DES LETTRES DE BONNE ANNÉE
Premier exerelee : Analyse de modèled*
P' Modèle.
.^i™* de Sévigné ati comte de Btissi,
« Bonjour, bon an, raon cher Comte : que cette année vous soit pÎHs heureuse que celles qui sont passées ; que la paix, le repos et la (tante vous tiennent lieu de toutes les prospérités que tous n*aves pas et que vous méritez; enfin, que vos jours soient désormais filé* (l'or et de soie. »
Le premier travail à faire, c'est de résumer. Or voici à quoi peut se réduire cette lettre : M""" de Sévigné souhaite à son cousin, le comte de Bussi, une année plus heureuse que les précédentes.
Et ce souhait que renferme-t-il? paix, repos, santé. Voilà sur quoi portent généralement nos vœux de bonne année, quelle que soit la personne à qui nous les adressons.
Mais, si une lettre de nouvel an se résumait toujours en un souhait vague et général, si elle ne sortait pas du cercle des banalités qui peuvent se débiter à l'adresse de tout le
IcT HoDBLB : 1. Lisez attentivement la lettre de M™e de Sévigné au comte de Bussi. — ^2. Résumez cette lettre, c'est-à-dire, réduisez-la à sa plus simple expression. — 3. Que renferme le souhait qu'elle àdrssse à son cousin, et sur quoi portent généralement tous les vœux contenus dans les lettres de bonne année ? — 4. Peut-on se borner
monde, elle n'aurait qu'une bien faible valeur aux yeux de la personne qui la reçoit. Il faut donc qu'elle présente des détails particuliers aux relations des personnes entre qui les vœux s'échangent. La lettre que nous avons sous es yeux nous en offre un exemple : « que cette année vous soit plm heureuse que celles qui sont passées ; que la paix, le repos et la santé vous tiennent lieu de toutes les prospérites que vous n'avez pas. »
« Et que vous méritez si bien » , ajoute- t-elle, en rendant un hommage délicat aux qualités du comte de Bussi.
La dernière phrase répète, sous une nouvelle forme, les souhaits de bonheur déjà exprimés : a Enfin que vos jours soient filés d'or et de soie; » expression proverbiale qui rend la pensée d'une manière gracieuse et riante.
Cette petite lettre porte un cachet remarquable de simplicité : « Bonjour, bon an. » Elle est écrite dans le ton familier, comme le réclament du reste les liens de parenté ; « mon cher comte. »
Les deux modèles suivants contrastent avec celui que nous venons de citer, au point de vue des détails particuliers puisés dans la situation de la personne à qui l'on s'adresse.
dans ce» lettres à des banaUtés? — 5. Que faut-il de plus? — 6. La lettre de M">e de Sévi^né sort-elle des banalités? — 7. Quels sont les détails qui lui donnent un cachet tout particulier, et qui font qu'elle convient spécialement au comte de Bus*i et ne convient qu'à lui? — 8. y Toycz-vous un hommage rendu aux qualités du comte ? — 9. Prouvez que la dernière phrase répète, sous une nouvelle forme, des souhaits déjà exprimés? — 10. « Des jours filés d*or et de soie f » dites cela d'une manière plus simple. — 11. Cette expression proverbiale embellit-elle la pensée? — 12. Y a-t-il de la simplicité dans cette lettre? — 13. Dans quel ton est-elle écrite, et pourquoi?
II* Modèle.
Fléchier à Ji"* de C*\
« On n*a qu*à vous souhaiter des années. ItTadame, on est assuré q nielles commencent, qu* elles finissent, qu'elles se passent heureusement. Vous usez du temps et de la santé que Dieu tous donne, d'une manière à vous en attirer la continuation. »
Résumé : Fléchier souhaite à M"* de C*** la continuation du bonheur dont elle jouit.
Ici donc on s'adresse à une de ces existences privilégiées qui ne connaissent que le bonheur; là, on souhaitait du calme à une personne accablée par l'infortune.
A part ce contraste de situation, il se présente une autre différence, qui a sa source dans l'esprit sérieux et élevé de celui qui adresse ses vœux. C'est Fléchier qui écrit, qi la manière à la fois délicate et profonde dont il conseille la pratique de la vertu est digne de son caractère sacerdotal. « Vous usez, dit-il, du temps et de la santé que Dieu vous donne, d'une manière à vous en attirer la continuation. » Éloge du passé, qui sert de conseil et d'encouragement pour l'avenir.
Ces sentiments religieux se produisent sous une forme plus grave et plus profonde dans une autre lettre à M""' de Caumartiu, où l'illustre prédicateur subordonne ses souhaits de bonheur terrestre à ceux du bonheur céleste, en y joi-
n« HoDÀis : 1. Lisez avec attention cette petite lettre de Fléchier et résumez-la. — 2. Ce modèle diflfère-t-il du précédent, au point de vue des détails puisés dans la situation de la personne à qui l'on écrit? Faites ressortir ce contraste. — 3. Une autrs différence se présente-t-elle aussi dans le earactère de celui qui écrit ? — 4. Y a-til des pensées morales dans cette lettre? Cela est-il naturel ? — 5.
gnant le conseil d'user de Tun pour mieux parvenir à Tautre : t Je vous souhaite, à ce renouvellement d'année, » Madame, tout ce qui peut contribuer à votre satisfaction » et à votre repos. Notre vie s'écoule insensiblement, et il » ne nous reste de ce temps qui passe, que les moments qui » nous seront comptés pour l'éternité; nous ne devons dé- » sirer de vivre que pour accomplir ce que Dieu demande » de nous, et la tranquillité de la vie doit être regardée » comme une grâce et une bénédiction de douceur qu'il » répand sur nous, et qui nous engage à le servir avec plus » de fidélité. »
IIP Modèle.
