‹ Cours pratique de l'art épistolaireChapitre 51 sur 86 · MODÈLES D'ANALYSE · texte numérisé non relu

MODÈLES D'ANALYSE

Réponse de if°* de Sévigné à sa fille.

« Mon Dieu, que votre état est violent ! qu'il est pres-

(On peut lire l'analyse de ce chef-d'œuvre dans l'excellent manuel de M. Dcgive : Eléments de style et do composition littéraire^ Mons, Manceaux-Hoyois, 1856. Les que^^tions qui suivent sont faites d'après

(1) Ce sujet a été donné au concours général.

sant, et que j'y entre tout entière avec une véritable douleur! Mais, ma fille, que les souhaits sont faibles et fades dans de pareilles occasions ! et qu'il est inutile de vous dire que si j'avais encore, comme j'ai eu, quelque somme portative qui dépendît de moi, elle serait bientôt à vous ! Je me trouve en petit volume accablée et menacée de petits créanciers, et je ne sais même si je pourrai les contenter, comme je l'espérais ; car je me trouve suffoquée par l'obligaHon de payer tout-à-l'heure cinq mille livres de lots et ventes des terres de madame d'Acigné, que j'ai achetées, pour n'en pas payer dix, si j'attendais encore deux ans. Ainsi, me voilà; mais ce n'est que pour vous dire la douleur que me donne mon extrême impossibilité. Votre frère m'a paru sensible à votre peine, et je suis sûre qu'il ferait bien son devoir si le temps était comme autrefois, c'est-àdire qu'on trouvât à emprunter. Il veut vous parler luimême, et vous dire comme il pense sur ce sujet. >

ce modèle d'analyse.) 1. Est-il naturel que Mn^e de Sévigné commence sa réponse par Texpression de son regret? — 2. « Mon Dieu^ etc. » Ce cri du cœur, cette explosion de la tendresse maternelle rendent-ils ce regret d'une manière énergique? Tenez compte aussi de la forme exclamative de ces phrases. — 3. • Mais.., si j'avais.,, qui dependit de moi, » Ces mots ne font-ils pas entrevoir un refus, ou plutôt rimpossibilitc où M™« de Sévigné se trouve de secourir sa fille?

— 4. La raison de son refus est-elle plausible, impérieuse? »- 5. « La douleur que me donne mon extrême impossibilité, » Faites voir que cette extrême possibilité résulte effectivement des détails minutieux qu'elle donne sur sa situation : • accablée et menacée de créanciers... suffoquée par l'obligation de payer tout'à-V heure cinq mille livres, etc. » — ' 6. Le refus ne laisse-t-il pas entrevoir une lueur d'espoir ?

— 7. Le ton de cette lettre est-il conforme aux personnes et aux circonstances?

MODÈLES DE LECTURE

Florian à M, de Boissy-d'Anglas, 1787.

€ J'ai reçu, Monsieur, l'aimable lettre que vous m'avez fait rhonneur de m'écrire. J'aurais désiré de tout mon cœur pouvoir servir en quelque sorte Monsieur le receveur; mais malheureusement le Monsieur du Petit-Val, mon ami, n'est point le Monsieur du Petit- Val,, régisseurgénéral : c'est bien le même nom, mais non pas la même personne ; et je n'ai nulle relation avec celui dont vous avez besoin. Cependant l'obligeante madame du Petit- Val, la femme du mien, s'est chargée de votre mémoire, et tâchera de le faire arriver à son adresse, en le recommandant de son mieux.

Agréez, etc.

M'^* de Maintenon à ....

t Dès que j'eus reçu voire mémoire, je l'envoyai et le recommandai à M. de Torci. Il parla au roi, et m'écrivit un refus fondé sur beaucoup de raisons. Vous voyez qu'on ne fait pas tout ce qu'on voudrait.... Je suis votre très-humble servante, et bien affligée d'ajouter votre servante trèsinutile. »

Racine à Boileau.

€ J'ai parlé à M. de Pontchartrain, le conseiller, du garçon qui vous a servi ; et M. le comte de Fiesque, à ma prière, lui en a parlé aussi. Il m'a dit qu'il ferait son possible pour le placer, mais qu'il prétendait que vous lui en écrivissiez vous-même, au lieu de lui faire écrire par un

autre. Ainsi je vous conseille de forcer un peu votre paresse, et de m'envoyer une lettre pour lui, ou bien de lui écrire par la poste... »

i/"* de Sévigné à sa fille.

