II. CO CHANTS A T NOM' Il ER IQC ES
628. lu équilibre parfait n’existe eu aucun point de la masse atmosphérique ; il tend sans cesse à se produire et ne se réalise jamais. C'est, dans celle absence d’un équilibre toujours poursuivi et jamais atteint, que se trouve la raison d’être des irrégularités apparentes que présentent les vents dans leurs directions, des changements continuels de lu pression atmosphérique, de l’apparition subite des ouragans et des tempêtes. Tous ces phénomènes semblent dépendre de causes multiples qu’il est difficile de démêler. Un peut cependant, en les étudiant dans leur simplicité originelle, parvenir à quelques notions précises sur leur production.
629. Crands mouvement» <le l nluiowplirre — l'our llotlS placer
CliALKUli.
d'abord dans 1111 cas très-simple, supposons 1rs continents supprimé» et la terre recouverte tout entière d’une nappe d’eau continue, dont la température demeure invariable et soit la même eu tous les points de sa surface. Dans ces conditions, il est évident que l'enveloppe gazeuse qui constitue l'atmosphère prendra une forme définitive d’équilibre stable. Comme elle participe au mouvement de rotation de la terre, elle présentera elle-même un léger renflement à l'équateur, un faible aplatissement aux deux pôles. Mais lorsqu’une fois la forme qui convient à l'équilibre sera atteinte, il n’y aura aucune raison pour que des courants s’y établissent. Les vents n’y sauraient exister.
Plaçons-nous maintenant dans des conditions qui se rapprochent davantage de la réalité. Supposons encore que les continents n'existent pas, et que la mer seule occupe la surface du globe ; mais tenons compte de la chaleur que nous envoie le soleil et de la distribution des températures qui dépend de l’inclinaison de l’axe de la terre sur le plan de l’écliptique. Que va-t-il arriver! La stabilité de l’équilibre dans la masse atmosphérique est impossible. La zone équatoriale est la plus fortement échauffée par les rayons solaires; les couches d'air en contact avec la surface des mers ou situées à une petite distance de cette surface y sont maintenues plus chaudes que dans les régions voisines; elles doivent donc, à cause de leur moindre densité, s’élever vers la partie supérieure de l'atmosphère. Parvenues à une certaine hauteur, elles vont se déverser: en partie vers l’hémisphère austral, en partie vers l’hémisphère boréal, et en raison de l'identité supposée de ces deux moitiés du globe, le déversement doit être égal de part et d'autre. Mais, en même temps que se produit un courant supérieur d’air chaud allant de l’équateur vers les pôles, une raréfaction se manifeste dans les points abandonnés pâlies couches d’air échauffé, par suite un courant de surface doit s’établir inverse du précédent, allant des pôles à l’équateur, et transportant vers cette dernière région, des masses considérables d’air froid. Si le plan de l’équateur terrestre coïncidait avec le plan de l'écliptique, la zone où se séparent les deux courants supérieurs et où se rencontrent les deux courants de surface demeurerait invariable. L’obliquité de l’axe de la terre aura pour résultat de transporter celle zone suivant la saison, un peu au nord ou un peu au sud de la ligne équinoxiale.
Nous verrons pourtant tout à l’heure, que la répartition très-inégale des continents entre les deux hémisphères fait que, dans certaines régions de la terre, le plan de séparation des deux courants ascendants équatoriaux sc! maintient toujours, même pendant notre hiver, au nord de l’équateur
NOTIONS UE MÉTÉOROLOGIE
ilü
— Eu somme, si I'oii fait pour un moment abstraction du In rotation de In ferre autour de son axe, il régnera constamment, dans les couches infV*- Heures de l'air, un vent du nord pour l'hémisphère boréal, un veut du sud pour l'hémisphère austral.