Voltaire à M, de Richelieu.
« Je vous souhaite de bonnes et belles années, c'est-à-dire c<'Heii auxquelles vous êtes accoutumé , Monseigneur; et je m'y pn nds tout exprès un peu à l'avance, car vous allez être accablé do lettres dans ce temps-là. »
Résumé : Je vous souhaite la continuation du bonheur que vous possédez.
Cette petite lettre est toute de circonstance ; les souhaits ont un caractère tout particulier, inspirés qu'ils sont par la position de la personne à qui ils s'adressent.
IV Modèle.
i/"** de Sévigné à sa fille, le 1";our de l'an 1676.
* Nous voila donc à l'année qui vient! comme disait M. de Montki*
Citez une autre lettre du même écrivain qui offre de la ressemblance avec celle-ci pour les idées morales et reli^jieuses.
llle MoDfcLB : l. Lisez cette lettre et résumez-la. — 2. Les souhaitr se présentent-ils ici sous une forme particulière et en rapport avec h. position de la personne à qui ils sont adressés?
IVt-' Modèle : 1 . Lisez ce modèle pour le réduire à sa plus simple
ton. Ma Ircs-cîière, je vous la souhaite heureuse ; et si vous croyci que la continuation de mon cmitic entre dans la composition de ce bonheur, tous pouvez y con»pter sûrement. »
Réàvmé : M"* de Sévigné souhaite à sa fille une année lieureuse et Fassure de sa tendresse.
L'idée simple est ici comme toujours, souhaits de bonheur.
Ce qu'il y aura de particulier sera puisé dans les relations qui existent entre la personne qui écrit 4a lettre et celle qui la reçoit. Or, c'est une mère qui parle à sa fille. Les» pensées refléteront par conséquent quelque chose de tendre et d'affectueux, surtout sous la plume de M"** de iSévigné dont nous connaissons Tincomparable tendresse pour sa fille, i Je vous souhaite, lui dit-elle ailleurs, une heureuse année, et dans ce souhait je comprends tant de choses que je n'aurais jamais fait si je voulais vous en faire le détail. » C'est le même souhait sous une autre forme, et c'est toujours la même sollicitude maternelle.
V« Modèle.
Le chevalier de St-Véran à M*'\ ministre et secrétaire
d'État,
Monseigneur, « Aussïtôt que Tannée recommence, chacun a grand soin de reoom-
expression. — 2. Quelle est l'idée simple et générale de la lettre? — 3. Où doivent être puipés les détails particuliers qui s'écartent du banal? — 4. Pourquoi cette lettre esl-elle affectueuse et pleine de tendresse ? — 5. Citez une autre lettre de M"»» de Sévigné, qui présente les mêmes sentiments et les mêmes souhaits sous une autre forme.
V« SIoDiLE : 1. Lisez très-attentivement cette jolie composition
menccr ses vœux. Vous comprenez bien que je ne mo suis pas oublié ; j'ai prié le ciel fh me continuer toujours l'honneur de votre protection : je ne vois rien au-dessu9.
Vous serez surpris, Monseigneur, que je paraisse penser si peu à vous, tandis que je pense si fort à moi. ^tais quels rœir fcraiH-jc pour tousi La gloire file tous vos moments ; et le ciel vous doit des années pour l'intérêt et pour le bonheur de la France. »
Résumé : Le chevalier de S*-Véran présente ses vœux à son protecteur, M***.
Cette lettre ressemble, pour le fond, à toutes celles qui ont rapport à la même circonstance. Seulement la forme, toute spirituelle, s'écarte de la manière ordinaire don» les souhaits sont exprimés.
Le chevalier de S*-Véran s'adresse à son protecteur, ministre et secrétaire d'État, homme puissant, favori de la fortune et de la gloire. Il lui semble donc qu'il n'a rien à lui souhaiter. Aussi ses vœux out-ils un caractère tout personnel.
Il ne dit pas : je ne imis ai pas oublié, mais : je ne me suis pas oublié ; manière ingénieuse et délicate, pour un protégé, de dire que son bonheur dépend de celui de son protecteur. « J'ai prié le ciel de me continuer toujours l'honneur de votre protection. » C'est là une bien grande raison pour faire croire à la sincérité de ses vœux.
