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OBSERVATIONS SUR LES DIFFÉRENTES PREUVES DF. L'EXISTENCE DE DIEU

Les arguments ou preuve? de l'existence de Dieu, que Ton vient d'énumérer, présentent un double caractère, qui se distingue, en philosophie, par les mots à priori ou à posteriori. On appelle argument à posteriori, d'après la signification même du mot, une preuve tirée de quelque chose de postérieur à ce qui esta prouver : ainsi prouver une cause par ses effets, c'est l'aire un argument à posteriori, puisque les effets sont postérieurs à leur cause. Un argument à priori se fait par quelque chose que Ion conçoit comme ayant la priorité sur un autre, comme lorsque d'une cause on conclut les effets ; ou simplement par quelque chose qui se conçoit comme primitif, c'est-à-dire comme n'étant pas postérieur à l'objet à démontrer : par exemple, lorsqu'on démontre l'être par lui-même ou par son idée.

Pour bien comprendre ce qui précède, il est à propos de savoir qu'il y a deux sortes de priorité : la priorité de t< mps et la priorité de raison. Ainsi les modes sont par le fait simultanés a la substance dans le temps; mais le concept de la substance précède pour la raison celui des modes et par conséquent la substance a la priorité de raison sur les modes.

La plupart des preuves de l'existence de Dieu sont des preuves à posteriori : la plupart démontrent l'existence d'une cause suprême d'après ses effets, soit que , par l'observation de l'ordre et de la beauté de la nature, elles nous fassent comprendre la nécessité d'une cause intelligente, soit que, d'une existence contingente quelconque, attestée par l'expérience, on conclue l'existence d'un être nécessaire, ou du mouvement de la matière un premier moteur, ou bien encore que l'on tire quelque argument de l'état moral de l'homme. La démonstration qui se tire de l'idée d'un être parfait, de l'essence même de Dieu, est une preuve à priori.

La preuve de l'existence de Dieu par le consentement unanime des nation?, et la preuve par l'ordre de l'univers,

OBSERVATIO.NS SLR LES PREUVES PRÉCÉDENTES. 361

connue aussi sous le nom d'argument des causes finales, sont celles qui l'ont communément le plus d'impression sur toutes sortes d'intelligences. L'épicurien Velléius lui-même, dans le traité de Naturâ deorum de Cicéron, n'hésite pas à reconnaître l'autorité de cet accord unanime du genre humain : « De quo omnium natura consentit, id verum esse necesse est. Esse igitur deos confitendum est '. » Pour ce qui est de l'argument des causes finales, Kant, qui a poussé jusqu'au scepticisme sa Critique de la raison pure, en parle néanmoins dans les termes suivants : « Cet argument mérite d'être toujours rappelé avec respect. C'est le plus ancien, le plus clair et celui qui convient le mieux à la raison de la plupart des hommes. »

L'argument à priori de Descartes, par la seule idée de l'être parfait (2° ci-dessus, p. 359, a été attaqué et soutenu par des philosophes de premier ordre. Leihnitz l'a adopté avec la modification marquée ci-dessus. Kant a cherché à démontrer que cette preuve ne repose que sur des données purement logiques, et qu'on ne peut en conclure qu'un sujet ahstrait. On ne peut nier que cet argument ne donne lieu effectivement à quelques difficultés ; cependant, quoi qu'il en soit de ces difficultés, et quand même cette dernière preuve n'aurait pas plus de valeur que Kant ne lui en attribue, cela n'infirmerait en rien la principale preuve cartésienne. Cette preuve est celle qui est traitée dans la cinquième méditation, tandis que l'argument tiré de la seule idée . abstraite de l'être ne se rencontre que dans la troisième méditation : ce qui semble indiquer que, dans la pensée même de l'auteur, cette dernière preuve n'était pas la principale. Or voici quels sont les caractères de la première preuve (1°, p. o58j. Ce qui lui sert de base, c'est le fait même de la cons:ience et de la vie. Ce n'est point par l'abstraction, ce n'est point par un syllogisme que nous arrivons à l'idée de l'infini ; cette idée est tout à l'ait primitive dans notre raison : car le fini et l'imparfait ne se conçoivent que comme la négation ou l'absence de

1 Lib. I, c. xvii.

l'infini et du parlait. Je reconnais l'imperfection de la substance qui est moi-même dans l'imperfection évidente de ma pensée ; mais je ne me sens un être fini, imparfait, que parce que j'ai en même temps l'idée de l'être infini et parfait, principe de mon être imparfait, et qui seul a pu mettre en moi cette idée, et comme je ne pars pas de l'être imparfait en géaéral, mais de l'être imparfait, qui est moimême, l'être parfait que je conçois en opposition au mien est un être réel, et non un être abstrait '.

Des réflexions du même genre peuvent se faire sur la preuve de Y être nécessaire, à raison de la grande affinité qui existe entre cette preuve et celle qui se tire de la notion que nous avons de l'être infini, de l'être parfait (1J ci-dessus). En effet, le point de départ de la preuve de l'être nécessaire est la contingence du monde et de notre être en particulier ; or l'imperfection de l'être est intimement liée à sa contingence 2; nous avons eu en même temps le sentiment de l'une et de l'autre, et par conséquent nous concevons en même temps l'être parfait et i 'être nécessaire.

Pour terminer, remarquons que la preuve à priori doit être considérée comme un complément pour plusieurs des preuves de l'existence de Dieu. Plusieurs de ces preuves ne nous mènent qu'à un ordonnateur ou auteur des eboses, sans nous en démontrer l'infinité ; mais la preuve à priori nous donne l'être infini, créateur de l'univers.

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