INVITATIONS, ENVOIS, OFFRES
MODÈLES
(invitation.)
Montesquieu à l'abbé de Guasco.
Bordeaux, le l«r août 1744.
« L'abbé Venuti m'a fait part, mon cher abbé, de l'affliction que vous a causée la mort de votre ami le prince Cantémir, et du projet que vous avez formé de faire un voyage dans nos provinces méridionales pour rétablir votre santé. Vous trouverez partout des amis pour remplacer celui que vous avez perdu; mais la Russie ne remplacera pas si aisément un ambassadeur du mérite du prince Cantémir. Or je me joins à l'abbé Venuti pour vous presser d'exécuter votre projet : l'air, les raisins, le vin des bords de la Garonne et l'humeur des Gascons sont d'excellents antidotes contre la mélancolie. Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de la Brède, où vous trouverez un château, gothique à la vérité, mais orné de dehors charmants, dont j'ai pris l'idée en Angleterre. Comme vous avez du goût, je vous consulterai sur les choses que j'entends ajouter à ce qui est déjà fait ; mais je vous consulterai surtout sur mon grand ouvrage, {V Esprit des Lois), qui avance à pas de géant depuis que je ne suis plus dissipé par les dîners et les soupers de Paris. Mon estomac s'en trouve aussi mieux ; et j'espère que la sobriété avec laquelle vous vivrez chez
moi sera le meilleur spécifique contre vos incommodités. Je vous attends donc cette automne, très-empressé de vous embrasser. »
(invitation.)
Florian à J/. Boissy d'Anglas,
10 décembre 1789.
« M. de Elorian a l'honneur de présenter son respect, ses hommages, sa foi, sa soumission, à monsieur le législateur. Il prend la liberté de lui demander si dimanche, 20 de ce mois, seul jour de la semaine ou monsieur le représentant de la nation ne travaille pas au bonheur public, il voudrait faire l'honneur à M. de Florian de venir diner chez lui avec monsieur et madame de Saint-Etienne, qui le lui ont promis pour ce jour-là. M. de Florian s'est présenté à la porte de M. de Boissy pour lui faire cette prière; il n'a pas eu le bonheur de le trouver. 11 espère de son ancienne amitié qu'il voudra bien lui accorder sa demande. »
1er Mootit. 1. Quel est l'objet de cette lettre? — 2. La première phrase nous met- elle au courant de la circonstance? — 3. Quel est le but de Montesquieu? — 4. Se borne-t il :• une simple invitation, ou bien donne-t-il des raisons séduisantes pour décider Tabbé de Guasco? Prouvez votre réponse en énumérant les diverses raisons qu'il fait valoir? — 5. Quel est le ton qui règne dans cette lettre?
Ile MoniiB. 1. Quel est l'objet de la lettre de Floiian à M. Boissy d^Anglas? -— 2. Montrez que l'invitation est faite avec délicatesse sous tous les rapports : a) pour la dv férence témoignée à l'invité ; b) pour le choix des autres convives; c) pour la démarche faite en personne. — 3. Quel est le ton de celte lettre?
(offre.) M'^'de la Fayette à J/"' de Sévigné.
f ... Venons au fait : vous payez une pension à M. de Sévigné, vous avez ici un ménage : mettez le tout ensemble ; cela fait de l'argent, car votre louage de maison va toujours. Vous direz : mais je dois, et je payerai avec le temps. Comptez que vous trouverez ici mille écus, dont vous payerez ce qui vous presse, qu'on vous les prête sans intérêt, et que vous les rembourserez petit à petit, comme vous voudrez. Ne demandez point d'où ils viennent, ni de qui c'est ; on ne vous le dira pas ; mais ce sont des gens qui sont bien assurés qu'ils ne les perdront pas. Point de raisonnements là-dessus, point de paroles, ni de lettres perdues ; il faut venir : tout ce que vous m'écrirez je ne le lirai seulement pas. En un mot, ma belle, il faut venir, ou renoncer à mon amitié, à celle de madame de Chaulnes, et à celle de madame de Lavardin ; nous ne voulons pas d'une amie qui veut vieillir et mourir par sa faute : il y a de la misère et de la pauvreté à votre conduite. Il faut venir dès qu'il fera beau. »
(envoi.) Florian à Gessner.
