‹ Cours théorique et pratique d'accouchemens (volume 3)Chapitre 8 sur 31 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De r époque y des causes et dés signes de Vaccouchemenû

naturel.

 quelle époque de la grossesse l'accouchement naturel arrive t-îl? Quelles sont les causes qui Je déterminent alors, et quels sont les signes qui l'annoncent? Ce sont là trois questions quil est nécessaire de discuter, avant de rechercher le mécanisme de cette ^ fonction , la plus importante pour l'accoucheur et la plus curieuse pour le physiologiste. À comnien d'incertitudes et de méprises ne serait-on pas exposé, si l'on ignorait le terme ordinaire de la grossesse que la nature a fixé pour la naissance de l'homme? Quels écarts et quelles funestes erreurs ne commettrait-on pas , si l'on se trompait sur la véritable cause du travail de l'enfantement , et sur les signes distinctifs qui le font reconnaître?

ARTICLE PREMIER

De l'époque de la grossesse^ où l'accouchement naturel arrive,

La femme accouche le plus souvent lorsque le neuvième mois de la grossesse est révolu ; c'est là un fait incontestable et une loi de la nature généralement observée, sans que la physiologie ait pu en trouver une raison , nous ne disons pas satisfaisante ou péremptoîre, mais seulement plausible. Tout ce qu'on a débité là-dessus se réduit à quelque» conjectures vagues ou à quelques opinions incapables de soutenir l'attention d'un esprit judicieux.

L'enfant; naît ordinairement à neuf mois; voilà ce qui est bien positif, et ce qui doit suffire à l'accoucheur. Ce serait donc une vaine curiosité d'examiner encore si le travail de l'accouchement se déclare à cette époque, parce que l'équilibre se rompt entre les fibres du corps et celles du col de la matrice ; ou parce que la distension ultérieure de ce viscère est impossible; ou parce qu'il ne peut plus supporter l'acrimonie des eaux de l'amnios ; ou parce qu'il est gorgé du sang menstruel que la veine ombilicale refuse; ou parce qu'il sent alors plus vivement l'agitation du fœtus devenu

Elus robuste ; ou enfin parce que ce dernier est plus pressé par le esoin de naître et de respirer. La simple énumération de ces Hypothèses n'en démontre-t-elle pas assez l'insuffisance pour expliquer un phénomène dont la nature s'est réservé le secret? Nous n'insisterons pas davantage sur la prétendue analogie qu'on a établie entre le fœtus à neuf mois et les fruits parvenus à leur maturité, ni sur le besoin de prendre de la nourriture, de rendre ses excrémens, auqdbl on attribuait sa naissance dans des siècles peu éclairés. Qù on remonte aux moyens d'union qui existent entre la mère et le fœtus pendant la grossesse, et on verra que ces explications ne sont pas moins éloignées de la vérité que les précédentes. / Quoique la' fipmme se débarrasse pour l'ordinaire à neuf mois de 1 œuf ou du produit de la conception , ce serait néanmoins une erreur de croire que la nature est invariable sur ce point , et que

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Faccouchement ne peut se terminer avant ou japrès cette époque. On cite, en effet, quelques .exemples de naissances prématurées et de naissarices tardives qu'on ne peut révoquer en doute ; mais ce sont là des exceptions qui ne font que confirmer une loi fondée sur l'observation. Elles prouvent seulement qu'elle n'est pas universelle, mais elles ne l'empêchent pas d'être générale.

SECTION PREMIÈRE

Des naissances prématurées^

Notre intention n'est point de parler ici de ces naissances fortuites ou accidentelles , qui çont Peffet de l'avortement ou delà fausse-couche, et qui tournent plutôt au préjudice qu'à l'avantage de l'espèce humaine ; il s'agit seulement des naissances prématurées , qui sont déterminées par l'impulsion libre de la nature, et qui n'influent point sur la viabilité du fœtus. En deux mots, la grossesse peut-elle se terminer naturellement avant le terme ordinaire, ou bien la femme peut-elle accoucher avant la fin du neuvième mois? Tel est l'état de la question.

Or, nous avous déjà fait observer que le terme de la viabilité, loin d'être fixe et invariable à neuf mois révolus , pouvait être plus ou moins avancé, suivant les causes qui favorisaient l'accroissement du fœtus dans la matrice. A la vérité, nous avons ouvertement réclamé contre l'opinion de quelques physiologistes qui' accordaient ^ plus de viabilité au fœtus de sept mois qu'à celui de huit , et nous avons soutenu que la probj^^ilité de la vie dans les nouveau-nés était, toutes choses égales, en raison directe de leur âge ou du temps de la grossesse. Mais tout cela ne prouve point que le fœtus ne puisse être viable et venir au monde avant la fiipi du neuvième mois , s'il se trouve dans des circonstances qui hâtent ou accélèrent le terme de sa maturité. Que la conception s'opère, par exemple, dans le sein d'une mère capable de développer le germe en sept mois de temps , et de donner à ses organes le degré de perfection qui est nécessaire pour exécuter les fonctions de la vie ; certes , une telfe supposition n'a rien qui répugne ou qui choque la vraisemblance. Pourquoi donc le fœtus ne pourrait-il pas venir au monde à cette époque, et continuer de vivre conformément au vœu delà nature? T)ans certains climats, on observe que les fleurs se hâtent d'éclore, et que les fruits sont précoces, c'^est-à-dire qu'ils mûrissent et tombent naturellement avant l'époque ordinaire de leur maturité ; pourquoi donc le fœtus ou le g^rme de l'espèce humaine sa*ait-il seul à l'abri des causes qui influent sur l'accroissement ou sur la reproduction de tous les êtres en général?

Au reste, les naissances prématurées ou avant terme, dont nous ayons démontré la possibilité par le raisonnement et l'analogie, se trouvent confirmées par l'expérience et l'observation. Il n'est pas d'accoucheur qui n'ait vu naître des enfans avant le neuvième mois de la grossesse; et, quoique le plus grand nombre de ceux q:ui ont été ainsi prématurés aient péri, on peut néanmoins en citer qui , non-seulement ont continué de jouir long-temps du bienfait de la vie, mais dont l'existence semble avoir tenu du prodige.

Tel fat l'enfant presque merveilleux dont Phistpire est i*apportëe par Broufeet, et cjue sa mère mit au monde six «lois après un accouchement antérieur. Voilà donc une naissance prématurée qui eut lieu entre le cinquième et le sixième mois de la grossesse. Le fetiis était vivant, maïs faible et chétif ; il ne pleurait point, et fl respirait à peine ; ses yeux étaient fermées , ses membres flasques et

Î)endans ; quelques légers moutemens et 1a chaleur du corps étaient es seuls signes qu'il était en vie, Oa l'enveloppa dans aes langes très-doux ; on l'exposa à une douce chaleur, et on lui donna un peu de lait tiède qu'il avala. Quatre mois s'écoulèrent sans qu'il poussât la moindre plainte, et Saûs qull rendît aucun excrément ; mais , cet intervalle révolu , il se mit à pleurer, à se mouvoir, à téter et à croître comme les autres enfans; si bien qu'à dix mois, nul autre de son âge ne Tégalalt en vigueur.

Parmi plusieurs enfans que nous avons vus naître natureHement à différentes époques avant terme, celui qui offrait le plu^ dç signes d'immaturité, et qu'on espérait le moins de conserver, n avait que six mois et demi de conceptionl C'était une petite fille, d'une faiblesse extrême, qui était née dans la rue Montmartre ; elle eut plusieurs syncopes pendant la première quinzaine ; on la nourrit avec un peu d eau sucrée et de lait ; ensuite effe prît le sein, qu'elfe ne suça d'abord que faiblement; mais elle se lortifîa peu à peu^ et finit par faire toutes ses fonctions. Elïe a miaintenant atteint sa dixième année.

Que conduire de ces deux faits, ainsi ^e de plusieurs autres, peut-être un peu exagérés, mais dont la vérité, quant au fond, ne saurait être contestée? Doiton abandonner et laisser périr sans secours les enfans qui naissent avant terme? Non ; ce serait là une faute des plus graves , et un trait dlnhumanité qui ne pourrait trouver d'excuse que chez les barbare». Un fœtus naîtrait-il avant le septième» même avant le cinquième mois, il faudrait toujours en avoir soin ; et un seul qu'on aurait le bonheur de conserver et d'élever, suflSrait pour ne pas désespe'rer des autres , et pour leur faire administrer à tous les mêm<?s secoui's.

