‹ Cours et littérature XXIChapitre 7 sur 15 · Préface de Delphine · texte numérisé non relu

Préface de Delphine

tlons ses foudres orthodoxes : « Nulle part elle n'a déployé un talent plus distingué que dans ses Considérations sur la Révolution française. Par malheur, c'est le talent du mal. Toutes les erreurs de la Révolution y sont concentrées et sublimées. » Joseph de Maistre et M"'<= de Staël, ranlilhèse a tenté plus d'un critique. Il est honorable pour M'»*^ de Staël d'avoir pu être choisie pour incarner l'esprit de liberté en face de l'esprit de réaction. Ce même J. de Maislre écrivait à sa fille : « Les femmes n'ont fait aucun chef-d'œuvre dans aucun genres » Il l'écrivait après Corinne, il ne l'eût peut-être plus écrit après les Considérations, puisqu'il y voyait une sorte de chef-d'œuvre de l'esprit du mal. Quant à M™*^ de Staël, entre l'Allemagne et les Considérations, après tant d'épreuves et d'exils, elle écrivait, en tête de ses Lettres sur les écrits de J.-J. Rousseau, la préface la plus sereine (1814), où elle plaidait encore la cause de l'instruction des femmes.

Ces talents ont sans doute leurs inconvénients, comme toutes les plus belles choses du monde; mais ces inconvénients mêmes me semblent préférables aux langueurs d'un esprit borné, qui tantôt dénigre ce qu'il ne peut atteindre, ou bien affecte ce qu'il ne saurait sentir. Enfin, en ne considérant que nos rapports avec nous-mêmes, une plus grande intensité de vie est toujours une augmentation de bonheur : la douleur, il est vrai, entre plus avant dans les âmes d'une certaine énergie; mais, à tout prendre, il n'est personne qui ne doive remercier Dieu de lui avoir donné une faculté de plus.

Pour elle du moins l'augmentation de bonheur n'a pas été en proportion de l'intensité de vie. Et pourtant l'exemple de sa vie vaut mieux encore que ses écrits. Au seuil du xix^ siècle elle aura été vraiment la femme, la femme de pensée, de sentiment etdaction. A ua plus haut degré qu'elle G. Sand sera écrivain et surtout poète; mais elle ne sera guère qu'un romancier : M'^e de Staël fut un romancier, un critique, un politique, l'âme d'une certaine société à un moment décisif de notre histoire, et ceux mêmes qui ne l'ont pas lue ont subi son influence, qui a pénétré la littérature et la société française tout entières.

i. Lettre du o novembre ISOS. Diderot avait écrit déjà : « On peut citer des femmes, et en citer un grand nombre qui ont fait de grandes actions : où est celle qui ait l'ait un bel ouvrage, une belle comédie, une belle tragédie, uu beau poème, une belle harangue? »

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