Mais il fallait justifier un souhait en apparence égoïste :
épistolaire du chevalier de St-Véran. — 2. Héduîsez sa lettre à l'idée simple. — 3. Ressemble-t-elle, pour le fond^ toutes les lettres de bonne année? — 4. En est-il de même de ia forme? — 6. A qui s'adresse le chevnlier, et qu'en résulte-(-il pour les souhaits qu'il doit faire? — 6. « Je ne me suis pas oublié. • Pourquoi ne dit-il pas : Je ne vous ai pas oublié? • — 7. Donne-t-il une bonne raibon pour faire croire à la sincérité de «es voeux ? - $. Mais son souhait q'est^il pas
« Vous serez surpi^is, Monseigneur, que je paraisse penser si peu à vous, tandis que je pense si fort à moi. » La position "illustre de son protecteur lui suggérera aussitôt une excuse aussi spirituelle que flatteuse : « Quels vœux, feraije pour vous? La gloire file tous vos moments, et le ciel vous doit des années pour l'intérêt et pour le bonheur de la France, » A ses yeux, tous les vœux seraient superflus pour une existence si pleine de gloire et si précieuse : finale qui couronne dignement ce petit chef-d'œuvre de courtoisie. Quant au ton plein de déférence et de respect qui règne dan* cette lettre, il est commandé par les obligations du protégé envers son protecteur.
VI* Modèle. lf"« de Simiane à M*** 1732.
« J'ai si peur que \ous me souhaitiez la bonne année le premier, que je me dépêche de faire mon compliment. Le voici : bonjour, bon an, Monsieur, et tout ce qui s'en suit. Voilà mon affaire faite et trè»bien faite, je le soutiens ; car trois mots qui viennent d'un cœur bien sincère et bien à vous valent un trésor. Bivertissez-vous à présent à Tourner joliment votre réponse et vos souhaits, cela ne m'embarrassera point et me fera grand plaisir ; je vous pillerai et ferai mon proiàt de ce que vous me ditei.
Adieu, Monsieur, que je vous plains ces jours-ci! •
Résumé : M""* de Simiane fait à M*** ses souhaits de bonne année, souhaits qu'elle lui adresse par anticipation afin de ne pas être devancée par lui.
éîîoïste? — 9. Commeirt s'y prend- il pour se le faire pardonner? Ne trouve*t-il pas son excuse dans la position illustre de son protecteur ? Citei la phrase qui renferme son excuse et sa justification. — 10. Le compliment final couronne-t-il dignement ce petit chef«d'œuvre ? — 11. Quel est le ton qui règne dans cette lettre et pourquoi? VI« Module : Lisez et résumez. — 2. Quelle est l'idée simple, iei
C'est toujours le même fond : souhaits de bonheur. Et ses souhaits sont exprimés ici de la manière la plus courte et la plus simple : c JBon jour, bon an, et tout ce qui s'en suit.»
Cette simplicité, ce laconisme, peuvent servir de type, et M"*' de Simiane s'est plue à nous en donner elle-même le précepte : i Trois mots qui viennent d'un cœur bien sincère valent un trésor. »
Mais tout cela est relevé par un badinage spirituel et délicat : c'est l'amitié qui dicte ces vœux sous une forme familière et gracieuse. La raillerie douce et fine qui termine la lettre nous représente M*** s'évertuaut à trouver «né réponse et donnant à M"' de Sémiane l'occasion de profiter des choses spirituelles qu'il lui dira pour faire ses autres souhaits : t Divertissez-vous à présent à tourner
joliment votre réponse je vous pillerai et ferai mon
profit de ce que vous me direz. »
N. B. Après avoir analysé ces modèles avec les élèves et avoir exercé ceux-ci à distinguer le particulier du général» voici quelques autres modèles sur lesquels ils pourront faire, à leur tour, des exercices du même genre.
Les questions posées au bas de la page les guideront dans la rédaction des réponses^ qu'ils seront tenus de produire par écrit.
«omine toujours t — 3. Les souhaits proprement dits y sont-ils exprimés avec nmpUcité et avec brièveté^ — 4. Citez une phrase de cette lettre qui peut être considérée comme un précepte. — 5. La forme familière et badine de cette lettre convient-elle ici ? — 6. Faite» comprendre la raillerie qui la termine.
Deuxième exei elee. — Modèles h faire analyner par le« élèves.
I" Modèle. i/*"® de Sévigné au comte de Bussiy 1689.
