TRADITIONALISME
Maintenus par l'autorité dans les termes de l'orthodoxie, les philosophes catholiques ne peuvent différer entre eux notablement que sur des points accessoires et sur des matières laissées à la discussion libre. 11 y a quelques années une discussion assez vive s'est engagée entre catholiques sur le degré et sur le genre d'influence de la raison et de la tradition pour produire en nous la connaissance des vérités dogmatiques et morales qui constituent ce qu'on appelle la religion naturelle. Des deux côtés on reconnaissait également les forces naturelles de Ja raison et la valeur de la tradition, mais on entendait différemment la manière dont chacune concourt à former la certitude. Les uns furent désignés sous le nom de traditionalistes, les autres n'eurent pas de dénomination bien arrêtée ; car il n'était pas juste de les appeler simplement rationalistes : c'eût été leur imputer le rationalisme proprement dit, qui implique la négation du surnaturel ; tout au plus pouvait-on les appeler semi-rationalistes.
Cette École, d'un caractère mixte, admet: l°desidées innées dans la raison humaine ; 2° la nécessité d'une révélation primitive et externe, transmise par la parole, pour qu'on ait la conscience claire de ces idées. La parole est comme la
lumière et la chaleur qui, dans l'ordre physique, développent les semences. — L'École traditionnelle ou antirationaliste rejette les idées innées ; elle admet la nécessité d'un enseignement par la tradition, écrite, orale ou pratique, pour qu'on ait une idée même élémentaire des vérités religieuses et morales de l'ordre naturel. Toutefois, il ne s'agit ici que d'une nécessité morale, et non d'une nécessité absolue. Car Dieu aurait pu constituer l'homme autrement, et donner à sa raison la force, non pas de créer, mais de découvrir par elle seule ces vérités. — On voit que cette querelle porte principalement sur des distinctions subtiles et assez difficiles à saisir.
ONTOLOGISMK.
La polémique dont on vient de parler se compliqua d'une autre question qui vint s'y joindre, celle qui se désigne par le nom d'Onlologisme. L'ontologisme s'est formé par réaction contre le Psychologisme, qui pose les faits de conscience pour principe de toute philosophie. L'ontologisme, au contraire, consiste à poser pour premier fondement de toute science certaine, l'être simplement dit, l'éternel intelligible, saisi directement par la raison humaine. Les ontologistes déduisaient toutes les conséquences que renferme ce principe de l'intuition directe. En butte à quelques contradictions sur ce sujet, quelques ontologistes belges, professeurs à l'Université catholique de Louvain, soumirent à l'examen de la Congrégation de l'Index une série de propositions formulées dans le sens de leur système, demandant si ces propositions pouvaient être enseignées publiquement en toute sûreté, tuto : la réponse fut négative. — Au reste, des préoccupations d'une autre nature ont totalement mis fin à ces débats.
Publications récentes.
Parmi les publications utiles se rapportant plus ou moins directement à la philosophie dans ces dernières années, on distinguera la Question du surnaturel, par le P. Mati-
gnon ; la Vie future ou histoire et apologie de la doctrine chrétienne sur l'autre vie (1855\ par M. Th. -Henri Martin, doyen de la Faculté des lettres de Rennes, ouvrage qui avait spécialement pour but de réfuter Terre et Ciel de J. Reynaud ; Études morales sur le temps présent (1856), L'idée de Dieu et de ses nouveaux critiques (1864), Le matérialisme et la science (1868), par E. Caro, ouvrages précieux pour l'appréciation des pernicieuses doctrines du temps actuel.