‹ Cours gradué de thèmes français-arabesChapitre 23 sur 28 · THÈMES SUR TOUTES LES RÈGLES DE LA SYNTAXE · texte numérisé non relu

THÈMES SUR TOUTES LES RÈGLES DE LA SYNTAXE

THÈME me.

Ze lion et rhommfe.

Un homme et un lion voyageaient un jour en société, et conversaient. Ils en vinrent à discuter sur la force et la puissance. Le lion vantait sa force et son courage indomptable. Son compagnon vit sur un mur un tableau où un homme étranglait un lion , et se mit à rire. «Si nous savions peindre comme les enfants d'Adam», lui dit le lion, «ce ne serait pas l'homme qui étranglerait un lion, mais un lion qui étranglerait l'homme».

Cette fable signifie que ce n'est point par le témoignage des siens que Ton peut se justifier.

1) J'interromps ici ]es explications grammaticales. Les élèves sont suffisamment avancés maintenant ponr pouvoir consulter avec fruit t soit l'admirable Grammaire arabe de Sylvestre de Sacy, soit le Cours de langue arabe de Bresnier, soit enfin la Grammaire arabe de Caspari, traduite par M. Uricoechea. Ces ouvrages (surtout celui de M. de Sacy) renferment l'exposé et la solution de toutes les difficultés de la langue arabe , à peu d'exceptions près.

THÈHE 112e.

La femme et la poule.

Une femme avait une poule qui pondait tous les jours un œuf d'argent. « Si j'augmente sa nourriture » , se ditelle , « ma poule pondra deux œufs ». Mais lorsqu'elle eut augmenté la nourriture, la poule défonça le jabot et creva.

Cette fable signifie que bien des gens, en voulant grossir leurs bénéfices, perdent leur capital.

THÈHE 113e.

Le lièvre et la lionne.

Un lièvre passant, un jour, près d*une lionne, lui dit: «Je fais tous les ans un grand nombre de petits, tandis que toi, dans toute ta vie, tu n'en fais qu'un ou deux». — «Il est vrai», repondit la lionne, «je n'en fais qu*un, mais c'est un lion».

Cette fable montre qu'un seul enfant heureusement doué vaut mieux qu'un grand nombre d enfants sans moyens.

THÈME 114< Le moucheron et le taureau.

Un moucheron, c'est-à-dire un moustique, se posa, un jour, sur la corne d'un taureau; et s*imaginant

qu*il le fatiguait par son poids, il lui dit: cSi je te suis à charge , avoue-le-moi , afin que je m'envole et te débarrasse ». Le taureau lui répondit : c O toi , qui que tu sois , je n'ai pas remarqué ton arrivée et je ne m'apercevrai pas de ton départ».

Cette fable r^arde celui qui veut se donner de Importance et de la gloire lorsqu*il est sans mérite et sans considération.

THÈHE 115e.

Le jardinier.

Un jardinier arrosait, un jour, des légumes. Quelqu'un lui dit : « Pourquoi les plantes sauvages deviennent-elles si belles sans culture, tandis que les plantes cultivées s'étiolent et meurent si vite ?» Le jardinier répondit : « C'est que les plantes sauvages sont élevées par leur mère, tandis que les autres sont nourries par une marâtre».

Cette fable signifie que les soins d'une mère valent mieux que ceux d'une belle-mère.

THÈME 11 6e.

Le nègre.

Un jour qu'il neigeait à gros flocons , un nègre se deshabilla, prit de la neige et se mit à s'en frotter le corps. Quelqu'un lui dit: «Pourquoi te frottes-tu

ainsi avec cette neige ? > « C'est dans l'espoir de blanchir,» répondit le nègre. Un homme de bon sens lui dit: «Cesse de te fatiguer de la sorte, car ton corps noircirait la neige ^et ne pourrait que deveair plus noir».

Cette fable montre que le méchant peut corrompre Thonnéte homme, mais que Thonnéte homme ne pourra jamais corriger le méchant.

Le buisson.

Un jour, le buisson dit au jardinier: «Si j'avais quelqu'un qui prît soin de moi, qui me plantât au milieu du jardin,* qui m'arrosât et me cultivât, les rois voudraient admirer mes fleurs et mes. fruits». Le jardinier le prit et le planta au milieu du jardin, dans la meilleure terre. Il Tarrosait deux fois par jour. Bientôt les épines du buisson devinrent fortes et nombreuses; ses branches s'allongèrent et couvrirent tous les arbustes qui Tentouraient, elles s'enfoncèrent en terre et prirent racine, si bien que le jardin fut rempli de ronces et devint inaccessible.

Cette fable s'adresse à ceux qui protègent un méchant. Plus ils auront d'égards pour lui, plus sa malice et sa perversité s'augmenteront; et tout le bien qu'ils lui feront, il le payera en méchanceté.

{Extrait des fables de Loqman^ traduction de M. A, Cherbonneau,)

THÈME ll8e.

La noix.

Sous un grand noyer qui s'élevait près du village, deux enfants trouvèrent une noix. « Elle m'appartient !» s'écria Ahmed; < car c'est moi qui l'ai vue le premier».

— «Non, elle est à moi», reprit Messaoud; «car c'est moi qui l'ai ramassée».

Là-dessus une violente querelle s'engagea entre eux.

— «Allons, mes amis, je vais vous mettre d'accord», leur dit un garçon plus âgé et plus fort qui survint en ce moment. En effet , il se plaça entre les deux enfants, ouvrit la noix et s'adressant à eux: «Cette coquille appartient à celui qui a le premier vu la noix. L'autre appartient à celui par qui la noix a été ramassée. Quant à l'amande je la garde pour les frais du jugement».

Puis il ajouta en riant: «Voilà quelle est la fîn ordinaire de tous les procès».

THÈME 119e.

Le lion.

Un pauvre esclave s'était échappé de la maison de son maître; mais il fut repris et condamné à mort. On le conduisit dans une vaste arène qui était entourée de murs, et on lâcha contre lui un lion redoutable par sa férocité. Plusieurs milliers de spectateurs assistaient à cette scène. Le lion, furieux.

s'élança vers le condamné. Mais tout à. coup il s'arrêta, se mit à remuer la queue et à sauter de joie autour de l'esclave, doqt il léchait même par instants les mains. Tout le monde était frappé d'étonnement, et Ton demanda au condamné l'explication de ce prodige.

Alors l'esclave raconta ce qui suit:

Le lion {suite),

«Quand je me fus enfui de chez mon maître, je gagnai le désert et me cachai dans une caverne. A peine y étais-je entré, que ce lion y vint aussi, en poussant des gémissements plaintifs et eç me présentant sa patte où une grosse épine était enfoncée. Je retirai Tépine, et bientôt l'animal se trouva guéri. Dès ce moment il m'approvisionna de gibier, et nous vivions ensemble dans la caverne en fort bonne intelligence. Mais, à la dernière battue, nous fûmes séparés l'un de l'autre et pris tous deux. Et maintenant cet excellent animal se réjouit de m'avoir retrouvé ».

Ravi de voir la gratitude du bon lion, le peuple s'écria: «Vive l'homme charitable! et vive le lion reconnaissant! » L'esclave fut remis en liberté et comblé de riches présents. Depuis ce jour, le lion ne le quitta plus et il l'accompagna partout avec la docilité d'un chien, sans faire de mal à personne.

THÈME 121e.

Vermitt*

Un prince, qui tirait grande vanité de sa beauté, de sa richesse et de son rang élevé, était un jour à la chasse dans une des parties les plus reculées de la montagne. Il y trouva un vieux solitaire qui était assis à la porte de son ermitage et qui semblait absorbé dans la contemplation d'une tête de mort. Le prince s'approcha et lui demanda d'un ton de raillerie: «Pourquoi regardez- vous cette tête de mort avec tant d'attention? Que présente-t-elle donc de si curieux?»

L'ermite lança au prince un regard sévère et lui répondit :

«Je voudrais savoir si cette tête a été celle d'un prince ou celle d un mendiant. Malheureusement , je ne puis distinguer si elle a été celle de l'un ou celle de Tautre».

Les souliers.

Abd- Allah était un pauvre chevrier. Son salaire était si modique, qu'il n'y trouvait pas même de quoi s'acheter une paire de souliers. Aussi soufFrait-il cruellement du froid aux pieds; car on était à la fin de l'automne, et la saison était pluvieuse et glaciale.

Un jour il vit sortir de la forêt un homme qui

avait déjà été condamné deux fois à la prison pour vol et qui lui dit: «Mon métier est bien autrement lucratif que le tien. Si tu veux entrer à mon service, je te donnerai une paire de souliers neufs. Pourvu d'une bonne chaussure, tu ne souffriras plus autant du froid, et tu ne devras plus marcher pieds nus dans la bouej».

Mais le jeune chevrier lui répondit: «Non. J'aime mieux marcher pieds nus et rester honnête que de me faire par le crime un meilleur sort. Il vaut mieux se salir les pieds dans la fange, que de se souiller les mains et l'âme par de mauvaises actions».

THÈatE 123e.

V heureux berger.

Un jeune et joyeux berger faisait, par une belle matinée de printemps, paître son troupeau dans un vallon émaillé de fleurs et encaissé entre des montagnes boisées. D'une gaieté extrême, il ne faisait ^ue chanter et sauter. Le prince qui gouvernait le pays, chassant un jour dans le voisinage de ce vallon, aperçut le jeune berger et, layant fait appro- <:her, lui parla en ces termes:

«Pourquoi donc, mon ami, es-tu si joyeux?» L'enfant, sans savoir à qui il parlait, répondit: « Et pourquoi ne serais-je pas joyeux ? Notre gracieux souverain n'est pas plus riche que moi ».

«Vraiment!» repartit le prince. «En ce cas, voyons quelles sont tes richesses?»

Le petit berger répliqua:

THÈMR 124e.

L heureux berger (suite ^

«Le soleil, que vous voyez là-haut dans ce beau del bleu, brille aussi gaiement pour moi que pour îîotre maître. La montagne et la vallée se parent de verdure et de fleurs autant pour moi que pour lui." Mes deux mains, je ne les donnerais pas pour deux cent mille francs; et mes deux yeux, toutes les richesses du trésor du prince ne pourraient les payer. D'ailleurs, j'ai tout ce que je puis souhaiter, car mes désirs ne vont pas au delà de mes besoins. Je mange chaque jour selon mon appétit , je suis vêtu convenablement, je reçois annuellement pour ma peine et mon travail autant d'argent qu'il m'en faut. Et maintenant pouvez- vous dire que notre souverain soit plus riche que moi?»

Le bon prince sourit. Puis il se fit connaître et dit: «Tu as raison, mon petit ami, et tu peux ajouter que ton souverain lui-même t'a donné raison. Conserve toujours ton heureuse gaieté».

Contentement passe richesse.

(Extrait des conte\ de Ch, von Schmid^ traduits par André van Hasselt.)

THÈME 125e.

Le sot et la corde.

Un imbécile nommé Salah ne venait jamais à la mosquée que lorsque la prière était terminée. Un jour qu'il priait, il vit une corde suspendue à la voûte; elle se balançait et lui heurta le visage. Il se dit en lui-même: «Il faut couper cette corde». Il la saisit, monta jusqu'en haut, et une fois arrivé, tira un couteau de sa poche et coupa la corde. Il tomba avec elle, mais il y avait des tapis étendus sur le sol; il tomba sur Tun d'eux et Dieu le sauva.

THÈME 126e.

Pourquoi le corbeau est noir.

Lorsque Dieu créa le corbeau , il était blanc. Le maître du monde le punit parce que le méchant n'avait pas exécuté ses ordres. Un jour il lui dit: «Voici deux sacs: le premier est rempli d'argent; le second, de poux. Porte le sac d'argent aux musulmans et l'autre aux chrétiens d. Le corbeau partit ^ mais trouvant que le sac d'argent était trop lourd, il le donna aux premiers qu'il rencontra: c'étaient des chrétiens. Il porta le sac de poux aux musulmans. Depuis lors, les chrétiens ont de l'argent et les musulmans des poux. En conséquence, le Seigneur dit au corbeau: «Puisque tu n'as pas accompli mes ordres, tu deviendras noir».

Origine du lion , du cmt et du rat

Au temps où notre seigneur Noé construisait Tarche, le sanglier vint la nuit U battre (en brèche) et enleva une planche avec ses 'céfenses. Lorsqu'il se réveilla, notre seigneur Noé \int travailler à son ouvrage, trouva Tarche brisée et la répara. Le lendemain, il la trouva brisée de louveau et la répara encore. Le troisième jour, le saiglier continua d'agir ainsi. Quand notre seigneur Mrè s'en aperçut, il se fâcha, et voulant réparer à Ifihâte l'endroit brisé, il se blessa à la main. Il ciieisa un trou dans le sable, y fit couler son sang, k recouvrit de terre et s'en alla. Quand son sang fut étlauflfé par les rayons du soleil, un lion en naquit.

THÈME 128e.

Origine du lion, du chat etiu rat (suite,)

Le lendemain, le sanglier voult agir comme précédemment, mais il trouva le lionjui veillait. Celui-ci lui dit: «r Misérable, retire-toi, puje te tue». Le sanglier refusa: le lion se jeta sur li et le dévora; depuis ce temps le lion mange de I chair de sanglier. Les deuxr animaux étaient dan: l'arche de notre seigneur Noé, chacun à sa place ;e sanglier éternua : de son éternûment sortit un rat; s lion éternua: de

son éternûment sortit un chat, c'est pourquoi le chat mange le rat.

{Extrait des Contes populaires berbères^ traduction de M. René Basset.)

IfiÈMK 129e.

TradiUn de la chouette»

Autrefois, la choiette était un homme. Il avait beaucoup de fortune. Un jour des hôtes vinrent chez lui. Il prit d'abord uj mouton pour l'égorger en leur honneur, mais il et eut du regret. Il prit, tour à tour, un bouc, une Irebis, une chèvre, et se ravisa de même. Enfin, il, saisit un chat, Tégorgea, le fit cuire pour le dîner et le leur servit avec du kous kous. Un des conviles, qui était marabout, sentit la chair de chat et|ii dit: «Va-t'en!» Aussitôt elle fut transformée en n chat vivant, qui prit la fuite. L'homme qui l'avai égorgé fut changé en une chouette, à cause de h ressemblance de celle-ci avec le chat. — La chouett a deux ailes: une longue , l'autre courte. Cela lui pr(vient de ce que Thomme, avant de devenir chouett, avait eu deux pensées, l'une généreuse et l'autre Derverse. Il eut une pensée généreuse en songeant Tabord à bien traiter ses hôtes; il eut une pensée p rverse en leur égorgeant un chat.

THÈME 130e.

Légende sur Constantine.

Les vieillards racontent qu'avant la fondation de Constantine, une femme nommée T'ina était venue s'établir sur le rocher qui sert de base à cette ville: elle, y vivait de laitage, en compagnie de son jeune enfant. Un jour, une famille de nomades vint s'établir dans le voisinage. La coutume voulait que Tina offrît un animal pour être égorgé en Thonneur de ces nouveaux venus. Elle avait une chèvre qui la faisait vivre, elle et son fils, mais qui ne lui appartenait pas. Son embarras était extrême. Elle alla trouver ses nouveaux voisins et leur dit: «Je vous immole mon fils plutôt que de subir la honteï>. Refuser l'offrande traditionnelle, c'eût été un manquement à Tusage sacré et une grave injure à la pauvre veuve.

THÈME 131e.

Légende sur Constantine {suite,) Ils acceptèrent; mais au lieu d'égorger Tenfant, ils rélevèrent à l'insu de sa mère. Arrivé à Tâge d'homme, il fut reconnu par elle à une marque particulière. Cette femme bénit les bienfaiteurs de son fils. Dieu l'exauça et permit à ces braves gens de fonder une ville à laquelle, par reconnaissance, ils donnèrent le nom de Qcer (forteresse) Tina, qui plus tard devint Qcenfina ou Qcemfina^ par ♦une

permutation, fréquente dans toutes les langues, de Yr en n ou en m. La légende dit aussi que lenfant, devenu homme, se fit remarquer par sa vaillance guerrière et fut proclamé roi par ceux-là mêmes qui l'avaient élevé. Cest alors qu'il songea à leur édifier la forteresse en question, qu'il appela du nom de sa mère T'ina.

{Extrait des Traditions et Légendes Kabyles, traduction de M, Belkassem ben Sedira.)

THÈME 132e.

Le Khalife Omar et la vieille femme.

A son retour de Syrie, Omar, voulant, dit-on, /avant de rentrer à Médine, se rendre compte par lui-même de la situation de ses sujets, se sépara de son escorte. Chemin faisant, il rencontra une vieille femme qui était sous une tente. Il s'approcha d'elle. La vieille lui adressa alors la parole en ces termes: «Qu'a fait Omar?»

Le Khalife répondit: «Il est revenu de Syrie sain et sauf».

— «Eh bien, que Dieu, à cause de moi, ne lui accorde aucune récompense!»

— «Pourquoi?» dit Omar.

— «Parce que», dit-elle, «depuis qu'Omar gouverne les Musulmans, il ne m*a donné ni un seul dinar ni un seul dirhem ».

THÈME 133e.

Le Khalife Omar et la vieille femme (suite,)

Omar reprit: «Tu habites ici; comment veux-tu que le Khalife te connaisse?»

— «Grand Dieu», s'écrira-t-elle, «je n'aurais jamais cru qu'un homme pût régner sur un peuple, et ignorer totalement ce qui se passe sur la terre!»

A ces mots, le Khalife fondit en larmes et prononça ces paroles: «Omar, Omar, tu es le plus ignorant des hommes. Les vieilles femmes elles-mêmes l'emportent sur toi!»

Puis, s'adressant à elle: «Servante de Dieu», dit-il, «combien me vends-tu Tiniquité qu'Omar a commise envers toi; car je veux le sauver du feu^e Tenfer?»

THÈME 134e.

Le Khalife Omar et la vieille femme {suite,)

«Allons», dit-elle, «ne te moque pas de moi et que Dieu ait pitié de toi!»

— «Loin de moi cette pensée!» s'écria le Khalife.

Puis il insista si vivement qu'il finit par obtenir, moyennant vingt-cinq dinars, la remise de l'injustice qui lui était reprochée.

A ce moment même, arrivèrent à cet endroit Ali, fils d'Abou Thaleb, et Abdallah ben Messaoud (que Dieu soît satisfait d'eux!).

«Salut sur toi, Émir des Croyants», dirent-ils.

En entendant ces paroles, la vieille femme se cacha la tête dans les maii)s en disant: «Qu'ai-je fait y malheureuse I J'ai insulté en face l'Emir des Croyants!»

THÈME 135e.

Le Khalife Omar et la vieille femme {suite,) «Que Dieu te bénisse»! dit Omar. «Rassure-toi, tu n'as rien à craindre».

Alors le Khalife voulant écrire et ne trouvant pas de parchemin sur lui, déchira un pan de sa robe blanche sur lequel il traça les lignes suivantes:

— «Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

Cet écrit fait foi qu'Omar a racheté de la nommée une telle, moyennant vingt-cinq dinars, l'injustice qu'il a commise à son égard depuis son élévation au Khalifat jusqu'à ce jour; injustice qui lui a été reprochée par la dite dame au moment où il s*est arrêté en ce lieu en présence du Dieu Très-Haut» En conséquence, Omar et absous. Ce fait est attesté par Ali et Abd- Allah ben Messaoud».

Ensuite le Khalife confia cet écrit à son fils.

— «Lorsque je serai mort», lui dit-il, «tu le mettras dans mon linceul pour que je puisse me présenter avec lui devant Dieu.»

{Extrait de VIlam-en-Nas iVEl-Atlidi , traduction inédite de t auteur du présent livre.)

i69 THÈME 136c.

Histoire de Khacib ( ua avi'>.) On raconte qu'un des Khalifes abbasides conçut de la colère contre les habitants de l'Egypte. Dans le but de les avilir et d'en faire un exemple, il jura de leur donner pour gouverneur le plus vil de ses esclaves et celui dont la condition était la plus infime. Or Khacib était le plus méprisable d'entre ceux-ci, puisqu'il était chargé de chauffer les bains. Le Khalife le revêtit d'un habit d'honneur et le nomma vice-roi de l'Egypte. Il s'imaginait que Khacib se conduirait mal envers les Égyptiens, et qu'il leur ferait éprouver des vexations, ainsi que c'est la coutume chez ceux qui ont été élevés à la puissance sans avoir connu précédemment les grandeurs.

THÈME 137e.

Histoire de Khacib {suite,) Mais lorsque Khacib se vit affermi dans le gouvernement de rÉgypte , il tint envers les habitants de ce pays la conduite la plus louable, et devint célèbre par sa générosité et sa libéralité. Les parents du Khalife et d'autres personnes allaient le trouver; il leur faisait des présents magnifiques, et ils retournaient à Bagdad pleins de reconnaissance pour ses bienfaits. Sur ces entrefaites , le Khalife demanda des nouvelles d'un certain abbasside; mais celui-ci resta

quelque temps absent de sa cour. Lorsqu'il se présenta de nouveau devant le Khalife, le monarque l'interrogea touchant son absence. Cet homme l'informa qu'il était allé trouver Khacib, et lui apprit le don qu'il eu avait reçu. (C'était un présent considérable.)

THÈME 138e.

