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DES LETTRES DE DEMANDE

Premier ezerelee : Analyse de Modèles •

P' MODÈLE

Le marquis de Feuquières à Louis XIV.

Sire,

» Après avoir mis devant les yeux de Dieu toute ma vie que je vais lui rendre, il ne me reste plus rien à faire, avant de la quitter, que de me jeter aux pieds de votre Majesté. Si je croyais avoir plus de vingt-quatre heures à passer encore en ce monde, je n'oserais prendre la liberté que je prends. Je sais que j'ai déplu à Votre Majesté et quoique je ne sache pas précisément en quoi, je ne m'en crois pas moins coupable.

J'espère, Sire, que Dieu me pardonnera mes péchés, parce que j'«n ressens en moi un repentir bien sincère. Vous êtes l'image de Dieu, et j'ose vous supplier de pardonner au moins à mon fils des fautes que je voudrais avoir expiées de mon sang. Ce sont celles, Sire, qui ont donné à Votre Majesté de l'éloignement pour moi, et qui sont cause que je meurs dans mon lit, au lieu d'employer à votre service les derniers moments de ma vie et la dernière goutte de mon sang, comme je l'ai toujours souhaité.

Sire, au nom de ce Boi des rois devant qui je vais paraître^ daignez jeter des yeux de compassion sur un fils unique que je laisse dans ce monde sans appui et sans biens : il est innocent de mes malheurs; il est d'un sang qui a toujours bien servi Votre Majesté. Je prends confiance en la bonté de votre cœur, et après vous avoir encore une fois demandé pardon, je vais me remettre entre les mains de Dieu, à qui je demande pour Votre Majesté toutes les prospérités que méritent vos vertus. » (*)

(*) Le marquit do Feuquiire» écrivit celte lettre douta heures aTant sa mort. Le roi la lut ; il en fut touché, et accorda au fil.i Io« peu>ions du père.

Réduisons à sa plus simple expression le sujet de cette lettre : Le marquis de Feuquières, au lit de mort, s'adresse à Louis XIV, afin d'obtenir que la disgrâce qui l'a frappé ne retombe pas sur son fils. (1)

Cette prière, bien que humble et respectueuse, est empreinte de je ne sais quelle grandeur, puisée dans la circonstance solennelle où elle a été écrite. C'est un homme disgracié des hommes, il est vrai, mais qui vient de se réconcilier avec Dieu, et qui touche au moment suprême oii s'effacent toutes les distinctions de rang : t Après avoir mis devant les yeiix de Dieu toute ma vie, etc. » (2)

Pas une plainte, pas un reproche pour ceux qui Font perdu. 11 se borne à dire qu'il ignore quel est son crime : « Je sais que j'ai déplu à Votre Majesté et, quoiijue je ne sache pas précisément en quoi, je ne m'en crois pas moins coupable. » Déférence pleine de résignation, plus éloquente que les plus énergiques protestations d'innocence. (3)

t J'espère, Sire, que Dieu me pardonnera. » Cette confiance dans la justice divine n'est-elle pas un argument bien persuasif, et la clémence du Roi des rois n'est-cUe pas une leçon pour ceux qui tiennent de lui leur puissance? (4)

Après ce début, à la fois touchant et solennel, de Feuquières aborde l'objet principal de sa lettre : t J'ose vous supplier de pardonner au moins à mon fils des fautes que je voudrais avoir expiées de mon sang et qui sont la cause que je meurs dans mon lit , au lieu d'employer à votre service les derniers moments de ma^vie et la dernière

1 . Réduisez le sujet de cette lettre à sa plus simple expression. — 2. Quoique humble et respectueuse, cette lettre n'est-elle pas empreinte de grandeur? A quoi faut-il l'attribuer? — 3. De Feuquières se plaint-il de ses ennemis? Quel effet produit cette résignation? — 4. « J'espère, Sire, que Dieu me pardonnera ; » Ces mots ne renfer-

gvtitte de wx>n sang, comme je l'ai toujours souhaité. » (8)

Ces regrets, cette assurance d'un déyouement qui ne s*est jamais démenti sont des preuves bien touchantes de son innocence. (6)

