EK K K T S I)E T, A PILE
Avec une pile d’un petit nombre d'éléments à surfaces de peu d'étendue, il n’est passible de faire rougir qu’un fil très-fin et très-court. A mesure que le nombre et la surface des éléments augmentent, les dimensions du fil capable de rougir sous l’influence ducourantcroissentà leur tour. Voici, comme exemple, deux résultats extrêmes : Wollaston. avec un seul élément formé par des lames de 7 centimètres carrés de surface, a réussi à faire rougir, sur une longueur extrêmement faible, un fil de platine dit à la Wollaston. dont tè
diamètre était moindre que ^ de millimètre. Cbildren avec une pile de
25 éléments formés par des lames de 3"q ,50 de surface, a fait fondre un fi) de platine de 7 centimètres de longueur et de 3 millimètres de diamètre.
La nature de la substance, qui compose le fil, exerce une grande influence sur le phénomène. Si l'on attache, à la suite l’un de l’autre, des fils de platine et d’argent de même longueur et de même diamètre, le courant fait rougir de préférence le |>laline qui est le métal le moins conducteur de l’électricité. Ou peut, du reste, considérer ce résultat comme général. Si le fil fin interposé sur le passage du courant est formé d’un métal, le 1er, le plomb ou tout autre, qui brûle à une haute température, la combustion a lieu ; mais elle n’est qu'un effet secondaire, conséquence de réchauffement du fil. Enfin les corps liquides s’échauffent aussi par le passage du courant, et l’élévation de température est d'autant plus considérable que la colonne liquide traversée est moins conductrice de l’électricité.
831. Comparalion do (omit de la plie avec celai d’uM batterie de boatellle» de tiexde. — La décharge d’une batterie, qui traverse un III métallique très-fin, le fait rougir pendant un instant très-court, et pour recommencer l’expérience, il faut condenser de nouveau l’électricité produite par un grand nombre de tours du plateau de la machine. Une pile réalise, par la décharge continue de ses pôles, ce même phénomène d’incandescence non pas pendant le temps inappréciable que dure la décharge ou le courant de la batterie, mais elle le réalise, pendant des heures entières, et déverse sans relâche dans le fil de l’électricité comme la batterie ne peut en envoyer que par intermittences. La valeur de la pile comme source électrique est bien manifestée par celte comparaison que nous empruntons à Faraday.
832. Applications. — Le fil de platine, rendu incandescent par l’électricité, est employé avec avantage dans certaines opérations chirurgicales. Il coupe et én même temps il cautérise la plaie; il a de plus l’avantage de
Fig. 350.
ELECTKICITÉ.
n'agir que dans une étendue restreinte; en outre, il s’introduit dans les parties profondes quand il est encore froid, et, par suite, sans qu’il y ail aucun danger pour les organes voisins de celui sur lequel il faut opérer.
On iP aussi proposé d'utiliser l'incandescence du fil pour mettre le feu aux mines. Au milieu d'une cartouche spéciale, viennent se réunir par un lil métallique très-fin les extrémités de deux rbéophores. dont l’un est fixé à une pile très-éloignée, et dont l'autre est d’abord libre de tout contact avec le même appareil : nu moment voulu, ce dernier rliéophore est mis en communication avec lu pile : le fil s'échauffe et lu mine éclate (*)•
833. L «mitre électrique. — La lumière dite électrique n’est autre que la lumière éblouissante produite par l’incandescence de deux charbons traversés par le courant. Ou la produit, en réunissant deux tiges minces de charbon des cornues G et C’ (fiy. 3M| avec les pôles d’une pile à éléments larges et nombreux; les deux extrémités, placées en regard, sont taillées en pointe. On fait arriver ces pointes au contact, afin que le courant s’établisse ; puis on les éloigne peu à peu. Le courant continue à passer, et aussitôt les charbons deviennent éclatants de lumière ; l’existence d’un are lumineux, d’une teinte violacée, rend manifeste le passage du courant à travers l’air atmosphérique. De temps à autre, des particules incandescentes se détachent du charbon qui est en rapport avec le pôle positif et rejoignent l’autre charbon qui s’accroît et bourgeonne.
Ges aspects, présentés par l’arc lumineux et les charisme, s’aperçoivent très-bien quand, au moyen d’un système de lentilles, on forme une image agrandie du phénomène sur un écran. On les observe tout à l’aise, lorsqu’on regarde directement avec des lunettes à verre très-sombre : les yeux ne sont plus éblouis, et une observation prolongée devient possible.