Histoire de Khacib (suite,)

Le Khalife se mit en colère; il ordonna de crever les yeux (J^4-m#) à Khacib, de le chasser de l'Egypte, de le ramener à Bagdad et de le jeter au milieu des places {^y*é\) de cette ville. Quand Tordre de se saisir de Khacib arriva en Egypte, on lui interdit d'entrer dans sa maison. 11 avait au doigt une pierre précieuse d une valeur considérable; il parvii^t à la cacher et la cousit durant la nuit dans son vêtement. Cependant on le priva de la vue, et on le jeta sur le pavé de Bagdad. Un poète vint à passer près de lui et lui dit: «O Khacib, je m'étais dirigé vers toi de Bagdad en Egypte, afin de te louer dans une qacida; mais j'ai trouvé que tu étais parti de ce pays-là. Or je désire que tu entendes ma pièce de vers:^^

THÈME 139e.

Histoire de Khacib (suite.)

— cComment Técouterais-je», répondit Khacib, cdans l'état où tu me vois?»

— «Mon seul but», reprit le poète, «c'est que tu l'entendes. Quant au cadeau (que je pourrais espérer) tu en as fait aux autres d'assez magnifiques. (Que Dieu t'en récompense!)»

— «Fais donc», répondit Khacib. Le poète lui récita: «Tu es Al-Khacib (Vabondanf) et cette ville est Fosthâth {aaA)\ or répandez-vous {car, toi y ptr ta générosité^ elle, par son immense étendue), vous êtes tous les deux une mer».

Lorsqu'il fut arrivé à la fin du poème, Khacib lui dit: «Découds cet ourlet (xbLç>)». Le poète l'ayant fait, Khacib reprit: «Prends cette pierre précieuse».

Histoire de Khacib {suite).

Le poète refusa, mais Khacib l'adjura de la prendre; et 11 obéit. Puis il la porta au marché des joailliers.

Lorsqu'il la présenta à ceux-ci, ils lui dirent : «Certes , ce joyau ne convient qu'au Khalife », et ils firent connaître la chose au prince. Celui-ci ordonna qu'on amenât le poète, et lui demanda des explications concernant le joyau (^j^i;). Le poète lut raconta

l'histoire de ce bijou. Le Khalife, ayant alors regretté sa conduite envers Khacib, commanda de l'amener en sa présence, lui fit un cadeau magnifique et lui permit de demander ce qu'il voudrait. Khacib désira que le Khalife lui donnât ce village (u.^uukaf> ^^ *^^ïy^)y et le Khalife y consentit. Khacib demeura en cet endroit jusqu'à sa mort, et le légua à sa postérité, qui le posséda jusqu'à son entière extinction.

THÈME 141e.

Damiette (J^Lxc)).

La ville de Damiette est située sur la rive du Nil (J-oJ!)' Les habitants des maisons voisines de ce fleuve y puisent de l'eau avec des seaux. Beaucoup d'habitations ont des escaliers (ol^o), au moyen desquels on descend jusqu'au Nil. Le bananier croît en abondance à Damiette , et son fruit se transporte au Caire (ya^) dans des bateaux. Les brebis des habitants paissent librement et sans gardiens, la nuit comme le jour; c'est pour cette raison que l'on a dit de Damiette: «Ses murs consistent en sucreries, et ses chiens , ce sont ses brebis x>. Lorsque quelqu'un est entré dans Damiette, il ne peut plus en sortir, sinon muni du sceau du gouverneur. Les individus qui jouissent de quelque considération reçoivent ce cachet imprimé sur un morceau de papier, afin qu'ils

puissent le faire voir aux gardiens de la porte. Quant aux autres, on imprime le sceau sur leur bras, qu'ils montrent (aux surveillants).

THÈfllE 142e.

Damiette {suiie)

Les oiseaux de mer sont très-nombreux à Damiette, et leur chair est extrêmement grasse. On y trouve aussi du lait de buffle qui n'a pas son pareil pour la douceur de son goût et sa bonté. Enfin, on y prend le poisson appelé boury (le muge), qui est exporté de cet endroit en Syrie, en Asie Mineure (j^^l SiS) et au Caire. Près de Damiette se trouve une île située entre la mer et le Nil, et que Ton appelle Alberzakh j^j-JI [lo. barrière). Elle renferme une mosquée et une zaouïah, dont je vis le cheïkh, appelé Ibn Kofl, près de qui je passai la nuit du jeudi au vendredi. Il avait avec lui une troupe de fakirs, hommes vertueux, pieux et excellents. Ils consacrèrent la nuit à la prière, à la lecture du Coran et à la comçiémoration des louanges de Dieu. La ville actuelle de Damiette est d'une construction récente; l'ancienne ville est celle qui a été détruite par les Francs (^-à^t), du temps d'Almélik assalih (gJLoJI ^iUJ!).

{Extrait des Voyages d'Ibn Batoutah, traduction de MM, Defrémery et Sdnguinetti,)

THÈME 143e.

Générosité de Yahya^ fils de Khaled^ vizir de Rasckid

Lorsque Raschid renversa la famille des Barméki (K)CpLJI), et entreprit d'anéantir jusqu'à leur nom, il fit, dit-on, défense à tous les poètes de composer des élégies sur leur disgrâce, et ordonna que Ton punît ceux qui y contreviendraient. Un jour, comme un des soldats de la garde du prince passait auprès de quelques édifices ruinés et abandonnés, il aperçut un homme debout qui tenait en main un papier (Xië^): c'était une complainte {jJ^) sur la ruine de la maison des Barméki, que cet homme récitait en versant des larmes. Le soldat l'arrêta, et le conduisit au palais de Raschid; il compta toute l'aventure au Khalife, qui se fit amener le coupable; et après s'être convaincu, par son propre aveu, de la vérité de la dénonciation : « Ne savais-tu pas i>, lui dit-il, cque j'avais défendu de réciter aucune complainte sur la famille des Barméki? certes, je veux te traiter comme tu le mérites ».

THÈME 144e.

Générosité de Yahya , fils de Khaled, vizir de Raschid {suite.)

— «Prince», repartit cet homme, esi tu le permets, je te conterai mon histoire; quand tu l'auras enten-

due, agis comme bon te semblera^. Raschid lui ayant permis de parler, il lui dit: c J'étais un des

moindres commis de Yahya (v-^Uû/ yuoî ^^ vi^^-i/

^^jçivj), fils de Khaled (jdL>); un jour il me dit: €« Il faut que tu me donnes à manger chez toi.»»

— «« Seigneur»», clui répondis-je », ««je suis bien au-

dessous d un si grand honneur (^^ ^o U0> ^t ma maison n'est pas propre à vous recevoir»». — «« Non»», «dit Yahya », ««il faut absolument que cela soit ainsi »». — ««En ce cas»», «repris-je», ««vous voudrez bien m'accorder quelque délai pour que je prenne les arrangements convenables et que je dispose ma maison; après quoi vous ferez ce qu'il vous plaira»»..

THÈME 145e.

Générosité de Yahya , fils de Khaled^ vizir de Raschid

(suite),

«Là-dessus il voulut savoir quel délai je désirais; je lui demandai d'abord un an, et ce délai lui ayant paru excessif, je le priai de m'accorder quelques mois. Il y consentit, et aussitôt je m'occupai à disposer ma maison et à préparer tout ce qui était nécessaire pour le recevoir. Quand tous les préparatifs furent achevés, j'en fis part au vizir, qui me promit de venir le lendemain même. Retourné chez moi, je m'empressai de préparer à boire et à manger, et de tenir prêt tout ce dont on pouvait avoir besoin».

THÈME 146e.

Générosité de Yahya^ fils de Khaledy vizir de Raschid {suite).

«Le lendemain le vizir se rendit effectivement chez moi avec ses deux fils Djafar {ms>) et Fadhl (JujdâJî), et un petit nombre de ses plus intimes amis. A peine fut-il descendu de cheval, ainsi que ses fils, qu'il m'adressa la parole, et, m'appelant par mon nom, il me dit: ««Un tel, dépéche-toi de me faire servir quelque chose , car j'ai grand appétit »». «Son fils Fadhl me dit qu'il aimait beaucoup les poulets rôtis, et m'engagea à lui faire présenter ceux que j'avais préparés; je le fis;^et quand le vizir eut mangé, il se leva, se mit à parcourir la maison, et me demanda de la lui faire voir toute entière».

««Seigneur»», «lui dis-je», ««vous venez delà voir; je n'en ai point d'autre que cela»», — ««Vraiment si»», «me répondit-il»; ««tu en as une autre»».

THÈME 147e.

Générosité de Yahya, fils de Khaled, vizir de Raschid [suite.) «J'eus beau l'assurer au nom de Dieu que Je n'en possédais point d'autre; il fit venir un maçon, et lui ordonna de percer une porte dans le mur. Le maçon se mettant en devoir d'exécuter cet ordre, je dis au

vizir: ««Seigneur, peut-on se permettre (^t j^. v^à^)

de faire une ouverture pour pénétrer dans la maison de ses voisins, après que Dieu a commandé de respecter les droits du voisinage Pd» — ««N unportei»*, cdit-il

(ài3 j^ (j*#LI "îi); et quand le maçon eut fait l'ouverture, il y passa avex ses fils. Je les suivis, et nous entrâmes dans un jardin délicieux, bien planté, et

arrosé par des jets-d'eau (&Aà v^Âil iUit^): dans ce jardin étaient des pavillons et des tables ravissantes ornéeç de toutes sortes de meubles et de tapis, et » servies par des esclaves de Tun et de l'autre sexe, le tout d'une beauté parfaite».

THÈME 148e.

Générosité de Yahya^ fils de Khaled^ vizir de Raschid {suite,)

««Cette maison»», «me dit alors le vizir», ««et tout ce que tu vois, est à toi»». «Je m'empressai de lui baiser les mains, et de faire des vœux pour lui; et je compris alors que du jour même où il m'avait parlé pour la première fois de le recevoir chez moi, il avait fait acheter le terrain voisin de mon logis, y avait fait construire une belle maison, et l'avait fait garnir et orner de toute sorte de choses, sans que j'en susse rien. Je voyais bien que Ton y bâtissait , mais je croyais que c'était quelqu'un de mes voisins qui fai-

sait faire ces travaux. Yahya adressant ensuite la parole à son fils Djafar, lui dit: ««Voilà bien une maison et des domestiques; mais avec quoi fournira t-il à leur entretien?»»

THÈME 149e.

Générosité de Yahya^ fils de Kkalèdy vizir de Raschid {suite.)

— ««Je lui ai donné»», «répondit Djafar», ««une telle ferme avec toutes ses dépendances, et je lui en passerai contrat»». — ««Fort bien»», «dit le vizir en se retournant vers Fadhl, son autre fils»; ««mais jusqu'à

ce qu il ait reçu quelque revenu {^^S) de ces terres , où trouvera-t-il de quoi fournir à sa dépense?»» — ««Je lui dois ("^i) dix mille pièces d'or»», «répondit Fadhl», ««et je les ferai porter chez lui»». — ««Dépêchez-vous l'un et l'autre»», «reprit Yahya», ««de satisfaire aux engagements que vous avez contractés envers lui»». «Djafar me fit effectivement une donation de la ferme, et Fadhl fit porter chez moi la somme qu'il m'avait promise; en sorte que je me trouvai tout d*un coup riche, et dans une grande aisance».

THÈIMX 150e.

Générosité de Yahya^ fils de Khaled^ vizir de Raschid {suite,)

«Je gagnai dans la suite, avec ces premiers fonds, de grandes richesses dont je jouis encore aujourd'hui. Aussi, prince des Croyants, je n*ai manqué, Dieu le sait, aucune occasion de chanter leurs louanges et de faire des vœux pour eux, afin de satisfaire à ce que je dois a leur générosité; mais jamais je ne pourrai m'en acquitter entièrement. Si tu veux me faire mourir pour cela, fais ce qu'il te plaira».

Raschid, attendri, le laissa aller, et rendit à chacun la liberté de pleurer sur la fin tragique des fils de

Barmek (<éûj).

{Extrait de Fakhr-eddin Razi^ traduction de Sylvestre de Sacy,)

THÈME 151e.

Ze Lac Fétide (Mer Morte) (XJLXJU.it »-^^t).

Ce lac repousse ce qu'on y jette, et ne renferme ni poisson, ni aucun être vivant, comme Tont remarqué l'auteur de la Logique (sJliaÂjt •^^Lo) et d^autres philosophes qui ont vécu avant ou après Aristote Qj^^LbLJi^O- Le Jourdain {^c>pf^) verse dans ce lac les eaux du lac de Tibériade (iCj-xb) ; ce dernier sort du lac Keferla et el-Karoun? (Qyyi^^ «1/^), aux environs de Damas. Arrivé au lac Fétide, le

Jourdain le traverse jusqu'à la moitié, sans mélanger ses eaux avec celles du lac, dans le centre duquel il s'engouffre. On ne s'explique pas comment un fleuve aussi considérable que le Jourdain n'influe pas sur la crue ou la diminution des eaux du lac.

THÈME 152e.

Le Lac Fétide {suite,)

D'ailleurs, on a fait relativement au lac Fétide de longs récits que nous avons reproduits dans nos Annales historiques (^Lo^J* .L-»-3»î) et dans l'Histoire moyenne (ia**^^! wU^I). Nous y avons parlé aussi des pierres qu'on retire de ce lac, et qui ont deux formes analogues à celle du melon. Ces pierres, connues sous le nom à<t fierres de Judée {^^Oy^ r-^^i ont été décrites par les philosophes, et sont employées en médecine contre les calculs urinaires. On les divise en deux espèces; les mâles et les femelles; les premières sont employées pour le traitement des hommes et les autres pour celui des femmes. On extrait également de ce lac le bitume nommé el-homar

(;4.^t non).

THÈME 153e.

Le Lac Fétide {suite.) 11 n'y a pas, dit-on, dans le monde d'autre lac qui ne renferme ni poissons, ni, en général, aucun

être vivant, excepté celui dont nous parlons, et un autre lac sur lequel j'ai navigué dans TAderbaïdjan (^L^u^ôt); il est situé entre les villes d'Ourmiah (jUaj\) et de Meragah (iCc^J]), et reçoit dans le pays le nom de Keboudan (^hyS)- Plusieurs auteurs anciens ont expliqué les causes de cette absence complète d'êtres animés dans le lac Fétide; mais, bien qu'ils n'aient fait aucune mention de celui de Keboudan , il est permis de conclure , par analogie , que ce phénomène est déterminé par les mêmes causes dans les deux facs.

THÈME 154e.

JO Étang des barres d'or (w>^\J^ ^^ -jlXx.) Nous devons expliquer ce que signifie l'étang des barres d'or. Le palais du Maharadja (-UJO domine un petit étang, qui communique avec le principal golfe du Zabedj (^Ut); le flux amène l'eau de mer dans ce golfe, et le reflux en enlève Teau douce. Tous les matins le trésorier du roi arrive porteur d'une barre d'or fondu pesant un certain nombre de livres, dont je ne puis évaluer le poids exact, et la jette dans l'étang en présence du roi. A l'heure du

flux (JLJO l'eau monte et recouvre cette barre avec celles qui y sont déjà déposées; mais la marée basse (jj^O les laisse à découvert, et elles brillent aux rayons du soleil, sous les yeux du roi, qui est assis dans sa salle d'audience , située au-dessus de cet étang.

THÈME 155e.

V Étang des barres dor {suite,)

On continue ainsi, pendant toute la durée de son règne , à jeter chaque jour une barre d'or, et personne n'ose y toucher; mais à la mort du roi, son successeur fait retirer tous ces lingots, sans en laisser un seul. On les compte, on les fond, et on les distribue aux membres de la famille royale, tant aux hommes qu'aux femmes et aux enfants, aux officiers et aux serviteurs, en observant le rang et les prérogatives de chaque classe. Le surplus est distribué aux pauvres et aux infirmes. Le nombre et le poids de ces barres sont inscrits dans un registre, et l'on dit que tel roi a vécu tant d'années, et qu'il a laissé dans l'étang royal tant de barres d'or, pour être distribuées après sa mort entre ses sujets. C'est une gloire, à leurs yeux, d*avoir régné longtemps et d'avoir laissé un grand nombre' de ces barres.

THÈME 156e.

La Baleine (Jl^'il).

On rencontre dans la mer de Zendj (jpjJO le poisson nommé el-owal (baleine), qui atteint quelquefois une longueur de quatre à cinq cents coudées omari^ mesure usitée dans le pays; mais sa longueur ordinaire est de cent coudées. Souvent, par les temps de calme, il sort hors de l'eau l'extrémité de ses

nageoires (-U>), qu'on peut comparer à la grande voile d'un navire; par intervalles, il dresse la tête et lance par ses ouïes une colonne d'eau qui s'élève au-dessus d'une portée de flèche. Les marins, qui nuit et jour redoutent son approche, heurtent des morceaux de bois ou battent le tambour pour le tenir à distance. C'est à l'aide de sa queue et de ses nageoires qu'il saisit et porte à sa gueule les poissons dont il se nourrit; il la dilate de façon à ce que sa proie tombe au fond de son ventre.

X THÈaiE 157e.

La Baleine {suite) Dieu , pour réprimer les excès de ce monstre, dirige contre lui un poisson qui n'a qu'une coudée de long, et qu'on nomme le£hk («,î5LiJLlî) {peut-être la leiche^ famille des squales). Celui-ci s'attache à la racine de l'oreille (évent) de la baleine, qui, ne pouvant se débarrasser de son ennemi, plonge à une grande profondeur, se heurte contre le fond et finit par expirer; on voit alors son cadavre flotter à la surface de l'eau, semblable à une haute montagne. Lorsque le poisson nommé lechk s'attache à un bâtiment, la baleine malgré sa haute stature, n'ose s'approcher du navire, et prend la fuite à la vue de ce faible ennemi, dont l'attaque est toujours la cause de sa mort.

i84 THÈME 158e.

La mule qui a peur des chameaux.

Un secrétaire du divan, homme que Ton recherchait pour ses connaissances littéraires et historiques, me racontait un jour, à Bagdad, qu'il avait acheté une mule d'une beauté et d'une agilité peu communes. C'était sa monture habituelle quand il vaquait à ses affaires et aux devoirs de sa place. Mais dès qu'elle rencontrait dans la rue des chameaux de charge hokhty (:^:^JsKt^\ JU:?v!0» arabes, ou d'autre espèce, cette bête s'effarouchait, ruait et donnait un rude labeur à son cavalier. Cependant il fermait les yeux sur ce défaut, tant elle était agile et élégante (s^Uîai), et d'ailleurs, comme il était lui-même d'une taille et d'un embonpoint extraordinaires, il n'aurait pii trouver une autre monture.

THÈME 159e.

La mule qui a peur des chameaux {suite.)

— «Je passais un jour», ajoutait ce personnage, «près de Bab et-Tak{^j^\) (porte de l'arcade), sous le règne de Moktadir-billah (*JL!L .JUiiJO» 21" moment où l'on dressait et sellait les éléphants destinés à

transporter Leït (e^O ben Ali es-Saffar (^lLJÎ) et ses compagnons. Ce chef, qui s'était révolté contre le Sultan, venait d'être fait prisonnier dans le Fari-

stân (^jJ3 J^) par l'eunuque Mounès (*oLiAjl y-ô^). Tout à coup je vis une file entière de chameaux hokhiy se disperser à la vue des éléphants et fuir rapidement sans écouter la voix de leur conducteur, tant leur épouvante était grande. Ma mule, voyant cette déroute, se met à ruer, elle se cabre et me jette à terre , comme une outre gonflée de vent (^^ftJL4 .y oJLfil^). Les chameaux venaient de se réfugier dans une ruelle sans issue (JûJu "îi y»'^)» 1^ mule, après s*étre débarrassée de moi, dans l'effroi que lui inspiraient les chameaux, pénètre dans la même ruelle».

THÈME l6oe.

La mule qui a peur des chameaux {suite.)

«Les éléphants y arrivent sur ses traces. Dès qu'elle aperçoit ces énormes animaux , elle s'attache aux chameaux, se blottit au milieu d'eux, comme si elle avait passé sa vie avec eux, et s'accroupit avec la troupe tout entière. Au même moment , je fus aperçu et reconnu par quelques passants. Un valet pénétra dans la ruelle pour ramener la mule; mais il ne put l'en faire sortir qu'après que les éléphants se furent éloignés, et encore ne voulut-elle sortir qu'entourée de plusieurs chameaux. Je vous jure que , depuis ce jour, loin de les craindre, elle s'est familiarisée avec les chameaux comme si elle était de leur espèce, et

il semble qu'elle trouve leur taille bien exiguë, depuis qu elle a vu la stature colossale des éléphants».

{Extrait des Fratries et or de Maçoudi^ A.^ et '^voL^ traduction de M .M. Barbier de Meynard et Favet de Courteille.)

THÈME l6le.

