DE LA VÉRITÉ ET DE L 'ERREUR
en tant que mis en rapport avec une intelligence, c'est ce que l'on appelle la vérité.
C'est la vérité qui est le but des recherches de l'esprit humain; c'est vers la vérité que tendent nos jugements, nos raisonnements, toutes les opérations de notre intelligence ; c'est la vérité que nous cherchons dans nos souvenirs. Toutes les opinions, même les plus opposées entre elles, se prétendent en possession de la vérité. Il est visible cependant que des jugements qui se contredisent, qui affirment le oui et le non sur un même sujet, sous le même rapport, ne peuvent être vrais l'un et l'autre. Il y a donc des jugements qui ne sont pas selon la vérité : les jugements vrais affirment les choses telles qu'elles sont ; ceux qui les affirment comme étant ce qu'elles ne sont pas s'appellent des jugements faux.
L'opposé de la venté se désigne sous le nom d'erreur. Errer, c'est juger faux : ce qui revient à dire que l'erreur, quant à son objet propre, est identique à ce qui n'est pas. Toutefois, si ce qui est proprement le faux ou l'erreur est purement négatif, l'acte de juger à faux est une opération réelle de l'esprit; de plus les éléments au sujet desquels il y a erreur, c'est-à- dire les objets sur lesquels on juge faux, sont ordinairement quelque chose de positif ; et c'est même ce qui peut nous faire illusion sur le caractère de l'erreur. Ainsi dansl'exemple suivant de jugement erroné: Louis XVI fut un tyran, les deux éléments Louis XVI et tyran, pris à part, répondent chacun à une notion réelle, mais leur rapport qu'affirme ce jugement, savoir la tyrannie de Louis XVI, n'existe pas. ce n'est rien.
Il y a des vérités qui sont par elles-mêmes d'une évidence immédiate pour tous les esprits, et sur lesquelles il n'y a pas de doute ni d'erreur possibles. Ce sont les principes du sens commun, les notions fondamentales, les vérités premières. Mais, à part ces principes, tout le monde saitquesur une infinité de points l'erreur est le partage de la plupart des hommes.
L'erreur émane de diverses sources, et elle revêt toutes
sortes de formes ; c'est ce qui sera explique plus loin avec quelques détails au chapitre v : Des Erreurs et des Sophismes.