030. Influence exercée par la rotation de la terre. — Vent» alizé».
— Mais l'atmosphère est animée d'un mouvement de rotation identique pour la direction et la vitesse* à celui du globe. Près des pèles, la vitesse abso'ue des molécules gazeuses produite par ce mouvement est faible, elle grandit à mesure que l’on approche de l’équateur. Qu'une masse d'air s'avance du pèle nord vers l’équateur, elle rencontrera les différents parallèles qui, par leur mouvement de plus en plus rapide, passeront au-dessous d'elle, en allant de l'ouest à l’est, avec une vitesse plus grande cpie la sienne propre. Par suite, si l'on ne tient compte que de la vitesse relative vers l'est de la colonne d’air qui arrive et de celle d’un objet invariablement lié à la surface du sol ; celui-ci, dans son mouvement, se déplacera dans une atmosphère immobile par rapport à lui ; il sera donc connue frappé par un vent qui soufflera des régions vers lesquelles il s'avance, c'est-à-dire par un vent d'est. En réalité, pour nous, le mouvement apparent de l'air se combinera avec son mouvement als solu ver» l’équateur, et un vent de nord-est sera la résultante des deux mouvements. A mesure que les masses d'air se rapprochent de l’équateur, comme la différence de vitesse dont nous venons de parler va croissant, le vent passera, du nord-est, à l'est-nord-est pour revenir veut d’est dans la région équatoriale; pour la même raison, dans l'hémisphère austral, il doit exister un grand courant de surface passant successivement du sud-est à l’est-sud-esl et à l’est. Ces vents réguliers, dont une observation déjà ancienne avait constaté l’existence au-dessus des grands océans, portent le nom d'alûés; les courants inverses qui leur correspondent dans les hautes régions, se nomment contre-alizés supérieurs.
631. Hnrrhr a» coairr-atlid*. — Il se produit donc, en réalité, une circulation incessante des masses d’air, qui les font cheminer alternativement de l'équateur vers les pôles et des pôles vers l'équateur. Seulement il ne faudrait pas croire que les contre-alizés supérieurs poursuivent régulièrement leur marche jusqu’aux régions polaires. La nappe ascendante, qui doit son mouvement à l’élévation de température subie dans les régions équatoriales par l’air qui la constitue, s’élève verticalement à des hauteurs variables, qui dépendent de la loi du décroissement de la température avec l’altitude. Parvenue au point le plus élevé qu'elle puisse atteindre, elle s'étale horizontalement ; et, à mesure quelle pro-
CHALMJH.
gresse vers les pôles, elle se refroidit et s'abaisse de plus en plus vers le sol. L’observation montre que, vers la région des tropiques, et sous l'influence des courants marins, elle se partage en deux branches, l’une qui descend presque verticalement jusqu’à la surface de la terre, et qui sert à alimenter l'alizé inférieur, l’autre qui continue sa marche vers des latitudes plus élevées, jusqu'à ce qu’elle se confonde avec le courant superficiel. Vus d’ensemble et dans les conditions simples où nous nous sommes placés, les grands courants atmosphériques se ramènent à quatre circuits principaux : deux situés dans l’hémisphère austral, deux dans l'hémisphère boréal, et théoriquement, ils occuperaient des positions symétriques de part et d’autre de la ligne équinoxiale.
652. lUsIrlbutlon dca vent» régulier». — Zou en des calmes. — A la
surface de séparation des nappes ascendantes qui vont former les contrealizés, dans les deux hémisphères, la vitesse des molécules d’air voisines du sol est dirigée à peu près suivant la verticale ; sa composante horizontale est sensiblement nulle; lèvent ne peut y acquérir une valeur notable : c’est la région des calmes équatoriaux. Dans les latitudes un peu plus élevées, se trouve la zone où régnent ces courants de surface réguliers, dont lions venons d’expliquer l’origine, et que nous avons nommés alizés; le vent y possède une direction sensiblement constante pour un même lieu. Vers les tropiques, la nappe descendante du contre-alizé supérieur prend, de haut en bas, une vitesse à peu prés verticale; elle neutralise en partie la vitesse de sens contraire de l’alizé inférieur : c’est la région des calmes tropicaux. Au delà, les deux courants inverses, l’inférieur et le supérieur, se rapprochent; le contrealizé devient plus diffus, sa vitesse étant considérablement diminuée ; on sc trouve alors dans une zone, où les causes les plus faibles pourront amener la prédominance, à la surface terrestre, de l’un ou de l’autre des deux courants.