Assassinat du prince des Croyants Ali, fils dAbou Talib,

En Tannée 40 de Thégire, une troupe de Kharidjites Cyy>) réunis à La Mecque s'entretenaient des guerres et des désastres qui les accablaient, lorsque trois d'entre eux convinrent de tuer Ali, Moawiah (iu^Ljw) et Amr , fils d'el- Asi ((j^L*Jt ^^ 3^). Ils jurèrent d'un commun accord de ne pas abandonner la victime que chacun d'eux avait choisie, avant de l'avoir immolée, ou de périr dans cette entreprise. Le premier de ces conjurés était Abd er-Rahman, fils de Moldjem , de la famille de Toudjib (qL^J^ Juc

V^i^^ \rf 0^-5 (*-?^ o^^' ^®^^^ famille étant comprise dg^ns la tribu de Murad (oLo), Abd er-Rahman portait le surnom de Muradi. Le second se nommait Haddjadj, fils d'Abd-AUah es-Sarimi (Jljx ^ r»'"^?^ ^^^^1 iJUl), surnommé Borek {é^\)\ le troisième, Zadaweïh {^j^:>V\ affranchi des Benou'l-Anbar (^j

THÈME 162e.

Assassinat du prince des Croyants Ali ^ fils d*Abou Talib {suite.)

Ibn Moldjem ayant déclaré qu'il voulait frapper Ali, Borek se chargea de Moawiah, et Zadaweïh d'Amr, fils d'ef-Asi. La nuit du 17, ou, selon d- autres, du 21 du mois de ramadan, fut choisie pour l'exécution du crime. Abd er-Rahman, fils de Moldjem, se rendit aussitôt à Koufah (Xs^l), où résidait Ali; et, à peine arrivé, il se présenta chez sa

propre cousine nommée Kotam LUaï), dont Ali avait tué le père et le frère à la bataille de Nehrewan (^^jj^i). Ibn Moldjem ayant sollicité la main de cette femme, une des plus belles de son temps, elle lui dit: «Je ne t'épouserai que si tu me prouves ta générosité». — «Tout ce que tu me demanderas, répondit-il, je te l'accorderai».

THÈME 163e.

Assassinat du prince des Croyants Ali^ fils d Abou

Talib {suite.)

— « Je veux , continua Kptam , trois mille dirhems, un esclave, une servante et la mort d'Ali». — «Tu auras ce que tu désires; mais, quant à Ali, je ne crois pas que tu puisses t'en défaire». — < Il me faut son sang, répliqua cette femme; si tu le répands, tu assouviras ma vengeance, tes vœux seront en même

temps réalisés et tu goûteras le bonheur dans mes bras; si tu succombes, Dieu te réserve une récompense préférable à tous les biens de ce monde». — «Eh bien», s'écria alors Ibn Moldjem, «la pensée qui t'inspire est la seule qui m'avait attiré dans cette ville d'où j'étais parti en fugitif. Ce que tu désires sera fait». Et il s'éloigna en répétant ces vers:

Trois mille dirhems ^ un esclave^ une servante et Ali expirant sous ce glaive acéré!

Une dot^ si précieuse qu'elle soit^ vaut-elle Ali? Une âme, si énergique quelle soit, vaut-elle Pâme (CIbn Moldjem?

Assassinat du prince des Croyants Ali , fils cC Ahou Talib {suite.)

Il rencontra un Kharidjite de la famille d'Achdja (kj^I), nommé Chébib, fils de Nedjdeh (^ v^^a^^ »Jc^), et lui dit: «Veux-tu de la gloire dans ce monde et dans l'autre?» Cet homme le pressant de s'expliquer, il ajouta: «Il faut m' aider à tuer Ali». — «Que ta mère pleure ta mort!» s'écria Chébib, «c'est un projet odieux! Je connais la constance inébranlable d'Ali et je le place au-dessus de tous, à côté du Prophète». — «Malheureux», interrompit Ibn Moldjem, «ignores-tu qu'il juge d'après le livre de

Dieu , et qu'il est le meurtrier de nos frères, les vrais Croyants? Le sang de plusieurs de vos frères crie vengeance: «Ali doit mourir».

THÈME 165e.

Assassinat du prince des Croyants Ali ^ fils d'Abou Talib (suite)

Il conduisit son interlocuteur chez Kotam. Cette femme s'était retirée, dès la nuit du 13 ramadan, sous une tente de tissu léger (xb') dans Tenceinte même de la grande mosquée. Elle leur apprit que Modjaché, fils de Werdan (qÎo.j ^ ^\^)> réclamait l'honneur (J vjJUiO de frapper le Khalife avec eux; elle leur donna une étoffe de soie et excita leur fanatisme par ses exhortations. Ils prirent leurs épées et allèrent s'asseoir en face de la porte du vestibule par où Ali pénétrait dans la mosquée, lorsqu'il venait chaque matin, au premier appel du muezzin, réveiller les fidèles pour la prière. Ibn Moldjem rencontra dans la mosquée el-Achat (vî^otà^jt), qui lui dit: «Honte à toi devant Dieu!» «Hodjr, fils d'Adi (^^JUï ^ yf^Jy surprit ce propos et dit à Achat : «Homme borgne, tu es l'assassin d'Ali, que Dieu te maudisse !»

THÈME l66e.

Assassinat du prince des Croyants Ali , fils d'Abou Talih {suite.)

En ce moment Ali sortait de chez lui et répétait à haute voix: «Musulmans, à la prière! à la prière!» Ibn Moldjem et ses complices se précipitèrent sur lui en disant : « Le pouvoir appartient à Dieu et non à toi». Ibn Moldjem lui porta un coup d'épée dans la tête, entre les deux yeux; Tépée de Chébib alla frapper un des jambages (soUsac) de la porte ; le troisième conjuré Modjaché, fils de Werdan, prit la fuite, a Ne laissez pas échapper l'assassin», murmura Ali. On se précipita sur les traces dlbn Moldjem, on lui jeta des pierres, on le saisit de main en main au milieu des cris et du tumulte. Un arabe des Benou- Hamdan (^s>^) lui asséna un coup de pied dans la jambe; el-Mogeirah, fils de Naufel, fils d'el-Harit,fiIs d' Abd el-Mottalib (v^JLktt cXai: ^ yùjjù. ^^^y^ BjJLlI), le frappa au visage, le terrassa et le conduisit ensuite en présence de Haçan Ly^).

THÈME 167e.

Assassinat du prince des Croyants Ali y fils (T Ahou Talih (suite.) Ibn Werdan, se glissant à travers la foule, avait pu se sauver. Quant à Chébib, il prit la fuite et courut se réfugier dans sa demeure. Abd Allah, fils de

Nedjdeh, son frère consanguin, y pénétra en même temps que lui. Voyant le meurtrier arracher de son sein l'étoffe de soie (que Kotam lui avait donnée), il lui demanda ce que cela signifiait; Chébib lui révéla tout. Abd Allah courut chez lui , prit son sabre, se jeta sur. Chébib et le frappa jusqu'à ce qu'il le laissât expirant.

THÈME l68e.

Assassinat du prince des Croyants Ali y fils et Ahou . Talih {suite)

On rapporte qu*Ali avait veillé toute cette nuit-là et qu'il répétait en se promenant de la porte au fond de sa chambre: «Dieu sait que je n'ai jamais menti ni été taxé de mensonge; cette nuit est bien celle où ma destinée doit s*accomplîr2>. Au moment où il sortait, des oies appartenant à de jeunes enfants se mirent à pousser des cris; un de ses serviteurs voulait les chasser: «Laisse-les crier», lui dit Ali, «ce sont les pleureuses de mes propres funérailles». Ali vécut encore le vendredi et le samedi et n'expira que dans la nuit (veille) du dimanche.

[Extrait des Prairies cCor de Maçoudi ^ vol, 4, traduction de M. Barbier de Meynard,)

THÈME 169e.

Gourmandise du Khalife Suleïman , fils d" Abd el-Mélik. Il lui fallait chaque jour pour satisfaire son appétit cent rilles 0^) d'aliments, poids d'Irak (^UJI). Quelquefois, ses cuisiniers lui apportaient des broches garnies de poulets rôtis. Dans sa voracité et sa gourmandise, ce prince, qui était vêtu d'une robe de soie peinte surchargée d'or, rentrait une de ses mains sous sa manche, saisissait un poulet tout brûlant et le déchirait à belles dents. Voici ce que raconte Asmaïi (^yt4JO^I). « Je parlais à Réchid (Ju*y') de la voracité de Suleïman et de la façon dont il tirait les poulets de la broche, par-dessous sa manche: ««Maudit homme»», «me dit-il», <«comme tu connais leur histoire ! Apprends que , lorsqu'on me fit examiner les voh^s {djubbeh) {;ijc>) des Omeyades (iûyoîyu), je remarquai sur chaque manche des robes portées par Suleïman une tache qui ressemblait à une tache d'huile.

THÈME 170e.

Gourmandise du Khalife Suleïman , fils ^ Abdel-Mélik [suite,)

««Je ne pouvais comprendre ce que c'était avant l'histoire que tu viens de me raconter. Qu'on m'apporte les robes de Suleïman»». «On les lui présenta; nous les examinâmes ensemble et y trouvâmes la

trace très-apparente de ces taches. Alors il me revêtit d une de qes robes :>. Asmaï la portait de temps à autre, quand il sortait, et disait: «Ce vêtement est celui de Suleïman; c'est un cadeau de Réchid». On raconte que Suleïman sortit un jour du bain avec un vif appétit; il fit accélérer les préparatifs du repas ; et en attendant qu'il fut prêt, il se fit apporter tout ce qui se trouvait rôti.

THÈME 171e.

Gourmandise du Khalife Suleïman ^ fils d*Abd el-Mélik {suite,)

On lui servit vingt agneaux dont il dévora les poitrines avec quarante petits pains (X3L3O. Puis quand on apporta le dîner, il mangea avec ses convives, comme s'il n'avait rien pris jusque-là. On rapporte aussi qu'il prenait des corbeilles pleines de halwa <j3j1>) (friandises) et les mettait à côté de son lit. Lorsqu'il se réveillait, sa main tombait au hasard sur une de ces corbeilles, et il en dévorait le contenu.

{Extrait des Prairies dor de Maçoudiy vol, 5, traduction de M, Barbier de Meynard.)

THÈME 172e.

L^ Khalife Mehdi et U paysan.

Le Khalife Mehdi (^^J^t)» faisant une promenade avec Amr ben Rebi (<ajO, son affranchi, qui était aussi un poète, il s* écarta de ses gardes et de son escorte, tout en chassant. Il se sentit en grand appétit et dit à son affranchi: «Trouve-moi quelqu'un qui puisse nous donner à manger ». Amr se mit en camp^^ne et finit par découvrir un paysan qui avait un jardin potager à côté de sa petite chaumière. Il entra chez cet homme et lui demanda s'il avait quelque chose à manger. cOui:», répondit-il, «j'ai quelques miches (^^lij de pain d'orge, du poisson salé (robaït) (3^J), les légumes que voici et des poireaux.»

THÈME lJ3e.

Le Khalife Mehdi et le paysan (suite,)

«Si tu as avec cela de l'huile», lui dit Mehdi, «ce sera parfait ». — « Il m'en reste un peu », fit le paysan; et il leur servit ses provisions qu'ils mangèrent de bon appétit. Mehdi trouva le repas délicieux et y fit si bien honneur (jus «y^)) 4^^^ ^^ laissa pas une miette. Il dit alors à Amr de composer des vers de circonstance, et le poète improvisa ceux-ci:

Celui qui nous a servi du poisson saléy avec de r huile y du pain iorge et des poireaux^

Mérite pour son mauvais procédé une taloche ou deux , mettons-en même trois.

«Voilà de fâcheuses paroles», s'écria Mehdi; «tu aurais dû plutôt dire:

Mérite pour son bon procédé une bourse ou deux^ mettons-en même trois i^.

En ce moment arrivaient les gardes, l'argent et les équipages du Khalife, avec ses eunuques, et il fit donner trois bourses de dirhems au maraîcher.

THÈME 174e.

Le Khalife Mehdi et t arabe.

Une autre fois, étant à la chasse, son cheval l'emporta au loin, et il arriva mourant de faim près de la tente d'un nomade. «Arabe», lui dit-il, «peux-tu m'héberger? Je suis ton hôte». L'arabe répondit: «Tu me parais être un homme de bonne mine, puissant et de grande famille; cependant, si tu te contentes de ce qui* se trouve chez moi, je te TofFre». —.«Apporte ce que tu as», répondit Mehdi. Le nomade lui présenta d abord du pain cuit sous la cendre (KLo ia>); le prince le mangea avec plaisir et lui demanda la suite du repas. Son hôte apporta une vessie remplie de lait caillé, qu'il lui servit: «Délicieux», s'écria Mehdi. «As-tu quelque autre chose à m'ofFrir?»

THÈHE 175e.

Le Khalife Mehdi et Parabe {suite.)

L'hôte alla chercher un reste de nebid (Juco) enfermé dans une outre de cuir, et, après en avoir bu une gorgée, il la présenta à Mehdi. Celui-ci but à son tour et lui dit: «Sais-tu qui je suis?» — «Vraiment non», répondit Tarabe. Mehdi reprit: «Je suis

un des eunuques de la cour (iûoL^^i j,Jc> ^ Ljl) ». — «Que Dieu bénisse ton emploi», fit l'arabe, «et qu'il prolonge tes jours, qui que tu sois!» Ensuite il but une seconde écuelle et la présenta «i son hôte, qui, après avoir bu, lui demanda encore: «Sais-tu, qui je suis?» — «Oui», répliqua le nomade, «tu m'as dit que tu étais un des eunuques de la cour». — «Eh bien, cela n'est pas», reprit Mehdi. — «Alors, qui es-tu?» demanda l'arabe.

THÈME 176e.

Le Khalife Mehdi et f arabe {suite,)

— «Un des généraux de Mehdi». L'arabe le félicita en ces termes: «Que ta demeure soit vaste, que ta tombe soit en odeur de sainteté!» {é.\jA s-iLb). H se versa une nouvelle rasade et offrit à boire à son hôte; celui-ci, ayant bu, renouvela sa question pour la troisième fois. «Je le sais», répondit Tarabé; «tu prétends être un des généraux de Mehdi». — «Non», répliqua celui-ci; «je suis le Prince des Croyants en per-

sonne.» A ces mots, l'arabe prit son outre dont il ferma rorifice en le nouant. «Verse-moi encore à boire» , dit Mehdi. — « Par Dieu », s'écria le nomade, « tu n'en boiras plus une gorgée ni davantage ». — « Et pourquoi?» demanda Mehdi.

THÈIMX 177e.

Le Khalife Mehdi et V arabe {suite)

L'hôte reprit: «A la première rasade, tu t'es annoncé comme un eunuque de la cour; j'ai passé là-* dessus. Ensuite tu t'es donné comme un des généraux du Khalife, passe encore; mais voilà qu'à la troisième rasade tu deviens Prince des Croyants. Par Dieu, si je te verse à boire une quatrième fois, j'ai peur que tu deviennes le Prophète!» Mehdi riait encore de cette boutade, lorsque ses cavaliers entourèrent la tente. A la vue de ces fils de roi , de ces grands personnages qui mettaient pied à terre devant son hôte, l'arabe perdit la tête et ne songea qu'à déguerpir.

THÈME 178e.

Le Khalife Mehdi et t arabe (suite,)

Déjà il avait pris sa course lorsqu'on le ramena devant le Khalife; celui-ci le rassura et lui fit donner une grosse somme d'argent, des vêtements, des

armes et toutes sortes d'effets. L'arabe lui dit alors: «Je jure maintenant que tu es un homme véridique; si à la quatrième et à la cinquième rasade tu avais eu une nouvelle prétention, tu t'en serais aussi bien tiré». Le Khalife rit de cette saillie au point qu'il faillit tomber de cheval lorsque le nomade lui parla de quatrième et cinquième rasade. Ensuite il attacha cet arabe à son service particulier avec un traitement conforme à son emploi.

THÈME 179e.

Mésaventure d^un roi de Hira (S-a^I).

Mehdi pria un soir son précepteur de le divertir par le récit de quelque anecdote amusante. «J'obéis, prince, que Dieu vous protège!» répondit Charki (^yiJt). «On raconte qu'un certain roi de Hirah avait deux courtisans qu'il aimait à l'égal de lui-même; ils ne le quittaient jamais ni dans ses plaisirs, ni dans son intimité, ni la nuit, ni le jour, au palais ou en voyage. 11 ne prenait aucune décision sans les consulter et n'avait d'autre volonté que la leur. Ils vécurent ainsi pendant longtemps; mais, un soir, le roi ayant bu avec excès, et cédant à l'influence de l'ivresse qui troublait sa raison, prit son sabre, le tir^ hors du fourreau et, se jetant sur ses deux amis, il les tua; puis vaincu par le sommeil, il s'endormit».

THÈME l8oe.

Mésaventure d'un roi de Hirah [suite.)

«Le lendemain matin, quand il fut instruit de ce qu'il avait fait, il se jeta la face contre terre, lamor-* dant avec fureur, pleurant ses amis et se lamentant sur leur perte. Il s'abstint de toute nourriture et jura que pendant le reste de sa vie il se priverait du breuvage qui lui avait enlevé la raison. Ensuite il les fit enterrer et bâtit un autel Oj&yî) sur les deux

tombes qu'il nomma el-gareialn (^^JtJt) (les deux belles effigies); il ordonna, en outre, que personne ne passerait devant ce monument sans se prosterner.

Or, toute coutume (idA«) établie par un roi de ce pays se transmettait toujours vivante dans la mémoire de ses sujets; elle ne pouvait être abolie, et devenait une loi de TÉtat, une prescription rigoureuse, enseignée par les pères à leurs enfants».

THÈME l8le.

Mésaventure dun roi de Hira (suite,)

«La volonté de ce roi fut respectée pendant longtemps; ses sujets de toute condition ne passaient jamais devant les deux tombeaux sans se prosterner; cet usage devint pour eux comme un rite religieux qu'ils observaient dans toute sa rigueur. D'ailleurs , le roi avait ordonné que quiconque refuserait de s'y

conformer, serait puni de mort après avoir exprimé deux souhaits (iJUa>-) qui devraient lui être accordés, quels qu'ils fussent. Un jour passe un foulon portant sur son dos un paquet d'étoffes et son maillet Les gardiens du mausolée lui ordonnent de s'agenouiller, il refuse; ils le menacent de la mort, il persiste dans son refus 2>.

THÈME 182e.

Mésaventure d*un roi de Hira {suite,)

«On le conduit devant le roi, qu'on instruit de l'affaire :^.

«ePourquoi as-tu refusé de te prosterner»»? «demande le roi». — ««Je me suis prosterné»», «répond rhomine»^ ««mais on m'a calomnié»». — ««Tu mens»», «réplique le roi»; ««forme deux souhaits, ils te seront accordés et ensuite tu mourras»». — ««Rien ne peut donc me soustraire à la mort après l'accusation de ces gens-là?»» «demande le foulon». — ««Rien»». ««Eh bien»», «reprend le foulon», ««voici mon souhait: je veux asséner un grand coup de ce maillet sur la tête du roi»». — ««Imbécile»», «réplique le roi», ««il eût mieux valu pour toi me laisser le soin d'enrichir ceux que tu laisses après toi»».

Mésaventure d'un roi de Hirah (suite,)

«« Non 3>», «répond le foulon », ««je ne veux pas autre chose que frapper le roi sur la nuque»». «Le roi s'adressant à ses ministres: «« Que pensez-vous»», «leur dit-il», ««du souhait formé par cet insensé?»» — ««Cette coutume»», «répondirent-ils», ««c'est vous qui Tavez instituée; vous savez niieux que personne que la violation des coutumes (^^j^JI {jasù) est une honte, une calamité, un crime qui entraîne la damnation. D'ailleurs, après avoir violé une loi, vous en violerez une seconde, puis une troisième; vos successeurs en feront autant et toutes nos lois seront profanées»». — «Le roi reprit: ««Engagez cet homme à demander ce qu'il voudra; pourvu qu'il m'épargne, je suis prêt à exaucer tous ses vœux, quand il irait jusqu'à réclamer la moitié de mon royaume»».

THÈME 184e.

Mésaventure d'un roi de Hirah {suite,)

«En vain on fît part de ces propositions au foulon en cherchant à le séduire; il déclara qu'il ne désirait pas autre chose que de frapper le roi. Ce dernier, voyant que sa résolution était inébranlable, convoqua une audience publique; le foulon fut amené, il prit son maillet (^Js^) et asséna sur la nuque du roi un coup si violent qu'il le renversa de son trône et

rabattit par terre sans connaissance. Le roi fut en proie, pendant six mois, à une fièvre ardente et si gravement blessé qu'il ne pouvait boire que goutte à goutte. Enfin il se rétablit, retrouva l'usage de la parole et put boire et manger. Il demanda des nouvelles du foulon; on lui répondit qu'il était en prison, il le fit venir et lui dit: ««Il te reste un vœu à former; décide-toi, afin que j'ordonne aussitôt ta mort, conformément à la loi »».

THÈME 185e.

Mésaventure d'un roi de Hirah {suite,)

««Puisqu'il faut absolument que je meure»», «dit le foulon», ««je demande à vous frapper une seconde fois sur l'autre côté du cou>». «A ces mots, le roi se laissa choir de saisissement en s'écriant que c'en était fait de lui. Enfin il dit au foulon: ««Misérable, renonce à une prétention sans profit pour toi; quel avantage t'a procuré ton premier souhait? Demande autre chose, quel que soit ton désir, je te l'accorderai»». — ««Je ne réclame que mon droit»», «répliqua cet homme, le droit de frapper encore»». «Le roi consulta ses vizirs, qui répondirent que le meilleur parti pour lui était de se résigner à mourir afin d'obéir à la loi». «« Malheureux »», «s'écria le roi », ««s'il me frappe de l'autre côté du cou, je ne pourrai plus jamais boire; je sais ce que j'ai déjà souffert»».