« Je commence par vous souhaiter une heureuse année, mon cher cousin : c'est comme si je vous souhaitais la continuation de votre philosophie chrétienne; car c'est ce qui fait le véritable bonheur. Je ne comprends pas qu'on puisse avoir un moment de repos en ce monde, si l'on ne regarde Dieu et sa volonté, oii par nécessité il faut se soumettre : avec cet appui, dont on ne saurait se passer, on trouve de la force et du courage pour soutenir les plus grands malheurs. Je vous souhaite donc, mon cousin, la continuation de cette grâce : c'en est une, ne vous y trompez pas ; ce n'est point dans nous que nous trouvons cette ressource. »
W MoDBLB : I . Réf umoz cette lettre. — 2. Prouvez que, pour le foud, eUe a de la reasemblance avec toutes les lettres de bonne année. — 3. Pappclez-vous la lettre de M"»o de Sévigné au même (modèle I, page 62.) et voyez si elle pouvait adresser au comte de Bussi des souhaits sembliibles à ceux que Fléchier adresse à RIad. de C*** (mod. II, page 64.) ou Voltaire à M. de Hichelieu (modèle lll, page 65); en d'autres termes pouvait-elle lui souhaiter conh'nuniion de bonheur? —
4. A défaut du bonheur d'ici bas, quel vœu for:ne-t-clle pour lui? —
5. Ce souhait a>t-il quelque valeur? Prouvez'le par ses paroles mclues. — 6. • Je ne coinprcuda pa.t^ etc. » Ces mots ne révèlent-ils pas des sentiments profondément religieux? — 7. Cette phrase et lea auivautes ne développent-elles pas la même pensée : bonheur qui résulte de la philosophie chrétienne ou de la résignation dans la volonté de Dieu? Montrez cela dans les détails. — 8. Comparez ces pensées morales à celles qui sont exprimt'es dans la lettre do Fléchier, (modèle II, pa^e 64.) M»"© de Sévigné prêchant la résignation chrétienne ne se propose-t elle pas un but aussi noble que Fléchier cod<p «cillant le bon usage de la prospérité ?
II* Modèle.
i/"* d'Haut,,, à sa mèiw
« Je viens, ma chère maman, de faire, avec mes compagnes, la visite du jour de Tan à la respectable fondatrice de cette maison. L'étiquette et la reconnaissance nous a conduites auprès d'elle.
Un sentiment plus doux, plus tendre, plus fort et bien plus durable, car il ne finira qu'avec ma vie, me ramène à vous, chère et bonne maman ; je vous souhaite la santé, je vous souhaite des joui-s heureux, je vous souhaite tout ce que vous pouvez désirer, je vous souhaite, enfin, autant d'années qu'il se débite en ce jour de dragées et de mensonges.
C'est à la simple et franche vérité que je rends hommage, quand je vous assure que je vous aime, que je vous adore,
U** Moi;ELB : l. Réduisez cette lettre & sa plus simple expression. — 2. M^'ed^Uaut. ... adre.s8c*t-elle des souhaits à sa mère de» la première pbrase de sa lettre? que lui raconte-t elle? — 3. Sa visite à la directrice et la manière dont elle la raconte prouvent-elles un cœur bien placé? — 4. • Véliquelte et la rccunnaiaaattce; • pouvait elle 60 borner à dire que c\ tait l'éfiquelte seule qui Tavait portée h faire cette démarche? — 5. Comparez entre elles Ifs expressions qu'elle emploie quand elle parle de la directrice, et celles que li\i inspire l'amour filial, et juj^ez d'après cela si les premières ne servent pas à faire ressortir mieux encore les secondes, dans lesquelles se réHètent les sentiments les plus affectueux et les plus tendres. — 6. Quels sont les souhaits qu'elle fait pour sa mère? — 7. Sa lettre resdemble-telle, par ce côté, à toutes les lettres de nouvel an? — 8. Le lau^nge de la jeune pensionnaire respire-t-il la franchise et la simplicité ? cela convenait-il? — 9. Exprime-t-elle d'une manière à la fois vivo et délicate TaOection qu'elle roue à sa mère? Trouvez-en la preuve dans ces paroles : « // H*esl pour moi point do bonheur sans le cotre.
qu'il n'est pour moi point de bonheur sans le vôtre, que je ne supporte votre absence et les ennuis de la retraite, qu'afin de me rendre digne de vous, et de vous faire trouver un jour votre meilleure amie dans la plus respectueuse, la plus reconnaissante et la plus tendre des filles. »
MODÈLES DE LECTURE
Le dievalier de St-Véran à i/"" la marquise de *", 1753.
« Des compliments , des étrennes , des vœux , c'est , Madame, toute la monnaie du jour; mais comment avec cela> puis-je m'acquitter à votre égard? Des compliments, vous en méritezsans doute plus que personne : il n'y a qu'un petit malheur, c'est que votre modestie vous les fait toujours refuser; je pourrais ajouter aussi que je n'ai pas le talent de les bien faire. Pour des étrennes, ce n'est pas sans doute à moi d'en offrir à celle que la fortune a comblée de ses dons. Il ne me reste que de» vœux, et ceux que je fais pour vous. Madame, sont les plus sincères et les plus étendus ; ils n'ont de terme que votre mérite et mon respect : l'un et r^iutre sont infinis. »
etc. » — 10. te détail tuifant n'est-il pas emprunté à la situation actuelle et particulier!) de celle qui écrit : • Je ne supporte voire afraence, etc.? » — II. C'est uoe pensionnaire qui écrit; se laisae*t-elle aller a de longues plaintes sur le chagrin qu'elle éprouve d'être sépa* rée de sa mère, ou bien ne prouve-t-elle pas plutôt qu'elle fait usage de sa raison en appréciant les avantages qu'elle doit retirer de cette séparation momentanée ? — • 12. Quels sont les fruits qu'elle espère en recueillir? voyei-vous percer dans ces détails mêmes toute sa tendresse ûliale?
Rousseau à M. Crouzas.
