées, celles d’œillet et de sureau. Il n’y a que deux espèces d’œillets employées en médecine, dont l’une est exotique , c’est le girofle , et l’autre indigène.

Girofle , ou Gérofle.

Les clous de girofle ont été pris pendant long-temps pour un fruit : on sait aujourd’hui que c’est le calice non encore épanoui des fleurs du caryophyîlus aromaticus , L. (i), qui croît dans les Indes orientales. Cette substance est très-aromatiaue et stimulante ; elle donne abondamment une huile essentielle pesante, très-aromatique, mems caustique, un principe résineux très-actif; et un principe gommeux assez abondant. C’est un des meilleurs toniques et un excellent stomachique , trèsutile dans les maladies venteuses, à la fin des ! dévoiemens , dans les maladies éruptives , comme la petite vérole, etc., quand l’éruption est lente par faiblesse , dans les légères leucophlegmaties qui proviennent d’un défaut de ton.

Oh donne rarement le clou de girofle en poudre, mais on en met digérer 2 ou ô dans une pinte de véhicule aromatique ou mucilagineux , selon les circonstances. Pour faire un vin tonique, on en met 4 ou 5 par pinte de vin. Leur eau distillée se donne à la dose de

(1) Polyandrie monogynie (Lin.). — Myrtes (Juss.).

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40 gouttes , 1 ou 2 gros et plus , sur 4 ou 0 onces de potion. Rarement on emploie leur huile essentielle à l’intérieur ; on en pourrait mettre 4 , 6 ou 8 gouttes, sur 4 ou 5 onces d’une potion convenable ; mais elle est plus d’usage à l'extérieur , pour cautériser les nerfs dentaires, détruire la carie des dents et celle des autres os.

Œillet rouge.

Les fleurs d’œillet rouge, dianthus caryophyllus , L. (1), tunica des pharmaciens, fournissent de l’huile essentielle , mais en petite quantité , et légère, comme sont les huiles essentielles de notre pays ; et un principe gommorésineux assez abondant, surtout quant à la partie gommeuse. On les emploie quand on a besoin d’un sudorifique, ou plutôt d’un diaphonique tonique, et propre à relever la force des organes. La dose de t^s fleurs fraîches estd’uneou deux pincées en infusion dans une chopine d’eau. La dose doit être un peu plus forte quand elles sont sèches. Le sirop , qui est agréablement stomachique et aromatique, se donne à celle d’une once ou d’une once et demie , dans quelque potion diaphonique et cordiale.

Fleurs de sureau.

Nous avons déjà parlé du sureau à l’article des émétiques. Ses fleurs contiennent, outre un principe fixe mucilagineux , un principe éthéré très-mobile , dont se charge l’eau dis-

(1) Décandrie digynie (Lin.). — Caryophyllées (Juss.).

tillée, qui, donnée à certaine dose, est légèrement narcotique. Elles sont sudorifiques » résolutives, légèrement expectorantes, et un peu narcotiques, ou au moins anodines. On les emploie comme sudorifiques à la fin des rhumatismes aigus , dans beaucoup de maladies éruptives , comme l’érysipèle aigu , la petite vérole, la rougeole, quand, malgré la fièvre, il faut porter à la peau. Elles agissent alors en calmant, en diminuant la coustriclion du système cutané, et; en ouvrant les pores. La manière de s’en servir est en infusion théiforme. Comme expectorantes , elles sont d’usage à l’intérieur, quand il ne faut pas de forts expectorans, par exemple , quand il y a construction de poitrine, maladie légèrement inflammatoire de cette partie , au commencement des péripneumonies catarrhales un peu inflammatoires, dans l’asthme sec, convulsif , etc. Dans tous ces cas , les fleurs de sureau relâchent, et facilitent l’expectoration.

Ces mêmes fleurs sont employées à l’extérieur comme émollientes, résolutives et anodines , en fomentations, fumigations et cataplasmes sur les érysipèles (1) , les légères, in-

(1) L'expérience n’a-t-elle pas appris qu’en général il ne fallait pas faire d’applications humides sur les parties frappées d’érysipèle, et qu’il valait mieux se contenter d’applications sèches. Le plus ordinairement, on applique des cardes de coton enveloppées de mousseline, lorsque l’érysipèle est sec ; ou enveloppées de toile fine de lin , lorsque l’érysipèle est phlegmoneux ou phlycteneux. On a aussi appliqué avec succès sur les érysipèles , des sachets remplis de fleurs de camomille séchées et à demi torréfiées , fortement chauffées devant le feu.

flammations , flans quelques maux de gorge où ces fumigations sont très-utiles, en excitant une détente et une évacuation locales ; à la fin des ophthalmies, même inflammatoires; dans les douleurs de tête occasionnées par la constriction du péricrâne , et la sécheresse des organes excrétoires de la tête; alors elles amènent le calme en relâchant et en facilitant les évacuations arrêtées.