653. Influence fxrrcéf pur le» continent». — Tel serait l'ensemble des grands courants atmosphériques, dans l’hypothèse d’une surlace du globe parfaitement homogène qui serait recouverte en totalité par l’eau de mer, par exemple. Mais si nous nous plaçons dans la réalité absolue; si nous faisons intervenir les continents avec leur répartition trèsinégale entre les deux hémisphères, avec leurs lignes de côtes affectant toutes sortes de sinuosités, avec leur relief très-variable ; les complications interviennent. Les masses d’air en mouvement, dans leur rencontre avec les plateaux élevés de la terre ferme, éprouvent des changements de direction, des remous qui réagissent, à une assez grande distance
NOTIONS UK MÉTÉOROLOGIE, sur l'atmosphère environnante et impriment aux courants normaux des déviations purement locales, il est vrai, mais néanmoins considérables. Il n’est pas jusqu'au frottement des molécules d’air contre la surface d’un lorrain plus ou moins accidenté qui n'influe sur la vitesse et la direction du vent. Cependant, même dans ces conditions nouvelles, les grands courants atmosphériques dont il vient d’être question conservent encore leur allure générale. La marche suivie par les molécules gazeuses est bien celle qu’exige la théorie, dans les parties du globe où les océans occupent une grande étendue et dans lesquelles, par conséquent, l'action perturbatrice exercée par les continents éloignés se fait à peine sentir.
Iæ carte ci-contre indique à l’aide des flèches qui y sont tracées la
pi outos
Fig. Ît5.
direction des vents dominants pour quelques lieux du globe. Pans lu partie de l’océan Atlantique qui correspond à l'hémisphère nord on voit, jusqu'au 50' degré de latitude environ, les alizés se maintenir avec leur direction normale, le nord-est et l’est. Au délit du 4üe degré, le vent souffle habituellement dans la portion de la rose des vents comprise entre le sud-ouest fel le nord-ouest et tend vers le nord dans la partie
CIIALKUR.
septentrionale de la Russie; mais c’est surtout, dans les vastes plaines de l’Asie que le courant venu des pilles est sensible. Quant an Pacifique, pour lequel nous n’avons pas jugé utile de donner la carte des vents régnants, les continents sont moins nombreux, la régularité des vents dominants est par suite plus manifeste.
6Ô4. Momwiw. — Pans les mers voisines de l’Inde, on remarque une variation qui se reproduit périodiquement dans la direction du vent. Pendant six mois, il semble venir constamment d’un certain point de l’horizon; pendant les six autres mois, il part d'un point opposé. On a désigné, ces vents périodiques par le nom de moussons. Us doivent leur existence au déplacement qui a lieu, deux fois chaque année, une première fois vers le nord, une seconde fois vers le sud, de la surface de séparation des deux nappes ascendantes d’air chaud dans la zone équatoriale. Pans la mer de l’Inde, dans le golfe du Bengale, depuis octobre jusqu'en avril, la direction du vent est à peu près constamment celle du nord-est. Pendant les six autres mois, le vent souffle d'une manière à peu près continue du sud-ouest ou du sud. Pans la partie orientale de Sumatra et le long de la côte île Coromandel, l'influence des continents se fait sentir d'une manière fort nette : elle fait obliquer les vents, les rapproche de la direction même du méridien, si bien qu’ils sont alternativement, selon l'époque de l'année, vents du nord ou vents du sud.