« Je suis assez malheureux, Monsieur, pour ne pouvoir vous marquer toute ma sensibilité autrement que par des vœux stériles ; mais les cœurs faits comme le vôtre sont plus aisés à contenter que le vulgaire, et Tamitié dont ils font le plus de cas n'est pas toujours la plus utile. C'est sur ce principe que j'ose me flatter, Monsieur, que les vœux sincères que je fais pour vous au commencement de l'année où nous entrons, seront aussi bien reçus que si leur accomplissement dépendait de ma volonté. Rien ne m'est plus cher que l'amitié dont vous m'honorez, et celle que je sens pour vous m'en fait de jour en jour sentir le prix. »
M. de Fénélon à Jllf"*« de Lambert.
c Puisque vous aimez à faire du bien et que vous savez le faire si à propos, je souhaite de tout mon cœur, Madame, que vous ayez le plaisir et le mérite d'en faire longtemps. On ne peut vous désirer plus de prospérités et de bénédictions que je vous en désire, et le souhait que je forme pour moi dans cette nouvelle année, c'est que vous m'y honoriez de la continuation de vos bontés et que vous ne doutiez point du respect avec lequel je suis fortement et pour toute ma vie votre, etc. »
M. Caraccioli à M**\
c Les années en se renouvelant ne font que mettre un sceau à mon amitié. Je n'ai rien à vous souhaiter, parce que vous avez tout. Je n'ai point de compliments à vous adresser, parce que vous êtes au-dessus des éloges. »
Mirabeau à M. le marquis de Marignan.
c J'ose espérer que vous ne désapprouverez pas qu'au rcuouvellement de Tannée je vous apporte Thommage de mes vœux et de mes souhaits pour vous. II ne manquerait rien à votre bonheur s'ils étaient exaucés, il ne manquerait rien au mien, si j'étais assez heureux pour pouvoir y contribuer, et vous donner les preuves les plus efficaces et les plus touchantes de mes sentiments et du tendre et profond respect arec lequel je suis, etc. »
^"*« de Maintenon à sa nièce.
«Bon jour, bon an, ma chëre nièce. Je vous souhaite de tout mon cœur une augmentation de piété, de raison et de santé. Est-il de plus grands biens? •
VoltaU^e à l'impératrice de Russie.
<i Le public fait des vœux pour votre prospérité, vous aime et vous admire. Puisse Tannée 1770 être encore plus glorieuse que 1769. •
VIIÏ.
Le même à Frédéric.
« Alcide de TAllemagne, soyez-en le Nestor : vivez trois âges d'homme, t
Le même à d'Argental.
€ Je vous souhaite la bonne année, mon cher ange; les années heureuses sont faites pour Vous. %
Apres avoir étudié ces modèles choisis dans les meilleurs écrivains épistolaires, tâchons d'en feire sortir les jor^epto.
Trouvées par Télève lui-même, les règles se graveront plus profondément dans sa mémoire ; ce sera en outre un moyen efficace de rendre Tétude attrayante.
N'imposez jamais aux élèves des règles qu'ils ne puissent contrôler, vérifier. En suivant une voie contraire, vous leur apprendriez à se contenter d'une connaissance superficielle, et, en les habituant à ne comprendre qu'à demi, vous auriez bientôt fait naître dans leur cœur le dégoût des
études.
Préeepte0«
Quelle» sont les qualités communes que nous avons découvertes dans tous ces modèles?
a. Le même fond, la même idée dominante : souhaits de bonheur, de santé, de longue vie, qui se résument en la simple et vieille formule toujours admise entre amis et voisins : Je voiis souhaite une bonne année^ une parfaite santé et toutes sortes de prospérités,
b. La simplicité, qui convient au langage du cœur. Si parfois même la pensée est grande et profonde, que l'expression soit toujours simple. Nous avons vu un exemple frappant de l'union de cette grandeur et de cette simplicité dans la lettre de Fléchier à W^' de C*** (Modèle II, page 64.)
Soyez donc toujours simple et naturel dans vos souhaits ; faites voir que vos vœux sont moins sur le papier que dans votre cœur.
