DE LA VOLONTÉ
de volonté. Il est facile de comprendre que les premiers produits de notre activité doivent être involontaires. En effet, on ne peut agir volontairement, si l'on n'a d'abord agi sans le vouloir ; car tout acte de volonté implique la connaissance d'une chose voulue ; or toute connaissance présuppose un déploiement quelconque de l'activité de l'âme. D'où il suit que l'activité instinctive, spontanée, est primitive, et qu'elle précède l'activité volontaire. La spontanéité est ce qui se montre d'abord dans les actes de l'âme, comme on voit que dans le corps les mouvements instinctifs précèdent les mouvements volontaires.
Tout acte volontaire est susceptible de se répéter à notre gré, tandis que le propre d'un acte spontané est d'être irrévocable, puisque, s'il était rappelé, il ne serait plus spontané.
La spontanéité est un développement primitif et instinctif; la volonté est une activité réfléchie. Il y a cependant certains actes dans lesquels il entre une part de volonté, et que l'on nomme irréfléchis ; mais c'est parce que la réflexion y est peu sensible et que la volonté ne s'y montre que faiblement. Toutefois agir d'une manière réfléchie n'est pas synonyme de vouloir, et l'on peut dire du mot vouloir, comme des mots connaître et sentir, que c'est un de ces mots que tout le monde comprend, mais qui ne s'expliquent parfaitement par aucun autre.
L'activité de notre âme est désignée par plusieurs psychologistes sous le nom de force motrice, lorsqu'elle est accompagnée, dans son exercice, de mouvements corporels qui lui correspondent. L'expression de force motrice ne peut se prendre qu'improprement dans tout système qui n'admet pas l'action propre et immédiate de l'âme sur le corps, comme le système des causes occasionnelles et d'autres qui seront expliquées au chapitre suivant. Les effets de l'activité considérée comme force motrice se produisent par des ébranlements qui s'opèrent au moyen des nerfs. L'action nerveuse fait mouvoir les fibres contractiles dont se composent les muscles, et, par suite, les membres
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auxqucl? ils adhèrent: puis, à l'aide de ces membres, nous agissons sur les objets extérieurs. Les mouvements que l'activité détermine dans les organes sont appelés tantôt instinctifs, tantôt volontaires. On peut donner pour exemple de mouvements instinctifs ceux par lesquels nous rétablissons l'équilibre de notre corps, l'articulation des sons par l'organe de la parole, certains pestes naturels, etc. Mais, lorsqu'on meut avec réflexion quelque membre, comme le bras ouïe pied, par exemple, et que l'on donne à chacun la mesure de force dont on juge qu'il a besoin pour agir sur un corps étranger, ce sont des mouvements volontaires. Les mouvements instinctifs sont accompagnés ordinairement d'une volonté vague et générale ; et souvent il y a une part d'instinct dans les mouvements les plus volontaires.
Certains actes, volontaires dans le principe, semblent être devenus spontanés et instinctifs par habitude. Cela tient à ce que les actes habituels, s'exécutant rapidement et avec une extrême facilité, laissent voir moins nettement, ou même ne laissent pas du tout distinguer l'intervention de la volonté, intervention qu'une analyse plus déliée ne manquerait pas sans doute de faire apercevoir.