CAUSE* MORALES
1° Les passions. — Nous entendons uniquement ici, par le mot passions, certaines affections plus ou moins vives de notre âme, qui nous portent vers un objet ou nous en éloignent. Pour peu qu'on veuille essayer de se rendre compte des opérations de son âme, on s'apercevra sans peine que c'est bien plus souvent quelque inclination naturelle qui détermine nos jugements que la force réelle des raisons : c'est la ce qui a fait dire à La Rochefoucauld que « l'esprit est toujours la dupe du cœur l. » Les passions sont une source de préventions pour ou contre; d'où il arrive que, sous leur influence, sans qu'on se l'avoue à soi-même, la plupart des jugements que l'on porte ressemblent fort à un parti pris à l'avance. En outre, les passions, pour peu qu'elles aient d'intensité, troublent la tranquillité de notre esprit, et nous ôtent par cela seul la faculté d'étudier aveccalme les questions à résoudre.
Nous allons examiner en peu de mots quelques-unes des passions qui produisent les plus nombreuses erreurs.
Orgueil, amovr-propre, envie. — La disposition de l'âme exprimée par ces mots est une des sources les plus fécondes d'erreur. Si l'orgueilleux s'est d'abord engagé dans un parti, ou s'il a avancé une opinion quelconque, il fermera les yeux à la lumière, et il accumulera les sopbismes pour se faire illusion à lui-même et aux autres, plutôt que de reconnaître qu'il s'est trompé. Il préférera l'erreur à la vérité, si, pour embrasser la vérité, il faut désavouer ses premières idées. On conçoit les erreurs sans nombre qui doivent découler d'une telle disposition d'esprit.
Rien au monde ne rend plus crédule et plus accessible à la flatterie que l'orgueil. On peut tout faire accroire à l'orgueilleux, dès que ce que l'on dit tourne a sa louange, et rien n'est plus facile que de le conduire ainsi à des sottises
1 Maximes, 102.