INTRODUCTION
D'ailleurs , tous les praticiens admettent cette manière d'envisager l'accouchement.
Cela est si vrai que, dans les cas extraordinaires, il n'en est pas un seul qui n'ait recours à la main ou à quelque instrument, pour suppléer à l'inertie de la matrice , ou pour écarter les obstacles qui s'opposent à l'expulsion du fœtus. Mais, puisque l'art, qui doit toujours tendre à imiter la nature, agit mécaniquement, pour l'aider quand elle est impuissante , ne serait-ce pas une contradiction manifeste d'attribuer à cette prévoyante mère une autre manière d'opérer ? Convenons donc que l'accouchement est une fonction naturelle qui se réduit à une opération mécanique.
Cela posé, cette importante fonction doit s'exécuter d'une manière conforme au vœu de la nature, lorsque la puissance expultrice l'emporte sur les obstacles qui s'opposent au passage du fœtus à travers le canal du bassin. Au contraire, l'accouchement sera toujours non naturel, etpar conséquent pénible ou laborieux , même impossible ou dangereux pour la mère et pour l'enfant, lorsque ces mêmes obstacles seront plus ou moins difficiles à surmonter, et exigeront plus ou moins impérieusement les secours de l'art. Dans le premier cas , le ministère de l'accoucheur est inutile , ou se borne à si peu de chose, qu'il ne diffère presque point du rôle de simple spectateur. Dans le second, il doit être plus ou moins actif, puisqu'il est nécessaire de suppléer aux efforts impuissans de la nature par des forces étrangères, à moins que dans quelques circonstances , à la vérité bien rares, il ne soit à propos de modérer ou de ra-
lentir la marche trop rapide du travail. Le point le plus essentiel en pratique est donc de bien distinguer le domaine de l'art d'avec celui de la nature. C'est là ce qui constitue le vrai tact de l'accoucheur , qualité rare et précieuse , qui est en grande partie le fruit d'une longue habitude, et qui élève tant le praticien éclairé au-dessus de l'aveugle routinier.
Mais quelque utiles que puissent être les leçons de l'expérience, il faut néanmoins convenir que celui qui se destine à la carrière des accouchemens en retirerait peu d'avantage, s'il n'était déjà éclairé par le flambeau de la théorie , ou s'il ne possédait d'avance cet ensemble de principes et de connaissances qui constituent les élémens de son art. Pour arriver à ce degré d'instruction , qu'on peut regarder comme le préliminaire ou le fondement d'une solide pratique, voici la marche qui nous paraît la plus simple et la plus naturelle. Il faut, premièrement, étudier avec soin la structure des organes de la femme qui servent à l'accouchement, et surtout leur rapport avec le fœtus , dont l'expulsion est le but que la nature se propose; secondement, analyser et décomposer le mécanisme de l'accouchement naturel , et méditer attentivement sur la manière dont cette fonction s'exécute; troisièmement, faire l'application des préceptes puisés, pour ainsi parler, à l'école de la nature, a6n de remplir les indications que présentent les accouchemens non naturels. Tel est le triple objet de la théorie de l'accouchement; telle sera aussi la triple division de l'ouvrage dans lequel nous entreprenons de la développer.
PRINCIPES