DES LETTRES DE FÉL1(11T4T10NS
Analysa «le Modèle*.
P' MODÈLE
Rotisseau à M. de Crouzas qui avait remporté le prix à V Académie des sciences de Paris, 1721.
« Je ne pouvais receyoir, Hoosieur, une plus agréable nouvelle que celle de votre dernier succès a l'Académie des sciences. C'est un honneur pour vous d'avoir réuni les suffrages de tant de savants de toute espèce qui la composent. Ce n'en est pas un moindre pour cette compagnie d'avoir su distinguer un mérite aussi éclatant que le vôtre. — c'est de ce mérite qu'il faut vous féliciter, et l'Académie doit être félicitée de l'équité de son jugement. »
Résumé : Rousseau félicite M. de Crouzas d'avoir remporté le prix à l'Académie des sciences. (1)
La première phrase nous apprend le fait qui proToque les félicitations : « votre dernier succès à TAcadémie, • et la joie produite par la nouvelle de ce succès : i Je ne pouvais recevoir une plus agréable nouvelle. » (2)
Pour que les félicitations aient un prix réel aux yeux de celui qui les reçoit, il faut qu'elles viennent d'un juge intelligent. Rousseau prouve qu'il sait apprécier la distinction dont M. de Crouzas a été l'objet : i C'est un honneur d'avoir réuni les suffrages de tant de savants de toute espèce qui la composent. » (3)
Ir JIoDiu. — 1 . Résumez cette lettre. — 2. Que nous apprend la première phrase? — 3. Rousseau prouve-t-il qu'il sait apprécier la distinction dont M. de Crouzas a été l'objet? Cela est*il nécessaire ? •—
n n'y voit qu'un hommage et une justice rendus à ses talents, et la distinction accordée si judicieusement par TAcadémie honore ce corps savant lui-même : « Ce n'en est pas un moindre pour cette compagnie d'avoir su distinguer un mérite aussi éclatant que le vôtre. »
En appuyant sur le mérite de celui qui obtient les faveurs et sur le discernement de celui qui les dispense, on rend les félicitations plus flatteuses et plus délicates. (4)
La dernière phrase répète la même pensée sous une nouvelle forme, plus concise : c C'est de ce mérite qu'il faut vous féliciter et l'Académie doit être félicitée de l'équité de son jugement. » (5)
Rousseau a si bien fait que son compliment semble n'en être pas un.
Le style de cette lettre est simple; c'est plutôt le cœur qui parle que l'esprit. (6)
IP MODÈLE
Le comte de Busd à Mascaron, sur sa nomination à Vévéché de Tulles, 1679.
« Jo viens d'apprendre avec beaucoup de joie, Monsieur, la grâce que le roi tous a faite, non-seulement pour l'intérêt de mon ami, mais encore pour celui de mou maître : je trouve qu'il est aussi beau au roi de vous faire du bien, qu'à vous de le mériter. »
Cette lettre commence, comme la précédente, par l'expression de la joie qu'on a ressentie à la nouvelle du succès
4. Pafle-t-il du mérite de lŒ. de Crouzas, et pourquoi ? — 5. La dernière phrase ne résurae-t-elle pas toute la lettre? — 6. Quel est le ton de cette lettre?
II« HoDÈLv. — 1 . Montrer les points de ressemblance de ce modèle avec le précédent.
obtenu : i Je viens d'apprendre avec beaucowp de joie. » Du reste elle se compose tout entière des mêmes éléments que celle de Rousseau à M. de Crouzas.
Le comte de Bussi ne voit dans la distinction accordée à Mascaron que la récompense légitime de ses rares talents et de ses travaux. En outre, il félicite le roi du discernement dont il a donné une nouvelle preuve en accordant ses faveurs au mérite.
HP MODÈLE
Le cardinal de Bernis à Voltaire.
