DU DILEMME
Dire que tous les corps sont compressibles, c'est dire que leurs parties peuveût se rapprocher.
Des parties qui peuvent se rapprocher sont distantes les unes des autres ;
Des parties distantes les unes des autres ne se touchent pas :
Donc dire que tous les corps sont compressibles, c'est dire que. les parties des corps ne se touchent pas.
Un sorite renferme la matière d'autant de syllogismes qu'il comprend de propositions, moins deux.
Ainsi l'exemple suivant :
Les ambitieux ont beaucoup de désirs :
Ceux qui ont beaucoup de désirs sont agités par leurs désir? ; Ceux qui sont agités par leurs désirs ne sont jamais satisfaits ; Ceux qui ne sont jamais satisfaits ne sont pas heureux: Dont les ambitieux ne sont pas heureux,
équivaut à trois syllogismes : 1° Ceux qui ont beaucoup de désirs sont agités par leurs désirs ; or les ambitieux ont beaucoup de désirs : donc 'les ambitieux sont agités patleurs désirs. 2° Ceux qui sont agités par leurs désirs ne sont jamais satisfaits ; or lesambitieux sont agités par leurs désirs : donc les ambitieux ne sont jamais satisfaits. 3° ceux qui ne sont jamais satisfaits ne sont pas heureux ; or les ambitieux ne sont jamais satisfaits : donc les ambitieux ne sont pas heureux.
Pour qu'un sorite soit bon, il faut : 1° que toutes les propositions aient une connexion réelle l'une avec l'autre ; 2° qu'il n'y ait aucun terme équivoque.
5° Du dilemme.
Le dilemme (Si;, lr,uux) est un argument où l'on divise une question en deux points de vue entre lesquels il n'y a pas de milieu possible, et qui mènent à une conclusion commune, quel que soit le parti que l'on prenne.
Pour prouver que ceux qui ne remplissent pas les devoirs
de leur charge sont coupables, on peut l'aire le dilemme suivant :
Ou vous êtes capables d'exercer la charge que vous occupez, ou vous en êtes incapables :
Si vous en êtes capables, vous êtes inexcusables d'être si négligents à en remplir les devoirs ; si vous en êtes incapables, vous êtes inexcusables d'avoir pris une charge que vous ne pouviez pas remplir :
Donc vous êtes coupables si vous ne remplissez pas les devoirs de la charge que vous occupez.
On donne au dilemme le nom d'argument cornu, parce que ses propositions sont comme deux cornes qui frappent à droite et à gauche : argumenlum cornutum sive ulrinqueferiens. On l'a comparé aussi à un glaive à deux tranchants.
Pour qu'un dilemme soit bon, il faut : 1° qu'il n'y ait pas de milieu entre les membres de la division ; 2° que ce que l'on infère de chaque membre en dérive légitimement ; 3° qu'il ne prête pas à une rétorsion, c'est à- dire que celui qui l'emploie prenne garde qu'on ne puisse le retourner contre lui-même, comme on le voit dans l'exemple connu sous le nom de procès de l'rotagoras ». La rétorsion d'un dilemme est d'autant plus piquante, que le dilemme se pose, de sa nature, comme triomphant, sous tous les rapports, de la diflicultéen question : il faut observer toutefois que cette
1 II avait été convenu, entre Protagoras et un de ses disciples, que celui ci ne payerait à son maître le prix de ses leçons qu'après qu'il aurait gagné sa première cause. Le discipie ne se pressant pas de plaider, Protagoras le fit traduire devant le tribunal pour obtenir le payement de la somme convenue. Voici L'argument du maître : Ou vous perdrez votre cause ou vous la gagnerez: si srous la perdez il laudra me payer pour obéir à la sentence des juges; si vous la gagnez, il laudra me payer en vertu de nos conventions. Le disciple rétorque ainsi le dilemme : Je perdrai ma cause ou je la gagnerai ; si je la perds, je no vous dois rien, aux termes de nos conventions; si je la gagne, je ne vous dois rien, d'après la décision des juges.
ue l'induction. 273
sorte de réplique est également applicable a d autres espèces d'arguments.