Une autre conséquence non moins importante est que le médecin, consulté sur un cas de naissance prématurée, doit user de la plus grande circonspection pour ne point troubler l'union des époux et le repos des familles. Quelquefois c'est un mari inquiet et jaloux qui forme des soupçons injurieux sur la conduite de son épouse , parce qu'elle est accouchée avant terme d'un enfant vigoureux et bien constitué. Il faut alors calmer son imagination , eii insistant fortement sur la viabilité ou possibilité de vivre que certains enfans acquièrent avant la fin du neuvième mois. Enfin , les naissances prématurées , incontestables par le fait , le sont encore par le droit, puisque le code civil regarde comme légitimes et viables tou^s les enfans qui naissent à cent quatre-vingts jours , ou

à six mois.

SECTION IIç

Des naissances tardives.

La question des naissances tardives a toujours excité de pfus

grandes contestations que celle des naissances prématurées , et cela n*a rien d'étonnant , quand on connaît le cœur ou les passions dç rhomme. Qu une femme accouche d'un enfant viable et bien constitué , avant le terme ordinaire de la grossesse , on conçoit quQ -cela peut troubler un moment la sérénité d*un mari , et l'empécner <le se livrer entièrement à la joie d'être père. Mais le calme ne tarde pas à renaître dans son cœur, parce qu'il y trouve bientôt <les motifs de consolation qui dissipent une incertitude ou un doute,

Î>our l'ordinaire mal fondé. Il n'en est pas de même lorsqu'une émme accouche plus de neuf mois après la mort, le départ ou la séparation de son époux i l'affaire est alors de laplus haute importance, et présente les plus grandes difficuhés. Il s'agit d'accorder ou de refuser l'état civil au nouveau-né , de lui assurer la fortune du père , ou de le déshériter et de le réduire à la condition des «enfans iU^times. Enfin, l'honneur de la mère y est intéressé et en dépend ; on la sou|>çonne , on l'accuse même d'avoir manqué i la foi conjugale. Faut-il donc être surpris que cette (question ait été si longrtemps débattue , et qu'elle ait eu tant de fois pour dé* fenseurs et, pour adversaires les nommes les plus célèbres , la gloire et l'ornement du barreau? On peut consulter là-dessus Accurse, Papon, Choppin, Godefroy, Cujas, Despeisses, Menochius, le Bartole de son siècle ; Louet , Richard , Domat , Alphonse de Garanza , Bouteiller, etc.

Les médecins ^ de leur côté , ne se sont jamais accordés sur les naissances tardives. On compte au nombre de ceux qui les ont répétées des hommes très-recommandables dans l'antiquité , et parmi les modernes , personne n'en a contesté la légitimité avec plus de chaleur^ oil pour mieux dire avec plus d'entêtement que Louis et Bouvard. Qui ne connaît les virulentes diatribes lancées par ces deux champions contre Petit et Lebas? Astruc rejetait aussi ^les naissances retardées; mais on peut lui reprocher d'avoir fait, selon SSL coutume , un vain étalage d'érudition là où il ne fallait qu'un peu de ' logique et de bon sens. Enfin , Mahon avait embrassé la même opinion , et il faut convenir qu'il la défendait moins en philosophe qti'en vrai partisan.

On peut opposer à ces adversaires l'autorité de ceux qui ont admis les naissances tardives. Dès l'origine de l'art, on distinguait parmi eux Hippocrate et Aristote ; dans des temps moins reculés , Zacchias , Eugénius et Bonaventura ; enfin , dans le dernier siècle, Antoine Petit , Levret, Dulignac, Panenc, Ghomel, Lebas, Lepecq de Lacloture, Roussel et Fodéré.

Mais que sert de faire ici l'énumération des écrivains qui se sont déclai^és pour ou contre cette opinion , et dont la dispute , pleine de sarcasmes et d'outrages ,~ ressemblait , en dernier lieu , moins à une discussion littéraire qu'à un combat de gladiateurs ? Examinons plutôt les raisons ou les motifs qu'on a fait valoir de part et d'autre , et voyons de quel côté penche la vérité ou la vraisemblance.

D'abord , ceux qui ont rejeté les naissances tardives se sont fondés sur cette loi uniforme et immuable que la nature suit dans la reproduction de tous les êtres i loi qui fixe le terme de la gestatioii

pour chaque espèce d'animaux , et qui ne peut souffrir que tré^ peu de retard. Ds ont ensuite allégué l'opposition des lois physiques avec les naissances tardives , et le volume excessif que le fœtu9 acquerrait par un trop long séjour dans le sein de la mère. Ils ont insisté principalement sur les désordres qui troubleraient les familles , si , à toutes les ressources que les femmes ont pour donner des héritiers à leurs maris , on ajoutait encore la facilité de faire des posthumes à telles époques qu'elles jugeraient à propos, et de frustrer par là des collatéraux à qui appartiennent les biens de leurs époux.

Pour répondre à ces objectipns , les défenseurs des naissances tardives soutenaient à leur tour que les lois naturelles n'étaient

Sas si invariables qu'elles ne pussent souffrir quelques exceptions ; 'où ils concluaient que la grossesse , qui se termine le plus souvent à la fin du neuvième mois , pouvait néanmoins se prolonger audelà de ce terme, sans cesser d'être constante et régulière dans sa durée. Ne serait-ce pas nxaîtriser et même violenter la nature, disaient-ils , que de fixer l'époque de l'accouchement qu'elle n'a pas fixée elle-même d'une manière précise? Et croire que cette sage et habile opératrice ne peut pas se dispenser quelquefois de feire ce qu'elle fait le plus souvent, ne serait-ce pas, suivant la judicieuse remarque de Sénèque^ méconnaître sa souveraine puissance? D'ailleurs , si la nature peut être précoce , comme personne n'en doute, Sourquoi ne pourrait-elle pas être tardive dans l'exécution de ses essems? Le col de la matrice ne peut-il pas être plus dur, opposer plus de résistance , et se développer plus lentement qu'à l'ordinaire? Tout ce viscère lui-même ne peut-if pa's manquer de côntractilité et tomber dans Tinertie à la fin du neuvième mois? On objecta l'exemple des animaux; mais la parité et l'analogie ne sont point ' exactes, surtout quand il s'agit des ovipares, qui couvent et font éclore leurs œufs plus ou moins lentement ; d'auleurs la durée de la gestation dans les différentes espèces d'animaux est sujette à beaucoup de variations, d'après les recherches et observations de Tessier , savant naturaliste français. L'habitant des campagnes même, tout grossier qu'il est, ne sait-il pas, de temps' immémorial, que de deux vaches menées au taureau le même jour, quelquefois l'une met bas plus tard que l'autre d'un intervalle de plusieurs semaines? L'argument tiré des animaux n'est donc rien moins qùfe favorable à ceux qui nient les naissances tardives. Ils invoquent les lois physiques en leur faveur ; mais s'il y en a quelqu'une qui force la femme d'accoucher précisément à neuf mois , qu'on la cite. Le foetus, dit-on, acquerrait un volume extraordinaire s'il restait trop long-temps dans la matrice,; mais cela peut seulement faire craindre la difficulté de l'accoucRement , et ne prouve pas l'impossibilité des naissances tardives. Enfin , on prétexte que cette opinion renverserait l'ordre social ; mais on change alors l'état de la question , et on confond la possibilité des naissances tardives avec leur légitimité, ce qui est bien différent. Que qu:elques femmes accoucnent après le neuvième mois , ce ne sont là que des exceptions k une loi générale ; mais qu'on regarde comme légi- ~

DE L'ART DESACCOUCHEMENS. r gw

times tons les enfans qui naissent plus tard et à une ëpoque indé-^^ termîtiëe , dès-lors on abroge cette même loî de la nature , quî fixe'' le terme de la gestation , et on ouvre la porte à un déluge de maux. C'est bien alors que le désordre va régner dans la société. Où seront les vrais pères, où seront les vrais ^ewfans? Comment pourrat-on se reconnaître au milieu de cette épouvantable confusion ? Le législateur s'est donc montré bien adroit et bien sage , en ne reconnaissant d'âccouchemens légitimes que ceux qui arrivent avant l'expiratipn du trois centième jour. A la vérité , on sacrifie peutêtre par-là quelques individus ; mais qu'est-ce que ce léger inconvénient, en comparaison des malheurs aflreux que causerait la légitimité de toutes les naissances tardives ?

Nous pourrions citer encore une foule de causes auxquelles on avait attribué le prolongement de la grossesse , telles que les afiections morales , les chagrins , la débilité , l'épuisement de la femme faute de nourriture , les maladies dont elle peut être atteinte , la faiblesse ou la petitesse du fœtus. Enfin , n'a-t-on pas encore voulu tirer quelque parti de l'analogie qu'on a prétendu trouver entre la reproduction de l'homme et celle des végétaux? Mais de 'telles raisons sont trop faibles pour mériter un examen sérieux ; elles seraient peut-être plus contraires que favorables à ceux qui les ont alléguées.