€ Sire, au nom de ce Roi des rois devant qui je vais paraître. » Quelle imposante intercession! trop puissante même de toute la distance qui sépare Forgueilleuse faiblesse de rhomme de la grandeur de Dieu. (7)

Ici Tamour paternel va prendre des accents émouvants : i Daignez jeter des yeux de compassion sur un fils que je laisse dans ce monde sans appui et sans biens. » Cet argument s'adresse au cœur; celui-ci parle à la raison, aux sentiments de justice et d'équité : < Il est innocent de mes malheurs ; il est d*un sang qui a toujours bien servi Votre Majesté. » (8)

Cette prière se termine par un appel au caractère généreux du monarque : « Je prends confiance en la bonté de votre cœur > , et par des vœux adressés au ciel comme gage de sa reconnaissance. Rendre le bien pour le mal, tel eft le précepte chrétien qui a dicté ce dernier souhait, souhait bien naturel du reste dans le cœur d'un homme qui, à son heure suprême, oublie les injustices dont il est la victime, pour ne plus se préoccuper que du sort de ceux qu'il laisse après lui. (9)

Quoi de plus touchant, de plus sublime que cette prière !

roenUlls pas un argument bien puissant? — 5. Après ce préambule, aborde-t-il l'objet principal de sa lettre? Quel est-il? — 6. Voyezvous la preuve de son innocence dans la manière dont il exprime son dévouement? — 7. « Au nom de ce Roi des rois. » Que pensez- vous àejceiie intercession qu'il invoque ? — 8. Comment s'efforce-t-il d'intéresser le roi au sort de son fils? — 9. le soubait qui termine cette

Le moment solennel et mystérieux de la mort» la rue <l*an mourant, bien propre à feire taire nos ressentiments et nos haines, cette résignation, cette absence de tonte plainte, l'exemple imposant de la clémence diyine, leçon éloquente pour les rois, ces protestations d'un dévouement sans bornes pour Tautenr même de son malbeur» Tétat de dénuement d'un innocent oiphelio, enfin ces souhaits de bonheur adressés au ciel pour la main qui le frappe, toiot fait de cette prière un chef-d'oeuyre oàrékcpeiice du cœur atteint sa plus haute expression. (10)

n* HOBÈLE.

M. de Baville à jjf"" de Maintenons 1714.

Madame , t Vous avez eu la bonté de me permettre de recourir à vous dans les affaires les plus importantes qui pouvaient me re^der.Dans cette confiance, je vous prie de m'aocorder votre protection. Jfe demande au roi de donner à mon fils une place de conseiller d^état, en remettant celle que je

prière est-il généreux et naturel ? — 10. Jetez un coup«d'tBU général •ur <^te «ompoêition, et faites ressortir tout ce qui ooncourt k rendre la prière du. marquis toudrante et efficace.

l. Quel est l'objet de cette lettre? -^ 2, la, preni^re pbraae ne semble-t-elle pas annoncer des dispositions bienveillantes de- la part de l[<ne de Maintenon? — 3. M» de Bayille s'adresse-t-il à elle avec conBance? — 4. L'objet de sa demande est-il nettement exposé? — $. Quelles sont les raisons que M, 4e Babille fait valoir? Tenez compte surtout de ces mots : « hors d^état de servir..., ma surdité,,,, serviftjur inuiiie,,,, t objet de ntes vœusy etc. » — ^. Pourquoi invoquet-U la bienveillsince antérieure de H<"« de Hainteiion? — 7. « Fieillard sourd, goutteux, reconnaissant, » Faites voir que chacun de ces mots a une portée réeUe. — 8. La fin de la lettre n'est-elle pas enjouée, mats de cet enjouement de bon aloi qui émane du cœur plutôt que de l'esprit? — 9. Quel est le ton qui règne dan* cette lettre? Prouvez-le en citant les expressions mêmes du texte: < Daignety etc. »

remplis. J'ai considéré qu*éfant hor^d'éiat de servir S. lU^ dans ses conseib, à cause de ma surdité, j'étais devenu un serviteur inutile ; et, n'ayant qu'un fils, j'avoue que l'objet de mes vœux serait de lui voir cet établissement.

