PRINCIPES ARTICLE XI
De la division du Fœtus et de ses parties principales.
La division la plus naturelle du fœtus comprend
le tronc et les membres. SIREN LUI
La tête et le bassin sont les extrémités du tronc; entres elles se trouvent la poitrine et l'abdomen.
Ces deux parties intermédiaires ne peuvent Jjamais apporter d’obstacle à l'accouchement, à moins qu’elles ne se présentent en travers, ou qu’elles ne soient pleines de liquide. Dans l'état naturel, la poitrine résiste faiblement, parce que la charpente osseuse qui en forme le contour est très-mobile où très-flexible; le bas-ventre , à cause de sa mollesse, s’accommode encore plus facilement à l'espèce de filière qui s'offre à son passage. |
Le bassin ne cause guère plus de difficulté, lors même que le fœtus vient en double ou à reculons. Beaucoup moins solide que celui de l’adulte, 1l est composé de quatorze pièces osseuses dont quelques unes sont encore à l’état de cartilage, et les autres ont les bords incrustés d’une semblable substance ; de là un certain degré de souplesse et de flexibilité qui, comme l’a observé Deleurie, peut faciliter les différentes attitudes du fœtus dans la matrice; äl, peut même favoriser l'accouchement par le siége et par les pieds, en procurant le rapprochement des os du bassin, mais non, comme l’a prétendu le même accoucheur , en y produisant les modifications qu’é-b prouvent les os du crâne dans l’accouchement naturel.
Il suffit de comparer la structure et la connexion des pièces qui composent les deux extrémités du tronc, pour juger qu’elles n’éprouvent pas les mêmes changemens en traversant le bassin de la mère. La tête alors se rétrécit dans un sens, et s’allonge dans un autre, ce qui ne pourrait avoir lieu dans le bassin, sans que le fœtus en füt estropié. Au surplus, l’expérience est ici d'accord avec le raisonnement.
La tête peut étre considérée comme la partie la plus solide et la plus volumineuse du fœtus. Elle se présente ordinairement la première au détroit supérieur, et c’est toujours du rapport de ses dimensions avec celles du bassin de la mère que dépend la facilité ou la dificulté et même l'impossibilité de l'accouchement; il est donc indispensable d’en connaître exactement la structure , la forme et le
volume , avant d'exposer le mécanisme par lequel 1 le
fœtus vient au monde.
Considérée dans l’état sec, cette espèce de boîte
osseuse, à laquelle on donne vuloairement le nom
de crâne, se divise en deux parties bien distinctes;
l'une supérieure, légèrement convexe et arrondie,
renflée sur les côtés et plus allongée d'avant en arrière qu’en travers, est ce qu’on nomme la voûte du crane; l’autre bee ; aplatie, plus étroite et moins allongée soutient la précédente , et peut en être regardée comme la base. La première est for-
mée de cinq ou six os, dont les bords , encore mem- | braneux et nullement engrénés par des sutures, peuvent se rapprocher, même s’entre-croiser et fa-
voriser ainsi l'accouchement en produisant une certaine réduction dans le volume dela tète ; laseconde, au contraire , dont les pièces sont plus nombreuses, plus avancées dans leur ossification', et plus solidement articulées, ne jouit d’ancune mobilité, et ne paraît susceptible d'aucune compression au moins sensible. :
! Ilsuit de là que, toutés choses égales d’ailleurs , la différence entre la largeur de la voûte et celle de la base du crâne, indique la mesure ou le degré de réduction possible pour favoriser l'accouchement ; car , si la disproportion de la tête avec le bassin est telle que la base du cräne n’en puisse franchir les détroits, on concoit sans peine que l’aplatissement
de la voûte sera inutile > puisque la base étant in-
CORDES opposéra un obstacle insurmontable,
a moins qu elle ne prenne en s ’engageant une direc-
tion plus favorable à son passage. C’est à ce changement de position qu'il faut atiribuer sans doute ces accouchemens extraordinaires et surprenans, où l’on voit passer des têtes énormes et pour ainsi dire monstrueuses à travers des bassins r'esserrés ;
phénomènes bien propres à rassurer le praticien
dans les cas qui paraissent les plus difficiles, et à ‘lui prouver qu'il faut encore attendre quelque chôse de la nature, lors même que la théorie n'offre plus aucune ressource. D” Mais quelle est la différence entre la largeur de
la voûte et celle de la base du crâne ? Eu suivant lés
différens progrès de, la tête, depuis la conception
jusqu’à la naissance du fœtus, on observe que la voûte diminue respectivement de largeur, à mesure que la grossesse est plus avancée, et qu'a l’époque de l’accouchement, elle ne surpasse la base que de six à sept lignes, Alors ceile-cia de deux pouces et demi à trois pouces de large, tandis que la voûte s'étend de trois pouces à trois pouces et demi d’un côté à l’autre.