6ô5. u ranci** murant* marin**. — Il est une circonstance que nous avons à peine mentionnée jusqu’à présent et qui exerce pourtant une influence notable sur la direction des vents à la surface des mers. C’est l’existence des grands fleuves marins. Les mers sont sillonnées, comme par de véritables fleuves d’eau salée, dont les bords sont souvent très-bien délimités et dont le lit présente quelquefois une profondeur considérable. Pes bouteilles bien closes, jetées à la mer par différents navigateurs, ont été plus tard retrouvées sur des côtes fort éloignées du point d’immersion. Dans leur intérieur, avait été primitivement déposé un billet qui permettait de constater, à l'arrivée, la date et le lieu du départ. On pouvait dès lors reconnaître, au moins approximativement, le chemin qu’elles avaient parcouru, et par suite, la direction du courant marin qui les avait apportées. La connaissance de la route suivie par ces grands fleuves océaniques, dans les niera les plus fréquentées, permet d'abréger considérablement les traversées. C’est surtout, aux immenses recherches exécutées avec sagacité par le commandant Maurv, de la marine des fitnl s-Unis, que l’on doit les grands progrès qu'a faits, depuis quelques années eette branche importante de l'art nautique.
NOTIONS UK MÈTÉOROI-OfilF.. 42:.
fiôti. Courant «lu «ulf-Ntream. — Lt* murant marin qui nous inlt'* cesse le plus porte le nom île Gulf-Stream. O11 le voit naître vers les côtes occidentales de l’Afrique, à peu prés aux points ou régnent les alizés du nord-est (voir la carte ci-contre, /i</. 246). Il suit ces côtes dans une certaine étendue, les abandonne ensuite pour se porter vers
l’ouest. Bientôt il se bifurque, entre dans la mer des Antilles et l’une de ses branches passe dans le golfe du Mexique. Jusque-là, il constitue un courant équatorial analogue par la direction et l’origine au grand courant atmosphérique qui porte le même nom. A partir du golfe du Mexique, il marche franchement dans In direction du sud-ouesl; son lit devient plus large; ses eaux ont une température plus élevée que celle qui
CHALEUR
correspond aux latitudes qu'il traverse ; et il parvient ainsi jusqu'aux eûtes ocridentalesde l’Europe, où il tempère, d'une manière très-sensible, la rigueur des hivers. C'est cette branche considérable qui s’étend du golfe du Mexique à l’Europe qui porte spécialement le nom de Gnlf- Strt-am.
637. On comprend quelle influence exerce ce grand fleuve d'eau chaude sur les couches d’air qui rasent sa surface. Ces couches doivent s'échauffer, à son contact, se dilater, devenir plus légères et constituer un courant ascendant qui servira pour ainsi dire de soutien aux contrealizés supérieurs et les empêchera de s’abattre en totalité vers la région tropicale pour alimenter le courant des alizés de surface. LeGulf-Stream joue donc, on le voit, un rûle important dans ce partage en deux branches du courant supérieur que nous avons signalé plus haut (651). — Ce n’est pas tout. — La température élevée de ses eaux amènera une saturation à peu près complète des masses gazeuses en contact, et dès lors, on s’explique l'abondance des pluies et la fréquence des orages qui s'abattent sur l’Europe occidentale, pendant que régnent les vents du sud-ouest.
658. Oaratm* — Cyclone*. — Indépendamment des vents réguliers dont il vient d’être question, il se produit fréquemment dans la région comprise entre l’équateur et les tropiques, des phénomènes de transport des masses gazeuses, d'un caractère tout particulier, et qui n'afTeetent que des portions limitées de l’atmosphère. L’air, à un moment donné, s’y trouve animé d’un mouvement rapide de rotation autour d’un axe. Cet axe n’est jamais rigoureusement vertical, et en même temps que s’accomplit autour de lui le tourbillonnement qui constitue le cyclone , il y a translation de la masse tout entière dans une direction déterminée. Le sens de la rotation est A peu près constant : dans l’hémisphère boréal, il est inverse de celui des aiguilles d’une montre, les molécules d'air cheminent de l’est à l’ouest en passant par le nord ; dans l'hémisphère austral, l’inverse a lieu : le mouvement giratoire s’effectue dans le sens même des aiguilles de la montre : de l’est à l’ouest, en passant par le sud.