Daignez, Madame, me donner en cette occasion des mar* ques de vos anciennes bontés pour un vieillard sourd, goutteux, reconnaissant, et revenu de toute ambitioit, mais non des sentiment paternels... »

III* MODÈLE

De Marmoniel àlï.Uducde Choiseuil.

Monseigneur, € On me dit que vous prêtez l'oreille à la voix qui m'accuse et qui sollicite ma perte. Vous êtes puissant, mais vous êtes juste ; je suis malheureux, mais je suis innocent. Je vous prie de m'entendre et de me juger.

Je suis avec un profond respect.... >

MODÈLES DE LECTURE

J/"* de Maintenon à M. le cardinal de Noailles, 1701.

i C'est toujours dans les mauvaises affaires qu'on a recours à vous, Monseigneur, et en voici une qui m'embar-

I . L'objet de la lettre, qui est une demande d'audience particulière, est-il exprimé au corameDoemeDi ou à la fin? — 2. Serait-il adroit de commencer par l'énoncé catégorique d'une demande dont le succès est douteux? — - 3. Les premiers mots nous prouventla que Marmontel ne pouvait pas eomptisr sur lea bonnes dispositions da duc? — A, Quels arguments puis8e*t-il n) dans sa position et dans le caractère de celui à qui il s'adresse ; h) dans sa propre situation. — 5. Faites ressortir l'ingénieux emploi de l'antithèse, qui relève la pensée et lui donne de l'énergie. •— 6. Le laconisme de cette demande n'est-il pas plein de difpmié, surtout de la part d'un homme accusé qui est fort de son innocence?

rasse. Vous savez l'amitié que j'ai pour le duc de Richelieu. Il a exigé de moi plusieurs sollicitations contre Mad. d*Acigné ; je meurs de peur qu-il n'ait tort : j'aiderais donc à soutenir une injustice? On me dit de tous côtés que c'en est une d'empêcher qu'elle ne soit tutrice de ses petitsenfants. Donnez-moi votre avis. Je ne voudrais pas manquer à ce que je dois à mon ancien ami ; je voudrais encore moins manquer à ce que je dois à ma conscience. Votre conseil réglera ma conduite sans vous compromettre, dût Madame d'Acigné m'accuser d'être injuste, ou M. de Richelieu m'accuser d'être ingrate. •

Napoléon au prince Régent d'Angleterre.

Rochefort, le 13 juiUet 1815.

Altesse royale,

« En butte aux factions qui divisent mon pays, et à l'inimitié des plus grandes puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle, m'asseoir aux foyers du peuple britannique* Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de votre Altesse royale, comme du pins puissant, du plus constant et du plus généreux dé mes ennemis. »

Bernardin de Saint-Pierre à M. Hennin.

A Paris, ce 18 juin 1777.

f Je me flatte. Monsieur et ancien ami, que vous apprécierez de toute votre équité quelques demandes que je fais au ministre des affaires étrangères. Les faits sur lesquels je les fonde sont entièrement à votre connaissance ; je vous ai cité comme témoin, et même comme créancier.

Un ami m'a ouvert dans vos bureaux une voie qui ra*a paru favorable, et m'a appris en même temps que vous étiez à la tête de ce département ; ce qui me fait tout espérer dans cette circonstance.

Je ne vous rappellerai pas nos anciennes liaisons, les souhaits formés par vous, plus d'une fois, d'être en place et de m'ètre utile; les services que j'ai faits depuis, mes efforts pour m'acquitter envers vous, ne peuvent qu'avoir ajouté à l'opinion que vous aviez de moi.

Ma santé est aujourd'hui aussi mauvaise que ma fortune. J'espère donc, et je l'attends particulièrement de votre amitié, que vous ne me ferez faire à Versailles d'autre voyage que celui que je désire de faire pour vous remerciai*, vous embrasser et vous féliciter.

Agréez les assurances d'amitié et de respect avec lesquelles j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre... »

Scarron au duc de Retz.

Monseigneur,

« Vous vous savez peut-être bon gré d'être généreux : détrompez-vous en ; c'est la plus incommode qualité que puisse avoir un grand seigneur.... Nous autres écrivains, nous n'avons qu'à être obligés une fois, nous importunons tous les jours de notre vie.