« Je m'empresse, mon cber confrère, de vous faire mon compliment bien sincère sur le rétablissement de votre pension. J'en suis encore plus aise pour l'honneur des lettres que pour vous-même, quoiqu'il soit fort agréable d'éprouver les bontés de son maître et de faire un peu enrager ses ennemis, i
III" Mor)BLE. — 1. « /• m'empresse,,,, compliment bien sincère ,' » ces mots Q'e.T priment-ils pas la joie causée par la nouvelle de la faveur obtenue? — 2. L'objet des félicitations est-il nettement énoncé dès la première phrase? — 3. « Compliment 6teit st/rrér(>; • oe mot ne doit-il pas nous servir de règle dans toutes nos félicitations? -^ 4. Trouvons-nous ici, comme dans le» modèles précédents, l'éloge du mérite de celui qui a obtenu la faveur? Prouvez que, si cet éloge n'est pas fait d'une manière explicite, il est contenu dans ces mots : « po-ir l'honneur des lettres. » — 5. Ces mêmes mots ne renferment- ils pas un hommage indirect au discernement du roi, le dispensateur de la grâce? — 6. La plaisanterie finale ne prouve-t-elle pas l'intimité? — 7. Quel est le ton qui règne dans cette lettre ?
IV* MODÈLE
Le comte de Bum à iT**, sur sa nomination à Vévêché de LcAnbez, 1671.
« Enfin» Monsieur, le roi vous a fait justice» et cela lui est aussi glorieux qu'à vous, car il y a longtemps que nous attendions des marques de Festime qu'il vous devait. Outre la joie que j'en ai, commune à tous ceux qui sont bien aises de voir récompenser le mérite, j'en ai encore une particulière et très-grande de voir celui de mon ami récompensé; car il ne me reste plus sur ce sujet qu'à souhaiter que vous jouissiez de longues années, et que vous croyiez bien toujours qu'on ne peut être plus à vous que je ne le suis, etc. i
IVe MoDiii. — 1. « Enfin il y a longtemps» » N'y a-t-il pas un
éloge dans ces mots mêmes, qui nous disent que, depuis longtemps, M*** aurait dû jouir de la faveur qu'il obtient aujourd'hui? — 2. « Le roi TOUS a fait justice, w N'est-il pas délicat de voir dans cette nomination une justice plutôt qu'une faveur? — 3. Trouvez dans cette lettre, comme dans les précédentes, l'expression de la joie causée par les suceès d'un ami. — 4. « Récompenser le mérite, • Yoyez-vous dans ces mots la preuve de ce qu'il a affirmé plus haut : « Le roi vous
a fait justice 7 » ^ 5. « Joie particulière mon amt récom*-
pensé. » Cette réflexion fait-elle croire davantage à la sincérité de«
félicitations? — 6. « Outre la joie que j'en ai j'en ai encore une
particulière. > L'emploi du mot en, répété dans une môme phrase avec des rapports différents, est-il irréprochable et peut-on Timlter? — 7. Les dernières pensées de cotte lettre, inspirées par l'amitié, ne tendent-elles pas à rehausser le prix des félicitations du comte ? — 8. Quel est le ton de cette lettre?
V" MODÈLE
Lettre de M. Fléchier à HL Lepclletier, nommé à la charge de premier président au Parlement de Farts, 1707.
« Agréez, Monsieur, que je prenne part à la joie publique sur le choix que le roi a fait de vous pour être premier président du premier Parlement de France. La réputation de votre sagesse, de votre droiture, de votre équité avait déjà prévenu les esprits en votre faveur, et vous semblez être fait pour cet auguste tribunal de la justice. Sa Majesté vous y a placé ; les peuples s'en réjouissent par Testime qu ils ont pour vous et par la protection qu'ils en espèrent, et moi, par le respectueux attachement avec lequel, etc. »
Vo !V!oi)itf E. — 1. Fléclaier s'empresse-t il l'exprimer In joie qu'il a éprouvée à la nouvelle de la promotion oe M. Lepelletier? — 2 « /of> publique. «Cette réflexion n'est-elle pas flatteuse? Cherchez dans la lettre prcc<idente une pensée semblable. — 3. La preuiière phrase nous apprend-elle l'objet des félicitations ? — 4. La répétition du mot premier président, premier parlement, ne fait-elle pas ressortir le prix que Fléchier attache à cette distinction? — 5. Dans l'éloge qu'il fait de lepelletier, «t-il soin d'appuyer spécialement sur ses qualités CD rapport avec la di,^nité dont la confiance du roi l'a revêtu, qualités rares qui canstituent des titres réeUà ces hautcéfonctious? — 6. «l Le^ peuplen b'eu rigouissenl. > CapprocLez cela de Joie publique. En associant ainsi tous les esprits à ses f licltations n'en atigmente-t-il pas le prix? — 7. Voit-il dan^ cet accroissement de crédit un nouveau moyen de protéi^er les faibles? et oe souhait généreux n'est-il pas di^ne de Fléchier et conforme à l'opinion que nous nous sommes déjà formée de lui par se» lettres? — 8. Quant à lui-même, n'cublie-t-il pu* délicatciueut les avantages qu'il pourrait trouver dans l'élévaàon lie sou ami, en n'at.'ribuant la joie qu'il éprouve qu'à son afl'octueiix attachement? — 9. Pourquoi le ton de cette lettre est-il grave et respectueux?
