I. Des Facultés intellectuelles
Le fait général de l'entendement, c'est tout ce qui offre le caractère de connaissance, e'est toute vue de l'esprit, toute notion, toute idée. Or on conçoit qu'il puisse y avoir diverses manières d'acquérir des idées et d'agir sur les idées; par conséquent, plusieurs procédés intellectuels, se ressemblant tous sans doute par le caractère de connaître et de produire des idées, mais différant l'un de l'autre sous quelque rapport particulier : ces procédés divers sont les modes d'exercice des facultés intellectuelles. Les principales facultés intellectuelles sont : l'attention, h perception, tant interne qu'externe, la raison, la comparaison et le jugement, le raisonnement, Yabstraction et la généralisation, la mémoire et 1" association des idées, l'imagination, la croyance.
I Ier. De V attention.
L'étude des procédés de la faculté de connaître doit naturellement commencer par celle des opérations de l'entendement, qui est plutôt, à proprement parler, une direction commune des autres qu'elle n'est elle-même un procédé spécial : je veux dire Y attention.
Cette faculté se range ordinairement au nombre de celles qui appartiennent à la faculté générale de connaître ; cependant plusieurs psychologistes ont pensé que ce n'est pas tant l'entendement que l'activité qui constitue l'attention. En effet, il est possible, peut-on dire, d'être attentif sans
rien apprendre, comme il l'est de regarder sans voir, mais non d'être attentif sans déployer quelque activité. Ni ''anmoins ce n'est pas sans raison que V attention a été classée parmi les facultés intellectuelles : car, s'il y a dans l'attention une proportion très-considérable d'activité, ce qui en fait le caractère constitutif et déterminant, c'est l'intellectuel. L'attention, c'est l'âme s'exerçant en tant qu'intelligence, et s'appliquant à connaître. En un mot, c'est le regard de l'âme, on l'intelligence mise en action.
L'attention peut se définir : un acte par lequel l'entendement se dirige et se fixe sur un objet pour le bien connaître. Les premières données de la vie intellectuelle, vagues et fugitives, éveillent naturellement l'attention, qui s'en empare, les fixe en nous, et aide ainsi la raison à les discerner, et la mémoire à les retenir. Les premiers actes de l'attention sont instinctifs. L'attention se produit le plus souvent sous l'influence des objets extérieurs et des pbénomènes sensibles, surtout au commencement de la vie.
A la suite des actes d'attention instinctifs et spontanés, se forment en nous, pour l'ordinaire, des actes d'attention volontaires et libres. Des actes d'attention libres se produisent également par la seule initiative de la volonté, comme, par exemple, lorsqu'on s'applique volontairement à l'étude d'une science ou d'un art. Les actes d'attention, soit instinctifs, soit volontaires, fréquemment répétés, deviennent habituels, et dans ce cas les actes volontaires eux-mêmes participent de l'instinct.
La volonté dirige l'attention sur tels ou tels objets ; elle la concentre et la soutient aussi longtemps qu'il le faut pour rendre les notions suffisamment claires. Cependant il arrive souvent que des impressions sensibles ou le cours de nos idées nous portent instinctivement dans une certaine direction. Alors notre attention est moins en notre pouvoir, et la volonté fait de vains efforts pour la maintenir sur ce qui est en question; l'attention rappelée, même malgré nous, aux objets qui l'attirent, y retourne sans cesse d'elle-même. Ce l'ait intérieur constitue ce qu'on appelle la préoccupation et
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la distraction. La distraction a lieu encore de bien d'autres manières qui sont assez connues.
L'action d'être attentif demande l'exercice d'une force, et suppose un effort, soit pour maintenir l'attention, soit pour la ramener sur un objet. C'est ce qui explique l'éloignement que l'on éprouve pour certains travaux qui exigent une attention forte et prolongée. L'attention a besoin que la volonté la soutienne, et agisse non-seulement sur l'âme, mais souvent aussi sur les organes, sur la vue, par exemple, pour bien considérer les objets. L'attention ainsi soutenue produit l'observation, qui est interne ou externe, selon qu'elle se porte au dedans ou au dehors du moi. L'observation intérieure se nomme aussi spécialement réflexion. A l'Observation extérieure appartiennent les expressions de regarder, écouler, palper, flairer, savourer, qui désignent l'attention appliquée aux objets sensibles, tandis que les mots noir, entendre, sentir, etc., signifient bien plus le passif que l'actif de nos perceptions.
Lorsque l'attention est dirigée durant un certain laps de temps sur quelque sujet déterminé, il se fait alors sur ce sujet des comparaisons, des jugements, des raisonnements, des classifications, etc. Cet exercice de l'attention se désigne d'une manière générale par les mots étude, recherche, examen.
L'attention rallie toutes les forces de l'intelligence, les redouble par la. concentration et les développe par l'exercice. Sans l'attention, on remarquerait à peine les faits psychologiques, et les impressions des sens ne laisseraient aucune trace. Pour que l'âme s'élève aux conceptions supérieures de la raison, il est nécessaire que l'attention la fasse pénétrer dans les profondeurs de ce monde inaccessible aux sens. L'attention est donc le principe de vie de l'intelligence ; et c'est surtout le défaut d'attention soutenue qui fait la faiblesse des esprits superficiels. Dans certaines circonstances, le relâchement de l'attention conduit à la rêverie, sorte de laisser-aller intellectuel qui a quelque analogie avec les songes.
i II. Z)e la perception.
L'attention excitée dans notre âme y l'ait naître des notions sur les objets divers qu'elle peut atteindre. Le simple fait de saisir quelque chose par V entendement se nomme UDe perception. Par l'attention, l'âme regarde en quelque sorte ; par la perception, elle voit, j'eD tends de la vue de l'esprit.
Au premier instant de la perception, lorsque l'objet se présente à la pensée, l'âme est passive ; mais elle saisit naturellement son objet par la puissance active de l'entendement, et c'est cela même qui détermine proprement la perception. Dans la perception, il y a donc un acte ou une opération de l'entendement.
L'action de percevoir a pour objet les phénomènes qui ont lieu dans Y intérieur de notre âme et ceux que nous offre le monde extérieur. Lorsque l'objet perçu par l'entendement n'est pas un simple fait qui puisse être saisi directement en lui-même, mais une vérité conçue par la raison, l'opération se désigne par le mot conception.
L'action d'atteindre les objets par l'entendement se distingue donc de trois sortes, et prend, en conséquence, trois noms différents : 1° Perception interne ou Conscience ; 2° Perception extérieure ; 3° Conception, ou Raison, qu'on pourrait aussi nommer Perception rationnelle. Nous allons les étudier successivement.
1" De la conscience ou de la perception interne.
La conscience, appelée aussi sens intime et perception interne, c'est-à-dire perception de l'interne, est la. faculté que possède notre âme de se connaître elle-même. Ce mode de connaissance, fondement de la psychologie, se distingue aussi lui-même parmi tous ceux qu'il découvre dans l'âme. C'est ce que l'on exprime en disant que nous avons la conscience de notre conscience. Or la conscience, observée par