Quoi qu'il en soit, il résulte de cette discussion , déjà trop longue peut-être, que rien n'empêche d'admettre la possibilité des naissances tardives, puisqu'elle n'a été combattue jusqu'ici que par des preuves pour ainsi dire négatives. Mais le triomphe de ceux qui aéfendent cette opinion devient encore plus complet , et force les adversaires au silence , si , du tribunal de la raison , on en appelle à celui de la pratique. Il existe en eflet des grossesses retardées et par conséquent des naissances tardives. Antoine Petit , Lebas et Lepecq de Lacloture en ont rapporté plusieurs exemples. Il serait peut-être téméraire d'assurer qu'ils ont tous ce caractère de véracité qui entraîne la conviction ; mais il en est aussi plusieurs qu'il serait absurde de révoquer en doute. Certaines femmes étaient à l'abri de tout soupçon , et n'avaient aucun motif qui pût les porter à tromper. Telle était cette femme irréprochable dont parle Aulu-

felle , et qui accoucha onze mois après la mort de son époux , sous empire df' Adrien. D'autres avaient pour maris des gens de l'art, ^ qui s'étaient assurés par le toucher du commencement de la grossesse. Comment refusferait-on de croire le fait du chirurgien Dulignac , celui du docteur Panenc , qu'if avait raconté lui-même à Chomel, enfin celui que Fodéré avait observé sur sa propre épouse? Mais de toutes les grossesses retardées, les plus merveilleuses sont celles^ qu'on Ht dans l'histoire de l'Académie des Sciences , et qui ont été rapportées par le célèbre commentateur de Boerhaave. Il s'agit d'une femme qui , après six semaines de mariage, commença d éprouver les incommodités ordinaires delà grossesse. Les règles n'étaient point suspendues; mais, vers le milieu du cinquième mois, le mouvement de l'enfant se fit sentir, et le sein était déjà gonflé; à huit mois, les mamelons rendaient quelques

gonttei de lait épais et rougeâtre ; au cCHiiiiienceineiit du neaviëme mois 9 les jambes se gonflèrent , et les veines en devinrent vari-

ruses. A onze mois, il se dëdara de violentes douleurs dans le et le bas^veutre ; on appela une sage-fecume j qui ne trouva aucune dispontion â Taoeouchement ; le jour suivant , tl s'écoula environ trois livres d^eau rougeâtre ; les douleurs continuèrent

Endant trois fours ; les règles coulèrent en petite quantité ; enfin I douleurs s'apcûsèrent , et la femme se trouva très-bien , à cela près que Tabdomen restait gonflé, et que les mamelles conservaient leur volume.

De très-babiles médecins et chirurgiens furent consultés , et entre autres le célèbre Winslow , qui se trouvait dans une maison de camparae voisine; tous attestèrent que la femme était enceinte.

Au dix-buitième m<Hs de cette grossesse extraoïdinaire , l'écoulement menstruel, qui avait été rouge jusqu'alors, devint blanc, et reparut toujours aux périodes accoutumées. La feaune assurait qu'elle sentait remuer l'en&nt; cependant un chirurgien trèsexpérimenté ayant touché l'abdomen » n'y découvrit aucun mouvement; il trouva seulement le ventre tendu comme un tambour, La femme resta encore seiee mois dans le même état ; les jambes se désenflèrent , mais les varices ne disparurent point. Enfin , â trentecinq mois, elle mit au monde un enfant mâle, qui vécut trois jours, et qui était d'un volume ordinaire, ainsi que le placenta; die releva de ses couches en parfaite santé , et peu de temps après elle ojSHt encore tous les signes de la grossesse ^ aie crut sentir aussî le mouvement de l'enfant ; le ventre était très-gonflé. FSk resta dans cet état pendant cinq ans et huit mois sans accoucher, jouissant d'ailleurs d'une bonne santé , et conservant la même aptitude aux travaux de son état.

Voilà certainement deux grossesses qu'on peut regarda c^nme deux grands phénomènes. Mais que doit-on en penser? Les avis sont partagées là-dessus ; les uns croient qu'il serait ridicule d'ajouter foi à de tels récits , ^ les autres accusent de témérité ceux qui voudraient en contester la vérité. Cependant, tout bien considéré, le dernier parti nous paraît {dus sur et plus raisonnable que le premier. Il semble même que ce serait ici le cas de faire l'appUcation de ce fameux adage : Qui trop prouve ne prouve rien.

ARTICLE IL Des causes de V accouchement.

Il ne sera point question ici de ces accidens plus ou moins dangereux pour la mère et pour l'enfant qui blessent la matrice , et déterminent l'expulsion prématurée du fœtus ou l'avortement ; sorte d'accouchement que la nature désapprouve.

Mous n'entreprendrons pas non plus de dévoiler la cause naturelle qui , à la fin de la grossesse , ejLcite la matrice à se débarrasser du produit de la conception. C'est là un mystère dont ou cherc)ierait en vain la raison , et sur lequel la physiologie , toujours féconde en explications j n'a cependant proposé que des chimères. Est-ce

dans le fcrtus ou dans la matrice que réside la Traie cause détermin^site de Taccouchement? Quoique ces deux opinions aient eu chacune «t tour à tour des partisans , la dernière nous parait néan- ^noins la plus vraisemblable. Mais qn conçoit à peine qu'un accoucheur justement célèbre admette une cause qui agit constamment Sendant la grossesse, et dont les effets ne sont sensibles, pour Torinaire, quà Ja fin du neuvième mois; comme s'il était possible 4'agijr et de ne pas agir en même temps. On conçoit encore moins qu'après avoir supposé cette cause dans la matrice , il la fasse mettre en action par le corps qui , â chaque instant , affecte désagréablement les nbres développées de ce viscère. Le fœtus peut-il devenir l'habitant incommode ^ désagréable du séjour qui lui est naturellement destiné pendant neuf mois? Mais laissons là cette espèce de jargon, et revenons au langage plus intelligible de la ])ratic|[ue, pour nous occuper uniquement de la cause efficiente , soit principale , soit accessoire, de l'accouchement , la seule qu'il importe de connaître.

SECTION PREMIÈRE

De la cause efficiente principale de r accouchement naturel. U serait presaue inutile de réfuter l'opinion du vulgaire ignoi*ant, qui regarde le fœtus comme la principale cause efficiente de Taocouchement ; opinion que partageait l'illustre Buffbn , malgré ses vastes connaissances en histoire naturelle , et au'on est tout étonné de retrouver encore dans l'ouvrage très-moaerne d'un accoucheur de Montpellier. Gomment peut-on raisonnablement faire jouer un rôle actif à l'enfant qui vient au monde, tandis que l'on voit tous les jours la matrice expulser des fœtus avortés, privés de ia ^, très-faibles ou dangereusement malades, frappés d'apoplexie ou d'asphyxie, hydrocéphales ou même acéphales? Si l'on attribue l'accouchement à l'action du fœtus , à quoi faut-il attribuer la sortie presque toujours postérieure du délivre et des membranes , celle des moles et des caillots de sang , qui sont des substances entièrement inertes et incapables d'agir ?

Tout porte donc à croire que la matrice est la principale cause efficiente de l'accouchement. Excité par un stimulus dont on méconnaît la nature, par le besoin de se débarrasser d'un dépôt qu'il ne peut plus garder, ce viscère se contracte et se resserre dans toutes ses parties , presse l'œuf ou le produit de la conception , et le force de s échapper par Torifice qui lui offre moins de résistance que torit autre point de sa surface.

Veut-on avoir la preuve que la matrice expulse le fœtus avec ses dépendances? qu'on applique une main sur le ventre de la femme pendant le travail , et qu'on porte en même temps le doigt indicateur de l'autre vers l'extrémité supérieure du vagin, on sentira alors que le globe utérin se durcit et s'assouplit , ou se contracte et se rdâche alternativement dans son corps , dans son fond et dans son col. Cette expérience doit donc faire rejeter l'opinion de quelques accoucheurs , qui prétendent que le col utérin est dans l'état de repos ou d'inaction pendant que le corps et le fond agissent avec beaucoup' de force et d'énergie, L'anatomie ne prouve pas non

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plus que la matrice soît composée de deux plans de fibres, Tun extérieur et l'autre inte'rieur, dont on voudrait supposer que le premier se contracte , tandis que le second est dans le relâchement.

