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DE LA CONSCIENCE OU DE LA PERCEPTION INTERNE

elle-même, se révèle comme un des modes de la faculté de connaître ou de l'entendement.

L'âme intelligente, objet de la science psychologique, en est aussi le sujet et l'instrument : de là le caractère de réflexion proprement dite qui distingue la psychologie de toutes les autres sciences. C'est dans les faits psychologiques constatés par la conscience qu'a lieu directement la réflexion, ou observation réfléchie dans le sens strict du mot. Dans l'observation psychologique, une action part de l'âme et retourne à l'âme, ou autrement se réfléchit sur l'âme. On peut dire, néanmoins, en général, dans un sens moins strict, qu'il y a réflexion toutes les fois que l'âme concentre en elle-même sa pensée sur tout objet quelconque, soit matériel, soit immatériel.

Nous remarquons encore que tantôt nous avons la conscience des modifications de notre âme, sans l'intervention explicite de notre volonté, tantôt nous obtenons cette connaissance en appliquant volontairement notre attention aux phénomènes de l'âme. Dans le premier cas, la connaissance est obscure et confuse; ce n'est que dans le second qu'elle devient claire et distincte. La conscience spontanée est primitive ; la conscience volontaire est ultérieure. C'est surtout la conscience volontaire qui est proprement réfléchie.

A l'aide de la mémoire, la conscience nous fait saisir entre les phénomènes internes des rapports de durée, en ce que tel phénomène continue d'être, plus ou moins, ou autant que tel autre ; et des rapports de succession, en ce que l'un a lieu avant ou après l'autre.

D'après la conscience, l'âme, à l'aide de la raison, se reconnaît substance et cause : substance, en apercevant les phénomènes comme éprouvés par un sujet fixe et permanent ; cause, en les apercevant comme le produit d'une activité. Elle se reconnaît comme substance unique, et trouve, à l'aide de la mémoire, l'idée tfuniù dansV identité du moi, au milieu de la succession des phénomènes variés dont il est le sujet. Ces dernières considérations, que l'on

ne fait ici qu'indiquer, seront développée? dans le chapitre de la Nature de l'âme.

Pour compléter le présent article, il faut reprendre ce qui a été dit précédemment (p. 19), de la conscience et de la certitude qui lui est propre.

2e De la perception extérieure.

Nous savons par l'expérience que les connaissances que l'on acquiert d'abord en plus grand nombre sont celles des objets qui tombent sous les sens. La faculté qui nous fait connaître les objets extérieurs par l'entremise des sens se nomme perception extérieure, c'est-à-dire perception de l'extérieur.

Le phénomène de la perception extérieure, accompagné de ses accessoires, offre à l'analyse les faits successifs suivants :

1° Action de l'objet sur l'organe, soit par lui-même, soit par un milieu ;

2° Impression organique, nerveuse, puis cérébrale ;

3° Modification sensible ou sensation dans l'àme , et connaissance plus ou moins expresse de cette modification ;

4° Connaissance d'un objet extérieur qui a occasionné la sensation. C'est dans ce dernier fait que consiste proprement la perception externe, perception qui comprend la croyance à la réalité de l'objet perçu.

Par exemple, j'aperçois un tableau: 1° ce tableau exerce une action sur l'organe de la vue, non par lui-même, mais par un milieu, savoir, la lumière qu'il réfléchit; 2° une impression est reçue par l'œil et transmise par le nerf optique au cerveau ; 3° l'âme éprouve le phénomène sensible de la vision, et elle a la conscience de ce phénomène ; 4° elle perçoit un objet extérieur, le tableau, qu'elle croit réel, et qu'elle juge lui avoir occasionné ce qu'elle éprouve. Dans un exemple de sensation de goût et de perception d'un corps sapide, l'impression sur l'organe eût été exercée, non

par un milieu, mais par le corps lui-même immédiatement; puis on eût trouvé une sensation avec connaissance, et enfin une perception externe.

