DES LETTRES D'EXCUSES. DE JUST1F1G4T
llodèltrfl d^Aualyse et de lecture.
1" MODÈLE
il'^'' de Sévigné à if. de Btissi-Rabutin.
t Je me presse de vous écrire, afin d'effacer prompte ment de votre esprit le chagrin que ma dernière lettre y a mis. Je ne Feus pas plus tôt écrite que je m'en repentis.... Il est vrai que j'étais de méchante humeur; je n'eus pas la docilité* de démonter mon esprit pour vous écrire : je trempai ma plume dans mon fiel, et cela composa une sotte lettre amère, dont je vous fais mille excuses. Si vous fussiez entré une heure après dans ma chambre, nous nous fussions moqués de moi ensemble....
Adieu, comte, point de rancune, ne nous tracassons plus. J'ai un peu de tort ; mais qui n'en a point en ce monde? »
le»" HouÈLE. — 1. Rcâumez cette lettre. — 2. « /<? me presse
promptemeut. » CetJe plirase de M"»o de Sévigné ne nous apprendelle pas que les excuses ne peuvent pas être tardives? — 3. « Je no l'eus pas plu« tôt écrite que je m'en repentis. » Ce repentir immédiat ne nous prouvct-ll pas que ses excuses ne sont pa» seulement au Lout de la plume^ mais qu'elles sont sincères et bien senties? — 4. M™« de Sévigné expliqu'e~t-elle comment le fait s'est produit? Quelles sont les circonstances qui \iennent atténuer la faute? — 6. Expliquez cette phrase : « Je n'eus pas la docilité de démonter mon esprit. » Exprimez la même idée sous une forme plus simple. — 6. Faites de même pour l'expression suivante : Je trempai ma plume dans mon fiel, v — 7. Slon fiel sotte lettre amère. » Ces détails
II* MODÈLE
Boileau à M. Brosselte.
Àiileuil, 15 août 1699.
t Si vous comprenez bien, Monsieur, quel embarras c'est à un homme de lettres qui a des livres, des bijoux et des tableaux, que d'avoir à dcmcnager, vous ne touverez pas étrange que je sois demeuré si longtemps sans faire réponse à votre dernière lettre. Eh! le mo3''en d'écrire à ses amis , quand on se trouve au milieu d'une foule de maçons, de menuisiers et de crocheteurs, qu'il faut sans cesse gronder, réprimander, instruire, etc. Il y a tantôt trois semaines que je fais cet importun métier, et je n'en suis pa» encore sorti. Ainsi, bien loin de croire que vous ayez raison de vous plaindre, je prétends même que je dois être plaint, et qu'il faut que je vous aime beaucoup pour trouver, comme je fais aujourd'hui, le temps de vous faire mes remerciements sur toutes les choses aimables que vous m'écrivez et sur tous les présents que vous me faites. Vous me direz peut-être que j'use de l'artifice d'un homme qui a tort, et qui le premier fait un procès aux autres, afin qu'on n'ait pas le temps de lui faire le sien. Peut-être cela est-il véritable. Je vous assure pourtant qu'on ne peut pas être plus touché que je ne le suis de toutes vos bontés, et que, s'il y a en moi de la paresse, il n'y a assurément point d'ingratitude, d
ne MOUS prouvent-ils pas que, loin d'atténuer les torts que l'on peut avoir, il est parfois bon de les exagérer, pour mieux s'en assurer le pardon ? — 8. Est-il permis de mettre de la froideur dans l«^s excuses? ]\e convient-il pas de les faire franchement et sans réserve? Trouvezen la preuve dans le texte. — 9. M"»* de Sévigné dit-elle d'une manière piquante et spirituelle qu'elle a senti ses tort» immi^diatement : « Si vous fussiez cntré^ etc. »? — 10. Comment t«rmin«'»telle sa lettre ? — 11. Quel est le ton qui y règne ?
IIP MODÈLE.
Le comte Joseph de Maistre à la comtesse d'Edling.