On trouve les mêmes propriétés dans les fleurs de coquelicot , papaver rhœas , L. (x), qui sont rangées parmi les anodins et les diaphoniques. Elles sont propres à détendre le système de la peau, et à faciliter, par-là , la transpiration. On les emploie dans les maladies éruptives, quand la peau est très-resserrée, et à la fin de quelques fièvres bilieuses, quand la peau ne paraît pas vouloir s’ouvrir. Elles se donnent, dans ces cas, en légère infusion , et unies avec celles du sureau.

5°. Fruits sudorifiques.

Tous les fruits aromatiques sont sudorifiques, et encore plus toniques; c'est pourquoi ils seront mieux rangés parmi ces derniers. !Nous ne parlerons ici que d’un seul fruit sudorifique indigène.

Baies de sureau.

Ces fruits contiennent un principe aromatique léger } un peu tonique, et portant principalement à la peau , sans trop échauffer, ni • — *

(i) Polyandrie raouogynie (Lin.).— Papav tracées (Jus».).

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exciter d’éréthisme. La dose est de 3o ou 4o, en infusion sur une pinte de véhicule. On prépare aussi , avec ces baies , une espèce de confiture nommée rob de sureau , et c’est surtout de cette manière que ces fruits sont employés dans les fièvres malignes , éruptives et autres, quand il faut soutenir les forces, et porter à la peau. On peut y incorporer d’autres substances appropriées : c’est ainsi que dans i ou 2 gros de ce rob , on met 5 ou 6 grains de camphre, 2 , 3 ou 4 grains de contrayerva , et un peu de carbonate d’ammoniaque ; ce qui forme un puissant diaphorétique et sudorifique. On donne aussi le rob de sureau délayé et étendu dans une potion convenable , à la dose de 1 ou 2 gros. On prend une cuillerée de cette potion de deux heures en deux heures. Enfin on fait un vin de sureau, en mettant 2 ou 3 gros de ce rob dans une pinte de bon vin , qui devient par - là plus cordial , diaphorétique et stimulant.

6°. Semences sudorifiques.

Les semences sudorifiques sont principalement tirées des plantes ombellifères , et ce sont les memes que l’on nomme carminatives ; telles sont celles d’anis,de lenouil, de carotte , d’aneth , de cumin , de persil , etc. Toutes sont fort aromatiques, ainsi que leurs eaux distillées. Elles donnent une assez grande quantité d’huile essentielle, qui est tonique, stimulante, pousse beaucoup à la peau , et que l’on emploie à la dose de 10 , 12 ou 1 5 gouttes. Ces semences peuvent aussi se donner en sub-

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stance , à la dose d’un demi-gros ou un gros , en infusion sur une pinte d’eau ou de vin : ce vin est un bon sudorifique.

Chardon-bénit.

Les semences de chardon-bénit , centaurea be ne die ta , L. (i) , sont employées depuis trèslong-temps, et leur réputation s’est toujours soutenue parmi la plupart des praticiens ; mais il faut qu’on ait été peu attentif à leur manière d’agir, et qu’on ne les ait jamais données seules. Elles manquent, en effet, des principes qui leur seraient nécessaires pour avoir les vertus qu’on leur suppose : elles ne sont point aromatiques, ni stimulantes, fournissent peu d’huile essentielle, et leur eau distillée n’est point aromatique. Cependant c’est une pratique bannale de faire entrer ces semences dans toutes les tisanes sudorifiques qu’on donne dans les fièvres éruptives , les maladies putrides, etc., Elles se donnent en poudre, à la dose d’un scrupule, demigros ou un gros, dans une potion appropriée, ou dans des électuaires ou des bols convenables, auxquels il faut rapporter l’effet qu’on attribuait mal à propos aux semences de chardonbénit.

7°. Sucs sudorifiques.

Ils ne sont point en grand nombre ; le plus employé , et qui est en effet un des meilleurs , est la résine de gayac , dont nous parlerons dans un autre article.

(i) Syngénésie polygamie, frustranée (Lin.). — Cinarocéphales (Jus$.).

Huiles essentielles .