THÈME l86e.

Mésaventure d*un roi de Hirah {suite.)

««Nous n'y pouvons rien»», «répliquèrent les ministres. En cette extrémité le roi dit au foulon: ««Réponds; le jour où tu fus amené par les gardiens du mausolée, ne t'ai-je pas entendu affirmer que tu t'étais prosterné et qu'ils t'avaient colomnié ?»» — ««Je Tai dit»», «fit le foulon», ««mais on n'a pas voulu me croire»». ««Enfin tu t'es prosterné?»» — ««Certainement»». «Le roi bondit hors de son siège, serre le foulon dans ses bras et s'écrie: ««J'atteste que tu es

plus véridique que ces drôles (*L^) et qu'ils en ont menti à tes dépens; je te donne leur place et t'autorise à leur infliger la leçon qu'ils méritent »».

Mehdi riait et trépignait (iuJb^o \j^^^) en écoutant ce récit; ensuite il complimenta le conteur et le récompensa généreusement.

THÈME 187e.

JLe chanteur Meskin de Médine QJcXjt ^^-x3C**(yo).

Ibrahim Moçouli (^^^Lo^t ^^) fait le récit suivant: Réchid réunit, un jour, ses chanteurs dans un concert auquel tout ce qu'il y avait de personnages éminents à la cour assistaient. Je me trouvais parmi les artistes et (le chanteur) Meskin de Médine, plus connu sous le surnom à'Abou Sadakah (icïjuo ot), s'était joint à nous: c'était un musicien ferré sur le

rhythme (uAjMaaiiJL j3^), heureusement doué, intelligent, dun commerce agréable et habile dans l'improvisation. Excité par les fumées du nébid^ Réchid voulut entendre un certain air qui s'était présenté soudainement à son esprit; par son ordre, lofficier préposé à la garde du rideau invita Ibn Djami (^i «-*L>) à chanter ce morceau. Celui-ci obéit, mais ne réussit pas à satisfaire le Khalife.

THÈME l88e.

Le chanteur Meskin de Médine {suite,)

Chacun des musiciens présents l'exécuta à son tour, sans obtenir plus de succès; alors l'officier, s'adressant à Meskîn, lui dit: «Le Prince des Croyants t'ordonne de lui faire entendre cet air, si tu peux le chanter avec talent». L'artiste commença aussitôt de chanter, à la grande surprise de l'auditoire, qui ne pouvait comprendre comment un musicien tel que lui osait exécuter devant nous un morceau que nous n'avions pas su rendre au gré du Khalife. Dès qu'il l'eut achevé, j'entendis Réchid élever la voix et lui demander une seconde audition; Meskin recommença son air avec une puissance, une verve, une chaleur (v^Jlï cUA:>t) qui lui conquirent tous les suffrages; le Khalife le félicita et le combla d'éloges, puis il fit écarter le rideau qui le séparait de nous.

THÈME 189e.

Ze chanteur Meskin de Médine {suite.)

«Prince des Croyants», lui dit alors Meskin, «une histoire curieuse se rattache à ce morceau», et sur l'invitation du Khalife, il la raconta en ces termes: «J'étais autrefois esclave d'un membre de la famille de Zobeïr CajJD et j'exerçais le métier de tailleur. Mon maître prélevait deux dirhems sur ma journée, et, cette taxe une fois payée, j'étais libre de vaquer à mes propres affaires. J'aimais le chant avec passion. Un jour, un descendant d'Ali, pour lequel j'avais confectionné une tunique (^ja^^) me la paya de deux dirhems, me retint à déjeuner et me fit boire généreusement. Je sortais de chez lui tout guilleret (q'^Jc>), lorsque je rencontrai une négresse qui, portant sa cruche sur l'épaule, chantait l'air que vous venez d'entendre».

THÈME 190e.

Le chanteur Meskin de Médine {suite»)

«Dans mon ravissement, oubliant toute affaire sérieuse et ne songeant plus à ma pauvreté, je dis à cette femme: ««Par le maître (Mahomet) de ce tombeau et de cette chaire, je te conjure de m'apprendre ton air»». — ««Par le maître du tombeau et de la chaire»», «me répondit-elle», ««je ne te rapprendrai que si tu me payes deux dirhems »». «Alors, Prince des Cro-

yants, je tirai de ma poche les deux dirhems destinés à ma taxe (iCxi^) journalière et les donnai à la n^resse; celle-ci se idébarrassant de sa cruche, s'assit par terre et, se mettant à marquer le rhythme sur la cruche, elle chanta son morceau et le répéta jusqu'à ce qu'il fut gravé dans ma mémoire».

THÈME 191e.

Le chanteur Meskin de Médine {suite»)

«Je retournai ensuite chez mon maître. Dès qu'il me vit, il réclama sa taxe; je lui racontai mon aventure». «« Ne t*ai-je pas averti»», «me dit-il», ««que je n'accepterais jamais d'excuse, ne manquât-il qu'un liard?»» «Ce disant, il me coucha par terre, et d'un bras vigoureux m'appliqua cinquante coups de verge; en outre, il me fit raser la tête çt le menton. En vérité. Sire, je passai la nuit la plus triste du monde; le supplice cuisant que je venais de subir m'avait fait oublier mon air, et rien ne me rendait plus malheureux que la perte de ce chant. Le lendemain, je m'enveloppai la tête, je mis dans ma manche mes grands ciseaux (JL>) de tailleur et me dirigeai vers le lieu où j'avais rencontré la négresse. Je demeurai là fort embarrassé, ne sachant ni son nom, ni sa demeure».

THÈME 192e.

Le chanteur Meskin de Médine [suite.)

«J'étais dans cette perplexité, lorsque je la vis s'avancer: sa vue dissipa tous mes ennuis; je m'approchai et elle me dit: ««Par le Seigneur de la Kaabah (iLjjtiCjOj tu as oublié la chanson !»ï — ««C'est comme tu le dis »», «répondis-je ; je lui racontai comment ma tête et mon menton avaient été rasés et lui offris une récompense, si elle voulait redire son chant. ««Par ce tombeau et celui qui l'habite »», «me répondit cette femme 3>, ««je ne le recommencerai pas à moins de deux dirhemsDï. «Je tirai mes ciseaux de ma poche et je courus les mettre en gage pour deux dirhems, que je lui donnai. Elle déposa la cruche qu'elle portait sur sa tête et se mit à chanter comme elle l'avait fait la veille; mais un moment après qu'elle eut commencé son air: ««Rends-moi mes deux dirhems»», «lui dis-je», ««je n'ai pas besoin de ton chant»».

THÈME 193e.

Le chanteur Meskin de Médine {suite)

««Par Dieu»» , «répondit-elle », ««tu ne les reverras plus; n'espère pas que je te les rende jamais»»; «et elle ajouta: ««Je suis certaine que les quatre dirhems que tu as dépensés te vaudront quatre mille dinars de la part du Khalife»». «Puis elle reprit le chant en s'ac-

compagnant (^^^ «5^) sur sa cruche et ne cessa de le répéter jusqu'à ce qu'il fut écrit dans ma mémoire. Nous nous séparâmes ; je retournai chez mon maître, mais fort inquiet et tremblant. En me voyant il exigea le payement de ma taxe; ma langue bredouillait des excuses: ««La leçon d'hier ne te suffit donc pas?»» «me dit-il». — ««Je veux vous parler franchement et sans mensonge»», «lui répondis-je», ««l'argent de la taxe d'hier et de celle d'aujourd'hui a servi au payement de cette chanson »»; «et je m'empressai de la lui faire entendre».

THÈME 194e.

Le chanteur Meskin de Modifie {suite,)

««Comment»», «s'écria-t-il », ««tu savais un pareil air depuis deux jours et tu ne m'en disais rien ! Que je répudie ma femme , s'il n'est pas vrai que je t'aurais affranchi dès hier si tu me l'avais fait entendre! Tu as la tête et le menton rasés; à cela je ne peux plus rien; mais je te fais remise de ton impôt, pour l'amour de Dieu, jusqu'à ce que tes cheveux repoussent »».

Réchid rit de bon cœur et dit au musicien: «Je ne sais ce qui est le plus agréable de ton histoire ou de ton chant; je veux à mon tour que les promesses

de la négresse soient ratifiées!* Et, en effet, Meskin ne sortit qu'après avoir touché ses quatre mille dinars.

{Extrait des Prairies cTor de Maçoudi^ voL 6, tra' duction de M, Barbier de Jtîeynard,)

THÈME 195e.

Détails sur la mort du Khalift Mamoun (^y^UJI.)

Mamoun continua sa marche et ne s'en détourna plus avant d'avoir pris quatorze places fortes. C'est alors qu'il revint sur ses pas et campa sur la rivière Bedidoun (^wXjJcJO» P'^s connue sous le nom de Kochaïrah («.AAflJI), comme nous l'avons dit dans les pages précédentes; il s'y arrêta en attendant le retour des envoyés qu*il avait laissés dans les places fortes , et il campa sur les bords et à la source même de cette rivière. Captivé par cette eau fraîche, pure •et limpide, par la beauté çt la riante végétation du pays, il fit couper et étendre au-dessus de la source de longues poutres , sur lesquelles on construisit une sorte de portique en planches et en feuillage, et il s'établit sous cet abri rustique au-dessous duquel coulait la source.

THÈME 196e.

Détails sur la mort du Khalife Matnoun (suite.) On y jeta une belle pièce d'argent, et on put en lire la légende (iuLc^) au fond de la rivière, tant l'eau était limpide; cette eau était si fraîche, que personne ne pouvait s'y baigner. Sur ces entrefaites apparut un poisson long d'une brasse et brillant comme un lingot d'argent. Une prime (sJLuJ) fut promise à qui le rapporterait; un ferrach (jfctjà) (valet de pied) se hâta de descendre , attrapa le poisson et remonta sur la berge; mais, comme il s'approchait de la rive ou de la cabane dans laquelle Mamoun était assis ^ le poisson s'agita, glissa à travers ses mains et retomba comme une pierre au fond de la source. L'eau rejaillit sur la poitrine, le cou et les épaules du Khalife et mouilla ses vêtements. Le ferrach redescendit, rattrapa le poisson et le plaça tout frétillant dans une serviette devant le Khalife.

THÈME 197e.

Détails sur la mort du Khalife Mamoun {suite,)

Au moment où il ordonnait de le faire frire, Mamoun fut pris d'un frisson subit et ne put bouger de place; on eut beau l'envelopper de couvertures et de pelisses, il tremblait comme la feuille et criait: cj'ai froid! j'ai froid!» On l'emporta dans sa tente, on le couvrit de vêtements, on alluma un grand feu, mais

il continuait à se plaindre du froid. Quand le poisson /ut apprêté, on le lui apporta, mais il n'y goûta pas et ne put y toucKer, tant sa souffrance était grande. Son état empirant, Moutaçem (son frère) LMsXjt^y) interrogea alors Bakhtiechou (cyiiN-ai?,) et Ibn Masaweïh (»jyi**Lo ^t) sur la situation du malade, qui était à l'agonie; il leur demanda ce que la science en concluait et si elle pouvait encore lui rendre la santé.

THÈME 198e.

Détails sur la mort du Khalife Mamoun {suite,)

Ibn Masaweïh prit une des mains du malade, Bakhtiechou l'autre, et ils lui tâtèrent le pouls en même temps: ses pulsations irrégulières annonçaient une fin prochaine. Leurs mains se collaient à sa peau par l'effet d'une sueur qui sortait de tout son corps et coulait comme un sirop ou la bave d'une vipère. Moutaçem, instruit de cette circonstance, en demanda l'explication aux deux médecins; ils ne purent la lui donner, parce qu'ils ne l'avaient trouvée dans aucun de leurs livres, mais ils déclarèrent qu'elle annonçait une prompte décomposition de l'organisme. En ce moment, Mamoun reprit connaissance et sortit de sa torpeur; il ouvrit les yeux, fit appeler des gens du pays et les interrogea sur le nom de la source et de la localité.

THËHi: 199e.

Détails sur la mort du Khalife Mamoun {suite,)

Des prisonniers et des guides auxquels on demanda ce que signifiait le nom de cette rivière, qui est Kochaïrah, le traduisirent par «Étends tes pieds» (c'està-dire: Meurs). Le moribond s'émut de cette réponse et en conçut de tristes pressentiments; il voulut ensuite connaître le nom arabe du pays: on lui répondit qu'il s'appelait Rakkah (xLî!) (plage, terrain mou). Or l'horoscope tiré au moment de la naissance de Mamoun annonçait qu'il mourrait dans une localité de ce nom; voilà pourquoi ce prince évita toujours de résider dans la ville de Rakkah, craignant d'y trouver la mort. Quand il entendit la réponse que lui firent ces Grecs, il ne douta plus que ce ne fût le lieu même prédit par son horoscope. — D'après une autre version, c'est le mot Bedidoun qui signifierait: «Étends tes pieds». Dieu sait mieux la vérité.

THÈHE 200e.

Détails sur la mort du Khalife Mamoun {sui^e,)

Il fit appeler ses médecins, espérant qu'ils le guériraient; mais, se sentant plus mal, il demanda qu'on le portât hors de sa tente, afin de promener ses regards sur son camp, et d'examiner encore une fois ses soldats et son royaume. C'était 'pendant la nuit Quand sa vue plongea sur ces tentes, sur ces Ion-

gués files de troupes, sur ces lumières qui brillaient au loin, il s'écria: «O toi dont le règne ne finira pas, prends en pitié celui dont le règne va finir!» On le rapporta sur son lit. Moutaçem, voyant que son état s'aggravait, chargea quelqu'un de réciter à son oreille la profession de foi musulmane; comme cet homme élevait la voix pour que Mamoun répétât ses paroles, Ibn Masaweïh lui dit:

THÈME 20ie.

Détails sur la mort du Khalife Mamoun {suite,)

«Ne crie donc pas, car en vérité il ne saurait maintenant distinguer entre son Dieu et Manès(J,U)». Le moribond ouvrit les yeux; ils étaient démesurément grands et brillaient d'un éclat extraordinaire; ses mains cherchèrent à saisir le médecin; il fit un effort pour lui parler et ne put y réussir; ses yeux se tournèrent vers le ciel et se remplirent de larmes; .enfin, sa langue se déliant, il prononça ces mots: «O toi qui ne meurs pas, prends en pitié celui qui va mourir!» et il expira aussitôt (jeudi, treizième jour avant la fin de Redjeb 2l8). Son corps fut transporté à Tarsous {^J^y^l3) et inhumé dans cette ville, comme oous Tavons dit au commencement du chapitre.

{Extrait des Prairies d'or de Maçoudi , vol, 7, traduction de M> Barbier de Meynard.)

THÈME 202e.

Le vizir Djafar et le faussaire.

Il y avait, dit-on, entre le vizir Djafar et le viceroi d'Egypte (yuM \^^^js>\jo), une inimitié réciproque, et chacun d'eux évitait d'avoir aucun rapport avec l'autre. Dans cet état de choses, un particulier s'avisa de contrefaire une lettre sous le nom de Djafar, adressée au gouverneur d'Egypte, par laquelle Djafar lui marquait que le porteur de cette lettre était un de ses meilleurs amis; qu'il avait voulu se procurer le plaisir de voir l'Egypte, et qu'en conséquence il le priait de lui faire Taccueil le plus favorable. Cette recommandation était conçue en termes très-pressants. Muni de cette lettre, il se rendit en Egypte, et la présenta au gouverneur de cette province, qui, rayant lue, en fut fort surpris, et en eut une extrême joie.

THÈME 203e.

Le vizir Djafar et le faussaire {suite.)

Cependant, il ne laissa pas de concevoir quelques doutes, et d'avoir des soupçons sur son authenticité. Il fit donc, au porteur de la lettre, l'accueil le plus gracieux ; il lui assigna un magnifique hôtel pour son logement, et eut le plus grand soin de fournir à tous ses besoins; mais en même temps il envoya la lettre à son chargé d'affaires à Bagdad, en lui marquant

qu'elle lui avait été présentée par un des amis du vizir; que néanmoins, doutant qu'elle fût véritablement écrite par le vizir, il voulait qu'il prît là-dessus des informations, et qu'il s'assurât si l'écriture de la lettre était effectivement celle de Djafar. La prétendue lettre de Djafar était jointe à celle du vice-roi.

THÈME 204e.

Le vizir Djafar et le faussaire {suite.) Quand son homme d'affaires les eut reçues , il alla trouver l'économe (J^-J'^) du vizir, lui conta l'aventure, et lui fit voir la lettre. Celui-ci l'ayant prise de ses mains, la porta à Djafar, et lui fit part de ce qu'il venait d'apprendre. Djafar lut la lettre, et, reconnaissant l'imposture, il la montra à un certain nombre de personnes de sa cour et de ses subalternes qui se trouvaient chez lui, et leur dit: «Est-ce là mon écriture Pi» Après l'avoir considérée, ils déclarèrent tous qu'ils ne la reconnaissaient point, et que c'était une lettre contrefaite. Alors il leur conta toute l'affaire, leur dit que l'auteur de cette lettre était en ce moment auprès du vicè-roi d'Egypte, et que celui-ci n'attendait que sa réponse pour savoir à quoi s'en tenir sur son compte: puis il leur demanda quel était leur avis, et comment ils pensaient que l'on dût traiter ce faussaire.

2l6 THÈME 205e.

Le vizir Djafar et le faussaire {suite,) Les uns furent d*avis qu'il fallait le faire mourir , pour couper court à une pareille perfidie, et empêcher que qui que ce fût n'osât imiter son exemple; d'autres voulaient qu'on lui coupât la main qui avait commis ce faux; quelques-uns opinèrent qu'il suffisait de lui faire donner la bastonnade, et de le laisser aller; enfin, ceux dont l'avis était le plus raisonnable voulaient qu'on se contentât, pour toute punition, de le frustrer du fruit de son crime; qu*on instruisît le vice- roi d'Egypte de son imposture, pour qu'il n'eût aucun égard à la pI;^ètendue recommandation: < il serait», disaient-ils, cassez puni d'avoir fait le voyage de Bagdad en Egypte, et d'être contraint, après un si grand trajet, à revenir sans en avoir tiré aucun profit ».

THÈME 206e.

Le vizir Djafar et le faussaire {suite )

Quant ils eurent fini de parler, Djafar leur dît: «Grand Dieu, n'y a-t-il donc parmi vous personne capable de discernement? Vous savez l'inimitié et l'opposition mutuelle que le vice-roi d'Egypte et moi avions l'un pour l'autre , et vous n'ignorez pas qu'un sentiment de hauteur et d'amour-propre nous empêchait respectivement de faire le premier pas pour

une réconciliation ; Dieu a lui-m&ne suscité un homme qui nous a ouvert les voies d'un accommodement, nous a procuré l'occasion de lier une correspondance et a mis fin à cette inimitiés.

THÈMI* 207e.

Le vizir Djâfar et le faussaire (suite.)

«Faudra-t-il que pour récompense du service important qu'il nous a rendu, nous lui fassions subir les peines que vous proposez?» En même temps il prit une plume et écrivit au vice- roi d'Egypte, sur le dos de la lettre: «Comment, par Dieu, avez-vous pu douter que ce fût là mon écriture? Cette lettre est écrite de ma main, et cet homme est de mes amis: je désire que vous le combliez de bienfaits, et que vous me Iç renvoyiez promptement ; car je soupire après son retour, et sa présence ici m'est nécessaire».

Le vice-roi d'Egypte ayant reçu la lettre avec la réponse du vizir, qui était écrite sur le dos, ne se sentit pas de joie (-./Âil ^ ^j v^I^) • il n'oublia rien de ce qui pouvait être agréable à cet homme, lui donna une grande somme d'argent, et le combla de riches présents.

THEME 208e.

Le vizir Djafar et le faussaire {suiie^ Cet homme étant retourné à Bagdad dans la situation la plus brillante, se présenta à l'audience de Djafar, et baisa la terre en pleurant. cQui es-tui>, mon ami, «lui demanda Djafar?i>

— «Seigneur», lui répondit-il, «je suis votre serviteur, votre ouvrage; je suis ce malheureux faussaire, ce menteur impudent». Djafar connaissant qui il

était , le reçut d'un air gracieux (lu jL), le fit asseoir devant lui, et lui demanda des nouvelles de sa situation et combien il avait reçu du vice-roi d'Egypte; et sur la réponse qu'il lui fit, qu'il en avait reçu cent mille pièces d'or, il lui témoigna du regret de ce qu'il n'avait pas reçu davantage, et lui dit: «Demeure avec moi, afin que je double cette somme». En effet cet

homme s'attacha au service {kaH) de Djafar pendant quelque temps, et y gagna une somme égale à celle qu'il avait gagnée dans son voyage d*Egypte.

{Extrait de Fakhr ed-din Razi ^ traduction de Sylvestre de Sacy ^ Chrestomathte arabe ^ vol, 2.)

THÈME 209e.

Thème donné par V École supérieure des Lettres éC Alger

à la session d^ Juin 1887.

{Brevet de langue arabe,)

On dit qu'Alexandrie (xj,ja5Cw«^l) est d'entre les plus grandes villes du monde et qu elle fut bâtie après

le déluge. Lorsqu on voulut en établir les fondations, des animaux tels que des loups, des chiens, des sangliers, etc., sortaient de la mer pendant la nuit et renversaient ce que les ouvriers avaient fait dans le jour. Les princes étaient fatigués de cela quand un certain sage alla les trouver et fit des statues représentant ces divers animaux. Alors ceux-ci, étant de nouveau sortis de la mer et ayant vu ces statues, s'enfuirent.