« Avant votre départ, Madame, je vous demandais votre adresse à Czarsko-Selo. Vous me répondîtes : « Je vous écrirai moi-même. » Il me sembla voir dans cette réponse une volonté ou une velléité de n'être pas prévenue, de sorte que je ne me déterminai point à vous écrire^ quoique uotre aimable amie m'ait offert deux ou trois fois de se charger de mes lettres. Mais aujourd'hui j'ai un motif excellent pour vous écrire , car c'est pour vous demander pardon. Mon fils est parti le 27 après-midi ; le 29 aprèsmidi il était à Riga ; le 30, il m'a écrit sous la même enveloppe avec le marquis Palucci. Il y avait une troisième lettre pour vous, Madame, que le marquis me charge de faire tenir à l'aimable Madame de *** (pur compliment, rien n'est plus faux.) Même forme, même grandeur, impatience délire, etc. Enfin, que voulez- vous que je vous dise? Au lieu de faire sauter le cachet de la mienne, mes doigts étourdis, conduits par de mauvais yeux, ont décacheté la vôtre. Il serait inutile de vous dire que je ue l'ai pas lue : c'est le devoir de tout honnête honmie ; mais je porte l'idée •de ce devoir jusqu'à la superstition ; je ne m'aviserais pas de lire une ligne adressée à mon fils. Je n'ai pas même lire la lettre de son enveloppe, t^nt j'ai été prompt a m apercevoir de ma distraction. Je n'en suis pas moins extrêmement mortifié. Pardon mille fois. »
FRACMEMTS.
< Faisons la paix, mon pauvre comte, j'ai tort ; je ne sais jamais faire autre chose que de l'avouer, etc. »
(.¥""• de Sévigné au comte de Bussi,) j< Je vous demande pardon, mon cl^er confrère, d'un si
loDg silence, f ai fait de petits voyages ; mais comme on ne* gagne jamais rien de bon à voyager, je suis revenu ici avec un gros rhume, un peu de fièvre et un peu de goutte. Je n'ai point voulu; vous écrire quand j'étais de mauvaise humeur, t . (Le cardinal de Bernis à Voltaire,)
« Je vous avoue que le malentendu qui retient mes lettres me donne une violente inquiétude. J'en ai bien importuné le pauvre d'Acqueville, et vous même, ma fille. Je m'en repens, et voudrais bien ne l'avoir pas fait; mais je suis naturelle, et quand mon cœur est en presse, je ne puis m'era pêcher de me plaindre à ceux que j'aime bien. Il faut pardonner ces sortes de faiblesses, comme disait un jour M"** de la Fayette. A-t-on gagé d'être parfaite? Non, assurément ; et si j'avais fait cette gageure, j'y aurais bien perdu mon argent. » (A/"'' de Sévigné,)
« Je vous demande pardon. Madame, de ne vous avoir pas parlé de votre digne et aimable fils. Mais ce qui est dans le cœur n'est pas toujours au bout de la plume, surtout quand on écrit vite et qu'on est malade. (Voltaire.)
Préceptes.
Un cœur généreux reconnaît ses torts et cherche à les réparer. N'hétsitons jamais à abjurer des procédés blessants, à rétracter des paroles irréfléchies, à exprimer notre repentir pour une action indigne de nous. Sa-chons faire taire cette fausse honte et cet amour-propre déplacé, qui sont les indices d'un esprit étroit et d'un cœur plein d'égoïsme. (1)
Mais, comme il n'est pas toujours facile de se faire pardonner ses torts, les lettres d'excuses demandent souvent beaucoup d'adresse et de précaution. (2)
pRÉcwTB^. — W'est-il pas fpenéreux de faire dei excuses quand oit « de» tort» envera qiieUiu'un? — 2. Ces k tire» demandent- elles- de*
Expliquer le fait, avouer sincèrement ses torts, quand ils sont réels, se justifier quand ils sont imaginaires, protester de ses bonnes intentions, exprimer le regret d*avoir dcplu, le désir de réparer le passé et de reconquérir ses droits à Testime, tels sont, en général, ks moyens que Ton peut employer avec avantage dans une lettre d'excuses. (1)
Bien qu'il semble naturel d'atténuer les torts que l'on a pu avoir, il est parfois utile de les exagérer : cette sévérité envers soi-même dispose les autres à l'indulgence. (4)
Dans tous les cas, les excuses doivent être proportionnées à la gravité de la faute. (5)
Il en est de même du ton que l'on doit employer dans ce genre de lettres. Quand la matière est délicate, le ton grave et sévère peut seul faire croire à la sincérité du repentir. Pour des faits de peu d'importance, le ton badin est parfois le plus propre à réussir : « J'ai ri, me voilà désarmé, »
Mais ici surtout il faut de la prudence pour ne pas se livrer à des plaisanteries inopportunes. La nature de nos relations avec la personne à qui nos excuses sont adressées, peut seule nous enseigner le ton qui convient dans ces lettres. (6)
SUJETS DE COMPOSITION