‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 44 sur 243 · NATURE DES IDÉES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

NATURE DES IDÉES GÉNÉRALES

l'idée ? En un mot, quelle est la nature, c'est-à-dire le caractère constitutif des idées générales et universelles, qui sont ce que l'on appelle plus spécialement les idées ?

Platon faisait résider les idées en Dieu, comme les types des choses. Pour lui, Y humanité, par exemple, type d'après lequel sont formés tous les hommes, subsiste éternellement dans l'intelligence divine : il en est de même de Y animalité, de la végétalité, etc. Il faut en dire autant des idées absolues de vrai, de bon, de beau, de juste, d'ordre, etc. Les hommes, les animaux, les végétaux, subissent des changements ; les caractères de vrai, de bon, de juste, etc., s'appliquent à des faits divers ; mais l'idée reste la même, éternelle, immuable, inaltérable. Les idées doivent être considérées comme des réalités, comme les véritables essences des choses : ainsi un arbre, une fleur , par exemple, ne sont que la copie et l'image de l'arbre et de la fleur, qui , de toute éternité , existent dans le monde intelligible. Les idées du monde intelligible se réfléchissent dans l'intelligence humaine; et elles lui reviennent comme des réminiscences d'une existence antérieure.

Aristote rejetait les idées étemelles de PlatOD, et faisait résider les essences générales dans les divers objets de la nature. Suivant ce philosophe, les êtres sont composés de matière et de forme. La matière est la même dans tous ; la forme seule varie, mais seulement selon chaque espèce ; car elle demeure la même pour tous les individus d'une espèce, ce qui lui donne le caractère de généralité. Ainsi tous les individus de l'espèce humaine ont une même forme, Y humanité; les animaux, Y animalité. Les lions, les aigles, les serpents, etc., ont la forme lion, aigle, serpent. Dans le sens d'Aristote, la forme est ce qui répond à Y idée.

Les stoïciens, d'après Zenon, leur chef, n'admirent ni les idées de Platon, ni les formes d'Aristote. Suivant leur doctrine, l'humanité, par exemple, n'est rien autre chose qu'un point de vue sous lequel nous considérons tous les individus appelés hommes. I) en est de même de l'animalité à l'égard des animaux, et de toute autre idée générale

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à l'égard d'un certain nombre d'êtres ou de faits individuels. Les idées générales n'existent donc pas de toute éternité; elles n'existent pas non plus dans les êtres, mais ce ne sont que des conceptions de notre esprit.

Dans le moyen âge surtout, les esprits agitèrent vivement cette question. Les idées générales, appelées aussi formes ou essences, ou natures universelles, ou universaux, ou simplement idées, furent d'abord généralement considérées comme des réalités; mais, à partir de la fin du onzième siècle, on vit se former une école philosophique, où, d'après l'opinion des stoïciens, l'on enseigna que les universaux n'ont pas d'existence hors de nous, mais que ce sont des conceptions de notre esprit, auxquelles nous donnons des noms. Ceux qui continuèrent d'y voir des réalités furent appelés réalistes ou réaux, et les autres, nominalistes ou nominaux. Les uns tenaient pour l'universel à parte rei ; les autres, pour l'universel à parte mentis. Nous ne parlons ici que des nominaux conceptualisles, qui se distinguaient des nominaux purs, en ce que ceux-ci ne voyaient dans les universaux que des mots, que de purs noms, fïatus vocis.

On reviendra sur cette question dans l'histoire de la philosophie.

Les universaux (universalia), objet de cette discussion, se distinguaient au nombre de cinq. Lorsque nous considérons • une ligure de trois côtés, nous formons l'idée de triangle, qui nous représente toutes les figures de trois côtés : c'est l'idée de triangle, en général ; en un mot, c'est le genre. Mais, en remarquant plus particulièrement que, des figures de trois côtés, les unes ont un angle droit et que les autres n'en ont pas, nous formons l'idée universelle de triangle rectangle, qui, étant rapportée à la précédente, se nomme espèce. L'angle droit est la différence universelle par où les triangles rectangles diffèrent de tous les autres. De plus, si nous remarquons que le

1 Descartes, Principes delà philosophie, part. I, n. 59.

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