THÈME 210e.

Thème donné par V École supérieure des Lettres (P Alger à la session de Juin 1889.

(Brevet de langue arabe?)

Le sultan ordonna à deux jurisconsultes de se rendre dans un certain pays en compagnie d'un commandant qu'il avait désigné à cet effet. Il leur dit: « C'est à vous que je confie l'administration du pays où vous vous rendez, et l'émir exécutera les ordres que vous lui donnerez. — cil vaut mieux », dirent-ils, « que nous soyons comme deux témoins auprès de lui et que nous lui indiquions la voie de la justice». — «Votre but», dit le prince, «est de manger et de dissiper mes biens. — « Dieu nous en garde, Seigneurl» répondirent-ils; «notre but n'est pas celui-là». —

<Qu*on les conduise», ordonna le sultan, cdiei le cheykh qui a pour fonctions d'infliger les châtinoents». Et en effet, celui-ci leur fit goûter un châtiment redoutable.

THÈME 21 le.

(^Lettre?^

Thème donné par le Gouvernement Général de C Algérie

aux candidats à la Prime de 2e classe

{session de 1884).

Le SouS'Préfet au Cheikh y un teL

J'apprends que trois malfaiteurs, venus de la Tunisie, se sont réfugiés sur le territoire de votre t^bu,. et qu'ils y ont déjà commis plusieurs crimes. Il importe que vous parcouriez vous-même tous les douars de votre circonscription, et que des recherches minutieuses soient faites dans chaque habitation. Le signalement de ces individus est joint à cette lettre.

Dès que vous aurez découvert ces malfaiteurs, et que leur identité aura été constatée vous les mettrez, en état d'arrestation et les livrerez à la Justice.

Je compte sur votre intelligence et votre dévouement*

Salut

THÈJHE 212e.

[Lettre)

Thème donné aux candidats à la Prime de 2e classe (session de 1885).

De la part du Commandant supérieur de Boghar , à tAgha El'Hadj Kaddour ben Abûu Zeïd,

Les membres de la Djemâa de la fraction des Oulad Antar, de la tribu des Oulad bou Tâleb, et tous les notables du pays, m'ont adressé une réclamation contre Abd-el-Kader ben el-Djilali, chef du douar de Er-Ramla el-Beïda. Cet homme, d'après le dire des plaignants, a planté un jardin et fait construire une maison sur la route qui mène au puits où vont s'abreuver les bétes de somme et les troupeaux des Oulad Antar, de sorte que ces gens-là ne savent plus comment' aller faire boire leur menu et leur gros bétail. Je vous charge d'aller vérifier le fait sur remplacement même où se trouvent le puits, le jardin et la maison i — et ensuite vous nie rendrez exactement compte de ce que vous aurez vu.

Salut de la part de celui qui a apposé son cachet ci-dessus et qui a signé ci-dessous.

Écrit à la date du 31 Mars 1885 de J.-C, correspondant au 15 Djoumada el-thani 1302 de l'hégire.

THÈME 213e.

{Lettre:)

Thème donné aux candidats à la Prime de 2e class€ {session de 1887).

L* Administrateur de la Commune mixte de Sebdon ^ au Chef du douar des Béni ....

{Après les saluts dusage^)

Le nommé Mohammed ben Ahmed rentrera sous peu dans votre douar, dont il est originaire, à l'expiration de la peine de six mois de prison qui a été prononcée contre lui, le 3 Juillet dernier, par le Tribunal correctionnel de Blida, pour vol d'un mulet sur le marché.

En 1881 , cet homme avait demandé la permission d'aller en pèlerinage. Au lieu de se rendre à La Mecque, il s'est arrêté dans le département de Constantine, où il s'est fait passer pour un Chérif marocain, et où il a subi plusieurs condamnations.

Je vous prie de le faire surveiller avec le plus grand soin, dès qu'il sera auprès de vous et de me faire connaître sa conduite si elle vous paraissait incorrecte.

THÈME 214e.

{Lettre)

Thème donné aux candidats à la Prime de 2e classe {session de 1888).

Z^ Ministre des Affaires Étrangères au Gouverneur Général de V Algérie.

Je vous ai fait connaître, en temps utile, les instructions que j'avais adressées à notre Agent à Tunis, pour lui expliquer les motifs de notre attitude à l'égard de la tribu des Oulkd Aziz , réfugiée sur le territoire algérien. Je le chargeais, notamment, de faire ressortir, auprès du Gouvernement du Bey, les considérations qui nous avaient portés à n'accueillir qu'avec des réserves les suggestions du Général Khired-Din, et à nous maintenir dans une ligne de conduite plus conforme aux précédents et aux principes qui nous dirigent.

Le Général Khir-ed-Din a compris sur le champ la justesse des considérations qui nous avaient guidés en cette circonstance et n*a pas fait difficulté de reconnaître que sa démarche lui avait été plutôt inspirée par une première vue de l'affaire que par une appréciation réfléchie des droits et des devoirs réciproques. Nous avons donc lieu de regarder cet incident comme terminé.

En ce qui concerne la violation de territoire dont vous m'avez entretenu, vous savez que le Gouvernement tunisien s'est montré disposé à en punir se-

vèrement les auteurs, L'infraction dont nous avons à nous plaindre n'aurait, d'ailleurs, aucune portée dont nous ayons à nous préoccuper et elle aurait été toutà-fait involontaire de la part des vingt-cinq cavaliers tunisiens qui s'en sont rendus coupables dans Tardeur de la lutte.

THÈME 215e.

Thème donné par V École supérieure des Lettres d'Alger {session de Juin 1889). ^ {Diplôme de langue arabe,)

Le rossignol et la fourmi.

Les amours du rossignol et de la rose sont célébrés par la plupart des poètes orientaux, notamment par Saadi dans une fable intitulée : « Le rossignol et la fourmi i^\ et^ dont voici le commencement traduit en français:

Parmi les divers arbustes qui ornaient un jardin frais et délicieux, un rossignol adopta un rosier dont les fleurs faisaient tous ses amours. Au pied de ce même buisson une fourmi avait établi sa petite demeure, qu'elle prenait soin d'approvisionner pour les jours de disette. Cependant le rossignol ne faisait que voltiger jour et nuit dans tous les angles du bosquet, qui retentissait sans cesse des plus douces chansons. La fdurmi ne laissait pas un instant perdu pour

le travail; tandis que ce chantre mélodieux , enivré par ses propres accords, voyait le temps s*écouier avec la plus grande insouciance. Amant passionné, il contait en secret ses amours t la rose; mais le vent du matin les trahit; et la fourmi, instruite et témoin des agaceries du rossignol et des caresses de la rose: € Pauvres fous», se dit-elle; «nous verrons, dans un aiïtre temps, qud fruit ils doivent retirer de tout ce vain badinage, alors qu'il n*y aura plus de rose à cajoler ni de riante verdure où prendre ses ébats ]>.

THÈME 21 6e.

Thème donné par V Ecole supérieure des Lettres (ï AlgiCr. . (Diplôme de langue arabe)

Lorsque le Prophète se présenta devant l'assemblée des Benou Thakif , habitants du Taïf, pour y soutenir la vérité de sa mission, l'un d'eux lui dit: «Dieu n'a-t-il donc pas trouvé d'autre envoyé que toi»? Et un autre ajouta: «Certes, je ne veux jamais discourir avec toi: car si tu es l'envoyé de Dieu, tu es un trop grand personnage pour que je réplique à tes discours: si tu mens contre Dieu, il ne me convient pas de t'adresser la parole». A ces mots, le Prophète se leva pour s'éloigner, désespérant de la conversion des Benou Thakif, mais ils ameutèrent contre lui les jeunes turbulents et les esclaves qui le

poursuivirent d'injures et de cris, au point que ces rassemblements l'obligèrent à se réfugier dans un enclos. Alors tous ces insensés le quittèrent etils*écria: cO mon Dieu y c'est à toi que je me plains de ma faiblesse > de mon manque de ressources et du mépris où je suis tombé parmi les hommes. O toi le plus miséricordieux des miséricordieux; toi, le maître des faibles, tu es mon Seigneur; à quel autre que toi pourrais-tu vouloir que je m'adressasse?»

THÈME 217e.

{Letire.)

Thème donné aux candidats à la Prime de l^ classe (session de 1885).

L^ Administrateur de Ténès au Caïd des Béni Merzoug,

M. X , boucher à Ténès, m'informe que,

s'étant transporté, le 30 octobre dernier au marché de votre tribu pour y faire des achats de bestiaux, il y a vu un indigène prêchant ouvertement la guerre sainte et le mépris des Français. M. X. . • . , qui parle couramment l'arabe, n a pu se méprendre sur la nature des propos tenus par cet agitateur, et j'ai tout lieu de croire qu'il m'a dit la vérité. Des renseignements pris par ce négociant auprès de divers indigènes, il résulte que cet homme n'est autre que le nommé Sid Abd el-Kader ben Châa , des Béni Ourâgh, condamné, en 1872, par le Conseil de guerre d'Al-

ger, à cinq ans d'emprisonnement, pour avoir pris part à l'insurrection des Béni Menacer. Ce même individu avait déjà été condamné à deux ans de prison» par la Cour d'assises d'Alger, pour coups et blessures volontaires sur la personne d'un de ses cousins, avec lequel il s'était pris de querelle à propos d'un lot de terrain dont ils revendiquaient tous les deux la propriété.

Faites arrêter immédiatement Ben Châa et saisissez tous les papiers que vous trouverez dans sa tente ou sur lui.

Fait à la date du 23 Octobre 1885, correspondant au 15 Moharram 1303 de l'hégire.

THÈME 2l8<i.

{Lettre,)

Thème donné aux candidats à la Prime de 1ère classe (session de 1886).

Monsieur r Administrateur y Je vous ai déjà donné des instructions sur la direction que le voulais voir prendre à notre politique. Afin d'en laisser une trace durable, je vais vous répéter ici quelles sont mes intentions à cet égard.

La mort violente de Belkacem ben .... nous prive du concours et des lumières d'un chef habile. Son frère Abdallah, renommé comme guerrier, n'a pas le même degré de finesse et la même intelligence de

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la conduite des affaires. Son influence personnelle n'a pas dépassé le cercle restreint de sa tribu d'origine. Il lui reste beaucoup à faire pour atteindre à la hauteur où Belkacem s*était placé et jouir de ses attributions.

Sans contrarier ostensiblement les efforts d'Abdallah sur ses tribus, le moment me semble venu de tenter dans son commandement, l'introduction plus directe de notre autorité.

Il s'agit, en un mot, de substituer avec prudence et réserve, au système qui, jusqu'ici, consistait à soutenir l'autorité d*un grand chef, la politique plus féconde qui tend à rapprocher davantage de nous les indigènes, à nous faire' pénétrer dans les détails de l'administration intérieure des tribus, à faire comprendre à tous et les intentions dont nous sommes animés par rapport aux populations et les avantages d'un contact plus immédiat avec nous.

THËms 219e.

(Lettre:) Thème donné aux candidats à la Prime de l^re classe (session de 1887).

Le Gouverneur Général de f Algérie à Si Moham-^ med hèn • • • . Marabout de Kerzazy Maroc.

(Après les saluts d'usage).

J'ai reçu la lettre par laquelle vous me demandez d'autoriser la rentrée en Algérie, avec grâce pleine

et entière, du nommé Djelloul ben Ahmed, des Oulad Naïl, qui est venu se placer sous votre protection, après s'être évadé d'une de nos prisons où il était détenu.

Malgré le vif désir que j'ai de vous être agréable, il n'est pas en mon pouvoir de donner satisfaction au voeu que vous exprimez. Djelloul ben Ahmed, en participant à Tattaque d'une caravane, a commis \m crime pour lequel il a dû être déféré à la justice française; il s*est échappé avant d'avoir comparu devant elle et a été condamné par contumace. Aucune autorité de notre pays ne peut modifier ce verdict.

Si DjeUoul, repentant de sa faute, vient se remettre entre nos mains, il sera traduit devant le tribunal compétent qui, alors, prononcera sur son sort d'une manière définitive, après avoir entendu ce qu*il peut avoir à dire pour sa défense.

Telle est notre loi et, quelle que soit mon amitié pour vous, je ne saurais aller contre ce queUeordonne.

THÈME 220e.

(Lettre.)

Thème donné aux candidats à la Prime de 1ère classe

[session de 1888).

Le Gouverneur Général de V Algérie au Ministre des

Affaires Étrangères.

M. le Consul Général de France à Tunis, a bien

voulu me donner communication des instructions.

dont copie ci-jointe, préparées par le premier Ministre de Son Altesse le Bey, au sujet des Algériens installés dans la R^ence.

Je les considère comme susceptibles, en principe, de produire de bons résultats en régularisant la situation de nos nationaux; mais le détail des clauses qu'elles comportent me paraît de nature à soulever quelques objections.

La faculté donnée à tout Algérien passant en Tunisie d'opter immédiatement pour la nationalité tunisienne, par une simple déclaration, me semble une naturalisation par trop exempte de toute formalité. C'est pour ainsi dire offrir une prime à nos nationaux émigrant sans autorisation, à nos malfaiteurs contumaces, que de leur faire savoir qu'aussitôt la frontière passée et au moyen de quelques lignes d'écriture, ils se trouveront à Tabri de toute revendication, de toute demande d'extradition de notre part.

Le pays qui négligerait certaines précautions, en ouvrant à deux battants les portes de la naturalisation aux étrangers, risquerait, à juste titre, de passer pour un lieu d'asile mis à la libre disposition des vagabonds et des criminels des contrées limitrophes.

Tout en admettant, comme mesure d'ordre, l'inscription immédiate des arrivants sur un registre, je demanderai donc que celle-ci ne leur conférât pas, de prime abord, une nouvelle nationalité et que, tout en les mettant, suivant leur option, sous la juridiction tunisienne ou sous la juridiction française, elle réservât leur naturalisation définitive, qui ne pourrait être

obtenue qu'après un temps plus ou moins long de résidence.

THÈME 221e. ^) (LeHre:)

Lettre adressée à M. k Général commandant la sub- Mvision de Sétrf par Cher if hen Akhlouf^ Cheikh de 2a tribu des Khelidja et Khalifa du Caïd du Bou Sellam.

{Après les compliments d*usage)

J'ai reçu votre lettre en date du 19 du mois courant, portant le numéro 1256, dans laquelle vous me -donnez l'ordre de. vous adresser, dès la réception de votre lettre et sous Tescorte du spahis, le nommé -el-Arbi Ahaddad, domicilié près de Sidi Yahya.

J'ai l'honneur de vous informer qu'au reçu de votre ordre, j'ai écrit au cheikh de la fraction des Friha d'amener le dit individu, parce qu'il habite sur le territoire de sa tribu. Le cheikh me Ta adressé sous la conduite d'un de ses administrés, nommé Lahlou Akrour; mais, en route, le prisonnier s'est échappé. Déjà hier matin , avant l'arrivée de votre lettre, el-Arbi avait déménagé sa tente et l'avait envoyée sur le territoire des Béni Amoûch. Il était resté seul de sa personne dans la fraction des Friha au

(1) Voyei mon Manuel Algérien, page 161 (Lettre n^. 3)-

moineDlt où le cheikh l'avait fait arrêter. Il est actu* eUeroent chez les Beni-Amoûch, car il est originaire de cette tribu.

Tels sont les faits dont j'ai à vous rendre compte.. {Formule de salutations,) Signé\ Chérif ben Akhlouf.

{Traduit de r arabe par Fauteur de ce livre.)

THl^fE 2!22e.

{LeUre:) Louange à Dieu seul.

Si Ali ben Mohammed^ serviteur de V empereur du Maroc ^ Gouverneur dOudjda^ à M. le Gouverneur Général de V Algérie.

{Après les compliments d'usage,)

Nous avons reçu de votre Seigneurie la lettre danslaqueUe vous voulez bien appeler la protection divine sur la province confiée à notre administration. M. le général . . . . , commandant la province d^Oran , a dû porter à votre connaissance certains faits que votre sincère amitié pour nous vous aura fait apprécier avec satisfaction. Il vous aura sans doute informé du désir que nous avons manifesté de continuer et de resserrer les bonnes relations qui existent entre les deux Empires, en assurant la tranquillité des tribus et la sécurité des frontières, adoptant en cela

les vues politiques que vous nous avez suggérées» Nous avons prouvé ce désir en livant les soldats aux autorités françaises.

D'autre part, nous devons vous exprimer toute notre gratitude des assurances positives que vous nous donnez des bonnes intentions de votre Gouvernement. Elles nous donnent confiance que rien ne serai négligé, de votre côté, pour assurer la continuation de l'entente entre les deux Puissances sur les questions qui intéressent les frontières des deux Pays.

THÈME 223e.

(Suite du précédent?^ ^

Nous vous remercions aussi des gracieuses assurances que vous voulez bien nous donner de la continuation de votre faveur à T^ard de notre personne. Ces excellentes promesses, qui seront certainement accomplies, sont déjà un bienfait pour lequel nous devons vous louer et vous exprimer toute notre reconnaissance.

Établir la paix entre les tribus et assurer la sécurité des frontières sont un des points les plus importants qui puissent intéresser les populations, surtout lorsqu'elles appartiennent à deux Nations amies et voisines. Leurs vœux à cet égard sont fondés sur im droit qui a existé de tout temps.

Avec l*aide de Dieu, nous ne n^ligerons rien pour le maintien de l'amitié et de l'harmonie qui existent entre nos deux Nations, toutes deux glorieuses et puissantes.

Nous avons reçu le cadeau que vous avez bien voulu nous adresser et que nous acceptons en vous remerciant. Le choix que vous avez fait de ces vases précieux, aux formes admirables et nouvelles, mérite tous nos éloges et nous vous prions d*agréer à cet ^ard l'expression de notre vive gratitude. Nous informerons notre glorieux Souverain du présent que vous avez bien voulu nous (aire et de la satisfaction que nous avons éprouvée à vous en remercier.

{Formule de salutations.) 21 Rebî second 1297.

{Traduit de P arabe par Fauteur de ce livre,)

THl^fE 224e.

[Lettre)

Louange à Dieu seul.

Que Dieu répande ses grâces sur notre^ Seigneur et

notre Maitre Mohammed^ sur sa famille et sur ses

compagnons y et quil leur accorde le salut I

Le premier Ministre , Mohammed el*A%iz hou Atour^

à Ammar ben Mansour, Caïd des Khemir el Bahàîriya

(Kj-sL^uJt -A4j>) {Kroumirs du bord de la mer).

(Après Us compliments éCusage^ Dorénavant y quand vous retirerez du bureau de poste d'Aïn Draham (^LjJf ^^^) des lettres envoyées par le Gouvernement, et quand, de votre côté y vous mettrez à la poste des lettres adressées au Ministère, vous n'aurez jamais rien à payer pour elles.

Dans le cas où vous croiriez devoir changer de bureau de poste, pour une raison ou pour une autre, à cause de la distance par exemple, ou pour tout autre motif, il vous faudrait en informer* le Ministère afin que l'on vous donne des instructions auxquelles vous vous conformeriez.

{Formule de salutations.)

Signé: Le Général de division (^L^^l ^i)> Premier

Ministre, Mohammed el-Aziz bou Atour

(que Dieu lui accorde son pardon).

Écrit à la date du 4 Djoumada ethania 1300.

{Traduit de P arabe par V auteur de ce livre.)

THÈME 225e. (})

{Lettre.)

Le Premier Ministre^ Mohammed el-Azit hou Atour à el'Aloui ben JFereSj, Caïd des Béni Mazen.

{Après les compliments d'usage^

Je vous accuse réception de votre lettre du 22 du

<1) Voyez Manuel Algérien, pag. 189. (Lettre n^. 31).

mois dernier, relative aux indigènes qui ont coupé dans la forêt 450 arbres dont ils ont fait ensuite du charbon sans vous prévenir. Vous me dites aussi que vous avez envoyé 100 sacs de charbon à Aîn Draham.

Vous voudrez bien me faire savoir si Ton peut vendre la totalité de ce charbon. Si la chose est possible, vous voudrez bien me donner approximativement le prix que Ion pourra en retirer. Veuillez répondre promptement à ces questions.

{Formule de salutations.)

Si^ne: Le Général de division, Premier Ministre

Mohammed el-Aziz bou Atour (que Dieu le secondeX

Écrit à la date du 9 Redjeb 1300.

"( Traduit de F arabe par t auteur de ce livre^

{Lettre,) Louange à Dieu, Le Premier Ministre au Caïd des Athathfa (XàbliajJt)w {Après les compliments d'usage.) J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre relative à Tassurance que vous me donnez que le registre destiné à l'inscription des contribuables de votre tribu pour l'impôt medjba {^^^é^s^ (capitation) de 1299 ne vous est pas parvenu. Vous me demandez en outre de vous envoyer des quittances imprimées, etc.

