‹ Cours théorique et pratique d'accouchemens (volume 4)Chapitre 15 sur 63 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

De l’ Accouchement naturel.

D rouen naturel est ainsi appelé, parce qu'il se termine par les seules forces de la nature ou sans le secours de l’art. On peut le considérer comme le complément de la génération et le terme de la grossesse. C’est une opération plus ou moins tumultueuse qui change les rapports de la femme avec le produit de la conception, et qui, en les séparant l’un de l’autre , les fait passer à une nouvelle existence. Alors le fœtus naît pour commencer une vie plus complète , et la matrice, après s'être agrandie pendant l’espace de neuf moiïs, se contracte pour revenir à son état ordinaire ou primitif.

Mais ce nouvel ordre de choses ne s'établit pas brusquement et d’une manière instantanée ; on observe , au contraire, que l’accouchernent présente différentes périodes, et que l'œuf ne sort presque jamais qu’en détail. Ce sont pour ainsi dire plusieurs accouchemens partiels qui se succèdent dans un ordre fixé par la nature , et qui constituent l’accouchement total. Daho: la matrice se débarrasse de l’eau de lamnios; puis elle se resserre et s ‘applique immédiatement sur le fœtus qu'elle expulse à son tour; bientôt après le placenta est chassé avec les membranes, et ja femme est délivrée ;

Ne 174 PRINCIPES

enfin quelques callots de sang sortent encore ; les

lochies coulent pendant quelques jours, et la femme

n’a plus qu’à nourrir de son lait un nouvel individu dont elle se glorifie d’être mère.

L’expulsion successive des eaux de l’amnios, du fœtus, de l’arrière-faix et des lochies , telle est donc la marche qu'on observe presque toujours dans l'accouchement naturel; tel sera aussi l’ordre que nous suivrons, pour en étudier le mécanisme et les phénomènes. Nous négligeons entièrement les divisions purement scolastiques qu’on trouve dans les auteurs, et qui n’offrent qu'un jargon inutile et presque vide de sens. La meilleure division, selon nous, est celle qu’on apprend à l’école de la fature ; et il nous paraît d’autant plus essentiel de

nous y conformer , que la plupart des fautes en pra-

tiqué ne proviennent que de ce qu’on oublie souvent les lecons de cette sage institutrice. Que de praticiens, et surtout que de matrones auraient à se repentr de l'avoir accusée de lenteur, et d’avoir trop pressé le travail de l'accouchement , en ouvrant une issue prématurée aux eaux de l’amnios, en accélérant l'expulsion du fœtus et du délivre , ou en provoquant quelquefois l'écoulement des lochies ! CHAPITRE PREMIER.

De l’époque, des causes et des signes de l Accou- chement naturel. |

; ., 0 À quelle époque de la grossesse l'accouchement

naturel arrive-t-il ? Quelles sont les causes qui le

déterminent alors, et quels sont les signes qui l’anmoncent ? Ce sont là trois questions qu'il est nécessaire de discuter, avant de rechercher le mécanisme de cette fonction , la plus importante pour laccou- “cheur et la plus curieuse pour le physiologiste. A combien d’incertitudes et de méprises ne serait-on pas exposé, si l’on ignorait le terme ordinaire de la grossesse que la nature a fixe pour la naissance de l’homme ? Quels écarts et quels funestes erreurs * ne commettrait-on pas, si l’on se trompait sur la véritable cause du travail de l’enfantement, et sur les signes distinctifs qui le font reconnaitre ?

* ARTICLE PREMIER

De l’époque de la Grossesse où l’ Accouchement naturel arrive.

La femme accouche le plus souvent lorsque le neuvième mois de la grossesse est révolu ; c’est là un fait incontestable et une lot de la nature généralement observée , Sans que la physiologie ait pu en trouver une raison, nous ne disons pas satisfaisante ou Nembuoe, mais seulement plausible. Tout ce qu'on a débité là-dessus se réduit à quelques conjectures vagues ou à quelques opinions incapables de soutenir l'attention d’un esprit judicieux. |

L'enfant naît ordinairement à neuf mois; voila ce qui est bien positif, et ce qui doit suffire à Paccoucheur. Ce serait donc une vaine curiosité d’examiner encore si le travail de l'accouchement se déclare à cette époque, parce que l'équilibre se rompt entre les fibres du corps et celles du col de la