Les cyclones représentent les grandes tempêtes tropicales ; leur diamètre, souvent assez rétréci au point de départ du tourbillon, va généralement en croissant, à mesure que le mouvement de translation se poursuit. Tel cyclone qui n’avait en commençant que. 60 lieues de diamètre finit par atteindre jusqu’à f>00 lieues de largeur. An centre de rotation, la masse gazeuse est relativement calme, le maximum de vitesse de l’air se manifeste?! une certaine distance ; puis survient un ralenlisse-
NOTIONS DE MÉTÉOROLOGIE. 425
raenl progressif. En certains points du cyclone, le vent atteint une grande violence; on a pu constater que, dans quelques cas, sa vitesse a dépassé le chiffre de 10 lieues à l'heure, c'est celle du plus terrible ouragan. Quant à la rapidité de translation du tourbillon, elle varie peu sur un même océan. Au-dessus de l'Atlantique nord, elle est à peu près constamment de 10 lieues à l'heure, la vitesse ordinaire d’un convoi de chemin de fer. Généralement, la courbe qui représente la trajectoire du point ■.entrai de la rotation tourne sa concavité vers l’est. 11 y a toujours pour tout cyclone qui se propage à la surface des mers, un côté, un demicercle où la violence du vent est plus grande ; on le nomme le demicercle dangereux, parce que les navires qui s’y trouvent placés sont évidemment plus exposés qu'en tout autre point, leurs manœuvres étant rendues très-difficiles. Si on suppose un observateur se déplaçant dans la même direction que le centre du cyclone, le demi-cercle dangereux sera toujours à sa droite, dans l’hémisphère boréal. — Cela s’explique: car, d’après la nature de ce mouvement giratoire que nous venons d’indiquer, les vitesses de rotation et de translation sont de même sens pour la droite du tourbillon ; donc elles s’ajoutent; tandis qu’à gauche, dans le demi-cercle que l'on appelle maniable, les deux vitesses se retranchent, au moins partiellement; leur résultante a par suite une moindre valeur.
6Ô9. Variation* dr In prnwion ntmouphCriqur dnnx le* divera
point* d'nn cyclone. — Le mouvement de rotation des molécules gazeuses occasionne, au sein de l'atmosphère, un phénomène analogue à celui qui se produit dans les appareils qu'emploie l’industrie, et qu’ou nomme tarares ou ventilateurs à force centrifuge. Tout mouvement de rotation dans un fluide a pour conséquence nécessaire une raréfaction, une sorte de vide dans la région occupée par l'axe. En ce point central, le baromètre manifeste toujours une dépression considérable. A mesure qu'on s'éloigne du centre du tourbillon, la pression doit aller en croissant, parce que les couches d’air qui s’écartent de l’axe avec rapidité, pressent et refoulent celles quelles rencontrent sur leur trajet. — Dans un air relativement calme et qui ne serait soumis à aucune sorte de tourbillonnement, la baisse du baromètre en un point, et sa hausse progressive dans les régions circonvoisines coïncideraient nécessairement avec l'existence d’un vent se dirigeant de la circonférence vers le centre. Dans le cas du cyclone, c'est précisément l’inverse qui a lieu. Quoique le baromètre accuse ici une dépression en un point central et plus loin la condensation de l’air dans les zones circulaires groupées autour rie ce point, le vent souffle plutôt du centre vers la circonférence. A
CHALEUR
défaut d’autres preuves, celle-ri suffirait seule pour démontrer que c’est un état rotatif des rouelles d’air qui est la cause première de la tempête.
Quand le cyclone s’appuie sur la mer, il soulève l'eau à une certaine hauteur, pour la laisser retomber ensuite. De là, résulte une houle quelquefois épouvantable, et qui devient désastreuse pour les navires. En même temps, l'air des régions supérieures, placé au-dessus du cyclone, et chargé de nuages, souvent même d’électricité, s’engouffre dans le vide central, et contribue, par des pluies torrentielles et par les coups répétés de la foudre, à accroître les effets dévastateurs de la tempête. Les colonnes d’air qui pénètrent ainsi dans le cyclone arrivent des divers points de l’horizon avec une grande rapidité. Les parallèles qu elles ont traversés sont inégalement distants de l’équateur. Au moment oit elles s’entre-choquent , leurs vitesses sont différentes; elles doivent, par suite, se mettre à tourbillonner, et entretenir, pendant que la translation du cyclone se continue, le mouvement rotatoire des masses gazeuses qui le composent.