Les huiles essentielles, ainsi appelées à cause de leur légèreté et de leur volatili té , sont toutes aromatiques, plus ou moins agréablement et fortement ; elles le sont quelquefois au point d’en être âcres et caustiques; telle est celle de gayac, de girofle, etc. Elles sont aussi plus ou moins légères : il y en a de pesantes, telles sont celles des plantes exotiques, comme du girofle, delà cannelle, etc. Leur couleur varie : il y en a de blanches, de jaunes , de vertes, de bleues. Toutes passent à la distillation, ce qui leur est essentiel : toutes se dissolvent en partie dans l’eau , qui se charge du principe mobile, essentiel, de l’odeur, et devient alors eau aromatique. Elles se dissolvent totalement dans les menstrues spiritueux , et forment ce que, dans les pharmacies, on nomme les esprits. On distingue les eaux aromatiques et les esprits par le nom de la plante avec laquelle on les prépare. Ces huiles essentielles contiennent un acide assez développé, teignent en rouge les couleurs bleues des végétaux (1), et forment des sels neutres avec les alkalis. Elles contiennent presque toutes un principe cam-

(i) On ne sait trop où M. Desbois a puisé les données qu’il présente sur les propriétés chimiques des huiles essentielles , elles paraissent loin de l’exactitude. Voici, à ce -sujet , ce que dit le professeur Thénard :

« Jusqu’à présent, on n’a fait qu’un petit nombre d’exil périences sur la réaction des bases salifiables et des huiles » essentielles ; cependant ces expériences suffisent pour » prouver que les huiles essentielles et les bases n’ont pas » une grande affinité réciproque ».

DES ÉVACUA NS. /jç)3

phré , et le camphre lui-même ne paraît être qu’une huile essentielle d’une espèce particulière (1).

Les huiles essentielles sont toutes sudorifiques par leur grande volatilité et pénétrabilité; elles sont aussi très-toniques et stimulantes , et , comme telles , utiles dans les faiblesses et langueurs de différens organes , surtout de ceux des premières voies; dans la syncope , l’asphyxie , etc. Comme sudorifiques , on préfère celles qui sont tirées des plantes ombellifères ; comme toniques, celles des plantes labiées, celle de cannelle, etc. ; et comme fortement stimulantes, celles degayac, de sassafras, de girofle, etc. Les huiles essentielles , quelles qu’elles soient, doivent être données à très-petite dose et très-étendues ; car, si on les donnait pures , elles brûleraient le gosier , l’œsophage et l’estomac. La dose est de 6, 8, io, 12 ou 1 5 gouttes, triturées avec du sucre, et ensuite étendues dans 4 ou 5 onces d’un véhicule approprié ; ce qui forme un très-bon sudorifique , tonique et stimulant. Elles ont l’inconvénient, quand elles sont données à certaine dose, et continuées pendant quelque temps , d’exciter des maux de tête, et ce même effet se fait sentir à ceux qui restent dans les endroits où il y en a beaucoup d’amas-

(i) Fourcroy regardait le camphre comme l’un des matériaux immédiats des végétaux , et Thénard dit : « Le » camphre est une substance immédiate particulière , qui a » beaucoup d’analogie avec les résines, mais qui en dif- » férc cependant par plusieurs propriétés ».

sées : on y remédie par l’usage des acides végétaux pris assez abondamment.

Les huiles essentielles ne conviennent point aux tempéramens secs , mélancoliques , à ceux qui sont d’une irritabilité décidée; elles exciteraient des convulsions. Cependant, comme nous l’avons dit , plusieurs praticiens ont employé l’huile essentielle de romarin, de sauge, etc., comme anti-épileptique , et aussi comme anti -spasmodique , avant l’accès des fièvres intermittentes. Dans ce dernier cas , elles agissent en contredisant l’habitude nerveuse et en excitant la sueur, qui paraît être le but pour lequel la nature excite le frisson et la chaleur , de manière que ces deux symptômes n’ont point lieu.

A l’extérieur, les huiles essentielles s’emploient pour faire revenir les personnes tombées en faiblesse , pour cautériser les nerfs dentaires , arrêter la carie , etc. ; on préfère alors celle de girofle, de cannelle, de sassafras, de

gayac-

On doit distinguer trois espèces de sudorifiques, cette distinction est importante dans la pratique. i°. Les sudorifiques très-forts, résineux, qui sont en outre atténuans et fondans ; tels sont la salsepareille, la squine, le gayac , le sassafras et l’aunée. Ces sudorifiques poussent fortement à la peau , en donnant de la force aux organes et de 1 agitation au sang . ils atténuent et fondent les matières visqueuses qui engorgent les organes, et sont très-utiles , sous ce rapport , dans les infiltrations de

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sérosité et leucophlegmaties particulières. Quand ces maladies sont générales , les toniques apéritifs et les forts purgatifs sont à préférer. Les sudorifiques résineux conviennent encore dans l’apoplexie séreuse, dans les accidens qui la suivent , comme la paralysie, etc.; dans les cas où il faut beaucoup de force pour chasser une matière métallique très-adhérente, comme dans les suites d’empoisonnemens par le cuivre; dans les maladies produites par le plomb et le mercure; dans les écrouelles , le rachitis, les maladies laiteuses anciennes, les maladies cutanées invétérées et rebelles, et les maladies vénériennes très-anciennes ; et on a vu souvent des symptômes véroliques anciens, graves, et rebelles au mercure, céder à ces sudorifiques.