Il faut distinguer dans cet ensemble trois ordres de faits : 1" les faits physiologiques; 2° les faits sensibles; 3° les faits intellectuels.

Ainsi s'effectue le phénomène.de la perception extérieure dans l'état ordinaire de veille, c'est-à-dire que, dans cet étal, la perception est accompagnée du jeu des . organes et de là présence réelle d'objets à l'extérieur; mais dans les songes, l'âme voit, entend, éprouve des sensations diverses, sans l'intervention des organes externes et sans la présence des objets. Également dans l'état de délire, dans l'hallucination, l'âme éprouve des sensations et des perceptions qui ne sont pas occasionnées par l'action d'objets réels sur les sens. Ce qui prouve que ces phénomènes ne sont pas liés nécessairement à l'organisation des sens externes.

Nous avons dit à l'article de la Sensibilité, que le corps est doué de cinq appareils organiques; et l'âme, de cinq sens qui y correspondent. L'âme, à l'aide des sens, perçoit les qualités des objets extérieurs. Ces perceptions , ces connaissances, varient selon les sens qui nous les transmettent.

Tact1. Lorsque notre organisation tactile est affectée par un contact quelconque, l'âme perçoit immédiatement l'existence des étendues tangibles que nous appelons des corps, et nous donnons le nom de notre corps à une partie de ces étendues.

Lorsqu'en promenant la main sur la surface d'un corps, nous arrivons à des points de l'espace où nous ne touchons plus rien, nous jugeons que nous avons atteint l'extrémité du corps; et si, sans revenir à notre point de départ, nous touchons encore quelque chose de la même manière, puis quelque autre chose, nous acquérons l'idée d'un autre corps,

1 A. Garnier. Pircis d'un cours de Psychologie.

puis d'un troisième, etc. : ce qui nous donne la notion de la pluralité des corps. Le plus, le moins, V égalité d'étendue, nous donnent des rapports de grandeur. La disposition relative des parties externes est ce qu'on appelle la forme des corps.

La perception par le toucher, jointe à la conscience du plus ou moins d'effort que nous avons à faire pour soutenir les corps et pour en séparer les parties, fait naître en nous les idées du poids et de la ténacité de ces corps. La même perception, aidée de plusieurs facultés qu'il est facile de reconnaître, nous donne encore les notions de dureté, de compressibilité, de ductilité, de solidité, de liquidité, de fragilité, d'aspérité, de poli, de froid, de chaud, etc. Un grand nombre de propriétés de cette nature ne nous sont connues que d'une manière relative ; on juge le même corps dur ou mou, froid ou chaud, long ou court, suivant le terme de comparaison auquel on le rapporte.

Vue. Par le sens de la vue, l'âme perçoit les qualités visibles, comme la couleur, Yétendue et la forme, non la forme complète dans tous les sens, mais la forme des étendues de lumière et de couleur, dans un seul plan.

La vue, aidée de la mémoire, nous fait connaître la pluralité des étendues colorées ; elle nous en fait percevoir la grandeur, la position et le mouvement , mais toujours dan< un même plan.

La vue ne nous apprend pas positivement autre chose. Elle donne même souvent lieu à des erreurs, connues sous le nom d'illusions d'optique. On sait, par des observations de divers genres, que les jugements exacts que nous portons sur la forme , sur la grandeur, sur la distance des corps, sont le résultat de l'exercice, ou, comme on l'a dit, de l'éducation du sens de la vue. I/aveugle de naissance auquel le célèbre chirurgien anglais Cheselden donna la vue par une opération de chirurgie, était si éloigné de pouvoir juger en aucune façon des distances , lorsqu'il vit pour la première fois la lumière, qu'il croyait que tous les objets touchaient ses yeux. Il se trompait également

sur la grandeur des objets, et tombait dans plusieurs autres erreurs. Nous-mêmes nous jugeons difficilement de la grandeur d'un objet , quand nous n'en apprécions pas la distance, et de sa distance, quand nous n'en apprécions pas la grandeur.

