‹ Cours professes à l' Ecole des mines de Paris, Deuxième partie. Cours d'exploitation des minesChapitre 13 sur 53 · DES TRAVAUX D'EXPLORATION ET DE RECHERCHES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES TRAVAUX D'EXPLORATION ET DE RECHERCHES EN GÉNÉRAL

attendent des dëbonchés sans lesquels leur mise en valeur est, quant à présent, impossible, faute de débouchés sur place et faute de moyens de transport pour en aller chercher au loin. Ce que nous disons ici de la houille, on peut le dire de beaucoup d'autres substances, du minerai de fer par exemple. Le plus beau gisement de minerai de fer n'est exploitable que s'il est à portée de hauts fournaux qui puissent le consommer, soit qu'on en crée spécialement pour le traiter sur place, soit qu'on crée des voies économiques de transport pour l'amener aux hauts fournaux existants.

C'est ainsi qu'en Afrique, le beau gisement de Mokta-el-Hadidt connu de tout temps, n'a pu être exploité que du jour où il a été relié à un port d'embarquement, celui de Bone, par un petit chemin de fer de 34 kilomètres, qui n'a pas d'autre élément de trafic que le transport même de ce minerai.

Ce transport a été de 372,000 tonnes en 4872, ainsi que nous Tavons dit plus haut. On n^en aurait pas extrait une tonne, si le chemin de fer n'eût pas existé. D'un autre côté, sans le gite de Mokta, ce chemin de fer n'avait pas de raison d'être; de sorte que sa construction doit être considérée comme faisant partie des dépenses de premier établissement de ce glle.

(70) En opposition à ces matières encombrantes et de peu de valeur sur le lieu de production, qui ne peuvent $e répandi:e partout, et dont le débouché a toujours un certain caractère local, on doit considérer les matières d'un prix élevé, telles que certains minerais de cuivre, les minerais de plomb argentifères, etc., et, plus encore, les métaux provenant de ces minerais, dans le cas où Ton suppose que la mine s'occupe du traitement métallurgique. Ces matières voyagent facilement, grâce à leur haute valeur sous un poids donné; elles n'ont de débouchés locaux que pour la vente au détail, et les ventes en gros vont se concentrer sur un petit nombre de marchés. C'est ainsi que Londres est le grand marché pour le cuivre métallique, et Swansea pour les minerais de cuivre ; c'est ^insi que le plomb se place surtout è Londres, au Havre et à Marseille ; le zinc à Paris et à Hambourg ; l'étain à Londres et à Rot* terdam, etc., etc.

tS COURS D'EXPLOITATION DES MINES.

Les prix varient sur ces divers marchés, et souvent sur une trèslarge échelle ; mais c*est par le fait des circonstances générales qui affectent le commerce, et non ordinairement par le fait d'une mine . nouvelle que Ton vient à créer, mine qui n'a pas habituellement^ assez d'importance propre pour influencer les prix dans le monde, l

(71) On doit donc faire une difTérence essentielle entre les mines, selon la nature des produits qu'elles livreront à la consommation.

Pour les unes^ l'importance de l'exploitation est réglée par Vimportance du débouché.

Pour les autres, elle n'est en quelque sorte réglée que par la puîfsance même de production de la mine*

Pour les premières^ la conséquence de la mise en exploitation peut être l'abaissement du prix de vente, même dans une très-large mesure, pour peu qu'on cherche à se faire une place un peu ample sur un marché déjà occupé par d'autres productions.

Pour les secondes^ on n'a le plus souvent qu'à se rendre compte des prix courants habituels sur un marché donné et des frais qu'il faudra faire, y compris les transports, pour exploiter ses produits et les rendre sur ce marché ; la différence donnera une idée du bénéfice moyen que pourra réaliser l'entreprise.

(7IS) Telles sont les considérations diverses qu'on doit avoir présentes à l'esprit, lorsqu'on se livre à des travaux d'exploration et de recherches. La matière comporte, on ne saurait trop le répéter, indépendamment des connaissances spéciales du mineur, nécessaires à l'exécution des travaux et à l'appréciation technique de leurs résultats, beaucoup de prudence et de réserve.

On ne devra pas craindre de consacrer à ces travaux préliminaires et l'argent et surtout le temps, indispensables pour arriver à l'appréciation rationnelle d'une affaire donnée.