c. La brièveté qui prévient l'ennui et qui est une règle
importante dans nn genre où les fadeurs sont si communes et si fastidieuses. (1)
Mais seules ces qualités ne suffisent point : il faut dans chaque lettre quelque chose de particulier, suggéré par les rapports qui existent entre nous et la personne à qui nous écrivons r
C'est là que se trouvent et la difficulté et le mérite d'une composition épistolaire. c Comment Êiites-vous, demandait M"*' de Simiane, comment faites-vous pour rendre si agréable un compliment si commun, si trivial, si répété? t — C'est, répondrons-nous, que son ami savait donner à sa pensée une forme nouvelle, découvrir des rapports nouveaux, saisir Fà-propos, le particulier. (4)
Chacun doit, avant de prendre la plume, considérer les relations qui existent entre lui et la personne à qui il s'adresse. (3)
Un fik exprimera à ses parents son amour fib'al et le désir d'obtenir la continuation de leurs bontés ; il leur parlera de son tendre attachement et fera des vœux ardents pour leur conservation. (4)
Un élève, écrivant à ses maîtres, qui remplacent auprès de lui ses parents, tiendra de même un langage plein de déférence et d'affection. Il leur donnera l'assurance de son
1. QueH* s sont les qualités communes que présentent les modèles analysés? — a. Ont- ils le même fond, la même idée dominante? En quoi peutent-ils tous se résumer? — b. Pourquoi faut-îl de la simplicité dans les lettres de boone année? Quand la pensée est grande et profonde, peut-elle revêtir une forme simple? — c. La 6rtVr0/e estelle aussi une qualité indispensable? — 2. Ces qualités communes et générales suffisent- elles? Que faut-il de plus? — 3. Quelle est donc lu réflexion quechacun doitse faire ayantde se mettreàéciirc ?-4. Cem>
ï'espectueux dévouement, et, plein de reconnaissance, il leur souhaitera une vie longue et prospère, (5)
Le protégé fera parler sa reconnaissance. II souhaitera la prolongation des années de son bienfaiteur ; et à ces souhaits il joindra de vives protestations de dévouement pour continuer à mériter les mêmes faveurs. (6)
Entre amis et égaux il faut des souhaits pleins d*une franche cordialité. Ces lettres comportent même le badinage, une douce et fine plaisanterie, et \e.ton qui y règne est celui de la familiarité, de la liberté, du tout-dire* (7)
D'autres fois, mais plus rarement, les souhaits peuvent prendre une teinte sérieuse et morale. L'année qui s'écoule et Tannée qui s'ouvre font naître des réflexions sur la rapidité de la vie, « ce grand fleuve, ce torrent, qui nous entraine tous vers cet Océan des âges où tout s'abîme sans retour. • Et là s'ouvre un vaste champ aux idées fortes et consolantes empruntées à la morale, à la religion.
Le style sera plus soigné, plus noble, mais sans s'écarter de la simplicité. (8)
Pour résumer ces préceptes généraux et partiadiers, disons qu'une lettre de bonne année doit exprimer des souhaits de bonheur sous une forme qu'enseigne la réflexion et qui varie d'après nos relations sociales. (9)
Un point ordinairement peu observé, mais qui a pourtant son importance, c'est la date à laquelle il convient d'écrire une lettre de nouvelle année.
ment devra être conçue la lettre d'un tils à ses parents? — 5. D'un élève à ses maîtres? — 6. D^un protégé à son protecteur? — 7. Comment doit-on écrire à des amis, à des égaux?— 8. Une lettre de bonne année peut-elle parfois prendre une teinte sérieuse et morale ? Quel est le style qui lui convient alors? Peut-il s'écarter de la simplicité? c— j^.QueUe conclusion peut<pon tirer de tous ces préceptes ^éiterati^ et
Expédier sa lettre de façon qu'elle arrive au commencement de Tannée, telle est la règle que dicte le seul bon sens. Il est permis d'anticiper sur la date, mais jamais, sans motifs puissants, on ne peut la passer, surtout lors* qu'on écrit à des supérieurs. Quelle que soit du reste la personne à qui Ton s'adresse, on est obligé, en ce cas, de donner un mot de justification, t J'ai laissé passer, dit Rousseau au marquis de Mirabeau, le temps des sots compliments dictés non par le cœur» mais par le jour et par l'heure, et qui partent à leur moment comme la détente d'une horloge. Mes sentiments pour vous sont trop vrais pour avoir- besoin d'être dits, et vous les méritez trop bien pour manquer de les connaître. • (10)
Dans les exercices de composition qui vont suivre, le travail de l'élève sera précisément l'inverse de ce qu'il a été pour l'étude des modèles. Jusqu'ici il a analysé, défait, décomposé, maintenant il essaiera de refaire, de reconstruire, de composer.
EXERCICES DE COMPOSITION
i. Sujet : Un fils, élève au pensionnat de ...y adresse des sonheAts de bonne année à ses parents. (1)
Ce sujet étant proposé, l'élève doit apprendre à le développer. Si vous l'abandonnez à la seule initiative de son
particulier»! — 10. Quelle est la date à laquelle il conTienl d'écrire uoe lettre de nouvel an? Est-il permiit d'anticiper? Quelle précaution faut-il prendre quand on écrit aprèé le premier jour de Tan? Citez à ce propos un passage de Rousseau.
1. Lisez attentivement le «i«;6/ proposé, en vous arrêtant spéciale*
imagination, celle-ci, comme frappée de stérilité, ne lui fournira pas des idées bien abondantes. Il tracera au haut de la page le fameux Très-cJiers parents, et, cette formule une fois placée, il ne trouvera peut-être plus iin mot à ajouter. Il se décourage, et sa plume dépitée tourmente le papier.
N en accusez point encore sou esprit ni son cœur. En efifet, apprenez-lui la réflexion, prêtez-lui le secours de votre jugement pour guider le sien, et aussitôt les idées jailliront, nettes et abondantes.
InTeniion.
Qu'il se pose d'abord cette double question*:
a. Quelle est la circonstance qui me fait prendre la plume ?
b. Quels sont mes rapports avec celui à qui je m'adresse? Ou, en d'autres termes : a. Quel est mon but? b, A qui
est-ce que je m'adresse, et que suis-je relativement à lui? (2)
Or, mon but est ici de souhaiter la bonne année, et c'est à mes parents que je veux adresser mes souhaits.