Si l’on considère seulement la tête du fotus par rapport à sa forme, ce-n’est qu’un ovoide où l'on peut distinguer cinq régions, deux extrémités, quatre ou cinq diamètres et trois circonférences.
Le sommet , la base, les côtés et le visage, telles sont les cinq régions de Ja tète. La base ne se pré= sente jamais, à moins que la tête ne soit séparée du tronc; le sommet ; au contraire , se présente le plus fréquemment dans les accouchemens naturels.
La tête se termine en arrière et en haut par l'occiput , en devant et en bas. par le mentôn : la première de ces extrémités est plus large, plus Ghtuse et plus arrrondie ; la seconde plus étroite , plus aigue 4 et pius allongée. C’est donc bién mal:à propos que Levret , ins le siècle dernier , et quelques aCÇoucheurs modernes, ont “ne la tête à un cône dont le sommet serait représenté par locciput, ef Ja base par le visage. L'inexactitude et la fausseté de cetle comparaison ne sautent-elles pas aux yeux ! A
Le plus grand diamètre de, la. tête $ étend du menton à l’occiput, et peut étre nommé pour celte raison , diamètre occipilo- -mentonnier ; on l'appelle
le plus communément diamètre oblique, parce qu'il est incliné à l’axe de la tête et du tronc. Il a cinq .
pouces et un quart de longueur.
Le diamètre moyen s'étend du milieu du front à locciput. On lui donne le nom de diamètre longitudinal ou occipito-frontal ; sa longueur est de
quatre pouces et un quart.
Les deux autres diamètres sont les plus petits ;
ils n’ont que trois pouces et demi d’étendue ; ; lun *
traverse la tète du sommet à la base , et l’autre d’une bosse pariétale à celle qui est opposée. Le prenner
se nomme diamètre perpendiculaire, le second
transversal.
Outre ces diamètres, on pourrait en considérer encore un cinquième , qui s’'étendrait d’un temporal à l’autre, et mesurerait la largeur de la base du crâne, vers la racine des apophyses zygomatiques. On pour-
rait l’appeler diamètre auriculaire, et sa longueur :
serait de deux pouces et demi à trois pouces.
A ces différens diamètres CORRE aussi différentes circonféreucés. Mais on n’en considère que deux par rapport à l'accouchement , encore ne
sont-elles d'aucune utilité pour en expliquer le mécanisme. La plus grande divise la tête en deux (
hémisphères latéraux , et passe par la symphyse ‘du menton, par le eu du visage, par les deux fontanelles , et par le trou occipital ; elle a detr reize à quinze pouces dé développement. La plus petite coupe la tête transversalement, et passe par les deux bosses pariétales ainsi que par le miliéu du sommet
et de la base ; son développement n’est que de dix à a, onze pouces.
On donne assez improprement le nom de sutures aux espaces membraneux qui unissent les différentes pièces de la voûte du crâne chez le fœtus. Les plus remarquables pour l’accoucheur sont la suture sagiltale ou médiane, la coronale et la lambdoïde. Nous ne parlons point des sutures écailleuses ou tem-
à porales, parce qu’elles sont recouvertes de muscles.
La suture sagittale et la suture coronale forment, en s’entrecoupant, une espèce de lozange membraneux auquel on a donné le nom de bregma ou de fontanelle antérieure, et auquel on attribue, mais sans raison , un mouvement pulsatif. Ce n’est qu'après la naissance que le refoulement du sang vers le cerveau , déterminé par les cris plus ou moins aigus de l'enfant, peut élever et abaisser la fonta-
nelle antérieure ; mais alors ce mouvement alternaü£est isochrone avec l'inspiration et l'expiration, ce qui prouve qu'il ne saurait exister lorsque le fœtus est encore dans le sein de sa mère.
