DE LA CHALEUR COMME FORCE MOTRICE
On peut dire d'abord, à un point de vue extrêmement général, que la Ihôorie par laquelle la chaleur est assimilable à de la force vive, et par conséquent homogène avec du travail, jette un grand jour sur une quantité de phénomènes naturels.
On conçoit ainsi comment le soleil, qui est notre source principale de chaleur, est en même temps la cause directe ou indirecte de tous les mouvements que nous observons à la surface de la terre. On peut même faire remarquer que lorsque nous utilisons une force motrice, telle que la gravité dans des récepteurs hydrauliques, c'est indirectement la chaleur solaire que nous mettons à profit, puisque c'est elle qui a produit la vaporisation de Teau, retombée en pluie à la surface de la terre, et dont nous utilisons le poids lorsqu'elle se meut en descendant sous l'action de la gravité, pour revenir au réservoir d'où elle a été vaporisée.
11 en est encore de môme dans une machine à feu quelconque, puisque le combustible employé, qu'il s'agisse de combustible végétal ou de houille, est un produit de la végétatipn qui s'est développée sous l'influence de la chaleur solaire.
Dans un autre ordi^e d'idées, la percussion, le frottement, le choc entre deux corps, en un mot toutes les circonstances qui sont propres à déterminer des vibrations moléculaires, sont, en général, par cela môme, des causes de développement de chaleur.
Quant à la quantité de chaleur qui sera ainsi développée, elle ne pourra pas en général, et surtout dans le cas des chocs, être évaluée a priori, soit parce qu'il y aura en même temps des effets d'usure et de déformation permanente, soit parce que le mouvement vibratoire lui-même pourra être décomposé, dans un rapport variable et dépendant de la constitution du corps, en vibrations des diverses pièces du corps, les unes par rapport aux autres, vibrations apparentes, ou sensibles à l'œil, à l'ouïe ou au toucher, ei en vibraticms moléculaires , qui peuvent exister, même dans une pièce en repos apparent, et qui semblent seules produire les phénomènes calorifiques.
(415) Outre le soleil et les phénomènes analogues au choc ou au frottement, une source de chaleur d'un usage général est la combustion, ou, plus généralement, une combinaison chimique quelconque.
On conçoit très-bien» dans la nouvelle théorie, comment une action chimique peut, en général, être une cause de production de chaleur.
Une combinaison chimique n est en effet autre chose que la réunion d'un certain nombre de molécules simples, qui, cédant à leur affinité mutuelle, se rapprochent et s'agrègent pour former une molécule composée.
Celte affinité est une force attractive à laquelle cèdent ces molécules en se rapprochant, sinon jusqu'au contact, du moins jusqu'à la distance que rend possible la petite atmosphère d'élher plus ou moins condensé qui existe autour de chacune d'elles.
11 y a donc production de travail moteur, et, par conséquent, augmentation de la force vive intérieure, ou, ce qui est synonyme, développement de chaleur.
(4Lf 6) On conçoit qu'un développement de chaleur puisse, à son tour, par un mécanisme inverse, devenir une cause de combinaison chimique. En augmentant le mouvement vibratoire des molécules en présence, la chaleur peut porter les molécules de nature diverse à des dislances mutuelles à laquelle leur force attractive commence à pouvoir s'exercer, et déterminer ainsi, à une certaine température, une combinaison qui ne se faisait pas à une température inférieure.
On conçoit de même qu'une chaleur excessive puisse détruire une combinaison chimique produite à une température plus basse, en déterminant un mouvement vibratoire tellement intense que les molécules simples qui forment une molécule composée se mettent à vibrer séparément, et se trouvent ainsi portées à des distances telles que leur affinité cesse de les maintenir combinées.
De là ce phénomène, encore incomplètement connu, de la dwociatioHy signalé par M. H. Deville à l'attention des physiciens.
(417) On pourrait beaucoup multiplier les exemples de ce genre, et l'on verrait la fécondité extrême de cette idée qui consisle à assimiler le calorifique, non pas à une matière spéciale se transmettant d'un corps à un autre, mais à une certaine quantité de