Le sens de la vue, s'il était seul, ne nous donnerait le plus souvent que des notions inexactes et incomplètes ; mais, le tact venant au secours de la vue, l'âme, par le concours de ces deux sens, apprend que tel aspect des corps signale l'existence de telles propriétés , que telle teinte dans la couleur des corps correspond à telle forme ou à telle profondeur. Dans la suite, au moyen de la mémoire et d'une induction qui se fonde sur la stabilité reconnue des lois de la nature, on juge à la vue que telles apparences sont accompagnées de propriétés que le tact a précédemment perçues sous des apparences semblables. Ainsi, l'on s'avance sans crainte sur un chemin inconnu, on franchit, on évite les passages difficiles ou peu solides, on monte ou l'on descend des degrés, d'après les seules indications de la vue.

Le tact complète donc, comme on vient de le voir, les perceptions vagues et confuses de la vue. Il corrige aussi les perceptions erronées auxquelles elle donne lieu. La vue elle-même rectifie ses propres perceptions par le changement de position et de distance, relativement au corps qu'elle observe. Par exemple, qu'un bâton plongé dans Venu paraisse rompu au point d'immersion ; qu'un objet anguleux, vu de loin, semble être rond ; que deux rangées d'arbres parallèles semblent se rapprocher par leurs extrémités, ces erreurs, ainsi que d'autres du même genre, se corrigent, soit par le tact, soit d'après la vue elle-même, et alors on distingue deux sortes de perception : l'une naturelle, c'est celle qui est conforme à ce que transmet actuellement le sens de la vue ; l'autre acquise, c'est-à-dire obtenue par une rectification qui demeure acquise à la raison par la mémoire. Il convient toutefois d'observer que ces erreurs ne sont pas proprement des erreurs de la vue.

puisque, dans ces circonstances, la vue s'exerce selon les lois régulières de l'optique; mais bien plutôt des jugements erronés de notre esprit, qui demande à la vue ce qu'elle ne saurait lui donner.

Si le tact vient en aide à la vue, la vue de son côté, une fois instruite par le tact, le remplace, en agrandit le domaine, et nous fait saisir de grandes dimensions qui dépassent la portée de nos moyens manuels de mesure.

Enfin, la vue contribue puissamment à former en nous la notion du beau, soit dans la nature, soit dans les arts.

Ocïe. Par le sens de l'ouïe, l'âme perçoit les sons. L'ouïe saisit dans les sons Y intensité ou le degré de force, le timbre ou le caractère distincîif des voix, [atonalité ou les rapports de l'échelle musicale, Yarticulalion ou les modifications que produit l'organe de la parole. Les combinaisons de ces éléments produisent la mesure, le rhythme, la mélodie et Vharmonie.

Par le concours de l'ouïe avec le tact et la vue, nous remarquons que les sons se trouvent associés aux mouvements et au choc des corps ; et au retour des mêmes phénomènes sonores nous croyons à la présence de corps semblables, indépendamment même du tact et de la vue. D'oii l'on voit que l'ouïe, par les perceptions qui en dépendent, peut remplacer jusqu'à un certain point l'exercice du tact, mais cependant beaucoup moins fréquemment et avec moins de précision que ne le fait la vue.

L'ouïe est une des conditions du langage articulé, et elle contribue par la musique à la notion du beau.

Goût. Par le sens du goût , l'âme perçoit les saveurs avec leurs degrés ej leurs nuances sans nombre. Comme nous ne goûtons d'ordinaire les objets qu'après les avoir vus ou touchés, nous associons certaines saveurs à certaines - es de corps qui nous sont connus par la vue ou par le toucher; et, lorsqu'il nous arrive de percevoir une saveur semblable, la mémoire et l'induction nous font présumer la présence de tel ou tel corps.