J*ai soumis votre lettre au général de brigade (^\ ^y^\) Si Ali el-Djouini en le priant de vous envoyer un registre de recensement. Le général m'a assuré vous avoir envoyé le registre demandé lequel est peutêtre entre vos mains en ce moment. Quant aux quittances imprimées que vous demandez, j'ai fait rechercher combien on vous en a déjà envoyé; or, il résulte de ces recherches que vous en avez reçu mille par Tintermédiaire de Si Ammar ben Mansour, le 10 de Dou el-Hidja. Ce chiffre est supérieur à celui des contribuables, et je ne m'explique pas pourquoi vous en demandez encore. Veuillez vous expliquer clairement à cet égard. Cela nous permettra de comprendre plus aisément ce que vous voulez.

Vivez heureux. {Formule de salutations^

Signé\ Le Général de division, Premier Ministre,

Mohammed el-Aziz bou Atour (que Dieu lui

accorde son pardon).

Écrit à la date du 19 Redjeb 1300.

{Traduit de r arabe par V auteur de ce livre,)

THÈME 227e.

Des enchanteurs dits Djoguis (XI5^ 8-^uJt).

Ces gens-là accomplissent des choses merveilleuses. Cest ainsi que l'un d'eux restera des mois entiers sans manger ni boire. On creuse pour beaucoup d'entre eux des trous sous la terre. Quand le djogui y est

descendu y on bouche la fosse avec de la maçonnerie, en y laissant seulement une ouverture sufQsante pour que l'air y pénètre. Cet individu y passe plusieurs mois; j'ai même entendu dire que quelques djogxds demeurent ainsi une année. J*ai vu dans la ville de Mandjarour (^^^^^Ut) (Mangalore) un musulman qui avait pris des leçons de ces gens-là. On avait dressé pour lui une espèce de plate-forme OdLb)» sur laquelle il se tint pendant vingt-cinq jours sans boire ni manger. Je le laissai dans cet état, et j'ignore combien d^ temps il y demeura.

THÈME 228e.

Des enchanteurs dits Djoguis (suite).

Le sultan m'envoya chercher un certain jour, pendant que je résidais près de lui, dans sa capitale. Je me rendis en sa présence et le trouvai dans un cabinet, ayant avec lui plusieurs de ses famiUers et deux de ces djoguis. Ces gens s'enveloppent dans des manteaux et couvrent leur tête, parce qu'ils la dépouillent de ses cheveux avec des cendres , de la même manière que les autres hommes emploient pour s'épiler sous les aisselles. Le sultan m'ordonna de m'asseoir ce que je fis, et il dit à ces deux individus: cCet étranger (litt. cet homme illustre) est d'un pays éloigné; montrez-lui donc ce qu'il n'a jamais vu». — «Oui», répondirent-ils, et l'un d'eux s'accroupit; puis il

s'éleva de terre, de sorte qu'il resta en l'air au-dessus de nous, dans la posture d*un homme accroupi. Je fiis étonné de cela, la crainte^ me saisit et je tombai évanoui.

THÂME 229e.

Des enchanteurs dits Djoguis {suite).

Le sultan commanda de me faire avaler une potion qu'il tenait prête; je revins à moi et m'assis. Cet individu-là était encore dans la même posture. Son camarade tira d'un sac qu'il portait sur lui une sandale avec laquelle il frappa le sol, à la façon d'un homme en colère. La sandale monta jusqu'à ce qu'elle fut arrivée au dessus du cou de l'individu accroupi en Tair. EUe commença alors à le frapper à la nuque , pendant qu'il descendait petit à petit, de sorte qu'il se trouva enfin assis près de nous. Le sultan me dit: «Si je ne craignais pour ta raison, je leur ordonnerais d'opérer des choses plus extraordinaires que ce que tu as vu». Je m'en retournai, je fus pris d'une palpitation de cœur (^Uài»») et tombai malade; mais le sultan prescrivit de m'administrer une potion, qui me débarrassa de ce mal.

{Extrait des Voyages d*Ibn Batoutah^ vol, 4, traduction de M.M, Defrémery et Sanguinetti .)

THÈME 230e.

Invasion de sauterelles.

Dans le ciel vibrant de ^chaleur, je ne voyais rien qu'un nuage venant à l'horizon, cuivré, compact comme un nuage de grêle, avec le bruit d'un vent <l'orage dans les mille rameaux d'une forêt.

C'étaient des sauterelles. Soutenues entre elles par leurs ailes sèches, étendues, elles volaient en masse, et malgré nos cris, nos efforts, le nuage s'avançait toujours, projetant dans la plaine une ombre immense. Bientôt il arriva au-dessus de nos têtes; sur les bords, on vit, pendant une seconde, un eflFrangement, une déchirure, comme les premiers grains d une giboulée. Quelques-unes se détachèrent, distinctes, rougeâtres; ensuite toute la nuée creva, et cette grêle d'insectes tomba drue et bruyante.

A perte de vue, les champs étaient couverts de criquets, de criquets énormes, gros comme le doigt.

THÈME 231e.

Invasion de sauterelles (suite).

Le lendemain, quand j'ouvris ma fenêtre, comme la veille, les sauterelles étaient parties. Mais qu'elle ruine elles avaient laissée derrière elles! Plus une fleur, plus un brin d'herbe: tout était noir, rongé, calciné. Les bananiers, les abricotiers, les pêchers,

les mandariDiers se reconnaissaient seulement à Tallure de • leurs branches dépouillées , sans le charme , le flottant de la feuille, qui est la vie de Tarbre.

On nettoyait les pièces d'eau, les citernes. Partout des laboureurs creusaient la terre pour tuer les œufs laissés par les insectes. Chaque motte était retournée, brisée soigneusement. Et le cœur se serrait de voir les mille racines blanches, pleines de sève, qui apparaissaient dans ces écroulements de terre fertile.

A. Daudet.

THÈME 232e.

{Lettre:)

A M, de Cideville,

De Paris, ce 19 Mai 1733.

Je voudrais bien , mon cher ami , pouvoir vous présenter moi-même M. Richey, qui vous rendra cette lettre. C'est un étranger qui croit voyager pour s'instruire, et qui m'a instruit beaucoup. Il me paraît de tous les pays. Il y a donc dans le monde une nation d*honnétes gens et de gens d'esprit, qui sont tous compatriotes. M. Richey est assurément un des premiers de cette nation-là, et fait, par conséquent, pour connaître les Cideville. Je vous demande en grâce de lui procurer dans votre ville tous les agréments qui dépendront de vous. Celui de vous voir

sera celui dont il sera le fins touché; Je crois qu'il y trouvera aussi M. de Formont. qui est sur son départ Je ne vois pas qu'après cela il y ait bien des choses à voir à Rouen. Je suis plus malade que jamaiSy mon cher ami. Je vais écrire à l'abbé Linant. Vous aurez Jore dans un jour ou deux»

Adieu; vous m'écrivez toujours des vers charmants^ et je ne vous réponds qu'en pcoae; preuve que je suis bien malade.

{Correspondance générale^ 1.)

THÈME 233e.

{LeUre:)

A M. de Cideville.

Ce jeudi au soir, 21 Mai 1733.

Vous avez vu sans doute, mon cher Cideville, l'honnête et naïf Hambourgeois que je vous ai adressé. Le philosophe Formant part demain: mon Dieu, pourquoi ne m'est-il pas permis de le suivre! calla, calla, senor Cideville ('); j'aurai peut-être huit ou di^c jours de santé; et Dieu sait si alors Rouen me verra, et si e viendrai philosopher avec Vous. Je ne vous mande aucune nouvelle; Faîmable Formant vous les dira toutes; il vous parlena des spectacles qu'il a vus,

(1) TaiseZ'VOuSy taiaez-voKS , monsieur de CidevUle.

et des plaisirs 'qu'il a goûtés. Je voulais le voir aujourd'hui; je ne suis sorti qu'un quart d'heure, et c'est précisément dans ce quart d'heure qu'il est venu; il partira sans que je l'aie embrassé. Croiriez- vous bien que je ne l'ai pas vu à mon aise, pendant tout son séjour? Je ne crois pas avoir eu le temps de lui montrer plus d'un acte ^Adélaïde. Ah! quelle ville que Paris, pour ne point voir les gens que l'on aime! Quand je serai à Rouen, je jouirai de vous tous les jours; mais si vous étiez à Paris, nous nous rencontrerions peut-être une fois toutes les semaines, tout au plus. Il ne faut pas que nos amis viennent ici; il faut que nous aillions les chercher.

THÈME 234e.

{Suite de la lettre précédente^

Jore est (aujourd'hui jeudi) à présent auprès de vous; je vous prie de lui recommander secret, diligence, et exactitude; et surtout, de ne laisser entre les mains d'ime famille si exposée aux lettres de cachet aucun vestige, aucun mot d'écriture ni de vous ni de moi; qu'il vous rende exactement tous les manuscrits. Je vais lui envoyer dans peu une édition de Charles XII, corrigée et augmentée, avec les Réponses au sieur de La Motraye.

11 aura aussi Eripfiyle\ mais pour celle-là, j'espère la porter moi-même; je passe ma vie à l'espérer.

comme vous voyez. L'abbé Linant me mande qu'il reviendra bientôt à Paris. Il m*a envoyé de beaux vers alexandrins ; mais , avec ses talents , je le crois paresseux; je le lui ai dit, je le lui écris; mais il faudra que je laime de tout mon cœur comme il est. Si vous voyez Jore, ayez la bonté, je vous prie, de lui dire de m envoyer les épreuves par la poste, surtout celles où il est question de philosophie et de calcul; il «'à qu'à les adresser à M. Dubreuil, cloître Saint-Merri, sans mettre mon nom et sans écrire. Adieu; je vous suis attaché, hasta la muer te.

Voltaire, {Correspondance générale.)

THÈME 235e.

(Lettre.)

A M. Thiériot à Paris.

Luné ville, le 12 Juin 1735.

Oui, je vous injurierai jusqu'à ce que je vous aie guéri de votre paresse. Je ne vous reproche point de souper tous les soirs avec M. de la Popelinière; je vous reproche de borner là toutes vos pensées et toutes vos espérances. Vous vivez comme si l'homme avait été créé uniquement pour souper, et vous n'avez d'existence que depuis dix heures du soir jusqu'à deux

heures après minuit. Il n'y a soupeur qui se couche, ni bégueule qui se lève plus tard que vous. Vous restez dans votre trou jusqu'à l'heure des spectacles, à dissiper les fumées du souper de la veille; ainsi vous n'avez pas un moment pour penser à vous et à vos amis. Cela fait qu'une lettre à écrire devient un fardeau pour vous. Vous êtes un mois entier à répondre , et vous avez encore la bonté de vous faire illusion, au point d'imaginer que vous serez capable d'un emploi, et de faire quelque fortime, vous qui n'êtes pas capable seulement de vous faire, dans votre cabinet, une occupation suivie, et qui n'avez jamais pu prendre sur vous d'écrire régulièrement à vos amis, même dans les affaires intéressantes pour vous et pour eux.

{Suite de la lettre précédente?^

Vous me rabâchez de seigneurs et de dames les plus titrés: qu'est-ce que cela veut dire? Vous avez passé votre jeunesse, vous deviendrez bientôt vieux et infirme; voilà à quoi il faut que vous songiez. Il faut vous préparer une arrière-saison tranquille, heureuse, indépendante. Que deviendrez-vous quand vous serez malade et abandonné? Sera-ce une consolation pour vous de dire: «J'ai bu du vin de Champagne autrefois en bonne compagnie?» Songez qu'une bouteille

qui a été fêtée quand elle était pleine d^eau des Barbades, est jetée dans un coin dès qu'elle est cassée, et qu'elle reste en morceaux dans la poussière; que voilà ce qui arrive à tous ceux qui n'ont songé qu'à être admis à quelques soupers, et que la fin d'un vieil inutile, infirme, est une chose bien pitoyable. Si cela ne vous donne pas un peu de courage, et ne vous excite pas à secouer l'engourdissement dans lequel vous laissez votre âme, rien ne vous guérira. Si je vous aimais moins, je vous plaisanterais sur votre paresse: mais je vous aime, et je vous gronde beaucoup.

THÈME 237e.

{Suite de la lettre J>récédente.)

Cela posé, songez donc à vous, çt puis songez à vos amis; buvez du vin de Champagne avec des gens aimables; mais faites quelque chose qui vous mette en état de' boire un jour du vin qui soit à vous. N'oubliez point vos amis, et ne passez pas des mois entiers sans leur écrire un mot. Il n'est point question d'écrire des lettres pensées et réfléchies avec soin, qui peuvent un peu coûter à la paresse; il n'est question que de deux ou trois mots d'amititié, et quelques nouvelles soit de littérature, soit des sottises humaines, le tout courant sur le papier, sans peine

et sans attention. Il ne faut, pour cela, que se mettre un demi-quart d'heure vis-à-vis son écritoire. Est-ce donc là un effort si pénible? J'ai d'autant plus d envie d'avoir avec vous un commerce régulier que votre lettre m'a fait un plaisir extrême. Je pourrai vous demander de temps en temps des anecdotes concernant le siècle de Louis XIV. Comptez qu'un jour cela peut vous être utile, et que cet ouvrage vous vaudrait vingt volumes de Lettres philosophiques.

THÈME 238e.

(Suite de la lettre précédente^

J'ai lu le Turenne(^); le bon homme a copié des pages entières du cardinal de Retz, des phrases de Fénélon. Je lui pardonne, il est coutumier du fait; mais il n'a point rendu son héros intéressant. Il l'appelle ^rand, mais il ne le rend pas tel; il le loue en rhétoricien. Il pille les Oraisons funèbres de Mascaron et de Fléchier, et puis il fait réimprimer ces oraisons funèbres parmi les preuves. Belle preuve d'histoire qu'une oraison funèbre!

Je .ne suis surpris ni du jugement que vous portez sur la pièce de l'abbé Le Blanc, ni de son succès. Il se peut très-bien faire que la pièce soit détestable et applaudie.

(1) Histoire du vicomte de Turenne par André-Michel de Ramsai. Paris, 2 vol. in-4**, 1735»

Écrivez-moi, et aimez toute votre vie un homme vrai qui n*a jamais changé.

P.S. Qu'est-ce que c'est qu'un portrait de moi, en quatre pages, qui a couru? Quel est le barbouilleur? Envoyez-moi cette enseigne à bière.

Faites souvenir de moi les Froulai, les des AUeurs,.

les Pont de Veyle, les Du Deffaud, et totam hanc

suavissimam gentetn.

Voltaire.

{Correspondance générale^

TBÈME 239e.

{Lettre:)

A M, VAhhé Moussinot.

Cirey, ce 27 Octobre 1736.

Je voudrais, mon cher et fidèle trésorier, avoir^ sous le plus grand secret^ quelque argent comptant chez un notaire discret et fidèle, qu'il pût placer pour un temps, et qu'en un besoin je pusse retrouver surle-champ. Le dépôt serait de cinquante mille francs^ et peut-être davantage. N'auriez-vous pas quelque notaire à qui vous puissiez vous confier ? Le tout serait sous votre nom. Je suis très-mécontent du sieur Perret; il a deux excellentes qualités pour un homme public; il est brutal et indiscret.

J'ai payé les frais d'un procès que je n'avais pas fait. Pour avoir mon ballot de livres, il a fallu faire ce sacrifice.

J'accepte le marché que vous me proposez dé la succession de La Verchère; je m'en rapporte entièrement à vous.

Ayez la bonté de donner encore un louis d'or à d'Arnaud, Dites-lui donc de se faire appeler d'Arnaud tout court;, c'est un beau nom de janséniste; celui de Baculard est ridicule.

Voltaire, (Correspondance générale^

Le pays des Berbères Lj^).

Ceuta (iuûjw«) et Tanger (iL^ub), villes du Détroit, sont en latitude 35*^, quelques minutes (^). La c6te descend de là vers le midi, de sorte que la latitude de Tlemcen (^^U^Ij) est 34° 30'. Elle se rapproche ensuite davantage du midi, car la latitude d*Oran (^1^3) est de 32°. Cette ville est donc située plus au midi que Fez (^^li) dont la latitude est 33° et quelques minutes. Il en résulte que les habitants du Maghreb el-Acsa (^-Aai^^l V;*i^) ^^^^ P'^^ rapprochés du nord que ceux du Maghreb central (ia^^*^!), et que cette différence de position est égale à la différence entre les latitudes de Fez et de Ceuta. Cette

1) Toutes les latitudes données par notre auteur sont plus ou moins inexactes. Dans quelques-unes, il se trompe de plus d'un degré. (Note de M. de Slane.)

portion (du Maghreb d-Acsa) peut donc être considérée comme une Qe située entre ces mers; vu la déflexion de la Mer-Romaine (^^^t.^-^vJO vers le midi.

THÈJKE 241e.

Le pays des Berbères {suite).

Après avoir passé Oran, la mer se retire (vers le nord), de sorte que la latitude de Ténès (^j^oi*) est de 34°, et celle d'Alger CjJ^) de 35°, la même que celle de la côte du Détroit (^S^Jt). De là, la mer se dirige encore plus vers le nord, ce qui donne à Bougie (xjL^) et à T'unis {^yi) une latitude de 35° 40'. Or, ces deux villes sont situées sous la parallèle de Grenade (^LU^i), d'Alméria (iu-tl) et de Malaga (XiiiU). La côte se retourne ensuite vers le midi, de sorte que la latitude de Gabès d^yJ^ et de Tripoli (^jJbLb) est de 35°, la même que celle de Ceuta et de. Tanger. Comme la côte s'avance encore vers le midi, la latitude de Barca (*]y) est de 33®, la même que celle de Fez, Touzeir Cjy) et Gafça (2U3Â3). De là, la mer se rapproche davantage du midi, parce que Alexandrie est à 31° de» latitude, comme Maroc {^^^ et Aghmat (oUêl). Parvenue au terme de sa direction orientale, la mer remonte vers le nord en suivant les côtes de Syrie (XiJt).

THÈMi; 242e.

Le pays des Berbères {suite).

Quant à la configuration du bord septentrional de la Mer-Romaine, nous n'en avons aucune connaissance, mais nous savons que la plus grande largeur de cette mer est d'environ neuf cents milles, la distance «ntre la côte de Tlfrikïa (iLJb^i) et Gênes (b^â>), ville située sur le bord septentrional.

A partir du Détroit, toutes les villes maritimes du Maghreb el-Acsa, du Maghreb central et de rifrikïa sont situées sur cette mer. Telles sont Tanger, Ceuta, Badis ((jM^L), Ghassaça (iû*.U*x), Honein (^^^xâP), Oran, Alger, Bougie, Bone (iU^), Tunis, Souça (iCw«^), el-Mehdïa (iuJ^t), Sfax (u^Iâo), Gabès et Tripoli. Ensuite viennent les côtes de Barca et Alexandrie.

Telle est la description de la Mer-Romaine, limite septentrionale du Maghreb.

THÈME 243e.

Les pays des Berbères {suite).

Du côté du sud-est et du midi , le Maghreb a pour limite une barrière de sables mouvants, formant une ligne de séparation entre le pays des Berbères et celui des Noirs (^ij^i o^). Chez les Arabes nomades, cette barrière porte le nom â*Are^ (oj*^) {dunes). L'Areg commence du côté de la Mer-Envi-

ronnante (lax^uil y^vJI) et se dirige vers l'est, eD ligne droite, jusqu*à ce qu'il s'arrête au Nil, grand fleuve qui coule du midi et traverse l'Egypte. La moindre largeur de TAreg est de trois journées. Au midi du Maghreb central, il est coupé par un terrain pierreux, nommé el-Hammada (g^Lé^) par les Arabes. Cette région commence un peu en deçà du pays des Mozab (s«iLo) et s'étend jusqu'au Righ ik^.^- Derrière (l'Areg), du côté du midi, on- trouve une portion des contrées djeridiennes (xjJu^ o^) où les dattiers abondent ainsi que les eaux courantes.

THÈME 244e.

Le pays des Berbères {suite).

Ce territoire, que l'on considère comme faisant partie du Moghreb, renferme Bouda (Bc>^) et Tementit (c^A-^Lû-éj), lieux situés au sud-est (iCL5) du Maghreb el-Acsa , Teçabit (c^oLLmo) et Tigourarin i^J^j*^^ au midi du Maghreb central, et Ghadems QjLoîJsx), Fezzan (^^) et Oueddan (^bj), au midi de Tripoli. N Chacun de ces districts renferme près d'une centaine de localités remplies d'habitants et couvertes de villages, de dattiers et d'eaux courantes. Dans certaines années, les Sanhadja (x, r^ ' gv^r> ), porteurs de voile {lithanî) LLîJ), qui parcourent les régions situées entre ces territoires et les pays des Noirs, poussent leurs courses nomades jusqu'au bord méridional de l'Areg.

Le bord septentrional en est visité par les Arabes nomades du Maghreb, lesquels y possèdent des lieux de parcours qui appartenaient autrefois aux Berbères ; mais de ceci nous en parlerons plus tard.

THÈKE 245e.

Le pays des Berbères {suite).

En deçà de TAreg, limite méridionale du Maghreb, se trouve une autre barrière, assez rapprochée des plateaux de ce pays. Nous voulons parler des montagnes qui entourent le Tell (Jj) et qui s'étendent depuis la Mer-Environnante, du côté de l'occident jusqu'à Bernic (vJUjj) (Bérénice), dans le pays de Barca, du côté ^e l'orient. La partie occidentale de cette chaîne s'appelle les Montagnes de Deren (^.S). L'Areg est séparé dès montagnes qui environnent le Tell par une région de plaines et de déserts dont le sol ne produit, en général, que des broussailles. Le bord de la région qui avoisine le Tell forme le pays dactylifère (Belad el-Djerid) (Js.4^il c>ib) et abonde en dattiers et en rivières.