Monsieur, « Vos ouvrages font le bonheur de ma vie ; et comme il est impossible que celui qui les a faits ne soit pas le meil-
Illo wonÈiR. — 1. Quelle est l'offre faite par M"»® de La Fayette à y[me de Sévigné? — 2. Y met-elle de la délicatesse, aurtout en paraissant cacher le nom de la personne de qui vient le bienfait? — 3. Ist-ellc pressante dans son offre? Montrer qu'elle met tout en œuvre pour décider itt"»® de Sévigné à accepter sa proposition?
leur des hommes, j'espère qu'il me pardonnera de Timportuner d'une lettre.
Depuis mon enfance, la Mort d'Abel, Daphnis, les Idylles, le premier Navigateur, sont toujours dans mes mains. Je dois à ces lectures tout ce que j'estime de mon cœur.
Mon admiration pour vos écrits m'a inspiré le désir de faire une pastorale ; je me suis aidé d'un fameux auteur espagnol qui avait votre génie, sans avoir votre douceur ; j'ai tâché d'habiller la Galatée de Michel Cervantes, comme vous, vous habille^ vos Chloés ; je lui ai fait chanter les chansons que vous m'aviez apprises , et j'ai orné son chapeau des fleurs volées à vos bergères.
Cette passion de vous ressembler m'a valu l'indulgence du public français. J'ose vous envoyer Galatée. « Allez, ma fille, lui ai-je dit, allez trouver le maître des bergers ; vous poserez doucement votre guirlande sur sa tête ; vous vous mettrez à genoux devant lui ; et quand il vous regardera en souriant, comme le bon Amyntas regardait la belle Philis, vous lui direz : Je viens mettre à vos pieds le tribut de respect et d'admiration que vous doivent tous les cœurs sensibles, et que mon père a plus de plaisir à vous payer qu« personne.
J'ai l'honneur d'être. Monsieur, avec ces sentiments qui dureront autant que ma vie, etc. »
(envoi.)
Le prince de Condé à MM. de V Académie de Dijon.
Paris , le 13 avril 1776.
f Vous recevrez, Messieurs, dans quelques jours, une
IVe MODfcLi. 1. Quel est l'objet de la lettre du prince de Condé aux membres de l'Académie de Dijon ? — 2. Exagèrc-t-il le prix de l'objtt qu'il envoie ? Prouvez le contraire par l'une de ses phrases.
caisse contenant des productions naturelles que j'ai retirées de mon cabinet de Chantilly pour ajouter à celui que vous formez. Je joins à ma lettre le catalogue de ce que la caisse contient. J'aurais bien désiré que cet envoi eût pu être plus considérable. Vous savez, Messieurs, quels sont les sentiments d'estime et d'amitié que j'ai pour vous. »
Préceptes.