Enfin, pour se convaincre de la contraction simultanée de toutes les parties de la matrice pendant le travail , qu'on interroge les praticiens qui , dans un accouchement laborieux , ont été obligés d'aller chercher les pieds du fœtus pour le retourner et l'extraire plus facilement, on apprendra que, pendant les fortes douleurs, la main s'engourdit et perd le sentiment sous le corps de la matrice qui la corn-

frime, tandis que le poignet est étroitement serré par le col qui embrasse. L'observation atteste encore , qu'après l'accouchement, chaque tranchée qui tourmente la femme est suivie de quelque caillot de sang, preuve manifeste que, pendant la durée de ces douleurs secondaires, le col utérin se contractait, et empêchait l'issue des matières contenues dans le corps.

Mais s'il est vrai que toutes les parties de la matrice se resserrent en même temps et avec la même force , d'où vient que le fœtus rompt cette espèce d'équilibre et sort par l'orifice? c'est parce que ce point répond à l'excavation ou au vide du bassin qui n'offre ni soutien ni point d'appui , et vers lequel se dirigent tous les efforts de l'accoucnement; c'est peut-être aussi parce que l'orifice de l'utérus est déjà ouvert ou disposé à s'ouvrir, et quç, plus faible par sa nature à cause de la rareté de ses fibres , Il est diamétralement opposé au fond ou au centre des forces expultrîces. Veut-on encore des preuves qui confirment cette vérité? qu'on demande aux praticiens ce que produit un squirrhe de cette ouverture , ou toute autre cause qui en empêche la dilatation et s'oppose au passage de l'œuf. Alors, si toutes les autres parties de la matrice sont également fermes et solides , la nature s épuise en vains efforts , ,1a matrice tombe dans l'inertie, et le travail est suspendu; si, au contraire, une portion de ce viscère offre moins de résistance que les autres , elle se rompt , et l'enfant tombe en totalité ou en partie dans l'abdomen.

La contraction de la matrice, semblable à celle des muscles, peut être excitée jusqu'à un certain point par une irritation mécanique, mais elle n'est jamais continue ni uniforme pendant le travail de l'accouchement ; au contraire , lente et faible dans le commencement , elle s'accélère ensuite par degrés et acquiert tant d'intensité vers la fin , qu'elle surmonte quâquèfols des obstacles qui paraissent invincibles. Toutefois ,. on ne peut établir de règle ^générale, soit par rapport aux accroissemens de cette force, soit par rapport aux intervalles de calme qui en interrompent la durée. On observe là-dessus beaucoup de variations , non-seujement chez les différentes femmes , maïs dans les différens accouchemens de chacune d'elles. C'est une chose bien rare que le travail soit parfaitement semblable* deux fois de suite. Il est tantôt plus ou moins lent et plus ou moins faible; tantôt, au contraire, plus ou moins violent et plus ou moins accéléré , suivant une foule de circonstances individuelles ou hygiéniques dans lesquelles la femme se trouve. L'âge , le tempérament , la profession , le genre de vie , les

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 9j

affections morales , la saison , le climat , tout influe sur la manière dont cette fonction s'exe'çute.

La contractilité ou la force par laquelle le fœtus est expulsé , est tellement propre et inhérente à la matrice, qu'elle est entièrement indépendante de la volonté ; cette force est mise en jeu par le sentiment d'un besoin que le cerveau perçoit dans l'appareil génital , et que l'instinct porte à satisfaire ; nulle femme n a le pouvoir de Taccélérer ou de la ralentir , de la suspendre ou de la modifier à son gré. L'accouchement s'opère quelquefois par les seules propriétés vitales de la matrice qui subsistent , quoique la vie générale de l'individu «oit éteinte. On a vu , chose étonnante ! noiiseulement des femmes accoucher après leur mort ou dans une attaque d'hystérie comateuse, lorsque l'action musculaire était anéantie , mais encore des matrices élancées hor^fdu bassin et de la vulve , ou dans un état de chute complète, se débarrasser du pro* duit de la conception. Qu'on dise après cela que la principale cause efficiente de l'accouchement ne réside pas dans la matrice ; qu'on attribue, avec un auteur moderne, tout accouchement après la mort à l'absurde et chimérique explosion de quelque gaz aériiorme l

SECTION II

Des causes efficientes accessoires de V accouchement naturel.

Quoique la matrice soit le principal agent qui expulse le fœtus , il faut néanmoins convenir que d'autres puissances viennent à son secours , et concourent simultanément à cette importante fonction.

D'abord, comment pourrait-on méconnaître l'effet médiat ou accessoire du diaphragme et des muscles abdominaux? Contigus à la matrice, ils la pressent de toutes parts ; ils secondent son action, en dirigeant le iœtus vers le détroit inférieur du bassin , et préviennent sa rupture en lui servant pour ainsi dire d'arc -boutant.

La preuve que ces muscles ne sont point dans l'inaction pendant le travail de l'accouchement, c'est que l'expulsion du fœtus est précédée ou accompagnée de la sortie de l'urine et des excrémens. La matrice elle-même, chargée du produit de la conception , n'esteUe pas quelquefois lancée presque en totalité hors de la vulve par *les efforts auxquels la femme se livre, surtout lorsque l'évasement du bassin est excessif? Enfin , les praticiens en général n'admettent-ils pas la nécessité et l'efficacité de ce renfort musculaire, 3uand ils recommandent à la femme de pousser en bas p.endant la ouleur, ou de modérer ses efforts, suivant les circonstances? Certainement ce n'est pas de la matrice qu'ils entendent pailler, puisque l'action en est absolument involontaire ; il faut donc que ce soit du diaphragme et des muscles abdominaux , dont les contractions sont encore Hbres dans les premiers temps du travail, et non vers la fin.

En un mot, il n'est aucun muscle du tronc et des membres.

tant supérieurs qu'inférieurs , qui rm se conti'acte et ne devienne une puissance auxiliaire de la matrice pendant le travail de Teu- — ■ ^ ^ 3 en proie aux dou

d'être mère ; q^el

fantement. Qu'on jette les yeux sur une femme en proie aux douleurs ou aux angoisses qu elle éprouve avant d'être mère ; q^ek

monvemens ! quels efforts ! quelle roîdeur ! la tête et le t«>îic se renversent, les maîns se cramponnent, les pieds s*arc-boutent , le siège se relève ; tout rorganistne Ititte contreTobstacle qui s'oppose i la dëlivrance. Le vrai physiologiste ne voit dans cette série de phénomènes que le résultat d'un besoin naturel que la femme e'prouve dans les organes de la génération , besoin pressant dont le cerveau est averti , et pour lequel il commande à tous les muscles de se mettre en action , et d'aider la matrice à le satisfaire } par conséquent la cause accessoire de Taceouchement n'est pas plus soumise à l'empire de la volupté que la cause principale.

n y a donc une très-grande différence, souy le rapport de l'accouchement , entre deux femmes dont l'une, robuste et vigoureuse, pousse de toutes ses forces , comme dans un cas de constipation opiniâtre, et l'autre, faible et pusiDanime, s'épuise à force de crier. La première supporte avec courage les douleurs les plus violentes^ les met toutes à profit, et accouche promptement; la seconde, an contraire, redoute de Souffrir, et se débarrasse avec une lenteur insupportable. Il en est de même de celle qui jouit d'un embonpoint médiocre, par rapport à celle dont la graisse excessive engourdit la contractîlité musculaire, ou rend la respiration plus courte ; la femme bossue ou asthmatique accouche aussi plus lentement que celle dont la poitrine, saine et bien conformée, favorise l'action du diaphragme et des muscles abdominaux.

ARTICLE m.

Des signes de Vtzccouchement naturel.

Tout ce qui annonce l'approche de l'accouchement , tout ce qui indique d'une manière distincte la présence actuelle du travail, tout ce qui l'accompagne depuis le commencement jusqu'à la fin , et tout ce qui le suit , doit être mis au rang des signes de cette fonction naturelle; de là résulte leur division en signes précurseurs, en signes essentiels ou caractéristiques , en signes concomitans , et en signes consécutifs.

Tous les signes de l'accouchement sont de la plus haute importance, et méritent la plus grande attention , à cause des méprises qu'on peut commettre à leur égard. Le fait suivant , dont nous avons été pour ainsi dire témoin , en est la preuve : Une jeune dame avait un gonflement de l'abdomen qu'on avait pris en province pom* un signe de grossesse. Arrivée à Paris , elle consulte un médecin accoucheur qui confirme ce faux diagnostic. En conséquence, elle fait toutes ses dispositions pour accoucher ; elle prépare ce qui est nécessaire pour le nouveau-n^. Quelques jours après , elle éprouve des coliques et appelle son accoucheur, qui la touche et lui assure sentir la tête de Penfant. Un liquide s'écoule par la vulve , il est pris pour l'eau de l'amnios ; mais le ventre s'aplatit , et les coliques cessent. Dès-lors , plus de travail , plus d'apparence de grossesse. Le jour arrive, et le médecin s'esquive en disant que raccouchement n'aura lieu que dans une huitaine. En attendant le mari nous fait appeler, et nous sommes obligé de déclarer qu'il

Ti V pu y avoir ni grossesse, ni travail d'accouchement chez cette > dame : la vulve et le vagin étaient presque imperfore's , et le mariage n'avait pu être encore consommé.