Vous me donnâtes l'autre jour les œuvres de Voiture ; j'ai à vous demander une chose de bien plus grande importance. Je connais tels seigneurs qui auraient changé de couleur à ces dernières paroles de ma lettre ; mais un duc de Retz les aura lues sans s'effrayer, et je jurerais bien qu'il est aussi impatient de savoir ce que je lui demande, que je suis assuré de l'obtenir.... ]»

Pré«epte0.

Dans ce genre de lettres il importe de ne jamais perdre de vue ces deux questions : qu'ai-je à demander? et, à qui s'adresse ma demande ?

En effet, les moyem doivent naturellement varier selon la nature et Timportance de la chose. Si elle est aisée à obtenir, il est inutile d'y mettre la même insistance que dans le cas où il y aurait des obstacles sérieux à vaincre.

En second lieu, ces moyens seront également subordonnés à m position de la personne à qui nous nous adressons et à la nature de nos relations avec elle. (1)

Ainsi, les lettres de demande à un supérieur exigent de la déférence, du respect et le plus souvent beaucoup de ménagement. (2)

Avec un égal, un ami, on emploie moins de cérémonies et de détours ; souvent même on va droit au but : c Vous avez mille écuSy envoyez-les moi t écrivait Brunel à de Fontenelle ; et son ami lui sut un gré infini de son laconisme. Mais rintimité seule peut autoriser ce ton d'assurance et d'une confiance sans réserve. (3)

Avec un inférieur y il faut des égards et une sévère politesse. Un ton de supériorité, un air vainqueur et présomptueux ne peuvent jamais disposer en notre &veur. (4)

S'il nous arrive de recourir à une personne qui nous doit de la reconnaissance, invoquons nos droits avec la plus

]. Quelles soot lee questieos que Ton ne doit jamais perdre de Tue dans les lettres de demaDde? Xotivez votre répoose. — 2. Qu'est-ce qui doit dominer dans une demande adressée à un supérieur? — • 3. Faut-il user des mêmes précautions avec un égaly un amt f Cites l'exemple de Brunel écrÎTant i H. de Fontenelle ? Peut-on toujours suivre cet exemple? — 4^ Quelle précaution doit-on prendre quand

grande réserve, et gardons-nous d'exiger ses service» comme le payement d'une dette.

Du reste le cœur humain est fait de t^lle sorte que Ton aime moins paraître accorder un droit qu'une faveur. (5)

Quand le service demandé exige Tentremise d'un tiers, il est nécessaire d'employer plus de ménagements, car cette démarche nécessite de la part de notre correspondant un plus grand sacrifice que si le succès de notre demande dépendait de lui seul. (6)

Enfin, il se peut que nous ayons à demander un service à une personne dont nous connaissons les préventions. C'est dans ce cas que les lettres de demande réclament le plus d'adresse. (7)

En résumé, quelle que soit la circcmstance, voici des moyens propres à assurer le succès d'une demande auprès de la personne à qui nous nous adressons :

c Parlons à son cœur, intéressons son amour-propre, développons l'im^portance que nous attachons à la grâce demandée, enfin et surtout, dépeignons la durée et la vivacité de notre reconnaissance. » (8)

Le ton de ces lettres doit nécessairement se mesurer sur la qualité de la personne et surtout sur nos relations avec eUe. Il doit en général èti*e simple et modeste, mais l'on doit solliciter sans bassesse : c'est le procédé le plus digne et le plus sûr.

on adresse uoe demande à un inférieur ? — 5. De même) quand on réclame un «enrioe d'un bemme qui eat notre obligé? — 6. Fautril emptoyer des ménagements quand le sernœ demandé exige l'entremise d'un tiers ? — > 7. Et quand on s'adresse k une personne dont on connaît les préyentions? — 8. En résumé, quelle est la marche à sui-> -▼re pour assurer le succès d'une demande? — 9. Quel est^en général, le ton qui doit régaer dans les lettres de demande?

SUJETS DE COMPOSITION

1. Ernest supplie son cousin Julesj qui jouit d'une fortune considérabley de secourir une famille de cultivateurs dont la ferme est devenue la proie des flammes.

CONSEILS

Le but de N'olre lettre est d'obtenir du secours pour les victimes de l'incendie. Il s'agit avant tout d'intéresser votre parent au sort de la malheureuse famille.

