RAPPORTS DE LA PHILOSOPHIE AVEC LES AUTRES SCIENCES
qu'elles sont de la philosophie, ne lui sont pas devenues tout à fait étrangères, et ne sont pas entièrement soustraites à son domaine et à son esprit. La philosophie domine toutes les sciences par certains principes et certains aperçus généraux, dont elle pénètre et par lesquels elle vivifie en quelque sorte l'innombrable variété de nos connaissances. Les considérations de l'ordre le plus élevé, auxquelles donne lieu chacune des sciences, appartiennent de leur nature à la philosophie par les principes de la raison et les idées de l'ordre métaphysique, dont elles sont l'application. Ainsi, pour le philosophe, Y histoire ne consiste pas seulement à connaître les époques , les personnages, le détail des événements qui se sont passés dans le cours des siècles. Tel est bien sans doute l'objet immédiat de l'histoire ; mais remonter aux causes des événements, présenter, comme l'a fait Bossuet, par exemple, les révolutions des empires dans leur enchaînement et leurs rapports, pour rendre visible le gouvernement de la divine Providence, c'est de la philosophie sur l'histoire. Poser les principes éternels et immuables du droit et de la morale, comparer les législations et les juger d'après leur rapport avec ces principes fondamentaux, étudier la nature et l'origine du langage, et les rapports du langage avec la pensée, être conduit par l'observation des harmonies de la nature à reconnaître dans le plan de l'univers une intelligence infinie ; c'est de la philosophie sur le droit, sur le langage, sur le monde physique. Lorsque Galien s'écrie qu'en composant un traité d'anatomie il a chanté le plus bel hymne en l'honneur de la Divinité, G-alien n'est plus seulement médecin, il est philosophe. Enfin, il n'y a pas de science qui ne puisse avoir sa philosophie.
2° PiAPPorts de méthode. — C'est la philosophie qui trace les règles de la méthode ; par là, elle rend l'esprit plus apte à toute espèce d'études. Personne n'ignore quels progrès dans toutes les branches des connaissances humaines sont dus depuis deux siècles à la méthode introduite dans la science par Bacon et par Descartes.