‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 156 sur 243 · PU PRINCIPE DE L'OBLIGATION MORALE · texte numérisé non relu

PU PRINCIPE DE L'OBLIGATION MORALE

Les philosophes ne sont pas parfaitement d'accord sur le principe de l'obligation morale. Suivant un certain nombre d'entre eux, parmi lesquels il s'en trouve d'une saine philosophie, l'obligation de faire le bien et d'éviter le mal résulte de la nature même du bien et du mal. « Il est absurde, dit Dugald Stewart1, de demander pourquoi nous sommes obligés à la pratique de la vertu. La vraie notion de vertu implique la notion d'obligation. Tout être qui a conscience de la distinction du juste et de l'injuste a conscience en même temps d'une loi qu'il est tenu d'observer. » Un grand nombre de philosophes soutiennent avec raison que Yobligatwn proprement dite dépend de la suprême autorité dp. Dieu.

On ne peut nier que, de la nature même du bien et du mal, il ne résulte une raison de faire l'un et d'éviter l'autre. En effet, il y a des propositions pratiques fondées sur l'essence des choses et tellement évidentes, qu'elles rendent le doute impossible ; or nous ne pouvons reconnaître ces propositions pour vraies, sans concevoir en même temps que nous sommes tenus en quelque manière, par notre nature même, à ne pas nous en écarter dans la pratique. Cependant, sans la volonté suprême de Dieu qui nous en

1 Esquisses de philosophie morale, n° 218.

impose directement l'obligation, il n'y aurait, au fond, qu'une raison de convenance et la perfection pour éviter le mai et pour faire le bien, cl non une obligation stricte et proprement dite, telle que nous l'entendons en la faisant dériver de l'autorité divine : car dans cette hypothèse, attendu que nous ne serions liés et tenus à quelque chose que par nous-mêmes, il faut dire que nous ne serions pas liés effectivement, et qu'il n'y aurait pas au fond d'obligation réelle, puisqu'à chaque instant il ne tiendrait qu'à nous de nous exempter d'un lien qui ne viendrait que de nous-mêmes. Une obligation réelle et proprement dite exige qu'il y ait une autorité qui l'impose.

On prouve par les raisons suivantes que Dieu nous impose effectivement l'obligation de faire le bien et d'éviter le mal.

1° Dieu nous a créés libres, et, en vertu de notre liberté, nous avons le pouvoir de choisir entre le bien et le mal ; or Dieu n'a pu donner à l'homme cette faculté sans se proposer une fin déterminée, et il est évident qu'à raison de ses infinies perfections, il n'a pas pu ne pas vouloir que nous préférions le bien et que nous évitions le mal.

2° Cette volonté de Dieu se manifeste à nous par la conscience, c'est-à-dire par les reproches intérieurs que nous ressentons malgré nous lorsque nous faisons le mal, et aussi par le bon témoignage que nous rend la conscience si nous faisons le bien.

3° La persuasion universelle du genre humain, qui a toujours cru aux peines et aux récompenses d'une autre vie, suppose que nos actions ne sont pas indifférentes aux yeux de Dieu, et que, par conséquent, il veut que nous fassions le bien et que nous nous abstenions du mal.

Ajoutons que cette volonté de Dieu nous est manifestée d'une manière plus explicite par la Révélation, dont on parlera un peu plus loin, à l'article du Culte religieux.

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