ODORAT. Par le sens rie l'odorat, l'âme perçoit les odeurs

avec leur intensité et leurs qualités diverses. L'observation tactile et l'observation visuelle, s'unissant à l'odorat , nous font reconnaître que l'existence des odeurs coïncide avec la présence des corps. La mémoire et l'induction nous font juger par les odeurs la présence de tel ou tel corps. L'odorat est l'auxiliaire du goût pour la perception de certaines saveurs.

Les objets extérieurs ne nous sont connus que par les qualités qui les mettent en rapport avec nos sens. Nous percevons directement et positivement par le tact la solidité, qui implique l'étendue et la ligure, et par la vue, l'étendue et la ligure, comme des qualités inhérentes à la quantité et à la disposition de la matière même des corps. Mais l'ouïe, le goût et l'odorat ne nous font pas connaître la nature du son ni celle de la saveur ou de l'odeur, considérées comme qualités inhérentes aux corps ; nous ignorons en quoi consistent ces qualités dans les corps. Il faut en dire autant de plusieurs perceptions dues au tact ou à la vue, comme le chaud, le froid, les couleurs. Lorsqu'on parle de son, de saveur, d'odeur, etc., comme de qualités qui se rencontrent dans les corps, il faut entendre uniquement qu'il y a dans ces corps certaines dispositions propres à produire dans l'âme certains effets sensibles : car il est assez clair qu'il n'y a, dans les corps, qui sont l'occasion de nos sensations, rien de semblable à ces sensations mêmes. Il n'y a, à proprement parler, dans les objets extérieurs, ni son, ni saveur, ni odeur, ni chaleur, ni couleur même, puisque ce ne sont pas les objets extérieurs qui entendent, qui goûtent, qui sentent, qui voient, etc. Ainsi ces mots entendus comme signifiant des sensations ne conviennent qu'à notre âme ; mais il ne faut pas oublier qu'ils ont une double acception dans toutes les langues, le même mot exprimant à la fois la sensation et la cause inconnue qui la fait naître. Entendus dans ce dernier sens, ils peuvent s'appliquer avec vérité aux objets extérieurs eux-mêmes.

Les deux sortes de qualités que l'on vient de signaler se

distinguent par les noms de qualités premières et de qualités secondes. Les qualités premières sont celles que l'on peut considérer comme les attributs fondamentaux des corps, et sans lesquelles les corps ne se conçoivent pas. La qualité première par excellence est la solidité, qui implique l'étendue et la l'orme, avec la triple dimension de longueur, largeur et épaisseur. Les qualités secondes sont celles qui pourraient n'être pas, sans que le corps cessât d'être : par exemple, les qualités dont nous acquérons l'idée par l'odorat, par le goût, par l'ouïe, savoir : l'odeur, la saveur, le son, etc. Ces qualités sont comprises secondairement dans la notion de tel ou tel corps ; mais ce qui se conçoit primitivement dans tous les corps, c'est la matière et la forme.

Conditions du témoignage des sens dans la perception extérieure. — Tout le monde convient que la perception extérieure, considérée dans son application à tel ou tel phénomène en particulier, ne doit être réputée infaillible que si le témoignage des sens est revêtu de certaines conditions. Ces conditions sont :

1° Que le témoignage soit constant : à défaut de cette condition, les perceptions de nos songes ne sont d'aucune autorité ; 2° qu'il soit uniforme, c'est-à-dire qu'aucun sens n'en contredise un autre. Lorsqu'un bâton plongé dans l'eau parait rompu au point d'immersion, si l'on y porte la main, la vue et le tact se contredisent ; mais, lorsqu'on l'a retiré de l'eau, ces deux sens se trouvent d'accord ; lorsque l'on rapporte certaines sensations douloureuses à un membre amputé, le témoignage des sens n'est pas uniforme, puisque la vue et le toucher, loin de confirmer le rapport de la sensation, attestent au contraire l'absence du membre ; 3° que les organes soient sains : cette condition n'est pas remplie dans le cas des fiévreux, qui trouvent un mauvais goût à toutes choses, ni lorsque l'œil de l'ictérique communique uni' teinte jaunâtre à tous les objets.

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