De ces deux données doivent sortir tous les développements que comporte le sujet. (3)
Bonne année .... fils {pensionnaire) .... parente; ces mots représentent les éléments essentiels de ma lettre. Le premier de ces mots en donne le sens général, les deux autres en font saisir le caractère particulier. (4)
ment aux mots «ouUgnés. — InyiiiTioif. 2. QueUe est la double question qu'on doit se poser quand on a une lettre a écrire? — 3. Quel est Totrc but dans cette lettre? Et à qui s'adressc-t-elle ? — 4. Dites quels sont, dans le sujet énoncé plus haut, les mots qui contiennent les éléments essentiels de Totre lettre ; celui qui en indique le sens géné^
Une suite de questions habilement posées par le maitre, suivant la succession naturelle des idées, aidera Jélève dans ses développements.
Les souhaits de bonne année, nous l'avons vu, se résument toujours dans les mots suivants : bonheur, longue vie, prospérité, repos, etc. Voilà ce que cette lettre aura de commun avec toutes celles de la même espèce, ce qu'elle présentera de général et, si j'ose ainsi dire, de banal. (5)
Mais à qui écrivez vous? à qui s'adressent vos vœux? — à vos parents. Seront-ils donc les mêmes que ceux que vous feriez à une personne quelconque? Obéirez-vous à l'étiquette ou à l'impulsion toute simple et toute généreuse de votre cœur? Pour y répondre, voyez ce que sont pour vous vos parents et ce qu'un fils doit toujours être pour les auteurs de ses jours. (6)
Qui appelez-vous vos parents? Ne sont-ce pas ceux à qui vous devez l'existence et les bienfaits de l'éducation? Quels sont donc les sentiments qui doivent vous animer à leur égard? Reconnaissance, soumission, attachement, tendresse et respect filial. (7)
Dites-leur donc que ce n'est ni la coutume ni la bienséance qui vous portent à leur écrire, et que vous saisissez avec bonheur une occasion d'épancher les sentiments de reconnaissance que vous éprouvez tous les jours de l'année. (8)
rai et ceux qui en font saisir le caractère particulier. — 5. En quoi •e résument ordinairement les souhaits de bonne année ? En cela votre lettre ne ressemble-t-elle pas à toutes celles que l'on fait pour la même circonstance? — 6. A qui s'adressent vos vœux? Seront-ils les mêmes que ceux que vous adresseriez à une personne quelconque? — 7. Que sont pour vous vos parents, et quels sgntiments doivent par conséquent vous animer à leur égard? — $. Que pourrez- vous donc
Mais cette reconnaissance est-elle la même que celle que Ton éprouve pour un bienfaiteur quelconque? Non ; et pour vous en convaincre, rappelez-vous les soins donnés à votre enfance; voyez quels sacrifices, quel dévouement, quelle affection désintéressée, quelle abnégation, quel oubli de soimême : un père, une mère, ne demandent en échange des soins et de la tendresse prodigués que le bonheur de ceux qui leur sont chers. (9)
Peut-être n'avez-vous pas jusqu'ici répondu dignement à tant de bienfaits et le passé vous laisse-t-il quelques remords. Dites-leur que les meilleures résolutions sont dans votre cœur. Promettez-leur de contribuer, à l'avenir, par votre tendresse et par votre docilité à leurs conseils et à ceux de vos maîtres, à rendre leur sort heureux, leurs jours paisibles et sans nuages. (iO)
Du reste, quelque irréprochable que soit votre conduite, vous ne pourrez jamais rendre à vos parents ce que vous leur devez d'amour et de reconnaissance.
Mais n'y a-t-il pas là-haut une Providence qui peut les en récompenser par une vie longue et heureuse ? Dites-leur donc que vous appelez sur eux les bénédictions du ciel, que vous priez Dieu pour qu'il daigne prolonger des jours qui vous sont si précieux. (11)
Si vos études vous séparent en ce moment de vos parents, vous aurez sans doute laissé sous le toit paternel des frères
leur dire? — 9. la reconnaissance que vous portez à vos parents estelle la même que celle que vous éprouvez pour un bienfaiteur quelconque? Motivez votre réponse en rappelant ce que vous leur devez et le peu qu'ils exigent de vous en retour. — 10. Si vous ne vous êtes pas toujours montré digne de leurs bienfaits, que leur direz-vous? — 11. Est-il possible, du reste, de répondre à tant de bienfaits? Et dans
et des sœurs qui vous sont chers. En ce cas, votre cœur se reportera naturellement vers eux, et ce souvenir éveillera en vous une pensée délicate qui terminera dignement vos souhaits. (12)
Envoyez-leur comme étrennes un baiser fraternel que vous confiez à votre lettre. Cédez-leur vos droits aux tendres embrassements de vos bien-aimés père et mère, embrassements qui seraient sans doute pour vous les étrennes les plus précieuses. Cette privation vous semble la plus dure de toutes ; mais vous vous consolez en songeant que les qualités que vous acquerrez au collège vous rendront plus digne de leur amour. (13)
Ces matériaux recueillis par le raisonnement, ne craignez point que l'élève soit encore embarrassé, que sa plume demeure inerte. Seulement, si les idées ne lui font plus défarut, il lui reste encore à les coordonner. Après Vinvention, qui consiste à trouver les idées , vient la disposition ^ qui a pour but de les classer, de donner à chacune d'elles une place naturelle et convenable.
