‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 68 sur 243 · DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DES ANIMAUX

que Diderot, Helvétius, et en général tous les matérialistes, n'ont pas craint d'avancer qu'il n'y a de différence entre l'homme et les animaux que celle de leur organisation. Les autres philosophes enseignent communément qu'il y a dans les bêtes un principe d'opération distinct de l'organisation du corps, et cependant essentiellement différent de l'âme humaine.

Dans cette dernière opinion, si l'on éprouvait quelque répugnance à supposer dans les animaux un principe immatériel, il suffirait de remarquer que l'esprit ne conçoit aucune impossibilité à ce qu'une substance soit différente de la matière, sans être douée de réflexion, sans avoir l'intelligence des vérités de l'ordre rationnel, sans posséder la liberté morale.

Il ne serait pas non plus nécessaire de leur accorder l'immortalité, parce que l'immortalité d'une substance, même supposée immatérielle, demeure toujours subordonnée à la volonté divine, et qu'il est tout à fait raisonnable de penser que l'âme de l'animal, ayant Ole créée pour une destination toute temporaire, correspondante à celle de son corps, doit cesser d'exister lors de la dissolution de ce corps. Toutefois, quelques philosophes ont imaginé poulies bêtes un système de métempsycose. Ce système « ne présente ni contradiction, ni impossibilité : on peut y croire si l'on veut ; mais nous devons avouer qu'il ne repose sur aucune raison positive », a dit M. Bouvier '. Encore moins y a-t-il de raison de leur accorder simplement une vie future, comme l'a fait Ch. Bonnet, puisqu'elles ne connaissent point Dieu, et sont tout à fait étrangères à l'ordre moral.

S'il s'agit de déterminer précisément les facultés de l'animal, rien n'empêche de lui accorder des sensations, de la mémoire, certain degré d'intelligence et de volonté, mais uniquement à l'égard des choses sensibles. Dans toute hypothèse, il demeurerait toujours étranger aux idées de l'ordre purement rationnel, et dépourvu de cette permis? de la philosophie, i. II, j». 630.

fectibilité qui se révèle dans l'espèce humaine par tant de découvertes et de progrès en tous genres. C'est ce que l'on est forcé de conclure de l'invariable uniformité des opérations de l'animal ; car il est d'expérience qu'aucune espèce n'invente ni ne perfectionne rien, et ne donne aucun signe de progrès intellectuel On est également fondé à juger les animaux dépourvus de liberté morale : cela est tellement conforme à notre persuasion intime, que, lorsque nous les châtions, ce n'est que dans le but de les dresser et de les corriger pour notre usage, et non de les punir comme moralement coupables.

On trouve dans un résumé analytique des observations de Fréd. Guvier sur l'instinct et l'intelligence des animaux, par M. Flourens, des explications très-propres à jeter un nouveau jour sur la nature des facultés de l'animal « L'opposition la plus complète, y est-il dit1, sépare Vimlinct de V intelligence. Tout, dans l'instinct, est aveugle, nécessaire et invariable : tout, dans l'intelligence, est électif, conditionnel et modifiable. »

« Le castor qui se bâtit une cabane, l'oiseau qui se construit un nid, n'agissent que par instinct. Le chien, le cheval, qui apprennent jusqu'à la signification de plusieurs de nos mots, et qui nous obéissent, font cela par intelligence. Tout, dans l'instinct, est inné, tout y est fatal. Tout, dans l'intelligence, résulte de l'expérience et de l'instruction. «

« 11 y a donc dans les animaux deux forces distinctes et primitives : Yinstincl et V intelligence... Tout ce qui, dans les animaux, est intelligence, n'y approche, sous aucun rapport, de l'intelligence de l'homme ; et tout ce qui, passant pour intelligence, y paraissait supérieure l'intelligence de l'homme, n'y est que l'effet d'une force machinale et aveugle. »

Suivant l'auteur de ces observations, la limite qui sépare l'intelligence de l'homme de celle des animaux consiste

1 De l'Instinct et de V Intelligence des animaux; élud. philos., I. Frédéric Cuvier.

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