Dans la province de Sous ((j^), au midi de Maroc, se trouvent Taroudant (vi^JI^Nj^Ij), Ifri-Fouian (qLs (^âjJ) et autres endroits possédant des dattiers, et des champs cultivés en grand nombre.

THÈME 246c.

Le pays des Berbères {suite).

Au sud-est de Fez est situé Sidjilmessa (xJJL^Um), ville bien connue, ainsi que les villages qui en dépendent. Dans la même direction est situé le Dera (xc^), pays qui est aussi bien connu. Au midi de Tlemcen se trouve Figuig (léUjCô), ville e\itourée de nombreuses bourgades (.yaa) et possédant beaucoup de dattiers et d'eaux courantes. Au midi de Téhert (cyb), on rencontre d'autres bourgades, formant jine suite de villages. La montagne de Rached (Ju^L) est très-rapprochée de ces bourgades, dont les environs sont couverts de dattiers, de champs cultivés et d'eaux courantes.

Ouargia {^jSj^y localité située sur la méridienne de Bougie, consiste en une seule ville remplie d'habitants et entourée de nombreux dattiers. Dans la même direction, mais plus près du Tell, se trouvent les villages du Righ, au nombre d'environ trois cents ^ alignés sur les deux bords d'une rivière qui coule d'occident en orient Les dattiers et les ruisseaux y abondent.

Le pays des Berbères {suite).

Entre le Righ et le Tell se trouvent les villes du Zab (vyili) au nombre d'une centaine, qui s'étendent

d occident en orient> Biskra (iUCmo), la capitale de cette régioiy est une des grandes villes du Maghreb. Jjc Zab renferme des dattiers, des eaux vives , des fermes, des villages et des champs cultivés.

Les vtl/es à dattiers (Belad el-Djerid) sont situées au midi de Tunis. Elles se composent de Nefta (^cLii), Touzer, Gafça et les viUes du territoire de Neizaoua (l^tjfti). Toute cette région s*ap[>eUe fe pays de Castilia (àûJUI^M^ OJU) et renferme une nombreuse population. Lies usages de la vie à demeure fixe y sont parfaitement établis y et les dattiers ainsi que les eaux vives y abondent.

Gabès, ville située au midi de Souça, possède aussi des dattiers et des eaux; c'est un port de mer et une des grandes villes de Tlfrikia. Ibn Ghania (^ Xet^Lê) y avait établi le siège de son gouvernement, comme nous le raconterons plus tard. Gabès possède aussi de nombreux dattiers , des ruisseaux et des terres cultivées.

THÈME 248e.

Le pays des Berbères {suite).

Au midi de Tripoli, se trouvetit le Fezzan (^^Là) et Oueddan (^b^), territoires couverts de bourgades et possédant des dattiers et des eaux courantes. Quand le Khalife Omar ibn el-Khattab (s^AJaii ^^ ^)

envoya Amr ibn el-Aci (^^Uil ^ 5-/=) en Afrique (ixiijjl), à la tête d'une expédition, la première conquête que les musulmans firent en ce pays fut celle du Fezzan et Oueddan.

Les Ouahat (ob>t^) (Oasis), situés au midi de Barca, sont mentionnés par el-Masoudi (^ôjjlm^^) dans ses Prairies d'or (,«a50JI ^^ja).

Au sud de tous les lieux que nous venons de nommer, s'étendent des déserts et des sables qui ne produisent ni blé ni herbe et qui vont atteindre l'Areg. Derrière TAreg se trouve le pays fréquenté par les Moleththemin L^y^iU) [porteurs du litham ou voile), vaste région qui s'étend jusqu'au pays des Noirs et consiste en déserts où Ton s'expose à mourir de soif.

Le pays des Berbères (suite).

L'espace qui sépare les pays à dattiers des montagnes qui entourent le Tell se compose de plaines dont le climat, les eaux et la végétation rappellent tantôt l'aspect du Tell, et tantôt celui du désert. Cette région renferme la ville de Cairouan {^yjtsà\\ le mont Auras {j^\^)y qui la coupe par le milieu, et le pays du Hodna (iuUail). Sur ce dernier territoire, qui est placé entre le Zab et le Tell, s'élevait autrefois la ville de Tobna (XJL*!?). Il renferme maintenant les villes de Meggara (îyLo) et d'el-Mecila

(XLy^l).

La même lisière de pays embrasse aussi le Seressou {yy^\), contrée située au sud-est de Tlemcen, à côté de Tèhert (oj^Ij).

Le Debdou (^Juo), montagne qui s'élève au sudest de Fez, domii\e (du côté de l'ouest) les plaines de cette région.

Telles sont les limites méridionales du Maghreb.

THÈNE 250e.

Ze pays des Berbères {suite).

Quant à ses limites du côté de l'Orient , les opinions diffèrent selon le système qu'on adopte. Ainsi, il est reçu chez les géographes que la mer de Colzom LJLftJt) (la Mer Rouge) forme la limite orientale du Maghreb. Cette mer sort de celle du Yémen (^^*4-Jt) [l'Océan indien] et se dirige vers le nord, en s'inclinant un peu vers l'ouest, et va aboutir à Colzom et Suez Qj^^uy^JI), où elle n'est séparée de la Mer-Romaine [la Méditerranée] que par une langue de terre que Ton peut franchir en deux journées. Cette extrémité de la mer de Colzom est située à trois journées du vieux Caire [Misr] {^oa)- On voit que les géographes, en assignant la mer de Colzom comme limite au Maghreb, font entrer TÉgypte et Barca dans la circonscription de ce pays. Le Maghreb est donc pour eux une île dont trois côtés sont entourés de mers. Les habitants du Maghreb ne regardent pas

CCS deux contrées comme faisant partie de leur pays; selon eux, il commence par la province de Tripoli, s'étend vers TOccident et renferme Tlfrikïa, le Zab, le Maghreb central, le Maghreb-el- Acsa , le Sous-el- Adna [citérieur] (j^^'i^ ijy^^) et le Sous-el-Acsa [ultérieur] (^^^^1 (j^y*Ji), régions dont se composait le pays des Berbères dans les temps anciens.

THÈME 251e.

Ze pays des Berbères {suite).

Le Maghreb-el-Acsa est borné à Test par le Molouïa (iu^ c^Îj); il s'étend jusqu'à Asfi {^JuJ), port de la Mer-Environnante, et se termine du côté de rOccident (*) par les montagnes de Deren. Outre les Masmouda (»jo«L3J0, habitants du Deren, lesquels forment la majeure partie de sa population, il renferme les Berghouata (scLj^^) et les Ghomara (a^Lé^). Le territoire des Ghomara s'arrête à Botouïa (XjJoj), près de Ghassaça. Avec ces peuple^ on trouve une foule de familles appartenant aux tribus de Sanhadja (iC>L^), Matghara (sytLw)» Auréba (iC^i), etc. Ce pays a l'Océan (-a^^I j^uJt) au couchant et la Mer- Romaine au nord; des montagnes d'une vaste hau-

(1) Ici Ibn Khaldoun suit Tidée de plusieurs géographes arabes qui regardaient la côte occidentale de Tempire actuel de Maroc comme s'étendant d'Orient en Occident. Léon l'Africain a commis la même erreur, (Note de M. de Slane.)

teur, amoncelées les unes sur les autres, telles que le Deren, le bornent du côté du midi, et les montagnes du. Téza (^p) l'entourent du côté de Test.

THÈME 252e.

Le pays des Berbères (suite).

Il est à remarquer que les montagnes sont, en général, plus nombreuses dans le voisinage des mers que partout ailleurs: le pouvoir divin qui créa le monde ayant adopté cette disposition afin de mettre un fort obstacle à l'envahissement des flots. C'est encore pour cette raison que la plupart des montagnes du Maghreb sont de ce côté.

La plus grande partie des habitants du Maghrebel-Acsa appartient à la tribu de Masmouda; les Sanhadja ne s'y trouvent qu'en petit nombre; mais dans les plaines d'Azghar (^Ujl), Temsna (Ll^^m^Ij), Tedla (iolj) et Dokkala (iJl^o) on rencontre des peuplades nomades, les unes berbères, les autres arabes. Ces dernières, qui appartiennent toutes aux tribus de Djochem (aJx^) et de Riah (L), y sont entrées à une époque assez récente. Tout cela fait que le Maghreb regorge d'habitants; Dieu seul pourrait en faire le dénombrement.

THÈME 253e.

Le pays des Berbères (suite).

On voit, par ce qui précède, que le Maghreb (el- Acsa) forme, pour ainsi dire, une île, ou pays détaché de tout autre, et qu'il est entouré de mers et de montagnes. Ce pays a maintenant pour capitale la ville de Fez, demeure de ses rois. Il est traversé par rOnmi-Rebia (tjo^ J ^^jl^), grand fleuve qui déborde tellement dans la saison des pluies qu'on ne saurait le traverser. La marée s'y fait sentir jusqu'à environ soixante-dix milles de son embouchure. Il prend sa source dans le Deren, d'où il jaillit par une grande ouverture, traverse la plaine du Maghreb et se jette dans rOcéan, auprès d'Azemmor {,yo;0.

La même chaîne de montagnes donne naissance à un autre fleuve qui coule vers le sud-est et passe auprès des villes du Dera (xc^^). Cette région abonde en dattiers; elle est la seule qui produise l'indigo (^Lô), et la seule où Ton possède Fart d'extraire cette substance de la plante qui la fournit. Les villes, ou plutôt bourgades , dont nous venons de faire mention, possèdent des plantations de dattiers et s'élèvent de l'autre côté du Deren, au pied de la montagne. Le fleuve, appelé le Dera, passe auprès de bourgades et va se perdre dans les sables, au sud-est de Sous.

THÈME 254e.

Le pays des Berbères {suite).

Le Molouïa, une des limites cUi Maghreb-el- Acsa , est un grand fleuve qui prend sa source dans les montagnes au midi de Téza et va se jeter dans la Mer-Romaine, auprès de Ghassaça (*), après avoir traversé le territoire appelé autrefois X^pays des Miknaça (Xa-LXo), du nom de ses anciens habitants. De nos jours, cette région est occupée par d'autres peuples de la race des Zenata (XjIjj); ils demeurent dans des bourgades qui s'étendent en amont, sur les deux bords du fleuve , et qui portent le nom d'Outat (JbLbj). A côté d'elles, ainsi que dans les autres parties du même pays, on rencontre plusieurs peuplades berbères dont la^mieux connue est celle des Betalça (XmwJLL^), frères des Miknaça.

De la montagne qui donne naissance au Molouïa sort un autre grand fleuve appelé, encore aujourd'hui, le Guir La^), qui se dirige vers le midi , en dérivant un peu vers l'Orient. Après avoir coupé l'Areg et traversé successivement Bouda (so^) et Tementit vi^olLjUj)» il se perd dans les sables, auprès de quelques autres bourgades entourées de palmiers, à un endroit nommé Regan {^^^ C'est sur cette rivière que s'élèvent les bourgades de Guir.

(1) Il est probable que l'auteur aura voulu écrire Ljeraoua, ville située près de l'embouchure du Molouïa. (Note de M. de Slane.)

THÈME 255e.

Le pays des Berbères {suitey

Derrière TAreg, et à rOrient de Bouda, se trouvent les bourgades de Teçabit (vi^uuUo), Ksours LycH) qui font partie de ceux du Sahra. Au nord-est de Teçabit sont les bourgades de Tigourarin (^t^^*) dont on compte plus de trois cents; elles couronnent le bord d'une rivière qui coule de Touest à Test. Ces localités renferment des peuplades appartenant à différentes tribus zenatiennes (iuUj J^jUï)-

Le Maghreb central, dont la majeure partie est maintenant habitée par les Zenata, avait appartenu aux Maghraoua et aux Beni-lfren (^^ ^), tribus qui y demeuraient avec les Mediouna (ia^.J^), les Maghila (xUi^), les Koumïa (iLy^), les Matghara (sytka) et les Matmata (wU^U^) De ceux-ci le Maghreb central passa aux Beni-Ouémannou (i^Lc^ ^^^) et aux Beni-Iloumi {^y^. ^^)» puis à deux branches des Beni-Badin (^joL ^-Jb), les Beni-Abd-el-Ouad (j^j jyt Ouc) et les Toudjin (qa>^')- Tlemcen en est maintenant la capitale et le siège de l'empire.

THÈME 256e.

Le pays des Berbères {suite).

Immédiatement à l'Orient de cette contrée, on rencontre le pays des Sauhadja, qui renferme Alger,

Metidja (iL^ux*), Médéa (XjJuil) et les régions voisines jusqu'à Bougie. Toutes les tribus (berbères) qui occupent le Maghreb central sont maintenant soumises aux Arabes zoghbiens (ïuâ; ^ ^f^ O^i-'^)* Ce pays est traversé par le Chélif des Beni-Ouatil (iVï^l^ ^ ^lù, (^^5)» grand fleuve qui prend sa source dans la montagne de Rached, du côté du Désert. Il entre dans le Tell en passant par le territoire des Hosein (^^^juû>»), et se dirige ensuite vers l'ouest, en recueillant les eaux du Mina (Iua) et d'autres rivières du Maghreb central; puis il se jette dans la Mer-Romaine, entre Kelmitou i\yj^) et auprès de Mostaganem (jjjcumji).

De la même montagne qui donne naissance au Chélif, c'est-à-dire du mont Rached, une autre rivière descend vers l'Orient et traverse le Zab pour se jeter dans la célèbre sibkha /îl^u^) (marais salé), située entre Touzer (^ty) et Nefzaoua (Sj^jâi). Cette rivière s'appelle le Cheddi (^^Jui ^^JÏ^).

THÈME 257e.

Le pays des Berbères {suite).

Les provinces de Bougie et de Constantine (KJLxbjL^) appartenaient autrefois aux tribus de Zouaoua (H5I5;), Ketama (iUUi'), Adjiça (iU-^x^) et Hoouara (B^îjï), niais elles sont maintenant habitées par les Arabes,

qui en occupent toutes les parties, à Texception de quelques montagnes d'accès difficile où Ton trouve encore plusieurs fractions de ces tribus.

Toute rifrikïa, jusqu'à Tripoli, se compose de vas- * tes plaines, habitées, dans les temps anciens, par des Nefzaoua, des Beni-Ifren, des ^efouça (Xa«^), des Hoouara et d'une quantité innombrable d'autres tribus berbères. La capitale en était Cairouan. Cette province est devenue maintenant un lieu de parcours pour les Arabes de la tribu de Soleim (a-JL«). Les Beni-Ifren et les Hoouara sont soumis à ces Arabes et les accompagnent dans leurs courses nomades; ils ont même oublié la langue berbère pour celle de leurs maîtres, desquels ils ont aussi adopté tous les caractères extérieurs.

THÈME 258e.

Le pays des Berbères {suite), Tunis (j*J^j) est maintenant la capitale de rifrikïa et le siège de l'empire. Ce pays est traversé par un grand fleuve appelé le Medjerda (jîo^ {^^^^9 q^* recueille les eaux de plusieurs autres rivières et se décharge dans la Mer-Romaine, à une journée de distance de Tunis, vers l'Occident ('). Son embou-

(1) Notre auteur aurait dû écrire; vers le nord (Note de M. de Slane.)

Je dois ajouter que le texte porte \j^^ içi-^ cj^ (^ l'ouest de Tunis) ce qui est exact. (Note de l'auteur.)

chure est auprès d'un endroit nommé Benzert (ojjjja)(0.

Quant à Barca, tous les monuments de sa gloire ont disparu; ses villes sont tombées en ruines et sa puissance s'est anéantie. Ce pays sert maintenant de lieu de parcours (o^i^) aux Arabes, après avoir été la demeure des Louata (Kj'y), des Hoouara et d'autres peuples berbères. Dans les temps anciens, il possédait des villes populeuses telles que Lebda (SJuJ), Zouïla (^^p, Barca (sciy), Casr- Hassan (yaS qUo), etc.; mais leur emplacement est maintenant un désert, et c'est comme si elles n'avaient jamais existé.

(Extrait de f histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de f Afrique septentrionale par Ibn-Khaldoun tome 1, traduction de M, le baron de Slane.)

THÈME 259e.

Caractère des Berbères.

Nous croyons avoir cité une série de faits qui prouvent que les Berbères ont toujours été un peuple puissant, redoutable, brave et nombreux; un vrai peuple comme tant d'autres dans ce monde, tels que les Arabes, les Persans, les Grecs et les Romains

WÎ5 o"-!y-^ Lr/^^5 V;*^')- Telle fut en effet la race berbère; mais, étant tom-

(1) Bizerte.

bée en décadence, et ayant perdu son esprit national par TefFet du luxe que Texercice du pouvoir et l'habitude de la domination avaient introduit dans son sein, elle a vu sa population décroître, son patriotisme disparaître et son esprit de corps et de tribu s'affaiblir au point que ht diverses peuplades qui la composent sont maintenant devenues sujettes d'autres dynasties et ploient, comme des esclaves, sous le fardeau des impôts.

THÈME 260e.

Caractère des Berbères (suite).

Pour cette raison beaucoup de personnes ont eu de la répugnance à se reconnaître d'origine berbère, et cependant, on n*a pas oublié la haute renommée que les Auréba (X^jt) et leur chef Koceila (kLui^) s'acquirent à l'époque de l'invasion musulmane. On se rappelle aussi la vigoureuse résistance faite par les Zenata (iulit), jusqu'au moment où leur chef Ouezmar-Ibn-Soulat {\:Jiyo O^ j^i^) ^^^ conduit prisonnier à Médine (iuujUt) pour être présenté au Khalife Othman-Ibn-Affan (^Uc ^ qUâ^). On n'a pas oublié leurs successeurs, les Hoouara et les Sanhadja, et comment les Ketama (iUU^) fondèrent ensuite une dynastie qui subjugua l'Afrique occidentale et orientale, expulsa les Abbacides ((j^L*Jt ^^) de ce pays et gagna encore d'autres droits à une juste renommée.

THÈME 261e.

Caractère des Berbères {suite).

Citons ensuite les vertus qui font honneur à l'homme et qui étaient devenues pour les Berbères une seconde nature; leur empressement à s'acquérir des qualités louables, la noblesse d'âme qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils méritèrent les louanges de lunivers, bravoure et promptitude à défendre leurs hôtes et clients , fidélité aux promesses, aux engagements et aux traités, patience dans l'adversité, fermeté dans les gran^ des afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts d'autrui, éloignement pour la vengeance, bonté pour les malheureux, respect pour les vieillards et les hommes dévots, empressement à soulager les infortunés, industrie, hospitalité, charité, magnanimité, haine de l'oppression, valeur déployée contre les empires qui les menaçaient, victoires remportées sur les princes de la terre, dévouement à la cause de Dieu et de sa religion; voilà, pour les Berbères, une foule de titres à une haute illustration, titres hérités de leurs pères et dont l'exposition, mise par écrit, aurait pu servir d'exemple aux nations à venir.

THÈME 262e.

Caractère des Berbères {suite).

Que Ton se rappelle seulement les belles qualités qui les portèrent au faîte de la gloire et les élevèrent

jusqu'aux hauteurs de la domination, de sorte que le pays entier leur fut soumis et que leurs ordres rencontrèrent partout une prompte obéissance.

Parmi les plus illustres Berbères de la première race (j^'bJI jCiuiaJt), citons d'abord Bologguin-Ibn-Ziri le Sanhadjien (^^l^juûJî ^^' ^ o^h V^^ gouverna rifrikïa au nom des Fatemides (^.vXmjiJQ; nommons ensuite Mohammed-Ibn-Khazer (.j> ^ Ju»^) et son fils El-Kheir (^jç^l) , Arouba-Ibn-Youçof-el-Ketami (^^^LcXJI y^Ju^^. ^^y^ '43/*)' champion de la cause d'Obeïd-AUah-es-Chii (^^^Jt^Ait allt Juac B^cJu jJUJt), Youçof-Ibn-Tachefin, roi des Lemtouna du Maghreb, (v-ytiL »3yd éd^ ^^j-^lj {^ v«Â*«^,) et Abd-el-Moumen- ^bn-Ali, grand cheikh des Almohades et disciple de Timam El-Mehdi (^.j^«>^t ^^^^ ^ ^ ^^\ ^x^

THÈME 263e.

Caractère des Berbères (suite).

Parmi les Berbères de la seconde race on voit figurer plusieurs chefs éminents qui, emportés par une noble ambition, réussirent à fonder des empires et à conquérir le Maghreb central et le Maghreb-el- Acsa. D'abord, Yacoub-Ibn- Abd-el-Hack i sultan des Beni-Merin ^j^ ^^ ^^LLU vJLJl Juc ^ *->«*:?); puis, Yaghmoracen-Ibn-Zian (^U ^ ^U*j), sultan

des Beni-Abd-el-Ouad ; ensuite, Mohammed-Ibn-Abdel-Caouï-lbn-Ouzmar, chef des Béni Toudjin (Ju^ ^yi>'y ^c^ j^ J^j^ ^ ^^^ «Axe ^t). Ajoutons à cette liste le nom de Thabet-Ibn-Mendil (^ vi^oLS Ja«AJU), émir des Maghraoua établis sur le Chélif, et celui d'Ouzmar-Ibn-Ibrahim Ufi-^\-^\ ^ j^ji)> ^^^^ des Beni-Rached; tous princes contemporains, tous ayant travaillé, selon leurs moyens, pour la prospérité de leur peuple et pour leur propre gloire.