640. Les cyclones se montrent surtout, dans notre hémisphère, aux époques de l'année, où la ligne de séparation des nappes ascendantes d’air échauffé ayant atteint son excursion maximum au nord de l'équateur, commence à rétrograder vers cette ligne. Il y a alors, comme une certaine indécision dans la direction prise par les alizés; les changements brusques de vitesse se manifestent , les colonnes d'air, dans leur mouvement ascensionnel, se rencontrent dans des directions obliques, le tourbillonnement commence, et quand la masse gazeuse possède déjà son mouvement de rotation, le contre-alizé s'en empare, et tend de plus en plus A la diriger vers l'ouest.
641. Tempête» i!T.iirop<- — La plupart des grandes tempêtes qui viennent fondre sur le continent européen, présentent encore un caractère rotatoire analogue A celui des cyclones. Depuis que le service de la prévision du temps a été installé A l'Observatoire de Paris, et qu'on y a construit jour par jour, d’après les renseignements fournis par le télégraphe, la carte de l'état de l'atmosphère pour 59 stations météorologiques disséminées sur tonte la surface de l’Europe, on est arrivé A la constatation de deux faits très-importants. M. Marié-Davy, dans l'ouvrage de météorologie qu'il vient de publier, les énonce ainsi : Marche jiroyr es - ■tire i les t emjuHes de l'Océan à V intérieur de l'Europe, et forme rotatoire de res tempêtes. En discutant les renseignements nombreux fournis par les capitaines des navires qui sillonnent l’Atlantique, renseignements
NOTIONS DE MÉTÉOROLOGIE, qui permettent de s’éclairer sur l'état de l’atmosphère, à la surface môme de l’Océan, en étudiant, en môme temps, les cartes synoptiques construites d’après les indications données par les stations météorologiques, on est de plus en plus confirmé dans cette opinion déjà ancienne chez les navigateurs de l’Europe que « 1 e Gulf-stream est le père des tempêtes de l’Atlantique et des côtes. On retrouve, à sa surface, une partie des conditions observées dans la zone des calmes équatoriaux : une température élevée relativement du moins, une abondante formation de vapeur, et, sur les deux rives du courant, des vents disymétriquemcnt inclinés sur sa direction. Les différences qui séparent les deux situations tendent à rendre les perturbations plus fréquentes à la surface du Gulf-stream. Dans la zone des calmes équatoriaux, les troubles de l’atmosphère sont contenus entre deux courants convergents d'une grande régularité et d’une grande étendue; ce n’est qu'accidentcllement qu'ils peuvent franchir ces limites et pénétrer vers de plus hautes latitudes. Au contraire, le courant aérien qui règne sur le Gulf-stream se déverse naturellement à l'est, dans la direction de l’Europe. Aucune des perturbations qui s’y produisent, et elles sont nombreuses, n’éprouve d’obstacle pour se propager jusqu’à nous. »
042. Carte» météorologique* de l’etat du temp» sur l’oecldent de
l’Europe. — Pour bien faire comprendre le parti qu’on a tiré des documents fournis par les stations météorologiques, dans le but de s'éclairer sur la marche d’une tempête, et de pouvoir prédire, à quelques jours de distance, avec une certaine probabilité, les points du continent qu’elle atteindra, nous avons reproduit ici (fig. 247) la carte météorologique du 18 novembre 1864 telle qu’elle a été relevée parM. Marié-Duvy, et publiée par l’Observatoire de Paris. La ligne ponctuée indique la marche progressive du centre du mouvement giratoire avant et après l’époque dont il s'agit. t.e centre de dépression se trouvait sur l’Irlande le 18 novembre 1864; il avait auparavant marché vers l’est, mais à partir du 18, il fut refoulé vers le nord. Le jour où il passa sur l'Irlande, le baromètre y marquait seulement 723“"", 5. Les lignes pleines tracées tout autour réunissent, par un trait continu, les points de. l'Europe où la pression atmosphérique a le même jour une valeur identique; on les nomme courbes isobarométriques. De l’une à l’autre, il y a .’> millimètres de différence dans la pression. On voit ici rendu bien manifeste cet accroissement de pression signalé plus haut (659) dans les zones circulaires placées autour d'un centre commun de dépression. Le refoulement des masses d’air vers la circonférence, qui est la conséquence du
NOTIONS DE MÉTÉOROLOGIE
mouvement giratoire a été tel, qu'au même moment, où la dépression atteignait en Irlande le chiffre de 723'"“ ,5, le baromètre marquait 7 55“'“ dans le centre de la France et 768'““ sur la côte occidentale de l’Espagne. Les llèches marquées sur la carte indiquent, par leur sens, la direction du vent au lieu considéré, et par le nombre de leurs pennes son intensité. On peut apprécier de celte façon et d’un seul coup d’œil les perturbations produites par des influences purement locales.