Les lettres d'invitation, d'envoi, d'offre, floivent avoir comme qualités essentielles la simplicité et la grâce. (4)
Une invitation doit être sympathique et pressante. On s'attache surtout à faire ressortir le plaisir que l'on éprouvera à recevoir la personne invitée; et l'on peut en même temps lui faire entrevoir les agréments que l'on tâchera de répandre sur les instants que l'on passera avec elle. Témoin l'invitation adressée par Montesquieu à Fabbé de Guasco. (P modèle, page 482.) (2)
La lettre qui accompagne un envoi exige beaucoup de déli«atesse. Attacher trop de prix à l'objet que l'on donne, c'est imposer des remerciements exagérés. (3)
Enfin dans les offres, de quelque importance surtout, il faut des précautions délicates pour ne pas froisser l'amourpropre. Sans doute, il est plus généreux d'offrir, de prévenir une demande, que de l'accueillir quand elle est faite, et la véritable amitié va au-devant de l'ami malheureux, qui peut-être hésiterait à demander du secours. Mais l'amitié aussi doit être ingénieuse pour faire accepter ses bienfaits. (4)
PKicBVTBs. l. Quelles sont les principales qualités des lettres d'i'ff vilation^ d'envoi et d'offre^ — 2. Comment doit être conçue une lettre d^invitation^ — 3. Une lettre d'envoi? — 4. Est-il plus gêné-
Atténuez la valeur du service que vous proposez, dites la peine que vous causerait un refus, inventez mille raisons pressantes pour obtenir le consentement de Tami que vous voulez obliger; enfin et surtout ménagez le sentiment de sa dignité et faites lui comprendre que dans une situation semblable vous accepteriez vous même l'offre que vous lui faites. (5)
EXERCICES DE COMPOSITION
I' Sujet. Louis Joint une petite lettre pour Gustave à celle que son père écrit aux parents de son ami pour les inviter à la fête de la commune. (Même sujet pour demoiselles.)
CONSEILS
Vous profitez de la permission que votre père vous accorde pour renouveler à votre ami Vassurance de votre tendre affection et pour le presser vivement d'accompagner ses parents. Qu'il fasse provision de forces, car vous lui ferez arpenter vos bois. Pourquoi donc a-t-il tardé si longtemps d'y venir; si vous ne le connaissiez, ce peu d'empressement vous ferait douter de son amitié ; il faut donc absolument que dimanche prochain il vienne réparer ses torts.
La fête ne sera ni bruyante ni considérable ; mais elle ne manquera pas de gaieté : une bonne promenade dans les bois, une bonne et longue causerie d'amis auront pour Gustave plus de charmes, à moins que son cœur ne soit bien changé.
reux d'o/^Vtr que d'attendre qu'une demande nous soit faite? —5. Quel ssont les ménagements à prendre, surtout quand on fait une ofTrt de quelque importance ?
II. Après un refroidissement momentané, Pierre invite son ami Charles, (Même sujet pour demoiselles.)
CONSEILS
Quinze jours sans se donner la main ! Et pourquoi ? Pour des bagatelles, un malentendu, un peu de vivacité réciproque. (Expliquer le fait.)
Cette interruption des rapports affectueux, cruelle pour tous deux, vous a mieux fait sentir le prix de l'amitié et va resserrer une liaison si nécessaire à votre bonheur.
Invitez Charles à une réunion de famille.
III. Edmond invite Lucas à venir passer quelques jours à la campagne. (Même sujet pour demoiselles.)
CONSEILS
Il faut que tout concoure à lui promettre de l'agrément : belle saison, paix des champs, beautés de la nature, lever de Taurore, chant de Talouette matinale qui appelle le laboureur dans les champs.
Et Tamitié donc? et les bonnes causeries? et les souvenirs du collège, etc, etc. ?
Quels plaisirs vous vous promettez ! et, si vous en jugez par le cœur de votre ami, quelle joie pour lui aussi I
IV. Joseph, en vacances dans son village, invite Arthur, convalescent, avenir se rétablir entièrement à la campagne. (Même sujet pour demoiselles.) Le séjour de la campagne est favorable à la santé ; distractions heureuses et charmantes, etc.
V. Ernest, de retour d'un voyage à Ostende, envoie quelques jolis coquillages de mer à son ami Jules. — C'est bien peu de chose ; mais que votre ami y voie la preuve qu« vous ne l'avez pas oublié, quoiqu'il fût loin de vous.
III. Ernest invite Alfred à un dîner champêtre que son père donnera dans un petit hermitage.
Vous seriez heureux s'il consentait à venir compléter cette petite réunion. Il connaît vos goûts qui sont les siens. Pas de cérémonies. Les personnes qu'il y rencontrera sont vos amis et les siens. La franchise et la bonne amitié feront tous les frais.
Vous comptez donc avec toute assurance sur lui.