Parmi les chefs berbères voilà ceux qui possédèrent au plus haut degré les brillantes qualités que nous avons énumérées, et qui, tant avant qu'après rétablissement de leur domination, jouirent d'une réputation étendue, réputation qui a été transmise à la postérité par les meilleures autorités d'entre les Berbères et les autres nations, de sorte que le récit de leurs exploits porte tous les caractères d'une aiithenticité parfaite.

THÈME 264e.

Caractère des Berbères {suite).

Quant au zèle qu'ils déployèrent à faire respecter les prescriptions de l'islamisme, à se guider par les maximes de la loi et à soutenir la religion de Dieu, on rapporte, à ce sujet, des faits qui démontrent la sincérité de leur foi, leur orthodoxie et leur ferme attachement aux croyances par lesquelles ils s'étaient

assurés la puissance et l'empire. Ils choisissaient d'habiles précepteurs pour enseigner à leurs enfants le livre de Dieu; ils consultaient les casuistes pour mieux connaître les devoirs de Thoimne envers son créateur; ils cherchaient des imams pour leur confier le soin de célébrer la prière chez les nomades et d'enseigner le Coran aux tribus; ils établissaient dans leurs résidences de savants jurisconsultes , chargés de remplir les fonctions de cadi; ils favorisaient les gens de piété et de vertu, dans l'espoir de s'attirer la bénédiction divine en suivant leur exemple; ils demandaient aux saints personnages le secours de leurs prières; ils affrontaient les périls de la mer pour acquérir les mérites de la guerre sainte; ils risquaient leur vie dans le service de Dieu, et ils combattaient avec ardeur contre ses ennemis.

(Extrait de V histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de P Afrique septentrionale par Ibn-Khaldoun , tome 1 , traduction de M. de Slane,)

THÈME 265e.

De r encens {benjoin) (^^LJ).

L'arbre de l'encens est petit, c'est tout au plus s'il atteint la hauteur de la taille d'un homme. Ses rameaux ressemblent à ceux du chardon ou à ceux de Tartichaut; ses feuilles sont petites, minces; quel-

quefois elles tombent, et laissent Tarbre dépouillé. L'encens, ou le benjoin, est une substance résineuse qui se trouve dans les rameaux de l'arbre (styrax benzoin), II y en a plus dans le pays des musulmans que dans celui des infidèles.

THÈME 266e.

Du camphre (,^tf).

Quant aux arbres qui donnent le camphre, ce sont des roseaux semblables à ceux de nos contrées; la seule différence est que, dans les premiers, la partie comprise entre deux nœuds, ou le tuyau, est plus longue et plus épaisse. Le camphre se trouve dans Tintérieur de chaque tuyau, et lorsque Ton rompt le roseau, on remarque d^ns la partie interne de tous les tuyaux, entre les nœuds, un tuyau pareil de camphre. Le secret étonnant en cela, c'est que le camphre ne se forme dans ces roseaux qu'après que Ton a immolé à leur pied quelque animal; si on ne le fait pas, il n'y a pas de camphre,. Le meilleur, appelé dans le pays alhardalah (jObJl), celui qui a atteint le plus haut degré de froid, et qui tue un homme à la dose d'un drachme, en congelant la respiration, est le camphre près du roseau duquel on a sacrifié un être humain. On peut remplacer la créature humaine par de jeunes éléphants.

THÈME 267e.

De faloès indien (^^JO^I JyJ').

L'aloès de Tlnde (JUjJt) est un arbre qui ressemble au chêne, si ce n*est que son écorce est mince; ses feuilles sont exactement comme celle du chêne, et il ne produit point de fruits. Son tronc n'atteint pas un grand développement, ses racines sont longues, étendues au loin, et c'est dans celles-ci que se trouve l'odeur ou le principe aromatique. Les rameaux et les feuilles de l'arbre n*ont pas d'arôme. Dans le pays des musulmans, tous les arbres d'aloès sont considérés, comme une propriété; mais dans le pays des infidèles, la plupart sont abandonnés. Ceux qui sont regardés chez eux comme une propriété particulière , ce sont les aloès qui croissent à Kakoulah (iUUilS), et qui donnent la meilleure qualité de bois d'aloès. Il en est ainsi pour ceux de Kamarah (»,U5J'), dont Taloès est également d'une qualité supérieure; on le vend aux habitants de Sumatra (SjLil) pour des étoffes. Il y a aussi une espèce d'aloès Kamary qui reçoit des empreintes, à la manière de la cire. Quant à la variété nommée athas (^LLjtSt), Ton en coupe la racine, et on la cache sous terre plusieurs mois; elle conserve toutes ses qualités, et c'est une des meilleures sortes d'aloès.

{Extrait des Voyages d*Ibn Batoutahy tome IV, traduction de MM. Defrémery et Sanguinetti ,)

THÈME 268e.

Les Végétaux,

Les végétaux tiennent le milieu entre les minéraux et les animaux. Au-dessus des minéraux assujettis à une cristallisation inerte absolue , ils ne sont pas aussi parfaits que les animaux, étant privés de la sensibilité et de la loco-mobilité, attributs distinctifs de ces derniers. Ils ont cependant quelques propriétés communes avec eux. La loi que s*est imposée Tauteur de la nature, a été de douer chaque être des facultés nécessaires au maintien de son existence, et à la conservation de son espèce, et de lui refuser les autres, qui ne pourraient que lui être à charge et nuisibles. Or, de quelle utilité seraient aux plantes la sensibilité et la loco-mobilité , si essentielles au contraire aux animaux?

THÈME 269e.

Les Végétaux {suite).

Mais, de quelle admiration ne devons-nous pas être transportés envers le Créateur, lorsque nous voyons la manière dont s'opère la germination! Une graine, un noyau, tombent-ils dans un terrain humide où ils puissent recevoir Tinfluence du soleil, bientôt ils se fendent; par la vertu d'une force particulière dont les a doués l'auteur de la nature, ils

attirent de la terre, des molécules terreuses imperceptibles, et de l'eau, des particules aqueuses dune ténuité extrême; puis ces différentes substances élémentaires s'agglomérant et se combinant dans les germes au moyen d'autres forces qu'ils ont reçues du Créateur, nous voyons la graine produire une plante parfaite, garnie de racines, et dont bientôt la tige se pare de feuilles et de fleurs; et de l'amande du noyau s'élever un arbre immense, affermi par de profondes racines, dont les branches couvertes de feuilles se chargent à l'envi de fleurs et de fruits.

THÈME 270e.

Le platane.

C'est un des arbres les plus grands, les plus élevés et les plus vivaces. Après un long espace de temps, il devient friable dans l'intérieur, et son tronc se chaqge en une matière propre à servir d'amadoué Les scarabées fuient ses feuilles, et quelques oiseaux en placent dans leurs nids, pour en éloigner ces insectes, qu'elles font mourir. On fait cuire sa feuille, après l'avoir lavée, et on l'applique comme emplâtre, avec succès, pour prévenir les fluxions sur les yeux; son écorce, bouillie dans le vinaigre, est utile pour la brûlure et les maux de dents. Son fruit, que Ton appelle djouz alserr (j^i yf>)t -amalgamé avec de la graisse, est un bon spécifique contre la morsure des insectes.

THÈME 271e.

L' hirondelle*

Cet oiseau , sans cesse occupé à fuir les pays froids pour chercher ceux où règne la chaleur, semble suivre le printemps. Aux approches de Tété, l'hirondelle rassemble ses petits, et regagne avec eux le nid qu'elle avait laissé dans une contrée lointaine, et pas un seul ne manque à revenir vers son ancienne habitation. Leurs nids composés de terre et de poil mêlés ensemble, pour qu'ils se soutiennent mutuellement, acquièrent par ce mélange une solidité comparable à celle du lut nommé ItUum sapienii<u (iUJCH ^^j^i^). Une chose digne d'admiration, c'est qu'après avoir construit une partie de leur nid , elles lui laissent le temps de sécher avant d'achever l'autre partie, parce que, si elles le terminaient du premier coup , il tomberait par son propre poids. Une hirondelle désire-t-elle de se construire un nid, toutes les autres lui prêtent leur secours; et lorsqu'il est achevé, elles apportent de l'eau dans leurs becs pour en aplanir l'intérieur, le lisser et en faire disparaître toutes les inégalités. Elles sont dans l'usage de placer des feuilles de rue (^) dans leur nid, afin d'en éloigner les serpents, les mouches et les cousins.

(1) uitcX^Jt.

THÈME 272e.

L'abeille,

Ce petit animal est doué d'une forme gracieuse, qui réunit^ dans ses proportions, l'élégance et la délicatesse. Le milieu de son corps (son corselet) est cubique, son extrémité (son abdomen) conique, et sa tête ronde et aplatie. Vers le milieu de son corps sont disposées six pattes, espacées dans les mênies proportions que les côtés d'un hexagone. Les abeilles obéissent à des rois, dont le royaume passe à leurs enfants par droit d'héritage: car les rois des abeilles n'engendrent que des rois (v^^sx^Uj). Une des merveilles que nous offre ce petit peuple, c'est que le roi ne sort jamais de la ruche; s'il sort, toutes les abeilles le suivent , et les travaux restent suspendus ; et s'il vient à mourir, elles ne font plus rien et meurent toutes en peu de temps.

THÈME 273e.

Babeille (suite).

Le roi est aussi gros que deux abeilles. C'est lui qui distribue les travaux (J^t cj^) entre ses sujets , dont les uns sont chargés de poser les fondements de l'habitation, les autres de construire les cellules, d'autres enfin de fabriquer le miel; et si quelqu'une ne s'acquitte pas bien de ses fonctions, le roi ne la

souffre pas au milieu des autres, mais il la chasse impitoyablement. Il établit aussi un portier qui fait constamment la garde à la porte de la ruche, afin d'en interdire l'entrée à celles qui se seraient posées sur quelque chose d'impur; ce que le portier exécute ponctuellement

THÈKE 274c.

Vaheille [suite).

La forme hexangulaire (iu«JoM^) qu'elles donnent à leurs cellules, est une des merveilles les plus surprenantes de la nature ; et le choix particulier qu'elles ont fait de l'hexagone équilatéral (oi^^UjJLî oL^X^dî), confond l'esprit des mathématiciens. En efiet, les avantages qui résultent pour elles de cette figure, ne pouvaient se rencontrer ni dans le carré («fjJO» ni dans le pentagone (^j*M>i!U')> ni dans le cercle (jJOmUî) lui-même, quoiqu'il soit la figure qui renferme le plus grand espace et la plus parfaite , perfection à laquelle participent celles qui s'en approchent davantage.

L abeille (suite).

Quant au carré, ses angles saillants seraient perdus pour les abeilles, dont le corps est à-peu-près cylin-

drique (jjjou*^); elles ont donc évité cette figure 0X&), pour épargner le vide intérieur qui résulterait de ses angles; et si elles avaient adopté le cercle, il en serait résulté également tout autour de chaque cellule des vides extérieurs sans aucun profit; car nous voyons que, quelque soin que Ton mette à rapprocher entre eux des corps cylindriques (h^jJOmmJI JlXà^O> il est impossible de les faire se toucher par tous les points (j>Jh\jKA ^4ji^ ^): or, de tous les polygones (o^^j bWO possibles, l'hexagone, dont les abeilles ont fait choix, est le seul qui, avec la propriété d'offrir un contact parfait sans laisser le moindre vide entre ses côtés lorsqu'on en assemble plusieurs , embrasse l'aire la plus voisine de celle renfermée dans le cercle. Quoi de plus admirable que cet instinct LL^t) que leur a inspiré la Providence!

THÈME 276e.

JO abeille {suile).

C'est dans les deux saisons du printemps et de l'automne, que leurs travaux sont en activité; on les voit alors recueillir avec leurs pattes, sur les sommités des arbres et la fleur des fruits, une rosée visqueuse (iUJLPOJï oUis Jt) qu'elles emploient à la construction de leurs cellules, et moissonner, avec les mandibules dont elles sont pourvues, la substance la plus délicate des fruits; secret de la nature inconnu

aux esprits les plus subtils. Bientôt par une force concoctriçe (iciuli Htfd) intérieure qui leur est propre, ces diflférents sucs (oLjji?^) se changent en un miel doux et délicieux qui fait leur nourriture et celle de leurs petits i ce qui excède leurs besoins est mis en réserve dans des cellules particulières , dont les ouvertures sont soigneusement fermées avec une pellicule transparente de cire; en sorte que la cire les enveloppe parfaitement de tous côtés, comme on recouvre un vase d un couvercle de papier. C est là la provision pour l'hiver.

THÈME 277e.

JOabeille {suite).

D'autres cellules sont destinées à recevoir leurs oeufs qui y écl^sent, et d'autres enfin leur servent de retraite pour elles-mêmes. Elles ne les quittent pas de tout l'hiver, ni dans les jours froids, pluvieux ou venteux. C'est alors qu'elles et leurs petits ont recours à la provision , dont elles usent en bonnes ménagères, sans souffrir ni dilapidation ni trop de parcimonie. Elles vivent ainsi jusqu'à ce que la terre et les arbres se parent de nouveau de fleurs au retour du printemps; elles vont alors chercher au loin leur pâture, et recommencent les travaux de Tannée précédente, en suivant sans cesse la marche que leur a dictée la nature. Un fait digne de remarque que pré-

sentent les abeilles» c'est que, lorsqu'elles s'aperçoivent qu'on veut leur dérober leur miel, et qu'elles commencent à sentir la fumée, elles se mettent tou^ tes à le dévorer avec une activité étonnante.

THÈHE 278«. V abeille {suite).

On rapporte que les mouches d'une ruche (iuJL:>)y étant devenues malades, les abeilles d'une autre ruche, profitant de leur faiblesse, s'y introduisirent pour les battre et les chasser de leurs cellules, afin de se rendre maîtresses de leur miel; et que le maître des ruches, étant venu à leur secours, les mouches étrangères le piquèrent de leurs aiguillons, tandis que les mouches malades ne lui faisaient aucun mal, comme si celles-ci eussent eu connaissance qu'il ne voulait que les secourir en repoussant leurs ennemis. On prétend que le miel blanc est fabriqué par les jeunes, le jaune par celles qui ont acquis toute la force de l'âge, et le rouge par les vieilles abeilles.

THÈME 279e.

Les animaux aquatiques.

Les animaux aquatiques sont divisés en deux classes. La première renferme ceux qui sont dépourvue

de poumons y tels que les poissons , qui, destinés à vivre sans cesse dans l'eau, n*ont pa$ besoin de cet organe« Dans la seconde sont flacés les amphibies, tels que la grenouille, etc., qui vivant tantôt dans Teau, tantôt à lair, sont doués de poumons. Ceux qui vivent exclusivement dans Teau, n'ont aucun besoin d'aspirer Tair; car le Créateur leur ayant assigné les^ eaux pour demeure, a aussi destiné cet élément à la conservation de leur vie; il leur a donné une nature analogue à celle de Teau, et il a disposé leurs corps de telle manière, que l'impression rafraîchissante de cet élément qu'ils reçoivent, dissipe l'excès de chaleur qui leur nuirait, et tient lieu pour eux de l'aspiration de l'air.

Les animaux aquatiques {suite)*

S'ils sont muets et ne produisent aucun son, c'est encore par la raison qu'ils n'ont pas de poumons, viscère dont ils n'ont pas besoin. La divine sagesse a voulu que tous les animaux eussent un grand nombre de membres, et des organes (o^'bJI) très diversifiés ; et toutes les fois qu'une espèce d'animal manque de quelque organe, c'est que cet organe ne lui est d'aucune utilité: la même sagesse a voulu que chaque animal fût pourvu de membres appropriés au corps

qu'elle lui a donné, d'articulations propres à exécuter les mouvements auxquels il est destiné, et de téguments capables de préserver son existence des choses qui pourraient lui nuire.

THÈME 28le.

Les animaux aquatiques (suite).

Elle a en conséquence revêtu le corps des animaux marins, ou de coquilles solides contre lesquelles s'émoussent les pointes les plus dures, ou d'écaillés ou d'autres enveloppes propres à les défendre contre les divers accidents auxquels ils sont exposés. Elle en a muni plusieurs de nageoires et de queues, au moyen desquelles ils fendent londe avec une rapidité égale à celle de Toiseau qui vole dans les airs; et comme il entrait dans ses desseins que les uns servissent de pâture aux autres, Elle a doué les premiers d'une fécondité prodigieuse. Honorons donc Celui dont les œuvres proclament la toute-puissance.

{Extrait du livre des Merveilles de la nature par Kazouini^ traduction de M, Chézy. — Chrestomathiê arabe de S. de Sacy)

THÈME 282e.

Le son.

Le son est un mouvement vibratoire, imprimé aux molécules des corps, qui se transmet à Touïe et que nous percevons par cet organe. On peut citer de nombreuses expériences à Tappui de cette définition: Si nous remplissons d*eau à moitié un verre de cristal, et si après avoir mouillé nos doigts nous frottons les bords du verre jusqu'à ce qu'il produise un son, nous voyons à ce moment l'eau s'agiter un peu; cela provient uniquement du mouvement vibratoire de ses molécules.

THÈME 283e.

Le son {suite).

Si nous frappons une cloche ou tout autre corps jusqu'à ce qu'il produise un son, et si nous le touchons avec les doigts, nous sentons parfaitement les mouvements de vibration imprimés à ce corps.

Si, sur une corde tendue, nous promenons un archet, elle vibre, et, de ce mouvement vibratoire résulte un son que nous entendons.

Si nous frappons un diapason avec un corps dur, ses molécules sont ébranlées, et il résulte des vibrations imprimées un son prolongé. Si nous approchons ensuite ce diapason de notre visage, nous sentons

de légères poussées de l'air causées parles vibrations; si nous prenons entre nos dents la poignée de Tinstrument, nous sentons fortement son mouvement vibratoire.

THÈME 284e.

Le son {suite).

Si nous fixons à Tune des extrémités du diapason un morceau de métal taillé en pointe, et si nous le passons à la surface d'une plaque de verre recouvert de noir de fumée, il tracera des zigzags qui prouvent l'existence des vibrations et l'ampUtude de chacune d'elles indiquée par la longueur de chacun de ces zigzags.

De ces expériences et d'autres analogues, il résulte que sous l'influence d'un choc, les molécules des corps vibrent. Le son est le résultat de ces vibrations. Le corps vibrant qui rend un son s'appelle sonore. Le corps qui transmet à Toreille le son, et qui est l'air le plus souvent, se nomme milieu conducteur.

Si nous frappons une cloche , la cloche est le corps sonore et l'air le milieu transmetteur ou conducteur.

THÈME 285e.

Vitesse du son dans Pair,

Plus la distance entre nous et le corps sonore est grande, plus le son met de temps à nous parvenir.

Si nous nous arrêtons près d'un homme en train <le couper du bois, nous entendons le bruit de la cognée au moment même où elle frappe la bûche; mais si nous nous éloignons de l'ouvrier, nous voyons d'abord la cognée frapper le bois et nous n'entendons le bruit qu'elle produit qu'un peu après.

Si l'on tire un coup de canon à nos côtés, nous voyons la lueur en même temps que nous entendons le bruit du coup; si le coup est tiré loin de nous, nous voyons la lumière d'abord et nous n'entendons le coup qu'ensuite, parce qu'il faut au bruit un certain intervalle de temps pour parvenir jusqu'à nous, tandis qu'il n'en est pas de même de la lumière.

THÈIEE 286e.

Vitesse du son dans Pair (suite).

On a trouvé par l'expérience que la vitesse du son dans l'air était de 1090 pieds par seconde, lorsque Tair est à la température de la glace fondante (32** JFahrenheif),

La vitesse du son croît en raison de l'élévation de la température de l'air, parce que la chaleur diminue

la densité de l'air. Cest pour cette raison que le son se propage avec une vitesse plus grande pendant les journées chaudes que pendant les jours de froid.

{Extrait de V ouvrage intitulé KÂ^JLsJt ^ '»-^^ U*3>/-^^ XAjtAAbit. Premières leçons de physique par Madame Aline Jackson y Beyrouth 1881, traduction inédite de M. de Calassanti Motylinski,)

Note, Je ne résiste pas au {Saisir de faire connaître à nos jeunes arabisants de rAlgérie un extrait du bel ouvrage de Madame Aline Jackson , en leur donnant ci-après le texte arabe qui concerne le son et la vitesse du son dans fair. Le traité que l'auteur intitule modestement «Premières leçons de physique», est digne de prendre place dans nos bibliothèques à côté de nos meilleurs ouvrages scientifiques modernes. Jamais la science arabe n'avait parlé un langage plus clair, plus rigoureusement correct. Madame Aline Jackson nous prouve que la connaissance profonde d'une langue vient à bout de toutes les difficultés, et son admirable traité de physique démontre victorieusement que le die* tionnaire arabe est suffisamment pourvu de termes pour se mouvoir à Taise dans le domaine des sciences abstraites y et exprimer, sans défaillance, tout ce que l'intelligence humaine a produit dans ce siècle en fait d'inventions et de découvertes.

A. MOULIÉRAS.

Texte des Thèmes 282c, 283e, 284e, 285« et 286«.

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