Cours pratique de l'art épistolaire
« La meilleure théorie de Tart sera toujours Fétude des grands modèles. » (La Harpe.)
« Il est certain qu'on ne peut faire des progrès qu'autant que l'art de composer et de décomposer se réunissent dans une même méthode. » (Conditlao.)
Si (l'art épîstolaire ne devait répondre qu'aux besoins matériels de Thomme, s'il se bornait aux lettres d'aflfaires, il ne réclamerait pas un bien long apprentissage, aujourd'hui surtout que la multiplicité des correspondances, due à l'immense extension du commerce, a fait adopter un laconisme qui semble exclure toutes les qualités du style, hormis la clarté.
Mais à côté, ou pour mieux dire, au-dessus de la yie matérielle, vient se placer la vie de l'esprit et du cœur.
Être social avant tout» Thomme a des besoins intellectuels et moraux, destinés à répandre du charme isur son existence et sur celle de ses semblables. Alléger les ennuis de Fabsence en donnant une marque de souvenir à une personne qui nous est chère ; nous affliger avec un ami malheureux, faire naître dans son cœur une espérance et demander à notre tour des consolations ; saisir le retour d'une époque solennelle, pour renouveler à des parents bien-aimés ou à un bienfaiteur l'expression de nos sentiments d'amour et d« reconnaissance ; réclamer ou donner des conseils salutaires; embellir, par une correspondance affectueuse et intime, les mille petits faits de la vie commune : tels sont quelques-uns de ces besoins impérieux de notre nature.
De là des lettres d'amitié, de compliments, de félicitations, de condoléance, de demande ou de remerciement, de conseils, de reproches et de plaintes, d'excuses ou de justification, etc., etc.
Méconnaître cette réciprocité de droits et de devoirs, c'est ne pas comprendre le rôle que nous sommes appelés à remplir ici-bas, c'est renoncer aux douceurs de l'amitié, à cet échange d'idées et de sentiments, à la fois si salutaire pour l'esprit et si consolant pour le cœur. Négliger l'art de la correspondance, c'est enfin manquer au respect de soimême en donnant une idée défavorable de son intelligence et de sa sensibilité.
En effet, lorsque vous recevez une lettre d'une personne qui vous est inconnue, ne vous arrive-t-il pas souvent d'examiner tous les détails de cette lettre avec une atten-> tion minutieuse, et de vous former, sur ce seul indice, une opinion plus ou moins avantageuse de son éducation et de son caractère ?
Et ce n^est p^ sans raison ; car, quoi qa*on fasse, on en revient -toujours ài'avis de Bufifon:: c Le^tyle est J'homme même. » Écrire avec naturel, avec simplicité-, et en observant les convenances, voilà la marque la plus certaine d'une bonne éducation.
De rimportance du genre résulte celle d'un traité pror tique où Ton puisse se former dans Fart épistolaire.
Nous nous sommes livré à un examen sérieux de la plupart des livres qui traitent de cet art.
A côté d'une foule de manuels sans valeur, qui n'offrent qu'une théorie stérile et des modèles d'un choix peu sévère, nous avons rencontré quelques rares ouvrages d'un mérite réel, tels que ceux de Sommer, de Bescherelle, de Lepetit, d'Abrant, et Surtout de Philippon de la Madelaine. Toutefois, malgré une supériorité littéraire incontestable, le manuel de ce dernier auteur ne nous semble pas répondre " aux besoins de renseignement.
Il contient un choix judicieux tîe modèles, tirés des meilleurs écrivains épistolaires ; mais il se borne à les reproduire, sans indiquer à l'élève l'usage qu'il en doit faire. La lecture de ces chefs-d'œuvre est sans doute très-recommandable, mais pour que cette lecture soit jefficace, il faut des conseils pratiques qui la dirigent. Seule et sans guide elle est ordinairement peu féconde.
Un manuel de style ipistt)laire doit enseigner à l'élève la manière de faire une lettre, et l'initier aux secrets de la composition. Or, ce but ne nous parait pas avoir été atteint.
Nous avons donc tenté d'accomplir cette tâche, et voici nos principes et notre plan.
La première règle essentielle pour bien diriger les exercices de composition, c'est déformer Vimagination par le