Vous commencerez donc votre lettre par l'exposé du fait : cour^récit du sinistre et tableau de la détresse oii se trouvent réduits ces malheureux.

Faites un appel aux bons sentiments de votre parent ; rappelez les preuves de générosité qu'il a données dans plusieurs circonstances.

C'est un noble usage à faire de la fortune que de secourir ses semblables dans le malheur. Tel a été aussi le vœu de la Providence lorsqu'elle a comblé les uns des biens qu'elle a refusés aux autres : elle a voulu leur donner l'occasion d'exercer la charité, la plus noble et la plus touchante des vertus.

Faites-lui après cela le tableau de la joie et du bonheur qui renaîtront au sein de cette famille désolée, et qui seront pour lui la plus douce récompense de son action généreuse.

Cette bonne œuvre eïcitera votre admiration et votre reconnaissance.

Ton de la lettre : affectueux et plein de confiance.

II* Sujet. Elise^ depuis six mois au pensionnat, demande à sa mère de pouvoir passer auprès d!eUe trois jours £un congé imprévu accordé par la directnce.

CONSEILS

En nous mettant au point de vue de la jeune pension*

naîre, il s'agit d*un véritable événement, d'une faveur importante.

Donc, il y a pour elle un plaidoyer à faire, mais d'une éloquence douce, insinuante et simple.

Elle n'est pas encore habituée à cette longue séparation. Sans doute, elle aurait tort de se plaindre du pensionnat : les maîtresses sont bienveillantes et zélées, on y trouve des amies, des distractions même ; elle a déjà reçu plusieurs lettres et même des visites. Mais malgré tout, elle sent un vide dans son cœur.

Elle expose la circonstance qui a amené ce congé. Elle prévoit toutes les objections de sa mère avec cette adresse innée et cette éloquence naturelle de l'enfant quand il s'agit de ses petits intérêts : elle sait que les déplacements sont coûteux et nuisent aux études, etc. etc.; mais elle s'affligera, si elle ne peut retourner, et le chagrin l'empêchera d'étudier. Et puis, trois jours, c'est si peu de chose !

Elle promet de redoubler de zële après cette faveur.

III' SujRT. Lettre d'une cousine à un cousin, pour le supplier de se char^ger de l'éducation de son fils.

CONSEILS

Elle vient de perdre son mari, son unique soutien. Il y à huit jours qu'il fit rappeler Maurice du collège, et à peine eut-il le temps de lui donner la bénédiction paternelle. Triste état dans lequel cette perte l'a plongée. Encore si elle souffrait pour elle seule, mais son enfant orphelin fait sa plus grande douleur. Elle ne peut continuer l'éducation de son fils. Au nom des liens sacrés de la famille, elle suplie son cousin de se charger de ce soin. Pour elle, elle se résignera et elle aura assez de courage pour suffire à ses besoins.

Sans doute, il lui sera cruel de se séparer de son enfant ; mais ce qui la console, c'est qu'elle le confie aux bontés d'un parent généreux. Qu'il soit un père pour lui et qu'il le mette en état d'adoucir un jour le malheur de sa mère.

Elle s'arrête : les larmes l'empêchent d'en dire davantage.

Vœux adressés au ciel comme gage de reconnaissance.

IV* SUJET, Marie de Médicis demande à son fils Louis XllI la grâce d'Éléonora Galigaï,injîistement condamnée à mort.

CONSEILS

La reine commence par exprimer la douleur profonde que lui a causée la condamnation d'Éléonora. Mais elle s'est rassurée en pensant à son fils ; elle espère qu'il ne lui refusera pas la grâce qu'elle lui demande.

Elle rappelle son amitié pour Éléonora, sa sœur de lait. Le droit de pardonner est le plus bel apanage de la puissance des rois. Elle proteste de l'innocence d'Éléonora. Son fils ne voudra pas qu'elle ait à se reprocher la mort de celle qu'elle a amenée elle-même en France.

Qu'il songe à la douleur de son vieux père et de sa famille. Elle-même ne pourrait pas survivre à cette mort injuste.

Qu'il se rappelle enfin les soins qu'Éléonora a pris de son enfance et l'attachement qu'elle lui porte. Aujourd'hui môme c'est vers lui seul que cette infortunée tourne un dernier regard d'espérance.