SECTION PREMIÈRE

Des signes précurseurs de taccouchement naturel.

La fin du neuvième mois n'annonce pas toujours la fin prochaine de la grossesse ou le commencement du travail , puisqu'il y a des femmes qui accouchent quelquefois avant ou après cette époque, sans cesser pour cela d'accomplir le vœu de la nature.

D'aiUeurs , est-il aussi facile qu'on l'imagine de constater la fin du neuvième mois? Combien ne sont-elles pas rares les femmes qui se rappellent avec précision l'époque où elles sont devenues enceintes, et qui peuvent fournir là-dessus des renseignemens

Sositifs ! On conseille ordinairement , pour s'assurer de la vérité, e remonter au temps où les règles ont cessé, et vers lequel on suppose que la conception s'est opérée ; ou bien on recommande de questionner la femme sur l'intervalle qui s'est écoulé depuis qu'elle a senti la présence de l'enfant , en supposant encore qu'il commence de remuer à quatre mois et demi ou vers le milieu de la grossesse. Mais que ces deux manières de calculer sont équivoques et incertaines ! Les praticiens n'ignorent pas qu'elles induisent trèssouvent en erreur ; la première, parce que nombre de femmes sont réglées dans les premiers mois, et quelques-unes jusqu'à la fin de la grossesse ; la seconde, parce qu'il y a des fœtus dont les mouvemens sont sensibles dès le troisième mois , tandis que d'autres ne donnent aucun signe de leur présence avant le sixième , ni même quelquefois avant le travail de l'accouchement.

Il laut donc nécessairement recourir à d'autres signes plus certains et plus exacts , pour s'assurer de la fin de la grossesse. Les plus surs , ou du moins les plus vraisemblables , sojit ceux qu'on tire du col de la matrice. Conserve-t-il encore de la longueur, de la dureté et de l'épaisseur ; très-certainement la femme n'est point à terme, fût-elle au-delà du neuvième mois. Au (Contraire, le col estil entièrement efiàcé, c'estnà-dire mince, souple et raccourci ; on peut prononcer que le commencement du travail approche, surtout lorsque la femme éprouve de l'anxiété et de l'abattement, comme si elle avait quelque sinistre présage. Joint à cela, que le sentiment de pesanteur et de gêne qui accompagnait la grossesse vient à disparaître vers, la fin; la femme se sent tout-à-coup plus légère, plus alerte et plus libre. Le ventre, qui faisait line saillie très-considérable vers le nombril et l'épigastre, tombe et semble s'affaisser ; le globe utérin , qu'on touchait à peine du doigt indicateur introduit dans le vagin, devient plus accessible, se rapproche du détroit abdominal, et s'engage mcQie en partie dans Texcavation. Le vagin , le rectum et la vessie sont comprimés, irrités; de là un écoulement de mucosités par la' vulve, la diarrhée, ou le besoin continuel et la difficulté d'aller à la garde-robe, l'incontinence ou la suppression d'urine, selon que la matrice presse le fond ou le

gS PRINCIPES

cel d^ ia vesfiie. Les mameHes sont alors jdvs Tolumineuses ; et soolvent pleines de kit

Tels sont l^s phénomènes qui , pei>f l'ordmaire, préladeitt à l'aGCOUchement ; mais il s*en tant bien que tous en indiquent également l'arrivée prochaine. Il y en a qu'on observe quelques semaines et d'autres quelques jours avant que le travail se déclare. Un commencement de dilatation à Forince utérin n'est même qu'un signe très-éloîgné et très-équivoque, si le col n'est en même temps entièrement eflàcé ; car il n'est pas rare de le trouver asse^ ouvert pour admettre l'extrémité du doigt un mois avant l'accouchement. Mais il n'en est pas ainsi du léger frémissement du col , ni de la tension des membranes qu'on sent , avant même que la femme éprouvé la moindre douleur, ou avant qu'elle commence à se plainclre ; ce signe ne devance guère le travail que de quelques jours , et indique toujours le véritable terme de la grossesse. L expérience apprend que les femmes chez lesquelles les membranes commeiicent à se ♦tendre avant les douleurs, accouchent plus promptement : ce qui provient de ce que l'orifice utérin se dilate pendant ces contractions insensibles ; d'où il résulte que l'ouverture en est souvent assez grande lorsque la femme éprouve les premières souffrances.

SECTlOIf IL

Des signes qui indiquent le travail actuel de r accouchement.

Nulle femme, dans Tordre naturel, n'enfante sans souflrir. C'est là une destinée inévitable lorsque la grossesse est à terme, et une condition à laquelle tient le plaisir d'être mère. La douleur est tellement essentielle au travail de l'accouchement qu'elle en est inséparable. Elle commence et finit avec lui ; plus elle a de force et de vivacité, plus eUe l'accélère et l'abrège. C'est l'eflfet le plus immédiat des contractions de la matrice ou des efforts que fait ce viscère pour se débarrasse^ du produit de la conception. De celte cause principale dépendent aussi la dilatation de l'orifice utérin , l'écoulement des glaires sanguinolentes, la formation et la rupture de la poche des eaux , trois autres phénomènes qui précèdent l'ex-

Silsion du foetus, et qui constituent, avec la dcmleur, le véritable agnostic du travail de l'accouchement.

Premier phénomène du travail actuel.

De la douleur.

Quelle est l'origine des douleurs éprouvées par la femme en travail? quel en est le siège? Faut-il les attribuer, avec tous les praticiens éclairés , aux contractions utérines , ou bi^n ne sont-elles qu'un effet sympathique de ces mêmes contractions, que certains physiologistes ne croiei^t point être douloureuses? Se font-elles «entir dans toute l'étendue de la matrice qui se contracte et se resserre, ou bien sont-elles uniquement fixées au col de ce. viscère? Questions absolument oiseuses et inutiles , dont la stérile discussion nous entraînerait dans des répétitions, et nous déroberait un temps

que rédament , à juste titre, des objets bien plusintéressans. Mais quelle est la maax^be -des vraies douleurs de leofauteHi^nt ? quel en est le caractère essentiel , et comment peut-on les distinguer d'avec tout . ce qui leur est étranger, surtout d'avec ces douleurs mensongères qui en imposent quelquefois à l'accoucbeur novice, en faisant croire à l'existence du travail ? Telles sont les questions qu'il importe d'examiner ici , et qui se lient immédiatement à la pratique des accouchemens. Combien de fois d'ignorances ma(trones, sous prétexte de favoriser un travail qui n'existait point , n'out-dles pas eu recours à leurs manœuvres ordinaires, parce

Su'elles méconnaissaiejit la diâerence entre les vraies et les fausses ouleurs de l'enfantemenit ! C'est donc sur cette diflerence, et non sur des vétilles; que les livres élémentaires devraient le plus insister. . '

Les vraies douleurs, toujours subordonnées aux contractions utérines, sont faibles et presque imperceptibles, courtes et passa-

fères au commencement du travail; elles ne se succèdent qu'avec eaucoup de lenteur, et ne sont , pour ainsi dire , que préparatoires. Voilà pourquoi le vulgaire leur donne le nom de mouches. Mais à mesure que le travail avance, elles acquièrent plus de force , elles dunent plus long-temps, et n'ont presque pas d'interruption ; ce sont alors de vrais tourmens, des angoisses. Il faut avoir vu une feminè en travail , pour concevoir et pour peindre ses efforts , ses agitations , ses souffrances.