Le dilemme peut donner matière, soit à un syllogisme, où les deux points de vue du dilemme soient réunis sous une idée plus générale qui les comprenne tous deux ; soit à deux syllogismes, qui aboutissent chacun à une conclusion semblable.
6» De l'induction.
L'induction, à l'état de raisonnement formulé réductible au syllogisme, est un argument dans lequel on conclut en affirmant d'un tout ce que l'on a d'abord successivement affirmé de toutes les parties de ce tout.
Pour prouver que l'homme n'est heureux à aucune époque de sa vie, on dira :
L'homme n'est pas heureux dans son enfance, à cause de ses souffrances physiques et de la contrainte qu'on est obligé de lui imposer ;
Il n'est pas heureux dans sa jeunesse, où les passions viennent l'assaillir et le rendre esclave ;
Il n'est pas heureux dans l'âge mûr, où il est tourmenté par les soucis, le chagrin, l'ambition et les désappointements de toute espèce ;
Il n'est pas heureux dans la vieillesse, où il est en proie aux infirmités, où il n'a devant les yeux que la triste image de la mort :
Donc l'homme n'est heureux à aucune époque de la vie.
Cette induction se réduira en syllogisme de la manière suivante :
On peut dire, avec vérité, que l'homme n'est heureux à aucune époque de la vie, s'il n'y a aucun âge où l'humanité ne soit en proie à diverses sortes de maux ;
Or, effectivement, il n'y a aucun âge de la vie humaine,... soit qu'on la considère dans l'enfance, dans la jeunesse, etc. :
Donc, etc.
Pour que 1 induction soit vraiment démonstrative, il faut que l'énumération des parties soit complète, et c'est à
cause de la difficulté de réaliser cette condition que souvent cette forme d'argument ne dépasse pas la limite du probable ; mais, en ce cas, on ne peut, à proprement parler, lui donner le nom d'une véritable induction.
7° De l'exemple.
L'exemple est un argument dans lequel une proposition se déduit d'une autre d'après la parité, ou l'opposition, ou une raison plus forte : selon ces trois cas, c'est l'exemple, à pari, à contrario, à fortiori.
A pari. — Dieu a pardonné à David pénitent : donc, panillement, Dieu vous pardonnera si vous imitez David dans sa pénitence.
A contrario. - La débauche ruine la santé : par conséquent la tempérance, au contraire, lui est favorable.
A fortiori. — On a vu des païens pratiquer le pardon des injures ; donc, à plus forte raison, un chrétien ne doit-il pas être implacable dans ses haines.
Cet argument peut se ramener au syllogisme par l'adjonction d'une proposition qui formule le principe, soit de la parité, soit de l'opposition, soit de la raison plus forte qui motive la conclusion, comme dans l'un des exemples cidessus :
Les vertus que l'on rencontre chez les païens doivent à plus forte raison être pratiquées par les chrétiens ;
Or, on a vu des païens pratiquer le pardon des injures ;
Donc, à plus forte raison, la pratique du pardon des injures doit-elle se trouver chez les chrétiens.
8° Argument personnel.
L'argument personnel, ou ad hominem, e?l celui dans lequel on emploie contre son adversaire quelque raison que lui-même reconnaît pour vraie. On le combat ainsi par ses propres armes. On peut opposer comme argument ad hominem, à certains hommes qui approuvent des mesures oppressives, les maximes de liberté qu'ils ont professées en
d'autres circonstances, et que l'on trouve, consignées dans leurs écrits. Rien n'est plus commun que l'argument personnel dans les luttes des partis : il faut toutefois remarquer que cet argument n'est point décisif de sa nature pour le fond même des questions, mais qu'il n'a qu'une valeur relative à la personne contre laquelle on l'emploie.
9°Argumenls à priori et à posteriori.
On appelle argument à priori celui dans lequel on démontre un effet par sa cause, ou l'existence d'une chose par sa nature. Exemple : Le soleil est sur l'horizon, donc il fait jour. Tel est encore l'argument par lequel on démontre l'existence de Dieu d'après sa nature même. L'argument à posteriori est celui dans lequel on démontre une cause par ses effets. Tels sont les raisonnements qui démontrent l'existence de Dieu pftr le bel ordre de l'univers.