Mais les sudorifiques résineux sont dangereux quand il y a éréthisme, sécheresse, disposition à inflammation , et que la sensibilité est prompte à se développer.

2°. Les sudorifiques moyens ou toniques, alexitères et alexipharmaques des Arabes. Ils sont utiles quand il faut pousser à la peau chez un sujet mou, flasque , dont la fibre est trèslâche ; à la suite des grandes évacuations, quand il y a aussi indication de porter à la peau ; dans les maladies éruptives, lorsqu’il y a peu de force ; quand la sérosité s’est infiltrée, et a relâché les fibres; dans les fièvres nerveuses, les fièvres putrides et malignes (1),

(i) Fièvres adynamiques et ataxiques de la Nosographie du professeur Pinel.

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quand il faut portera la peau et donner du ton.' Quelquefois, à la suite des longuesmaladies qui ont abattu les forces, il reste une petite fièvre lente, qui a lieu parce que la transpiration se fait mal : alors les sudorifiques moyens sont très-utiles, donnés en infusion dans le vin; dans tous ces cas , on emploie l’aunée, la can-, nelle , le cassia lignea , l’écorce de Winter, le girofle , la serpentaire de Virginie, l’asclépias , le contrayerva, les feuilles et fleurs très-aromatiques, comme celles de sauge, de romarin , etc.

5°. Les sudorifiques légers, qui agissent d’une manière douce, sans exciter d’éréthisme, d’inflammation , de turgescence humorale et sanguine. Telles sont les fleurs d’hysope, de menthe , de sarriette, de mélisse , de marrube, et surtout celles de coquelicot, de sureau , de tilleul , etc. Ces sudorifiques conviennent dans beaucoup de cas, surtout dans les maladies éruptives, à la fin des rhumatismes aigus , etc.

En général, les sudorifiques forts doivent leur vertu à un principe résineux : de plus , presque tous les sudorifiques sont aromatiques , et pourvus d’un principe mobile et éthéré. C’est ce principe mobile , qui, passant dans les seconde^ voies , se porte avec rapidité à l’organe cutané. C’est l’esprit recteur des anciens chimistes. Les plantes qui en possèdent le plus sont aussi les sudorifiques. Souvent ce principe est enchaîné par un autre principe mobile, mais qui l’est moins, c’est l’huile essentielle. Celle-ci est le principe décidément diaphorétique et sudorifique; toutes les sub-

stances clans lesquelles elle est contenue , jouissent plus ou moins de cette propriété; et il n’y a d’excepté de cette règle générale, que la salsepareille, la squine, et, selon beaucoup de praticiens, la bardane , qui sont sudorifiques sans contenir ce principe. Celui des fleurs de coquelicot et de sureau est si volatil , qu’on ne peut le retenir.

Les anciens, quoique moins pourvus que nous de médicamens diapborétiques et sudorifiques, en avaient cependant une assez grande quantité. Le Nouveau-Monde nous en a fourni beaucoup; cependant, à la rigueur, nous aurions pu nous borner aux indigènes.

Le règne minéral fournit beaucoup de sudorifiques , comme le soufre et ses préparations , les antimoniaux, le sel ammoniac et l’alkali volatil, qui le sont à un haut degré. Mais ce règne n’a point de sudorifiques résineux ; il n’en a pas non plus de légers, de caïmans et d’anodins. Ainsi le règne végétal est plus riche, sous le rapport des sudorifiques, que le minéral. Cependant l’alkali volatil, en continuant de le placer dans le règne minéral , mérite la préférence quand il faut, exciter la sueur promptement, et de manière que l impression ne soit pas longue, comme dans le cas d’éruption ou de suppuration de petite vérole rentrée chez un sujet jeune et vigoureux , où il faut une action forte et

prompte, un coup de fouet qui ne soit point suivi de chaleur et d’irritation. La plupart des sudorifiques végétaux ne poussent point aussi promptement à la peau , et leur impression,

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