V. Un jeune homme {ou une jeune fille) à son tuteur
Un tuteur tient lieu de père : il adoucit par sa protection et par ses bontés la triste position d'un orphelin. Il remplace l'auteur de vos jours pour votre éducation qu'il dirige d'une manière toute paternelle.
Parent ou ami du père que vous avez perdu, il vous rappelle et vous fait aimer ses qualités, ses vertus, que votre enfance ne vous a pas permis d'apprécier.
Tout cela commande votre reconnaissance. Vous en êtes pénétré et vous vous faites un bien doux devoir de la lui témoigner en cette circonstance.
Exprimez vos vœux sincères et ardents. Qu'il vive longtemps pour le bonheur de tous ceux qui Tentourent et en particulier pour celui de son pupille.
Puisqu'il remplace [votre père, tout ce qui s'écrit à un père est donc également intéressant pour lui, et vous devez lui parler de votre conduite, de vos progrès, en un mot de tout ce qui peut vous assurer la continuation de ses bontés.
Donnez-lui le nom de père , et nommez- vous son fils.
S'il a des enfants lui-même, demandez lui de pouvoir vous associer à eux pour lui souhaiter une heureuse année.
VI. Louise, élève de la classe supérieure au pensionnat de **\ à son frère Léon, élève de rhétorique.
CONSEILS
Si elle savait comment s'y prendre pour parler à un frère rhétoricien, elle lui ferait des souhaits de bonne année; mais elle s'aperçoit que, depuis qu'il est en rhétorique, Léon est devenu plus fier et qu'il néglige de répondre à ses lettres : c'est la quatrième qu'elle lui écrit depuis les vacances. Que sera-ce donc l'année prochaine quand il sera philosophe?
Mais une idée la console : la philosophie le corrigera, car elle lui apprendra à faire des syllogismes qui lui diront que toute lettre polie mérite une réponse et que les siennes en méritent une à ce titre.
Elle patientera donc d'ici-là. Pour le moment elle conjure son frère de descendre un instant du Parnasse ou de la tribune aux harangues pour écouter ses vœux ; et, afin de ne pas le faire descendre trop bas, elle s'élèvera vers lui de toute la hauteur de son petit esprit et elle tâchera d'être sublime.
Phrases emphatiques pour lui souhaiter des succès à la fin de Vannée scolaire.
Gomment répondra-t-il à ces malices? par un silence
dédaigneux ou en se fâchant? Quant à son coeur, elle
n'en doute pas, elle le connaît.
VII. Un jeune élève {ou une jeune pensionnaire) à son oncle et à sa tante.
CONSEILS
Les liens de famille qui vous unissent à eux vous imposent le respect et une affection sincère. Et peut-être ces liens sont-ils bien faibles en comparaison de ceux que leurs bontés ont produits. Sans avoir fait pour votre éducation les mêmes sacrifices qu'un père et une mère, ils peuvent néanmoins y avoir contribué par des conseils et par des bienfaits. Leur bienveillance a depuis longtemps gagné votre cœur.
C'est donc un besoin pour vous de leur renouveler l'assurance des ^sentiments de respect et d'attachement qui vous animent. Vous vous intéressez à leur conservation et à leur bonheur.
Faites-leur comprendre le prix que vous attachez à leur amitié, promettez-leur de faire vos efforts pour continuer à la mériter.
Terminez votre lettre par quelques paroles affectueuses adressées à vos cousins et à vos cousines, auxquels vous promettez une affection égale à celle que vous éprouvez pour vos frères et pour vos sœurs.
Ton : plein de déférence et d'une douce affection. Le style, sans être familier, portera le cachet de cette confiance qui fait la facilité.
Vill. Emile à son 'protecteur,
CONSEILS
Le souvenir de la bienveillance avec laquelle il vous a toujours accueilli et encouragé ne vous quitte point.
Rappelez ses bienfaits et tout ce qu'il a fait pour votre bonheur, afin de lui prouver qu'il ne protège pas un ingrat .
Dites-lui le plaisir que vous trouvez à lui être reconnaissant et à saisir cette occasion de le lui dire.
Mais vous n'avez que des vœux à lui offrir pour vous acquitter envers lui ; assurez-le du moins que leur sincérité égale la générosité de son cœur.
Vous le priez de les accueillir favorablement ; ce sera pour vous la preuve que vous n'êtes pas trop indigne de su protection .
Ton : respectueux et plein d'une confiance affectueuse.