MODÈLES DE LECTURE
Lettre de iW°' de Simiane.
« On me dit hier au soir que vous aviez une place déconseiller d'honneur dans le Parlement ; je vous en fais mon compliment, Monsieur. C'est à vous à y mettre une juste valeur, et à la proportionner à cet objet. Il me semble que cette place vous était due de droit, et que cet événement est des plus simples. Mais je veux bien que vous sachiez que depuis les plus petites jusqu^aux plus grandes choses, tout ce qui vous regarde me touche et m'intéresse infiniment, etc. »
Voiture à M. le prince de Condé.
Monseigneur,
tt Je crois que vous prendriez la lune avec les dents, si vous l'aviez entrepris. Je n'ai garde de m'étonner que vous ayez pris Dunkerque ; rien ne vous est impossible ; je suis seulement en peine de ce que je dirai à Votre Altesse là-dessus, et par quels termes extraordinaires je lui pourrai faire entendre ce que je conçois d'elle,
Anous autres, beaux esprits, qui sommes obligésdevous écrire sur les bons succès qui vous arrivent, c'est une chose bien embarrassante que d'avoir à trouver des paroles qui répondent à vos actions, et de temps en temps de nouvelles louanges à vous donner. S'il vous plaisait vous laisser battre quelquefois, ou lever seulement le siège de devant quelque place, nous pourrions nous sauver par la diversité, et nous trouverions quelque chose de beau à vous dire sur l'inconstance de la fortune et sur l'honneur qu'il y a à souffrir
courageusement ses disgrâces ; mais, dès vos premiers exploits, vous ayant mis, avec raison, de pair avec Alexandre, et voyant que de jour en jour vous vous élevez davantage, en vérité, Monseigneur, nous ne saurions où vous mettre, ni nous aussi ; et nous ne trouvons plus rien à dire quijie soit au-dessous de vous... »
Le diLC de JUontausier au Dauphin, sur la prise de Philipsbourg. Monseigneur , « Je ne vous fais pas de compliment sur la prise de Philipsbourg : vous aviez une bonne armée, une excellente artillerie, et Vauban. Je ne vous en fais pas non plus sur les preuves que vous avez données de bravoure et d'intrépidité : ce sont des vertus héréditaires dans votre maison; mais je me réjouis avec vous de ce que vous êtes libéral, généreux, humain, faisant valoir les services d'autrui et oubliant les vôtres ; c'est sur quoi je vous fais mon compliment. »
Bernardin de St-Pierre à M. Hennin.
Varsovie, 2 janvier 1765.
Monsieur et cher ami, « J'ai appris avec la joie la plus vive que la Cour vops avait chargé d'un emploi important, et quoique j'en ignore la nature, je vous assure du fond de mon cœur que je partage le plaisir que cela doit vous faire. Recevez, avec ma félicitation, des compliments de bonne année, une bonne santé, des amis, une fortune honorable et la considération publique; si je connaissais quelque autre bien, je vous le souhaiterais encore ; mais je n'ai bu depuis longtemps dans la oupe du bonheur... »
Fênelon à iii*"* la maréchale de Koailles, dont le fils venait d'être nommé capitaine des gardes.
Cambrai ,18 mars 1707.
« Permettez-moi, s'il vous plait, Madame, de vous faire un très-sincère compliment sur la grande marque d'estime que le roi a donnée à M. le duc de Noailles. Il ne peut jamais vous rien arriver d'agréable que je ne le ressente de tout mon cœur. C'est avec ces sentiments de zèle et de respect que je serai le reste de ma vie. Madame, votre... »
YI.
Le P. Brumoi au cardinal de Gesvres.
«Il n'est ici question que de votre nouvelle dignité : tout parle de vous nuit et jour, jusqu'aux fifres, aux tambours, aux cloches même, qui, je vous jure, ont réveillé bien des honnêtes gens en votre honneur. Connu ou non, chacun vous félicite à sa manière ; souffrez donc. Monseigneur, qu'un inconnu se mêle au concert de la joie publique... »
Précepte».