Outre ce caractère presque toujours constant qu'on tire de la marche des vraies douleurs, il est encore plusieurs autres signes auxquels le praticien peut les reconnaître. «Q^stnd la femme souffre pour accoucher, elle s'arc-boute, et jette des cris plus ou moins perçans, qui ne sont interrompus que par la nécessité de pousser vers le fondement. Alors le globe utérin se durcit , le col se roidit, l'orifice se resserre , les membranes se tendent , la tête ou la partie dij fœtus qui se présente descend plus bas, le travail fait des progrès. Le calme , au contraire , succède-tnl à la douleur, tout se relâ'ehe et rentre dans l'état ordinaire; la femme , loin de craindre la récidive, semble ne prendre ha:leine que pour mieux souffrir encore , et pour se livrer à de nouveaux efforts. >

Que les fausses douleurs sont bien différentes par rapport à leur origine, à leur siège, à leurs progrès et à leurs effçtsî Elles ne peuvent dépendre des contractions de !a martrice , puisque ce viscère est dans le calme et le relâchement , jpendant que la femme en est tourmentée ; elles ont leur siège dans la vessie , dans le conduit intestinal ou dans les reins ; dles peuvent tenir à une suppression d'urine, à un amas de matières fécales, à des vents qui roulent dans le bas- ventre, à un état de pléthore ; on les attribue aussi au tiraillement des ligamens ronds, ou à l'obliquité de la matrice, à la contraction spasmodique des nxusdies du bas-ventre , indépendamment de l'action utérine , ou à Tinsértion du placenta sur la partie positérieure de la matrice ; e^&xL , à des contractions du plan interne qu'on suppose dans ce viscère. Quoiqu'il en soit , ces sortes de dauieurs , absolument étrajagères au travail de Taccoitchemeut,

uiyiiizeu py -v-jv^v^pti^

; loo PRINCIPES

sont plus ou moins incommodes; elles tourmentent la femme, et lui font redouter une délivrance laborieuse ; elles ne laissent «jamais de calme parfait ; leur rémission est un malaise insupportable ; elles vont se perdre vers Thypogastre ou vers le nombril, et jamais vers le fondement. Le travail ne fait aucun progrès, et ne peut jamais se terminer par ces sortes de douleurs. La femme est inquiète , agite'e, impatiente; elle ne pousse que des cris plaintifs qui vont jusqu'au cœur des assistans.

Telle est la différence essentielle entre les vraies et les fausses douleurs de l'accouchement , entre les douleurs de ventre et les douleurs de reins , entre le travail réel et le travail apparent : différence que l'homme de l'art , vçrsé dans la pratique , saisit au premier coup d'œil , et que l'accoucl^eur moins exercé reconnaît toujours par le toucher. Il peut néanmoins arriver que les vraies douleurs existent simultanément avec les fausses ; par exemple , lorsque les contractions utérines sont déterminées sympathiquement par des coliques violentes , ou par des Couleurs de reins trop prolongées. C'est alors le cas de dire que la femme accouche , non par de fausses douleurs , mais avec de fausses douleurs ; toutefois cette complication ne peut jamais être bien difficile à reconnaître ; car le progrès du travail qui avance alors , quoique plus lentement qu'à l'ordinaire , devient encore la véritable pierre de touche pour le diagnostic.

Qu'on se garde bien de prendre l'expression sensible ou extérieure des douleurs du travail pour la mesure de leur intensité , et pour le signe d'une prompte délivrance. Il n'y a rien de plus trompeur que cette manière de juger;" telle femme qui souffre en silence se débarrasse quelquefois beaucoup plus vite que telle autre dont les cris étourdissent et rompent les oreilles. Cela tient à la sensibilité qui varie dans les différens individus.

En général, on ne peut juger d,e la courte ou longue durée du travail que par la natift*e des douleurs ou des contractions utérines ; c'est-à-dire par leur force, leur fréquence et leurs progrès, qui diffèrent suivant l'état propre ou hygiénique de la femme. Pourquoi donc le célèbre Mauriceau a-t-il soutenu que le sexe de l'enfant influait sur le travail , et que la matrice n'expulsait pas les filles et les garçons avec la même célérité ? l'expérience prouve tous les jours le contraire. Qu'un garçon ait pour 1 ordinaire la tête plus gi^osse et les épaules plus larges qu'une fille, cela peut occasioner des douleurs plus fortes ; mais rien ne les empêche de se prolonger davantage ou d'être plus fréquentes , et alors tout se trouve compensé dans la durée totale du travail.

Second phénomène du trwail octueL

De la dilatation du col utérin.

Faut-il croire , avec quelques physiologistes , que le fœtus dilate le col de la matrice, et qu'il vient au monde en se frayant un passage à travers cette ouverture? Mais comment adlnettre une opi-

uiyiiizeu uy x JviOVt Iv^

DE L'ART DES ACCOUCHËMENS. loi

nîon sî opposée à la véritable cause efficiente de Taccoucbetoent? Le foçtus n est-il pas entièrement passif dans l'acte de sa naissance , et n*a-t-on pas trouvé quelquefois l'orifice de la matrice entr'ouvert avant le terme de l'accouchement , ou avant qu'aucune des parties contenues dans ce viscère eût pu .s'y engager? Enfin, con^ment pourrait-on concilier la dilatation du col utérin , avec les prétendus ^orts du fœtus, puisque^ dans certaines circonstances, elle est plus grande au commencement du travail, qu'après douze ou quinze heures de fortes douleurs?

Dira-t-on encore que c'est la poche des eaux qui dilate l'orifice de l'utérus? Mais cette poche suppose déjà un commencement de dilatation ; et quand elle vient à se rompre de trop bonne heure , l'orifice ne continue pas moins de s'ouvrir, quoique avec plus de lenteur et de difficulté qu'à l'ordinaire.

n reste donc démontré, que la dUatation du col utérin n'est que l'efiet immédiat des contractiohs utérines- Ce qui le confirme encore , c'est que les progrès de cette dilatation sont d'autant plus rapides , que les doiueurs sont plus violentes , et que le col lui-même oppose moins de résistance.

Toutefois , on ne peut disconvenir que la tête du fœtus , ainsi que la poche des eaux , ne contribuent secondairement à la dilatation de l'orifice utérin , lorsqu'une fois elles viennent de s'y enffager. En eflet , la première forme un coin solide qui , poussé par a matrice, écarte plus promptement les fibres du col; et la seconde y en exerçant une compression molle et graduée contre cette ouverture , en favorise le développement , sans le rendre plus douloureux.

Une remarq-ue générale et très-importante pour la pratique, c'est que le col de la matrice se dilate plus lentement et rend le travail plus long dans un premier accouchement que dans les suivans ^ surtout lorsque la femme a laissé passer la première jeunesse sans songer à devenir mère. Pour calculer le moment de la délivrance , il faut donc avoir égard, non-seulement à la dilatation actuelle de la matrice , mais encore à la marche qu'elle suit dans ses progrès , et qui diflère chez toutes les femmes comme dans tous les accouchemens. La pratique enseigne que l'oHfice utérin acquiert beaucoup plus lentement la grandeur d'un écu, que le reste de l'ouverture nécessaire pour le passage de l'enfant ; c'est là une loi si constante , qu'on l'observe même après la rupture prématurée de la poche des eaux. On ne doit donc jamais la perdre de vue, sous peine de se méprendre dans le pronostic sur la durée du travail, et d'exposeî" la femme à se débarrasser seule et sans secours.

Troisième phénomène du travail.

Des glaires sanguinolentes.

Les parties génitales de la femme sont continuellement lubrifiées par l'humeur que fournit la membrane muqueuse dont elles sont revêtues; et c'est^là ce ijui en prévient l'excoriation , la douleur ou

uiyiiizeu uy x jv/v^pi i\^

192 PaiNGIP£S

l'adhérence auxquelles une irop grande sécheresse les exposeraîC^ Mais la sécr<^on de cette humeur, naturellement modâ*ée , . augmente en générai pendant la grossesse , et devient si abondante pendant le travail de raccouchement, que le col de la inatrice , le vagin et la vulve sont Inondés de glaires. La nature , toi;ifOurs prévoyante et ingénieuse , ne semble-t-elle pas alors préparer la voie à l'enfant, et prévenir les difficultés qui pourraient en empêcher ou retarder la naissance?

Frappés de Fabondante quantité de mucosités <[m coule des parties génitales de la femme à l'approche de raccouchement , les physiologistes l'ont attribuée i une exsudation par les pores des membranes. Mais cette chimérique hypothèse ne s'évanouk-elle pas , quand on réfléchit un instant sur les projH-iétés vitafes dtt système utérin et sur les changemens que la grossesse et raccouchement doivent y opérer ?

Les contractions de la matrice qm expulsent le fœtus sont le plUs souvent assez violentes pour occasioner la rupture de quelques vaisseaux du placenta ou du chorioBL; de là résulte un suintement de sang qui , venant à se mêler avec les mucosités du vagin , les colore et leur donne uoe teinta rougeâtre ou sanguinolente , que le vulgaire regaxde toujours comme le présagé aune prochaine délivrance. Mais: l'homme instruit et vraiment praticien se garde bien de partagtT cette opinion. H n'ignore point que Certaines femmes accouchent sans perdre une seule goutte de sang durant le travail , tandis que d'autres en rendent une quantité plus ou moins abondante. Enfin , l'époque où cet écoulement sanguin se manifeste n'est point fixe et invariable ,• puisqu'un accident peut le déterminer plusieurs jours avant la fin de la grossisse ; et dans les cas même les plus naturels , les femmes ne marquent»elles pas en rouge plus tôt ou plus tard, au débfit, au milieu ou à la fin du travail? Lorsque le placenta s'insère sur le col de la matrice , les premières douleurs sont nécessairement accompagnées de glaij*es sanguinolentes, et joanème d'unehétnorrhagie assez considérable pour exiger des précautions.

