‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 42 sur 243 · EXEMPLES DE FORMATION D'IDÉES · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE FORMATION D'IDÉES

mode de connaissance, qui ne peut être que cet acte supérieur de l'intelligence que nous avons nommé la raison.

Temps. — Au milieu des choses qui varient autour de lui et des modes qui se succèdent en lui, le moi reste le même, et sa substance a une existence identique et continue qu'il conçoit, et à laquelle il croit irrésistiblement. C'est ce qui s'appelle sa durée. Cette notion se manifeste en nous à l'aide de la mémoire. En même temps se forment en nous les notions de simultanéité et de succession, de passé, de présent et d'avenir, triple terme du temps, d'après les phénomènes qui ont lieu, soit en nous, soit hors de nous, dans le monde matériel. Mais le moi peut s'éliminer lui-même ainsi que les corps, c'est-à-dire se supposer lui-même et les supposer non existants : alors, à la notion limitée et relative de la durée du moi et des objets extérieurs, se substitue la notion de la durée illimitée, du temps absolu, qui se résout dans l'éternité. Cette notion, qui n'est pas comprise dans la durée du moi et des êtres matériels, ne peut avoir son origine que dans un mode de connaître différent de la perception externe et de la conscience.

Espace. — Dans les perceptions dues au sens du toucher, nous acquérons primitivement la notion d'étendue jointe à celle d'impénétrabilité. En effet, lorsque nous touchons un objet, notre àme conçoit un corps quelconque et notre propre corps limités l'un par l'autre, et occupant chacun un lieu dont l'un exclut l'autre. Ces notions sont individuelles et relatives ; mais leurs objets , c'est-à-dire les corps, s'éliminent, et les lieux deviennent dans notre pensée vides et pénétrables. Ce sont des étendues ou espaces limités ; mais bientôt les limites elles-mêmes disparaissent, et il ne reste que la notion absolue de V espace, qui se résout dans l'immensité, et hors duquel il nous est impossible de concevoir aucun objet étendu. Cette notion est de telle nature qu'elle ne nous est pas donnée par les sens, puisqu'elle est toute autre chose qu'une collection des espaces limités et relatifs : il faut donc en chercher l'ori-

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ginc dans l'exercice d'un mode spécial de l'intelligence ou dans la raison.

On raisonnerait d'une manière analogue pour expliquer la formation des idées de fini et d'infini, d'ordre, de justice et autres du même genre, et l'on comprendrait que l'idée du fini suppose celle de Yinfini, dont le iini ne se conçoit que comme la privation ; que l'ordre relatif, la justice relative, c'est-à-dire l'ordre de telle partie de la nature ou des œuvres de l'homme, la justice de telle ou telle action, etc., ne se conçoivent que par l'application que fait l'esprit humain des idées ahsolues d'ordre, de justice, etc., idées qui appartiennent à la nature même de notre intelligence, et qui s'y produisent à l'occasion de nos perceptions, sous un mode supérieur qui se nomme proprement la raison. Les notions relatives, conditionnelles, contingentes, ont pour condition des notions nécessaires, universelles, absolues.

La question de l'origine et de la formation des idées ne saurait être complètement résolue, si l'on ne tient pas compte de V intervention du langage dans cette formation. Non-seulement le langage est pour les hommes un moyen de se communiquer leurs pensées, mais encore il a la connexion la plus intime avec la production même de la pensée. Nous examinerons ce dernier point de vue de la question présente, à la section du Langage dans ses rapports avec la pensée.

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