On devra, en général, dans les estimations qu'on aura à faire, calculer largement, et considérer que la mise en exploitation définitive aura habituellement pour conséquences une augmentation dans les prix de la main-d'œuvre et des fournitures, et aussi, au moins dans certains cas, une réduction dans les prix de vente.

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On devra enfin procéder à toutes ces opérations, avec la pensée que, sur un nombre donné d'explorations, la majeure partie n'aboutit pas à faire découvrir des gisements dignes de donner lieu à des recheirches suivies ; que pour ces recherches, la majeure partie également n'aboutit pas à la création d'exploitations régulières, et qu'enfin, pour ces dernières, les bénéfices ne représentent en moyenne, et malgré de brillantes exceptions, qu'une fort modeste rémunération de l'ensemble des capitaux qui se consacrent à l'industrie des mines.

Je pense cependant qu'une affaire de ce genre, bien étudiée et bien mûries peut être fort digne d'appeler l'attention des capitalistes qui recherchent des placements à long terme. Je pense que pour beaucoup de produits de cette industrie, pour la houille et pour le fer par exemple, les besoins de la consommation sont dans une telle voie d'accroissement qu'il n'est pas à présumer que les moyens de production puissent pendant longtemps se développer parallèlement. Sur plus d'un point déjà, on peut prévoir, à assez bref délai, le moment où seront épuisés des gttes qui aujourd'hui fournissent un appoint important à la consommation. Quelques exploitations houillères ne verront pas la fin de ce siècle ; et dans une centaine d'années un grand nombre d'entre elles seront épuisées à leur tour. Cependant il faudra que les autres suppléent au vide qu'elles laisseront dans la production, et en outre puissent faire face aux nouveaux besoins de la consommation, et il peut sembler douteux qu'elles y parviennent au moins d'une manière bien complète. Je regarde donc comme évident que le capital qui s'engage aujourd'hui dans une affaire de ce genre est assuré d'obtenir avec le temps, sauf quelques récurrences possibles, une rémunération rapidement croissante, pourvu que la richesse du glle assure l'exploitation pour plus d'une ou deux générations.

Les prix de la main-d'œuvre pourront s'élever, s'élèveront même assurément; il pourra en être de même des prix de beaucoup d'objets de consommation ; mais, en môme temps, le combustible minéral deviendra de plus en plus rare et recherché. Comme il constitue pour la plupart des industries un objet de première nécessité^ aussi indispensable, pour ainsi dire, que l'est le pain pour la

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noorriture de rhomme, avec cette différence essentielle qu'on n'est pas maître d'en développer indéfiniment la production, on peut en conclure avec certitude que son prix s'élèvera, avec le temps, dans une plus forte proportion que celui de la majeure partie des autres objets de trafic (qu'il s'agisse de main-d'œuvre, de produits agricoles ou de produits de l'industrie manufacturière).

(78) En résumant toutes les considératiims diverses exposée» dans ce chapitre, il me parait que Ton peut formuler la conclusion suivante :

En fait, en prenant ses exemples dans le passé, on trouverait que l'industrie des mines est peut-être une de celles qui ont donné, en moyenne, la plus faible rémunération à l'ensemble des capitaux qui s*y sont engagés ; mais on peut croire que ceux de ces capitaux qui sont restés improductifs, ont été bien souvent engagés sans discernement et sans études préalables suffisamment prolongées ; de sorte qn^ en suivantd* autres errements^ c est*à-direen ne passant pas trop tôt de la période des recherches à la période de la mise en exploitation^ on limite le capital exposé à Valea que comportent naturellement ces recherches, et le capital qu'on peut se résoudre à dépenser ulté* rieurenient, après une étude bien faite^ aux divers points de vue inur mérés ci-dessus, doit être considéré comme permettant une évaluation de son revenu probable, à peu près aussi exacte que celle de beaucoup d'entreprises dans lesquelles les capitalistes n'hésitent pas journellement à s'engager.

En on mot, l'industrie des mines a toujours un certain caractère aléatoire qui ne saurait être absolument contesté ; mais dans une affaire de ce genre, bien étudiée et bien mûrie aux points de vue de l'ingénieur, du négociant et du capitaliste, ce caractère se trouve atténué dans une nature très-considérable, et une telle affaire^ si les résultats de l'étude sont satisfaisants, mérite toute Vattenlion des eapitatistes sérieux.

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