645. Une carte tout à fait analogue à la précédente étant relevée tous les jours, l’observateur chargé d’un pareil travail sera bien vite en mesure de prévoir, à un ou deux jours de distance, l’arrivée d’une tourmente. 11 <i(i— prendra à déduire de l’allure que présenle la tempête et des particularités qui la caractérisent, le sens probable de son mouvement de propagation et l’époqui où elle viendra s’abattre sur tel ou tel point du continent.
644. Venin réjtnllers. Brise de mer: brise de terre. — Indépendamment des mouvements généraux de l’atmosphère que nous venons d’étudier, il existe, pour des espaces restreints, des vents qui soufflent dans des directions constantes avec une régularité parfaite. En effet lorsque, par une influence qui se reproduit d'une manière à peu près permanente, deux parties voisines de la surface de la terre acquièrent des températures différentes, le vent doit aussi apparaître et souffler dans une direction invariable au voisinage du sol : on a alors un vent régulier. Une coniirmalion de cette idée théorique nous est fournie par les courants aériens qui se montrent près des côtes. A partir de 9 heures du matin, souffle régulièrement, de la mer vers la terre, un veut que l’on nomme brise de mer; d’abord assez faible, la brise croit d’intensité jusqu’à 5 heures de l’après-midi, pour décroître ensuite avec lenteur. Feu de temps après le coucher du soleil, la brise de mer est remplacée par la brise de terre qui souffle, comme la précédente, dans une direction à peu près perpendiculaire à la côte, mais en sens inverse, c'est-à-dire de la terre vers la mer. La brise de terre acquiert son maximum de vitesse à peu près à l’époque où le soleil se lève.
Cette régularité dans la marche du phénomène se déduit, comme un cas particulier, du principe général que nous venons de poser. Pendanl le jour, la terre ferme s’échauffe par l’action solaire beaucoup plus que --
l’eau de la mer; l’air en contact avec le sol possède alors une température plus élevée que l’air placé au-dessus de la mer; par suite, le courant aérien inférieur doit s’établir de la mer vers la terre. Pendant la nuit, l’eau de la mer se refroidit peu ; le sol éprouve, au contraire, un abaissement de température souvent considérable, par le fait du rayon-
tôll
CIIALKUH.
uemcnt nocturne. Il se manifeste encore une différence de température entre les deux masses gazeuses en contact ; mais cette différence a changé de signe; le courant aérien voisin du sol marchera donc en sens inverse.
