DE LA CONSCIENCE ET DE LA CERTITUDE OUI LUI EST PROPRE
Les divers phénomènes dont notre àme est le sujet sont constatés par l'âme elle-même, au moyen d'une sorte de vue intérieure que l'on appelle la conscience, ou la faculté
de se connaître soi-même, mens suî conscia. dette faculté se nomme aussi sens intime el perception interne.
C'est par la conscience que l'on connaît le moi, et qu'on le distingue par conséquent du non-moi, c'est-à-dire qu'on distingue son propre être de ce qui n'est pas lui. On donne ordinairement le nom d'interne et de subjectif h tout phénomène identique au sujet connaissant, et le nom (['externe et d'objectif à ce qui ne lui est pas identique. Ainsi nos idées et nos sentiments sont des faits internes et subjectifs, des faits qui ont lieu dans le sujet pensant ou dans l'âme; tandis que les phénomènes du monde matériel sont des faits externes et objectifs, c'est-à-dire des faits qui ont lieu hors de l'âme, et qui sont un objet d'observation pour l'âme, mais n'appartiennent pas au sujet pensant lui-même. Par exemple, lorsque je vois un édilice, cet édifice est, pour mon âme, externe , objectif, non-moi ; mais la vue , l'idée que j'en ai, est interne et subjective, elle est en moi.
Il importe de remarquer que les faits internes nommés subjectifs, comme appartenant au sujet pensant , tiennent aussi de l'objectif sous un rapport, puisque l'âme, sujet de la pensée, peut être aussi l'objet de la pensée. On peut dire que, pour les faits internes, le subjectif et l'objectif, bien que demeurant distincts dans l'idée, se confondent en réalité dans une même substance, l'âme étant à la fois le sujet observant et l'objet observé. C'est précisément cette identité du sujet et de l'objet qui fait Ja force du témoignage de la conscience ; et, si la certitude pouvait être ébranlée dans le domaine de la conscience, on serait réduit au scepticisme complet et absolu. En effet, il est clair que, s'il pouvait y avoir quelque incertitude sur la réalité de l'objet de la pensée, lorsque cet objet tient à la substance même du sujet pensant et s'identifie avec lui, et que, par conséquent, il est aperçu sans aucun intermédiaire, à plus forte raison devrait-il yavoir de l'incertitude lorsque l'objet de la pensée serait étranger au sujet pensant. Il est visible, d'ailleurs, que la certitude des phénomènes matériels eux-