834. Les charl>ons incandescents brillent au contact de l’air, et quoique, par suite de la structure compacte de la matière employée, la combustion soit lente, elle ne laisse pas que d’être très-sensible. Les extrémités C et G’ ne tardent pus à se trouver trop loin pour (pie le courant continue à passer à travers l’air : dès lors, toute lumière disparait jusqu'à ce que les charbons aient été remis eu contact et écartés de nouveau. Gelte intermittence fâcheuse doit être évitée.
(*) On arrive aujourd'hui à produire l'inflammation simultanée de plusieurs milieu par un procédé tout diiïérrnt, qui est fonde pur l'emploi de l'etiucelle d’induction.
Fig. 351.
EFFETS DE LA PILE
M. Foucault est parvenu à faire servir le courant même, qui produit la lumière, au maintien d’une distance Invariable entre les deux charbons.
La lampe électrique, (pie construit M. Dubosq, remplit le même but d’une manière analogue.
835. £clairace électrique. — La vive lumière, qui émane des charbons, a été bien souvent essayée pour l’éclairage des villes, et jusqu’ici «die l'a été sans succès. Il nous parait peu probable qu’on réussisse jamais dans les conditions où l’on se place actuellement. Comme expérience d'essai, ce sera un spectacle qui plaira et émerveillera toujours; mais qu’un soir, une ville' toulenlière comme Paris se trouve illuminée par ces petits soleils disséminés sur les places et dans les carrefours, et les babitauts, éblouis, fatigués par l'éclat insupportable d'nne lumière aussi vive, demanderont à revenir immédiatement an mode actuel d’éclairage. On pourrait, à la vérité, amortir l’éclat de la lumière par des verres dépolis convenablement disposés, mais alors la perte serait considérable, et comme la production de l’électricité est très-coûteuse, nous ne voyons pas trop l’avantage qu’il y aurait à substituer cette lumière affaiblie » celle du gaz. Il en est enfin qui ont proposé uuc seule lumière placée sur uu monument élevé. Lin mot suffît pour faire comprendre la valeur d’une semblable proposition : Paris ainsi éclairé se trouverait plongé dans une obscurité presque complète. Pour s’en convaincre, il suffit de se demander qu’elles sont les rues d’où l’on peut Voirie Panthéon qui est cependant le plus élevé de tous* les monuments de la capitale.
83b. l’u|H de la lumière électrique. — Cependant, la lampe électrique n’est pas sans usage. Déjà elle est employée en optique pour remplacer le soleil dans les expériences qui exigent une vive lumière. Elle a rendu des services pour exécuter pendant la nuit des travaux de terrassement ou de déblai qu’il était nécessaire d’achever promptement. La marine a fait des essais qui paraissent heureux pour lu transmission des signaux de nuit. Enfin, il y a lieu d’espérer qu’un jour celte lumière sera utilisée pour l’éclairage des phares, qui alors acquerront une portée beaucoup plus considérable et préviendront plus tôt les marins de l’upprochedes côtes dangereuses. Si l’on a retardé jusqu’à ce jour cette application, c’est que la lumière n’a pas un éclat absolument fixe; des intermittences fâcheuses tromperaient le navigateur et l'empêcheraient de reconnaître la côte dont il approche : il pourrait confondre ces intermittences accidentelles avec les éclipses qui sont combinées en nombre et en durée pour caractériser uu phare et le différencier de tous les autres.
837. Transport parle courant. — On doit à Porretl d’avoir découvert y que le courant, en traversant un liquide peu conducteur, entraine ce liquide du pôle positif vers le pôle négatif. Pour faire l’expérience, on emplit à moitié, avec de l’eau ordinaire un bocal de verte V et un vas*»
472 > KLKCTHICITt.
poreux V" (fi y. 352) place daus son intérieur. Les niveaux étant primitivement les mêmes, si dans l’oan de V plonge le pôle positif de la pile, dans l’eau de V" le pôle négatif , on reconnaît , par la différence des niveaux, que le liquide passe peu à peu dans Le vase qui contient le pôle négatif. Avec les liquides bous conducteurs, le phénomène est à peine sensible.
838. Autre* effet* physique* de lu plie. — Outre les effets physiques que nous venons de signaler, la pile eu produit encore plusieurs autres: le courant agit sur les aiguilles aimantées, il agit sur les corps conducteurs dont il s’approche ou dont il s’éloigne, il attire et repousse les conducteurs traversés déjà par uu autre courant. Mais ces divers effets ont uue telle importance qu’il est d’usage de les traitera part : c’est ce que nous ferons, dans des chapitres spéciaux.