CAUSES MORALES
qui le rendent ridicule : aussi est-ce une expression reçue que de dire un sot orgueil.
L'orgueilleux, qui est presque toujours un envieux, est rarement juste appréciateur du mérite des autres, et sa tendance à les rabaisser pour s'élever lui-même lui dérobe le plus souvent le vrai, tant sur les autres que sur luimême.
L'bomme qui vit dans l'oubli de Dieu est toujours dominé par l'orgueil.
Quand l'homme n'est qu'à lui. tout l'homme est ii l'orgueil,
a dit Racine fils .
Il n'y a de remède à l'orgueil que l'humilité.
L'amour et la haine. — En général les hommes approuvent sans examen ce que font leurs amis, tandis qu'ils trouvent mauvais ce que font leurs ennemis. Souvent il arrive qu'une action que l'on jugeait très-odieuse, tant qu'on en ignorait l'auteur, devient très-excusable lorsque l'on sait qu'elle a été faite par un ami. Au contraire, une action qu'on avait d'abord jugée digne d'éloge ne se trouve plus que d'un mince mérite, dès qu'on apprend qu'elle vient d'un homme pour qui on éprouve de l'antipathie. Sur les plus faibles indices, on regarde comme certain ce qui se raconte au désavantage d'un ennemi ; tandis que, s'il s'agissait d'un ami, on refuserait de se rendre à l'évidence même.
Un moyen de se préserver des erreurs qu'occasionnent l'amitié et la haine, ce serait d'appliquer, par la pensée, les faits et les circonstances dont il est question à des personnes avec lesquelles on n'a pas de relations particulières ; ou plutôt ce serait de se dépouiller des sentiments de haine, et de faire toujours dominer la raison sur les affections.
La paresse. — Peu d'hommes se dirigent dans leurs études par le pur amour de la vérité : c'est sous l'influence de la nécessité ou de quelque passion que la plupart des
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hommes entreprennent leurs plus grands travaux. Dès lors on conçoit qu'il? se laissent facilement rebuter par les difficultés, lorsque ces motifs leur manquent. Souvent, pour s'épargner la peine d'un examen sérieux, on adopte un sentiment qui ne repose sur aucune base solide, et puis l'on en change saus plus de raison et avec la plus complète indifférence, ou bien l'on s'y attache opiniâtrement sans aucun motif, si ce n'est qu'il en coûte d'étudier les raisons qui pourraient faire changer d'avis.
On rencontre à chaque instant, dans la société, des idées inexactes ou hasardées, enracinées dans les esprits à la faveur de cette parusse intellectuelle, dont un des caractères les plus marqués est un défaut d'attention qui exclut tout examen approfondi. De cette même paresse d'esprit, jointe à une certaine légèreté ou impatience naturelle, résulte l'empressement à faire une synthèse avant d'avoir suffisamment analysé, ou à prononcer un jugement définitif avant d'être parvenu à l'évidence, ce qui produit l'habitude de la 'précipitation dans les jugements.
Chacun doit s'efforcer de surmonter par une énergique résolution cette paresse d'esprit, source de tant d'erreurs, et se bien persuader que ce n'est qu'à force de persévérance et de courage, que l'on parvient à dissiper les ténèbres qui obscurcissent notre intelligence.
On pourrait passer en revue, de la même manière, les passions diverses qui modifient Jes jugements des hommes, telles que Yambilion, Ya'arice, la colère, etc., principalement celles qui sont lées à quelque intérêt, de fortune, d'honneur, d'indépendance, etc.
2° Les défauts du ciraclère. — On entend par caractère certaine disposition inhérente à lame, disposition en partie naturelle, en partie contractée par des actes devenus habituels.
Un caractère trop facile acquiesce trop promptement aux opinions des autres, et renonce trop aisément à ses propres convictions, souvent aux dépens de la vérité.
Un homme opiniâtre se jette dans l'excès contraire, et