On appelle fontanelle postérieure la réunion de la suture sagittale avec la suture lambdoïde ; mais elle diffère tant de la première, qu'on ne peut les confondre ; celle-c1 est quadrangulaire, membraneuse, mince et flexible , au lieu que l’autre est le plus souvent triangulaire » complétement ossifice , et tou-— jours plus solide au terme de l'accouchement. |
On remarque enere , sur les parties latérales de laitète, quatre petites fontanelles, dont deux situces
aux extrémités dela suture coronale sontrecouvertes ” des muscles crotaphites, et les deux autres situées * aux extrémités de la suture lambdoïde sont si peu enfoncées, qu'on peut les disfinguer au tact. |
La tête articulée avec le tronc par une espèce de ginglyme , ne peut exécuter qu’un mouvement trèsborné en avant et en arrière , et un mouvement plus étendu de pivot ou de rotation ; ce dernier tordrait néanmoins le cou , s’il était porté au-delà d’un quart de cercle.
ARTICLE XII
Conclusion très-importante fondée sur le parallèle de la téte
du F'œtus avec Le bassin de la mere.
Parmi les dimensions de la tête du fœtus ; ilen est qui surpassent celles du bassin, et d’ autres qui leur sont inférieures. Ainsi le diamètre oblique ou occipito-mentonnier de la tête, qui: est de cinq i pouces et un quart , est plus long que le plus grand à diamètre du bassin , qui n’a que cinq pouces; le dia- … mètre longitudinal ou occipito-frontal de la tête, qui a quatre pouces et un quart, est plus long que le diamètre sacro-pubien ou antéro ne he du bassin , qui n’est Que de quatre pouces , mais plus | court que ses diamètres obliques qui ont: quiatré | pouces et demi; enfin les diamètres perpendiculaire et transversal de la tête, qui sont chacun.deé trois pouces et demi, sont plus petits. ax aucun des dia- i mètres du bassin. il + È
Or, la ce ou la difficulte, la ptit 0 ou l’un:
É DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 171 À possibilité de l'accouchement dépendent toujours | de la proportion ou disproportion de la tête avec le » bassin ; cela est incontestable et sans réplique.
Par conséquent, on ne peut refuser la certitude aux propositions suivantes , qu découlent immédiatement de ces principes.
1°, Toutes choses égales d’ailleurs, c’est-à-dire , le bassin de la femme étant bien conformé , et la tête du fœtus ayant la forme et le volume ordinaires, l'accouchement est impossible par les seules forces de la nature , lorsque la tête s'engage en présentant le visage, la base ou les côtés, quatre régions auxquelles correspond son diamètre oblique , plus long qu'aucun des diamètres du bassin.
2°. L'accouchement serait aussi impossible, si la tête présentait directement le sommet ou la région verticale entre le pubis et le sacrum; car alors le
. “diamètre longitudinal de la tête correspondrait au diamètré antéro-postérieur du bassin qui est plus court d’un quart de pouce.
a°! L'accouchement serait encore difficile, si le sommet de la tête se présentait diagonalement entre l’une des cavités cotloïdes du bassin et la symphyse sacro-iliaque opposée ; car alors le diamètre longitudinal de la tête correspondrait au diamètre oblique du bassin qui ne le surpasse que d’un quart de pouce , excès qui ne suflirait pas pour prévenir les Ébtiernens et peut-être les obstacles , à moins que la flexion de la tête sur la poitrine ne fit cesser cette disproportion.
4°. La condition la plus favorable à l’accouchement est que la tête s'engage diagonalement , de maniere qu’une de ses extrémités, l’occiput ou le menton, correspondent aucentre du bassin. Car alors les plus petits diamètres de la tête, qui n’ont que trois pouces et demi, répondent aux diamètres obliques du bassin, qui ont un pouce de plus; et cet excès est plus que suffisant pour faciliter l’accouchement , malgré les frottemens de la tête contre les parties molles du bassin.
Voici encore une remarque des plus rassurantes et des plus utiles. Si l’on mesure les dimensions de plusieurs bassins et de plusieurs têtes qu’on prend au hasard , l’expérience atteste que le plus grand nombre des premiers offrent plus de trois pouces et demi du pubis au sacrum , tandis qu’au contraire le plus grand nombre des dernières offrent moins
de trois pouces et demi d’une bosse pariétale à
autre. Or, n'est-ce pas là une ressource que la nature semble s'être ménagée pour prévenir les obstacles qui peuvent s'opposer à l'accouchement ? N'est-ce pas là encore ce qui peut avoir facilité le passage de la tête à travers le bassin , lorsqu'elle présentait le visage? En effet, cette espèce d’accouchement ne saurait être naturel, à moins que la tête ne fût très-petite à l’évard du bassin , cas extré-
mement rare , qui, loin d’affaiblir les conclusions ci- » qui; :
dessus, ne ferait que les confirmer. 461