€ Vraiment oui, ma fille, je vous la donne cette jolie écritoire, et ç*a toujours été mon intention ; j'attendais que vous l'eussiez approuvée pour vous déclarer ce présent. L'abbé jure qu'il Ta pensé de même ; en sorte que s'il lavait mise par mégarde sur le petit mémoire de dépenses qu'il vous a envoyé, il vous prie de l'effacer entièrement ; ce sera l'écritoire de ma mère, elle est assez jolie pour me donner l'ambition que vous la nommerez ainsi. » Les préceptes de Philippon-de-la Madelaine, relatifs à ce genre de réponses, sont si complets et si ingénieux que nous nous faisons un devoir de les reproduire textuellement :

€ Je ne connais que trois manières de répondre à une lettre de demande : accorder, refuser ou promettre. (1)

La. première est, sans contredit, la plus agréable : il est si doux d'obliger! et celui qui rend le service jouit peutêtre encore plus que celui qui le reçoit.

Mais, en ce cas, joignez la promptitude à l'amabilité ; c'est doubler le bienfait que de ne le pas différer, {bis dat qui cita dat, qui donne promptement semble donner deux fois) ; l'homme qui l'attend est dans une sorte d'impatience dont on ne peut trop tôt le délivrer; et l'on s'assure un droit de plus à sa reconnaissance, en accélérant le moment qui doit satisfaire son désir. (2)

1. Combien de manières y a-t-il de répondre à une lettre de demande? — 2. Quand on accorde, faut-il répondre promptemcnt, et

Quelle jouissance encore ne lui ménage-t-on pas quand on entoure le bienfait de tout ce qui peut Fembellir ! Tantôt on cherche à en montrer le peu d'ioiportance, et Ton en augmente le prix par l'adresse que Ion met à le dépriser; tantôt on insiste sur la satisfaction que Ton éprouve à obliger la personne ; toujours on dissimule les peines que Ton a été dans le cas de prendre. Quelque soin que le service ait pu coûter, il est délicat de n'en rien laisser paraître. Les ingrats se multiplieraient peut-être moins, si les bienfaiteurs ménageaient Tamour-propre des autres plus qu'ils n'écoutent le leur. (3)

M. le maréchal de Villeroi, exilé, durant la régence, à Lyon, dont il était gouverneur, n'y avait qu'une cour peu nombreuse. Il s'en aperçut; il s'en plaignait. Où sont donc, dit-il un jour avec humeur, où sont tant de personnes sur qui j'ai versé des bienfaits? — Ils tombaient de si haut^ lui répondit quelqu'un avec franchise, qu'ik ont écrasé ceux qui If s ont reçus. •

C'est qu'en donnant et en obligeant, il n'avait su ni donner ni obliger. (4)

Au reste, il faut peu d'art pour donner : c'est le refus qui en exige, parce qu'alors on n'est plus soutenu par son cœur, et que Ton a même souvent à le combattre, en raison de ce que le refus tient à des objets, ou s'adresse à des personnes qu'il est pénible de refuser. Tout ce que l'esprit a de ressource s'emploie alors pour ôter à ce cruel mot non ce qu'il a d'odieux et de rude : on n'a pas pu, on a fait tout ce qui dépendait de soi, on avait soi-même la plus grande envie de réussir; on a frappé à toutes les portes,

pourquoi? — 3. Quelles sont les d 'licatesses qui peuvent augnit*nter le prix d'un bienfait? — 4. Citei une anecdote relative au maréchal

mais aucune n'a voulu s'ouvrir; on a trouvé tant d'obstacles, les affaires marchent si péniblement, les dispensateurs des grâces sont si difficiles à aborder, les concurrents sont si nombreux, etc.

On s'étend alors plus ou moins sur le chapitre des regrets, sans donner pourtant aux témoignages de sa sensibilité ce vernis de phrases et de formules qui en détruit tout le charme. (8)

S'il reste quelque rayon d'espoir, on invite à le saisir, et l'on promet de faire tout ce qu'il faudra de son côté pour faire succéder la réalité à l'espérance.

L'espérance est effectivement, en des occurences pareilles, la meilleure consolation qui puisse être offerte à ceux qui ont échoué dans leurs projets ; c'est le hochet dont on amuse les grands enfants ; et il faut convenir que les douces illusions dont elle nous berce font souvent plus pour notre bonheur que les réalités qu'on regrette.

Un de nos meilleurs faiseurs de vers, Delille, a dit :

Promettre c'est donner, espérer c'est jouir. • (6)

SUJETS DE COMPOSITION

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