V* SUJET. Marie Stuart, condamnée à mort, après une captivité de dix-neuf ans, demande à Elisabeth la faveur d'être ensevelie en France, à côté de sa mère, et celle d'être préparée à la mort par un prêtre catholique.

Marie ne demande pas la grâce de la vie; elle est

résignée, elle se félicite même de mourir pour sa foi. C'est sous la main de Dieu qu'elle s'humilie.

Elle est innocente des complots qu'on lui attribue contre la vie de sa cousine ; elle proteste contre la pensée d'un crime qui est le seul prétexte de sa mort.

Que son langage soit énergique et simple, plutôt que pathétique; sa dignité le demande.

Mais, si elle fait, sans murmurer, le sacrifice de sa vie, il est une faveur qu'elle place plus haut, c'est que son corps soit porté en France, pour y reposer à côté de sa mère. Une autre grâce qu'elle implore, c'est d'être assistée dans ses derniers moments par un prêtre de sa communion.

Elle termine sa lettre en exprimant l'espoir de voir sa prière écoutée : t Elisabeth ne voudra pas qu'une reine, sa cousine, une petite fille de Henri VII, une mourante, l'ait implorée en vain. »

Ton de cette lettre : Un juste milieu entre la hauteur et l'abaissement ; de la dignité en un mot, et une simplicité qui n'exclut pas la grandeur.

VP SUJET. Louise engage son amie Adèle à venir au secours d'une ancienne compagne de pension devenue orpheline,

Vous lui rappelez cette douce et caressante petite fille, aimée de toutes ses condisciples ; elle vient de perdre subitement sa mère, et la voilà devenue orpheline. Vous proposez à Adèle de payer sa pension, que la maîtresse consent à diminuer de moitié. On la mettrait ainsi à même d'apprendre un état et d'acquérir une instruction suffisante.

Vantez à Adèle le plaisir que donne une bonne action.

Terminez votre lettre en exprimant l'impatience avec laquelle vous attendez une réponse favorable.

VIL Henri, employé dans une maison de commerce, prie son patron de lui avancer la somme de cent francs, afin de secourir un ouvrier, père de famille, condamné à une forte amende.

CONSEILS

Faites comprendre que le fait pour lequel il a encouru cette peine n'est pas ignominieux et ne porte même aucune atteinte à la réputation de probité dont cet ouvrier a toujours joui. Ce n'est pas un criminel; il n'a eu qu'un moment d'oubli, dont il n'est déjà que trop puni par les regrets qu'il éprouve; car il a la conscience droite et honnête.

Dépeignez la détresse dans laquelle sa famille va se trouver.

Vous espérez que votre patron ne vous refusera pas cette faveur, pour laquelle vous lui conserverez une reconnaissance sans bornes.

VIII, Laure demande à son père quelque argent, pour acheter un cadeau de fête à sa mère, (Même sujet pour jeunes gens.)

CONSEILS

La fête de votre mëre approche, et vous voudriez lui faire un petit cadeau. Votre bourse est vide; celle de votre papa est si bien garnie qu'une pièce de vingt francs de moins n'y ferait pas une bien grande brèche.

Vous connaissez trop sa tendresse et sa générosité pour craindre qu'il ne vous refuse cette faveur.

Vous lui promettez d'être bien sage pour la mériter.

Ton : plein de tendresse et de confiance.

IX. Emile demande à son père d'accorder à un fermier un délai pour le payement de la redevance annuelle.

CONSEILS

Vous direz que, dans le petit voyage que votre père vous a permis de faire pendant vos vacances, vous vous êtes arrêté un jour chez ce fermier.

Racontez Taccueil affectueux qui vous a été fait et Texpression de tristesse que vous avez lue aussitôt sur le visage de ces bonnes gens.

Vous en avez demandé la cause ; le fermier vous Fa confiée. Rapportez les termes dans lesquels il a exprimé son regret de ne pouvoir payier son fermage, après avoir été pendant trente ans si exact dans ses payements.

Rendez compte de Timpression que firent sur vous ses paroles. Vous avez tâché de lui rendre le courage. Vous Tavez rassuré, et vous vous adressez avec confiance à votre père dont vous connaissez le cœur généreux.

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