FORMES DIVERSES DE RAISONNEMENT REDUITES AU SYLLOGISME
Ie De l'enthymème.
Uenthymème ['EvOûpupc) est un argument composé de deux propositions dont l'une se déduit de l'autre. C'est un syllogisme tronqué dans l'expression, syllogismus truncalus, parce que l'on y sous-entend l'une des deux prémisses, soit la majeure, soit la mineure. Exemple :
Dieu est bon :
Donc Dieu est aimable.
La proposition sous-entendue est celle-ci : tout ce qui est bon est aimable.
On dirait pareillement :
Tout ce qui est bon est aimable :
Donc Dieu est aimable.
Alors on sous-entendrait la mineure : Dieu est bon.
de l'épichérème. 269
Les deax propositions de l'enthymème se nomment Y antécédent et le conséquent.
L'enthymème équivaut toujours à un syllogisme dans la pensée: car la raison qui motive la déduction s'y trouve toujours comprise, au moins implicitement, et c'est ce qui a donné lieu à cet adage : Enthymema in ore, in mente syllogismus.
Dans l'usage de la vie, on raisonne très-fréquemment par enthymème : cette forme rend le discours plus rapide et plus animé.
Souvent on renferme l'enthymème dans une seule phrase, qui s'appelle sentence enthymema tique, par exemple : Homme coupable, craignez les jugements de Dieul
Je suis homme, tout homme est un ami pour moi.
(L. Racink, Rel., eu. vi.)
Gomme si l'on disait : 0 homme, vous êtes coupable ; donc vous devez craindre les jugements de Dieu. Et, pour réduire le second exemple en syllogisme :
Tout homme doit aimer ses semblables; Or je suis homme :
Donc, etc.
2° De l'épichérème
L'épichérème- , de son nom grec e^iyjipnu.«, mot qui signifie en général un argument, est un syllogismedontl'une des deux prémisses, ou chacune des deux prémisses, est accompagnée de sa preuve. Toute œuvre où le raisonnement domine peut se résumer le plus souvent dans un épichérème. Le plaidoyer de Cicéron pour Milon se résume dans l'épichérème suivant :
Il est permis de tuer un injuste agresseur qui attente a notre vie: les principes de la loi naturelle les règles du droit, les exemples le prouvent;
Or Clodius a tendu des embûches à Milon pour lui ôter la vie : l'escorte dont il était accompagné, les armes qu'il avait distribuées
aux hommes de cette escorte, le bruit qui s'était répandu dans la ville que Milon ne reviendrait pas de ce voyage, et d'autres cir constances, en sont la preuve :
Donc il a été licite à Milon de tuer Clodius.
L'épichérème équivaut pour le fond à un syllogisme multiple, les preuves qui accompagnent les prémisses pouvant, chacune à part, donner matière à un syllogisme.
3° Du prosyllogisme
Le prosyllogisme est un argument composé de cinq propositions qui forment deux syllogismes disposés de manière que la conclusion du premier soit en même temps l'une des prémisses du second. Cet argument n'est rien autre chose qu'un double syllogisme. Exemple :
Ce qui est un être simple ne peut périr par décomposition de ses parties ;
Une substance spirituelle est un être simple :
Donc une partie spirituelle ne peut périr par décomposition de ses parties ;
Or l'âme humaine est une substance spirituelle :
Donc l'âme humaine ne peut périr par décomposition de ses parties.
4' Du sorite
Le sorite (de o-w/jôç, tas ), appelé aussi gradation, est une série de propositions tellement liées entre elles, que l'attribut de la première devient le sujet de la seconde, l'attribut de la seconde devient le sujet de la troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le sujet de la première s'unisse à l'attribut de la dernière pour former une conclusion.
Il n'est pas absolument nécessaire, pour que le sorite soit vrai, que l'on observe rigoureuse ment dans les termes cette disposition symétrique du sujet et de l'attribut de chaque proposition, il suffit que cet enchaînement existe réellement dans les idées.
Exemple de sorite :