‹ Cours pratique de l'art épistolaireChapitre 37 sur 86 · ANALYSE DE MODÈLES · texte numérisé non relu

ANALYSE DE MODÈLES

I** MODÈLE

Réponse de M. Mascaron à M. de Bu^si, 1676 ou 1679.

(Voir la lettre du comte de Bussi, modèle II, page 110.)

« le roi m'a donne plus qu'il ne pense, Monsieur : le compliment que la grâce qu'il m'a faite m'a attiré de votre part est pour moi un second bien, presque aussi précieux que le premier. Toute la différence que j'y vois, c'est qu'il ne m'est pas permis de croire que je sois digne d'un grand évéché, et que mon cœur me dit que je mérite un peu de part dans "votre amitié par les sentiments avec lesquels je suis, etc. >

Le premier devoir de celui qui a reçu des félicitations est d'exprimer le plaisir qu'il en ^ ressenti et le prix qu'il y attache. Cette pensée a revêtu, sous la plume de Mascaron, une forme neuve et heureuse : « Le roi m'a donné plv^ qu'il ne pense : le compliment que la grâce qu'il m'a faite m'a attiré de votre part est pour moi un second bien presque aussi prédeu^x que le premier. » Peut-on faire comprendre plus délicatement l'importance que l'on attache aux félicitations d'un ami qu'en lui disant qu'on les re-

garde comme aussi précieuses que la faveur même qui les a provoquées? (1)

c II ne m'est pas permis de croire que je sois digne d'un grand évêché. • C'est le langage de la modestie. Quelques titres que l'on puisse avoir à une distinction, il serait déplacé de la considérer comme un droit ; et, si les convenances exigent que celui qui félicite n'y voie qu'une justice et non une faveur, il y aurait de la prétention à accepter ce compliment. (2)

Mais il n'en est pas de même de l'amitié : l'amitié appelle l'amitié, et l'on peut avec confiance réclamer ses droits à l'affection d'une personne que l'on aime : c mon cœur me dit que je mérite un peu de part dans votre amitié, i Ce rapprochement, qui est des plus ingénieux, fait de cette petite lettre un modèle de délicatesse. (3)

Le ton qui y règne est affectueux ; il y a de l'esprit, mais encore plus de cœur. (4)

II* MODÈLE

Réponse de M^*\ évêque de tombez, à M. de Bussiy 1671.

(Voir la lettre de H. de Bussi, modèle lY, page 1 12.)

€ Je compte. Monsieur, l'honneur que vous m'avez fait lie prendre part à la grâce que j'ai reçue des bontés du roi, comme Fun de mes meilleurs revenus de l'évêché de Lom-

I' HoDfcit. — Quel est le premier deiroir à remplir quand oo répond à une lettre de félicitations? Mascaroo s'en est «il acquitté d'une manière délicate ? — 2. La modestie est-elle observée dans cette réponse ? faites Yoir que, sous ce rapport, le langage de celui qui répond aux félicitations doit différer essentieUement du langage de celui qui félicite. — 3. Hascaron peut- il, sans blesser la modestie, invoquer set droits à l'amitié do M. de Bussi? — 4. Quel est le ton qui règne dans ctUe lettre?

bez. U m'est bien glorieux qu'un homme de votre qualité et de votre mérite veuille s'intéresser à ce qui me touche« J'en ai, Monsieur, toute la reconnaissance possible; je m'en explique avec Dieu dans toutes les prières que je lui fais : je lui demande pour vous la suite des sentiments chrétiens que vous me f ites paraître quand j'eus le bonheur de vous entretenir. Je vous souhaite tous les jours ce qu'une de vos amies dit être nécessaire à la félicité d'un homme : Paris en ce monde, et Paradis en l'autre.

Je suis, Monsieur, avec tout le respect imaginable, etc. •

Préceptes.

Les réponses à ces lettres doivent donc avant tout présenter des remerciements de nature à faire comprendre le prix que nous attachons aux félicitations qui nous ont été adressées, (i)

Ile MoDsii. ^- 1. Cette réponse débute-t-elle, comme la précédente, par Texpression de la joie que les félicitations ont causée? Véwéqae de Lombez a-t«il également à cœur de prouver le prix qu'il y attache? — 2. Dans le modèle précédent, Mascaron regarde ces félicitations « comme un aocond bien, presque au8$i précieux que le premier; s ne trouve-t-on pas ici à peu près la même pensée : « l'un des meilleur* revenu» de Tévéché de Lombez? » — 3.« Un homme de irotre qualité et de votre mérite; » ces mots ne sont-ils pas ajoutés pour prouver le prix qu'il attache aux félicilations de M. de Bussi? — 4. Faites voir que la seconde idée dominante que nous avons rencontrée dans le modèle précédent, c'est-à-dire l'expression de la modet" tiCf se trouve implicitement renfermée dans ces mots : « la grâce que j'ai reçue des bontés du roi. » — 5. Quelle preuve donne-t-il de sa reconnaissance pour l'intérêt qu'on lui a témoigné ? Cette pensée estelle digne de son caractère sacerdotal ?

1. Quel est le point essentiel à développer dans les réponses aux

Mais ce n'est pas tout. Autant la délicatesse exige que celui qui félicite regarde la faveur obtenue comme la chose la plus naturelle du monde et en quelque sorte comme une justice rendue, autant la modestie nous fait un devoir d'atténuer nos titres à cette faveur. (2)

Pour le reste, on peut appliquer à ces réponses toutes les règles établies pour les réponses en général, non-seulement quant au fond, mais encore relativement à la forme et au ton. (3)

Inutile dédire que toute lettre de félieitations réclame une prompte réponse et que le silence complet serait en ce cas une indélicatesse inqualifiable. (4)

Page 1