in. l'itessiox ATNospaéRKjce
1)4.1. Variation» de la prrwilon atmu»pl)èri<|u<- . — Toutes les modifications qui s'opèrent dans notre atmosphère : changements de température, courants d’air de directions diverses, ouragans, condensation de vapeur d’eau, variations dans l’état hygrométrique, etc., etc.; en un mol, tous les phénomènes météorologiques, quelles qu’en soient l'origine et la nature, modifient presque toujours la grandeur de la pression atmosphérique. Aussi, la colonne mercurielle est toujours eu mouvement dans le baromètre , on la voit, dans le courant d’une môme journée, monter et descendre alternativement, sans qu’il y ait le plus souvent, dans la région de l'atmosphère où nous nous trouvons, aucune perturbation apparente, qui permette d’expliquer la variation observée. Cependant, on peut reconnaître une certaine régularité dans les oscillations de la colonne barométrique pendant une même journée. C’est à llumholdt, qu'on doit les observations précises qui ont permis d'arriver à l'énoncé d’une loi. I.e baromètre éprouve des variations diurnes, qui s'effectuent sous les tropiques, avec une régularité si parfaite, que lluinbuldt pouvait estimer l’heure, à un quart d’heure près, par la seule inspection de son baromètre. Dans nos climats, les variations accidentelles sont trop nombreuses et trop considérables, pour qu’il soit aussi facile de découvrir la loi du pliènomèue. Pourtant, une étude longtemps prolongée a permis d'évaluer, avec assez de rigueur, l’amplitude de l'oscillation diurne. Il y a, en général, dans une même journée, deux maiima et deux minitna : les premiers à 10 heures du matin et à 10 heures du soir, les seconds à A heures du matin et à 1 heures du soir. D’autre part, l'amplitude de l’oscillation diurne décroît avec la latitude : elle est de '-J""'1, 28 sous l’équateur, de l,um,8 à la latitude de 25", 55, de Ob,“,67 à 48° de latitude.
016. « linnuniM-nls dan» la vnlrtar de la pre»»lon moirnilr dr l'atmosphère, uvit la latitude. — Un a cru, pendant longtemps, que la pression moyenne indiquée par le baromètre était partout la même au
NOTIONS DK MÉTÉOROLOGIE.
niveau ilt* lu mer, e( égale à 700 millimètres ; il n'eu est rien. Ail voisinage de l’équateur, la moyenne de la hauteur barométrique sur le Itord de la nier est de 738 millimètres; elle va ensuite eu croissant, pour atteindre un maximum de 702 millimètres entre le 50" et le 40" degré de latitude; à partir de là, elle décroît, devient égale à 760 millimètres vers le 50" degré, pour diminuer encore, à mesure qu’on se rapproche ilu pèle, et devenir égale à 750 millimètres.
647. Influence exercée par le beau et le niauvnlw tempo. — Les causes qui font varier la pression atmosphérique, sont très-nombreuses ; il est évidemment impossible d'admettre qu’à l'aide des seules indications du baromètre on puisse prévoir le beau temps ou la pluie, même à un court intervalle. Pourtant, la plupart des baromètres usuels portent, eu regard des divisions numérotées de la graduation, des indications précises, comme s’il existait une dépendance nécessaire entre le temps pluvieux et l’abaissement de la colonne mercurielle, entre le teuqis sec et l’ascension du mercure. Il est parfaitement certain maintenant que, dans la plupart des cas, il n’y a rien à conclure d’une observation faite isolément du mouvement de la colonne mercurielle; il pleut souvent quand le mercure monte ; le beau temps s’établit quelquefois au moment où la colonne a baissé. La seule liaison, un peu générale, que l’on ait pu saisir entre les deux ordres de phénomènes est relie ci : lorsqu’on voit le baromètre monter d une manière continue pendant plusieurs jours, la pemistance ou 1 arrivée du beau temps peuvent être considérées comme probables. De même la pluie ou le veut se montrent habituellement, après un décroissement progressif et assez prolongé de la hauteur barométrique. Une dépression brusque et considérable du mercure dans le baromètre est, le plus souvent, le présage d’une tempête.
Mais si un observateur isolé n’a pas le moyen de tirer un grand parti des mesures barométriques qu’il effectue; en revanche on peut, parun vaste réseau d’observations bien laites et centralisées tous les jours, rendre à la science de la prévision du temps les plus grands services. Nous avons donné plus haut (642) une idée générale du système aujourd’hui adopté.