DU MÉRITE ET DU DÉMÉRITE
celte notion ne détruit pas la difficulté de la lutte contre le mal : alors le courage qu'exige la victoire fait naître en nous le sentiment et l'idée du mérite ou de la valeur morale de l'action ; tandis que la lâcheté que manifeste en notre âme la défaite développe en nous le sentiment et l'idée du démérite, c'est-a-dire du manque de valeur morale. Ainsi, lorsque les actions humaines sont conformes à la droite raison et réalisent l'accomplissement du devoir, comme ces actions exigent un effort de l'âme dans l'usage de la liberté, nous disons qu'elles sont marquées d'un caractère de mérite, qu'elles sont méritoires; au contraire, lorsque les actes sont opposés à la saine raison, et de nature à faire défaut à l'accomplissement du devoir, comme ces actes prouvent dans l'usage de la liberté un manque de la force qui mérite, nous disons qu'ils sont marqués d'un caractère de démérite, qu'ils sont démèriioires
Tantôt on sacrifie le plaisir au devoir et l'on fait céder le motif égoïste au motif moral ; tantôt on immole le devoir au plaisir, et l'on fait prévaloir le motif égoïste sur le motif moral ; c'est à ces différences que l'on distingue le mérite et le démérite. Les degrés du mérite se mesurent sur ceux de l'effort et du sacrifice que coûtent les actions.
L'habitude du mérite ou du démérite constitue cet état de notre âme qu'on appelle la vertu ou le vice. Le mot vertu dans son sens littéral signifie force mais c'est la force au point de vue moral, la force de résister aux penchants qui nous portent au mal, en un mot, la vertu, c'est la force du bien, et le manque de la force qui résiste au mal, c'est le vice. Toute action louable qui exige un effort de notre part est un acte de vertu : une action est vicieuse, lorsqu'en la faisant nous cédons au mal Toutefois, dans leur acception ordinaire, les termes de vertu et de vice supposent un certain nombre d'actes de l'un ou de l'autre caractère : un ou quelques actes seulement, soit méritoires, soit déméritoires, ne font pas un homme vertueux, ni un homme vicieux ; il faut pour ces qualifications des actes habituels dans l'un ou dans l'autre sens.
Nous apprécions nos actes personnels par notre conscience morale, et ceux des autres par analogie avec nous-mêmes. C'est pour cela que les jugements sur autrui sont si divers : ordinairement, les hommes vertueux prêtent aux actions des autres hommes le mohile qui dirige les leurs; tandis que ceux qui prennent leurs passions pour règle ramènent aux mêmes principes les actions d autrui.