DlspoflUlon.
Vous commencerez naturellement votre lettre par son objet principal, c'est-à-dire par les souhaits de bonne année.
Mais vous aurez hâte de dire que vos souhaits n'ont rien de commun avec les choses banales qui se débitent en ce jour. Ce n'est point l'étiquette qui les dicte, c'est le cœur, c'est la tendresse et la reconnaissance filiales, (i)
cette impuissance queUe ressource vous reste-t-il? — 12. Pourreivous ajouter natureUement aux souhaits adressés à tos parents quelques paroles tendres et alTectueuses pour vos frères et sœurs? — 13. Quelles sont le;* pensées déUcates que peut vous inspirer cette circonstance? Développei-les. — Dispostrios. l. Par où commencerez*>vous
Passez en revue les bienfaits de vos parents pour leur donner la preuve que vous en comprenez toute la valeur et toute rétendue.
Promettez-leur de travailler à vous en rendre digne, en profitant de l'éducation qu'ils vous donnent.
Faites sur votre passé un retour salutaire pour Vavenir.
Mais vous sentez votre impuissance et vous laissez au ciel le soin de les récompenser dignement. A vos efforts vous joindrez vos prières. Vœux adressés à Dieu pour le bonheur de vos parents. (2)
Vous terminerez par quelques paroles affectueuses pour vos frères et sœurs. (3)
Mais, encore une fois, tout cela doit être relevé par la forme, parTexpression. —
Les idées trouvées et disposées, il ne reste plus qu'à les exprimer convenablement.
ÉloenlioB.
Qu'avons-nous fait jusqu'ici? Rien qu'un examen attentif des sentiments qui sont au fond du cœur de tout fils digne de ce nom.
On le voit , sous une stérilité apparente sont cachés des trésors, car, de toutes les idées que nous venons de recueillir, il n'en est pas une qui ne soit sortie du cœur de chacun de nos élèves.
Maintenant, prenez la plume, et courage ! Lorsque le cœur parle d'abondance, la main ne se refuse pas à écrire. (1)
Totre lettre ? — 2. EtabUssez dans leur ordre successif les diverses idées que tous exprimerez dans le corps de votre lettre. — 3, Par quelle pensée la terminerez- vous?
É&ocvTioif. •— 1. Après ces préliminaires, est-U permis de prendre
Mais soyez simple : un père, une mère aiment la simplicité des expressions, parce que la simplicité, c'est la vérité. (2)
Parlez avec un respectueux abandon et une tendre confiance. Voilà le ton qui convient à votre lettre. (3) —
Mais Tannée prochaine, me direz-vous, faudra-t-il encore exprimer les mêmes sentiments, et cela sous la même forme ? Car, après tout, les sentiments qu'un fils éprouve pour ses parents ne doivent-ils pas être chaque année les mêmes?
Que ces sentiments aient toujours quelque chose de semblable, nous le voulons bien ; mais chaque année des circonstances nouvelles viendront inévitablement leur donner un nouveau cachet, une forme particulière. (4)
L'année prochaine, vous aurez vécu une année de plus et vous aurez par conséquent à remercier vos parents de quelques nouveaux bienfaits.
L'année prochaine, vous aurez peut-être achevé votre instruction, et vous serez lancé dans la vie réelle dont votre jeunesse n'a été que le prélude; loin du foj^er qui vous aura abrité jusqu'alors. S'il en est ainsi, dites-leur que réloignement n'apportera aucune tiédeur à votre amour filial, et demandez-leur que cette même sollicitude, à l'ombre de laquelle vous avez passé votre enfance, guide encore vos premiers pas dans le monde. Dites-leur que, livré à vous-même, vous resterez fidèle aux principes de morale et de probité qui ont été la règle de leur vie et qu'ils ont si bien su inculquer dans votre jeune cœur.
Peut-être aurez-vous un succès à enregistrer. Rendez-
1 a plume et peut-on espérer de 1^ faire avec succès? — 2. Quel styU emploierez-vous pour cette lettre? — 3. Quel est le (on qui lui cunvient? — 4. N'est-on pas condamné à écrire chaque année la même
en hommage à ceux qui vous ont fait ce que vous êtes.
Ou peut-être, par un reste de la légèreté inhérente au jeune âge, aurez-vous à renouveler votre repentir pour une faute commise. N'omettez pas d'y joindre une promesse de bien faire, afin de dédommager vos parents de leur chagrin par un heureux retour au devoir.
Peut-être aussi, — ce dont le ciel vous garde, — aurezvous à pleurer un père, une mère, un frère ou une sœur, et alors la piété filiale et la tendresse fraternelle vous feront un devoir de soulager l'affliction de ceux que Dieu vous a laissés. Que votre tendresse redoublée les aide à supporter ce vide.
Croyez-le bien, chers jeunes gens, pour un cœur bien fait, jamais une lettre de bonne année, adressée à un père, à une mère, ne saurait être banale. (5)