) Quatrième phén(mène du irmml actuel.

D« la formaUon et de la rupture de la poche des eaux.

La matrice ne peut se contracter ou se resserrer sans agir sur les eaux de l'amiiios ; xnais ce liquide , incompressible par sa nature, ne peut se réduire à un moindre volume , a où il résulte nécessairement qu'il doit tendre à s'échapper par l'endroit qui lui offre le moins de résistance. Il s'écoulerait donc aussitôt que l'orificte de l'utérus commence à se dilater, s'il n'était arrêté par les membranes, qui lui cèdent néanmoins à caMse de leur extensibilité naturelle , et forment une espèce de sac ou de poche plus ou moins régulière , suivant la figure et la situation du <;ol utérin.

La poche des eaux est donc enct>re un effet îmcmédiat du travail de l'accouchement; ce qui le prouve, c'efet qu*dle se durcit ou 6e

uiyiiizeu uy 'vjv.'v^pi iv^

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. io3

pond

contraire itréguKère , échancrëe , aplatie , ovale , lorsque ForiBce s'applique contre les parois du bassin , ou s'éloigne de la figure circulaire. Semblable à un boyau , elle s'allonge d'autant plus dans le vagin , que le col offre plus de résistance , et que les membranes sont d'une contexture plus lâche ; on dirait alors que c'est un pied ou un bras du fœtus qui se présente.

La pratique enseigne que la poche des eaux déborde rare<pent Torifice de lut^us , avant qu'il soit assez dilaté pour laisser passer lia tête , ou avant qu'il ait acquis la largeur d'un écu de six livres. Cest même un précepte assez général d'attendre au moins jusqu'à cette époque pour donner issue à l'eau de l'amnios , à moins que /ce liqiude n'art déjà forcé la barrière membraneuse qui le contient.

Cette poche s'accroît graduellement et augmente de volume à mesure que le travail avance; enfin, il arrive un moment où, à force de se distendre , elle parvient à la dernière limite de son extensibilité naturelle , et alors il faut nécessairement qu'eUe cède , soit au poids des eaux qu'elle renferme , soit aux contractions utérines devenues plus énergiques. Presque toujours brusque et inattendue, la rupture en est accompagnée d'une explosion plus ou moins bruyante, et suivie d*un flot de liquide qui jaillif à. une assez grande distance ; la vulve en est inondée.

Les membranes étant d'une contexture plus ou moins lâche, cèdent avec plus ou moins de facilité aux efforts de la matrice , et influent diversement sur la durée du travail. Viennent-elles à se rompre dès les premières douleurs , la matrice reste pour l'ordinaire dans l'inaction jùsqu^à ce que les eaux se soient Isntièrement écoulées, ce qui retarde plus ou moins l'accouchement. Outre cela, lorsque les douleurs se réveillent, la tête du foetus porte immédiatement ^ur le col delà matrice, qu'elle entr 'ouvre avec violence. Ce n'est plus un liquide dont la douce et molle pression dilate graduellement l'orifice utérin; c'est au contraire uïi coin solide- qui en écarte les fibres , les irrite et quelquefois les déchire. Quelles souffrances pour la mère? D'un autre côté, Teau de l'amnios n'étant plus dans la matrice ,^pour en émousser ou modérer la force expultrice , le foetus doit nécessairement la supporter tout entière. Il doit donc être serré de toutes parts ; le cordon ombilical est comprimé , et ne reçoit plus une seule goutte de sang , la circulation s arrête , l'apoplexie et la mort sont à craindre. Si par malheur la poche des eaux se rompt avant qu'une des extrémités , du foetus se soit engagée convenablement au détroit siipérieur^ l'accouchement est impossible sans les secours de l'art. Que de difficultés alors pour raccoucheur, surtout lorsqu'il a long-temps attendu après 1 écoulement des eaux! que de tourmens encore pour la mère ! que de risques pour le fœtus !

Des accidens non moins graves et non moins dangereux sont à craindre, lorsque les membratnes , trop dures ou trop denses , retardent l'accouchement. Alors, si c'est la tête du fœtus qui se pré-

,o4 PRINCIPES

sente , elle s'enveloppe dç la poche des eaux qu'elle entraîne , et paraît hors de la vulve, comme coiffée d'une espèce de casquette, dont la superstition ne manque pas de tirer a heureux présages pour l'enfant. Mais l'accoucheur instruit est loin de s'arrêter à de tels oracles. L'expérience lui apprend qu'alors le placenta, trop brusquement décollé , expose la mère à périr d'une hémorrhagie foudroyante, ou que cette masse spongieuse, trop forternent adhérente à la matrice, peut entraîner et renverser le fond de ce viscère. Enfin , il n'ignore point que les membranes dont la tête du fœtus est recouverte forment un voile impénétrable à l'air extérieur, et empêchent ou retardent la respiration. L'enfant risque donc de suffoquer, s'il n'est promptement secouru , et d'expirer,

Eour ainsi dire, aux portes de fa vie, en faisant mentir son oroscope.

La poche des eaux peut se rompre au centre ou vers les bords de l'orifice. Dans le premier cas , tout le Uquide situé au-dessous de la tête s'écoule d'un seul jet par la crevasse ; et si les contractions utérines sont très-violentes, si la tête est très-basse et très- volumineuse ; en un mol , si elle s'adapte parfaitement au col de l'utérus , le reste du liquide retenu vers le fond ne sort qu'après l'expulsion de la tête ou même après celle du tronc, ^u contraire, lorsque la tête ne forme pas un tampon assez exact pour boucher le col , l'eau continue de couler jusqu'à ce que la matrice s'applique immédiatement sur le corps du fœtus. Dans cet intervalle, les douleurs sont faibles , le travail languit , la tête semble s'éloigner de l'orifice, et le fœtus remonter vers le fond ; la femme se refroidit, si l'on n'a pas soin de substituer des linges secs à ceux qui sont humides. Cette espèce d'inertie est d'autant plus longue, que les eaux s'écoulent plus lentement. Pour hâter le retour des contractions , Puzos recommandait alors de soulever la tête de l'enfant , afin de favoriser l'expulsion du liquide qui restait dans la cavité utérine : pratique des plus efficaces , surtout après les douleurs passagères par lesquelles la matrice semble se ranimer et revenir de son engourdissement.

Si les membranes se déchirent vers l'un des bords de l'orifice ou au-dessus , il n'y a qu'une portion des eaux de l'amnios qui s'écoule, et la poche de ce liquide, loin de disparaître complètement, se distend et se durcit encore de nouveau à chaque douleur. Le moyen d'empêcher que cette rupture incomplète ne prolonge le travail et ne cause des accidens , est de déchirer la nouvelle poche des eaux comme si elle était entière.

* SECTION III

Des signes sympathiques et concomitans du travail de t accouchement.

Nous venons de voir que le travail de l'accouchement n'était qu'une suite de douleurs ou de contractions utérines , dont l'intensité, la fréquence et la durée augmentent depuis le commencement jusqu à la fin , et dont les effets deviennent de plus en plus sensibles , soit pour la femme, soit pour l'accoucheur. D abord, c'est l'orifice de l'utérus qui se dilate, pendant que son bord s'amincit ^

D£ LART BËS ACCOUCHEMEKS, io5

ensuite les membraBés se distendent et se déchirent ; les eaux de Tamnios s'écoulent , et toute la matrice se resserre ; peu de tenoips après , Tune des extrémités du fœtus plus ou moins engagée au détroit supérieur, traverse l'orifice utérin, et parcourt la cavité pelvienne , en diûtant le vagin , ou bien elle arrive au passage avec le col de la matrice dont elle est entourée. Cette extrémité du tronc franchit la vulve ; etiç reste sort bientôt après; l'enfai^t respire , et la plus grande partie de l'accouchement est terminée.

Cependant la matrice continuant encore de se contradier , s'ap'» plique immédiatement sur l'arrière-faix et l'expulse. Les douleurs que la femme éprouve pendant ce second travail , sont beancoi»p plus faibles que les premières. Quelques tranchas surviennent encore dans la journée ou les jours suivans ; ce sont de nouvelles douleurs qu'ocofisionne l'expulsion des caillots de sang ou de lo*chies.