Il est naturel de commencer une lettre de félicitations par l'expression de la joie que nous avons éprouvée à la nouvelle d'une bonne fortune arrivée à une personne qui nous est chère. (1)
Mais un point important, c'est que l'élan de notre joie paraisse bien spontané et que nous exprimions notre bonheur avec ce caractère de vérité qui persuade et qui re-
1. Par quoi faut-il naturellement commencer une lettre de félicita-
trempe raraitié en remuant le cœur. La moindre teinte de jalousie ou de froideur serait une inconvenance impardonnable. Quand on ne se sent pas le courage de féliciter sincèrement et de tout cœur, mieux vaut garder le silence : un demi-compliment parait souvent une injure. (2)
Sachons donc faire abstraction de tout égoïsme et que jamais nos félicitations ne paraissent intéressées. Il est permis de voir dans un nouvel accroissement de crédit ou de gloire, dont on félicite un ami, un nouveau moyen de protéger les autres ; mais on ne doit jamais faire allusion à soi-même. Cette règle de convenance a été observée avec un tact fini dans les félicitations de Fléchicr (Modèle 111). (3)
Mais, s'il importe d'éviter toute froideur, il faut également se mettre en garde contre l'exagération . Évitez les phrases pompeuses, les louanges outrées, sans grâce et sans esprit, et n'allez pas
« Donner de Tencensoir au travers du visage. »
C'est là, dit M""* de Sévigaé, qu'il est dangereux dépasser le but : les louanges sont des satires, quand elles peuvent être soupçonnées de n'être pas sincères ; toutes les choses du monde sont à facettes ». « La simple éloquence du cœur est mille fois préférable à tout l'appareil du plus bel esprit. f(4)
Sans doute on doit échapper aux lieux communs et imaginer des tournures propres à ôter à un compliment ce * qu'il peut avoir de banal. Mais mieux vaut encore l'exprimer tout simplement que de tomber dans la recherche et
fions? — 2. Quel est le point important poilr l'eTpression de notre joie dans ce genre do lettres? — 3. Quelle est la principale règle de convenance à observer? Fléchier nous en a-t-il donné un exemple? — 4. Faut-il éviter toute exagération dans les félicitations? Citez l'opi-
dans Taffectation. Bien des gens ne félicitent que pour avoir Toccasion d'écrire un mot piquant. (8)
Que dire du prétendu billet de Louis XIV à M. de la Rochefoucmlt : « Je vous fais mon compliment, comme votre ami, sur la charge de grand-maître de la garde-robe que je vous donne comme votre maItre • ? Certes il faudrait plus que de Tindulgence pour trouver délicat le compliment du monarque. (6)
En résumé, les deux conditions essentielles d'une lettre de félicitations sont la sincérité qui exclut la froideur, et la simplicité qui évite l'exagération et la recherche. (7)
Les lettres de félicitations varient naturellement d'après les circonstances. (8)
S'il s'agit d'un succès dû au seul mérite de celui qui l'a obtenu, rendez hommage à son talent; voyez-y une justice et non une faveur. (9)
Pour une faveur obtenue, un emploi, etc., louez le discernement de celui qui a si bien su distinguer et récompenser le mérite. (iO)
Enfin, s'il est question d'un événement heureux indépendant de la volonté des hommes, d'une naissance, d'une guérison inespérée, etc., rendez grâce au dispensateur souverain de toutes les faveurs. Vous pourrez même, dans
nion de M^e de Sévigné à ce sujet. — 5. Si l'on doit rejeter le8 Ueux commun» et les tournures banales, ne doit-on pas, à plus forte raison, éviter la recherche et la prétention a l'esprit? — 6. Qoepenaez* vous du compliment que LouisXlVfîtàLepelletier en le nommant à la charge de grand-mattre de la garde-robe ? — 7. Quelles sont donc les deux conditions essentielles d'une lettre de félicitations? — 8. Ces lettres doivent-elles toujours être conçues de la même manière? — 9. Que fera-t-on pour féliciter convenablement d'un suocèa dû au mérite de celui qui Ta obtenu ? — 10. Comment félicite4*oii d*ane
ce cas, mêler à vos félicitations quelques pensées religieuses et morales. (14)
EXERCICES DE COMPOSITION