Tel est l'ordre dans lequel se succèdent les principaux phénomènes de l'accouchement , ou les eflTorts que la matrice fait pour se débalrrasser du produit de la conception. Mais que de changemens ne s*opèr^t-il pas en même temps dans toutes les fonctions de l'économie animale T Au début du travail , la femme, éprouve une espèce de resserrement intérieur qui la trouble , qu'elle a peine à exprimer ; tout son corps frémit et semble s'ébranler ; le pouls se ralentit , la respiration est plus gênée ; il y a de l'anxiété ; la digèisrtion est interrompue ; plus d'appétit, mais des nausées, des vomîssemens , quelqùeiois une soif ardente ; le visage pâlit et s'altère ; la

rau est sèche ou couverte d'une humeur légèrement visqueuse; femme s'inquiète, s'agite; se tourmente; eDe ne sait quelle posture garder ; ses membres semblent lui refuser leur service ordinaire ; on dirait que les forces vitales abandonnent tout l'organisme en général , pour se concentrer vers le système utérin , où doit s'accomplir le vœu delà nature, la naissance de l'homme.

A une époque plus avancée , lorsque la poche des eaux est bien formée, et que l'orifice est entièrement dilaté, il s'opère une, réaction générale ; alors le pouls se réveille , et acquiert plus de vitesse et de force , sans cesser d'être régulier ; la respiration se presse et devient haletante ; la chaleur se ranime et se répand de toutes Sparts ; le visage se colore , les yeux paraissent étincelans ; la peau s'humecte , et se couvre quelquefois de sueur. Tantôt la femme balbutie ou tient des propos qui annoncent un léger délire ; tantôt elle parait comme absorbée et plongée dans un état de somnolence, d'où elle n'est retirée que par la vivacité des douleurs.

Cette espèce de trouble ou d'agitation est à son comble, lorsque les membranes , venant à se rompre , produisent une détente générale et un calme qui n'est que de courte durée : la matrice semble ne se reposer que pour acquérir de nouvelles forces. Bientôt la femn^é se plaint de crampes ou de tiraillemens à la partie antérieure ou interne de l'une des cuisses ; signe manifeste que la tête ou toute autre partie du fœtus s'engage au détroit supérieur,

YfS ^ PRINCIPES

ef comprime les rameaux nerveux qui passent sous Tarcade cru-' raie ou par le trou sous-pubien.

Cependant la fin du travail approche de plus en plus , et les douleurs se succèdent avec plus de rapidité ; la tête roule dans l'excavation du bassin , et comprime le rectum ainsi que les nerfs sacres ; de là Textirëtion involontaire des matières contenues dans l'extrëmité de l'intestin , ou le besoin illusoire d'aller à la garderobe ; de là aussi ces crispations ou ces douleurs aiguës que la femme éprouve à la partie postérieure de la cuisse , de la jambe et jusqu'à ta. plante du pied; on dirait qu'on lui arrache la fesse,

Sa'on lui déchire le mollet ou qu'on lui ronge le pied. Enfin , la \te va franchir les tubérosités ischiatiques ; le coccix est refoulé ; l'anus forme un bourrelet en arrière , et le méat urinaire fait saillie sous le pubis. Déjà le périnée se tend et se relâche alternativement ; l'orifice du vagin s'entr'ouvre; bientôt le cuir chevelu parait et disparait tour à tour ; à chaque nouvelle douleur il en sort un plus grand segment, mais pour rentrer encore, à cause de l'élasticité du périnée, qui Iq repousse ; les caroncides myrtiformes disparaissent, les nymphcfs s'écartent , et les grandes lèvres, complètement déridées et amincies , enveloppent la tête en forme de couronne. Alors la matrice fait un dernier effort ; la douleur est vive ; le frein se déchire ; la femi^e jette un cri perçant ,, soulève le siège , et l^^ce successivement hors de la vulve la tête , les. épaules et le tronc de l'enfant. Ce moment , le plus douloureux du travail, est ^uivi d'un calme beaucoup plus long et plus parfait que le précédent ; la femme ne goûte plus qu'un déRce ou un plaisir, inexprimable , celui d'être mère. L'expulsion naturelle de l'arrière-faix ,

ui a lieu quelque temps après , trouble à peine cet état , et celle

es lochies est encore moins douloureuse.

SECTION IV

Des signes consécutifs de V accouchement.

On pourrait mettre au nombre de ces signes les phénomènes ui suivent pour l'ordinaire l'accouchement : tels que la faiblesse e la femme, les tranchées utérines, les lochies ou vidanges, le gonflement des mamelles , et la fièvre de lait; mais nous avons cru plus convenable de les renvoyer à l'article où il sera question de la physiologie et de l'hygiène de la femme en couches ; d'ailleurs ces phénomènes ne sont qiie passagers ou peu durables. Nous ne paillerons donc ici qrie de certaines marques plus ou moins ineffaçables que l'accouchement imprime et laisse sur le corps de la femme , principalement à l'abdomen , aux organes de la génération et au basisin.

Ces marques sont i** les rides ou vergetures de l'abdomen qui dépendent de la distension excessive et de Péraillement de la peau durant la grossesse, et qui ne disparaissent jamais entièrement, parce que cet organe ne recouvre point son ancienne tonicité ; nous avons cependant rencontré quelques femmes , mais en bien

DE L'ART DES ACCOUCHEIdENS. ipy

Setit nombre, dont rabdomen était aussi ferme et aussi dépourvu e rides après Taccouchement qu'avant la grossesse ; c'étaient des individus robustes dont la peau bise ou brunâtre ne perdait pas facilement son ressort ;

2® %SL mollesse ou laxité des parois dé l'abdomen , laquelle dépend du vide plus ou moins considérable que l'accoucbement laisse dans cette cavité splanchnique; d'où il résulte que les parois en sont plus amples qu'il ne faut , après l'expulsion du totus , pour contenir les organes qui servent à la digestion et à la géné-^ ration ; ,

3° L'écartement des muscles droits ou ^erno-pubiens jle l'abdomen , dont on peut s'assurer en promenant le tord cubital dé la main sur la ligne blanche, de haut en bas, ou de la pèitrine vers le bassin; on y trouve vers l'ombilic un espace ovale ou en forme de lozange , qui dépend de la tension que ces muscles ont éprouvée par le poids et le volume de la nxatrice durant la grossesse ;

4° La présence d'un corpîs sphérique plus ou moins dur et plup ou moins volumineux qu'on sent dans l'hypogastre , et qui se durcit en se resserrant Sous la face palmaire de la main ; c est la matrice qui revient sur elle-même , et se contracte pour expulser le délivre ou arrière-faix ;

5° La contusion , le gonjflement , la douleur et la rougeur de la vulve, qui a été plus ou moins froissée, comprimée et irritée par le passage du fœtus ; ,,

o** La déchirure de la fourchette ou commissure postérieure,

3uelquefois celle du périnée, laquelle s'approche plus ou moins u sphincter de l'anus, et peut s'étendre jusqu'à ce muscle, même îusqu'à la cloison recto- vaginale : délabrement qui est produit par la tête ou par le tronc du fœtus , dont la pression porte ces parties molles ou charnues au-delà de leur extensibilité naturelle ;

y° La dilatation excessive du vagin et celle de l'orifice de l'ulérus , quelquefois leur déchirure : elles attestent le passage d'un corps étranger plus ou moins volumineux, en un mot du fœtus qui a traversé et élargi ce canal : ces solutions de continuité peuvent ^e cicatriser et guérir jusqu'à un certain point; mais elles laissent toujours des marques indélébiles auxquelles un homme de l'art expérimenté ne peut méconnaître un accouchement antérieur, quoiqu'il ne soit pas toujours facile d'en assigner exactement l'époque. Nous eûmes occasion , il y a quelques années , de visiter une jeune demoise^e qui avait simulé une grossesse et un accouchement-: ce qui l'avait fait accuser de suppression de part à une époque où elle n'avait pu représenter l'enfant dont elle avait prétendu être mère. Après un examen attentif, nous déclarâmes qu'elle n'était jamais accouclu^e , et noire assertion fut confirmée par la jeune personne qui fit l'aveu de sa supercherie. Voyez notre Traité de médecine légale relative au:ç: accou,chemens.

8** Le relâchement des symphyses pelviennes et même la diduction ou écartement des os qu'elles unissent. Ces accidens sont d'abord l'effet de la grossesse, pendant laquelle les os du bassin

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io8 PRINCIPES

gtipportent la pression continue et toujours croissante de la matrice chargée du produit de la conception ; ensuite ils sont augmentés.

Sar les efforts plus ou moins énergiques et plus ou moins répétésf e la femme pendant le travail de raccouchement. De là résulte •près les relevailles une marchel^eu assurée , chancelante , douloureux j si la nouyelle accouchée ne garde pas assez long-temps le repos« De là encore la nécessité d'entourer le bassin d'un bandage qui en tienne les os rapprochés jusqu'à ce que la nature ait eu le tem|» d*en raffermir les symphyses.

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