176 ‘ PRINCIPES matrice; Ou parce que la distension ultérieure de ce viscère est impossible; ou parce qu’il ne peut plus supporter l’acrimonie des eaux de l’amnios ; ou parce qu'il est gorgé du sang menstruel que la veine ombilicale refuse; ou enfin parce qu'il sent alors plus vivement l'agitation du fœtus devenu plus robuste et plus pressé par le besoin de naître et de respirer. La simple énumération de ces hypothèses n’en démontre-t-elle pas assez l'insuffisance pour expliquer un phénomène dont la nature s’est réservé * le secret? Nous n’insisterons pas davantage sur la prétendue analogie qu’on a établie entre le fœtus à neuf mois et les fruits parvenus à leur maturité, ni sur le besoin de prendre de la nourriture, de rendre ses excrémens, auquel on attribuait sa naissance dans des siècles peu éclairés. Qu'on remonte aux moyens d'union qui existent entre la mère et le foœ- 'Tus pendant la GURRSCÈSE » et on verra que LE explications ne sont pas moins éloignées de la vérité que les précédentes.

Quoique la femme se débarrasse pour l'ordinaire à neuf mois de l’œuf ou du produit de la conception , ce serait néanmoins une erreur de croire que la nature est invariable sur ce point, et que laccou- chement ne peut se terminer avant ou après cette époque. On cite, en effet, quelques exemples de. naissances prématurées et de naissances tardives qu’on ne peut révoquer en doute ; mais ce sont là des exceptions qui ne font que confirmer une loi | fondée sur l’observation. Elles prouvent seulement.

qu'elle n’est pas universelle, mais elles ne l'empéchent pas d'être générale.

SECTION PREMIÈRE

Des Naïssances prémaiurées.

Notre intention n’est point de parler ici de ces naissances fortuites ou accidentelles qui sont l’eflet de l’avortement ou de la fausse-couche ; et qui tournent plutôt au préjudice qu’à l'avantage de l’espèce humaine ; il s’agit seulement des naissances prématurées qui sont déterminées par l'impulsion libre de la nature, et qu n’influent point sur la viabilité du fœtus. En deux mots , la grossesse peutelle se terminer naturellement avant le terme ordinaire , ou bien la femme peut-elle accoucher avant la fin du neuvième mois ? Tel est l'état de la question.

Or, nous avons déjà fait observer que le terme de la viabilité, loin d’être fixe et invar;able à neuf mois révolus , pouvait être plus où moins avancé, Suivant les causes qui. favorisaient l'accroissement du fœtus dans la matrice. À la vérité, nous avons ouvertement réclamé contre l'opinion de quelques physiologistes qui accordaient plus de viabilité au fœtus de sept mois qu'à celui de huit , et nous avons soutenu que la probabilité de la vie dans les nouveau nés était, toutes choses égales, en raison directe de leur âge ou du terme de la grossesse. Maïs tout cela ne prouve point que le fœtus ne puisse être Mable et venir au monde avant la fin du neuvième Mois, s’il se trouve dans des circonstances qui

hâtent ou accélèrent le terme de sa maturité. Que la conception s’opère, par exemple, dans le seim d'une mère capable de développer le germe en sept mois de temps , et de donner à ses organes ce degré de perfection qui est nécessaire pour exécuter les fonctions de la vie; certes, une telle supposition n’a rien qui répugne ou qui choque la vraisemblance. Pourquoi donc le fœtus ne pourrait-il pas venir au monde à cette époque, et continuer de vivre conformément au vœu de la nature ? Dans certains climats, on observe que les fleurs se hâtent d’éclore, et que les fruits sont précoces, © ’est-à-dire, qu 1ls mürissent et tombent naturellement avant l’époque ordinaire de, Jeur maturité; pourquoi donc le fœtus ou le germe de l'espèce humaine serait-il seul à l'abri des causes qui influent sur lPacroissement ou sur la reproduction de tous les êtres en général ? Au reste, les naïssances prématurées ou avant terme, dont nous avons démontré la possibilité par le raisonnement et l’analosie, se trouvent confirmées par l'expérience et l'observation. Il n’est pas d’accoucheur qui n’ait vu naître des enfans avant le neuvième mois de la grossesse ; et quoique le plus grand nombre de ceux qui ont été ainsi prématurés ‘aient péri, on peut néanmoins en citer qui, non—. seulement ont continué de jouir long-temps du bienfait de la vie, mais dont l'existence semble avoir tenu du prodige. Tel fut ce fameux Fortunio Licetti, ainsi appelé à cause de l’insigne et rare bonheur qu'il eut d'échapper à la mort après une

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 179 naissance prématurée, et provoquée par un accident qui survint à sa mère dans un voyage , vers la fin du sixième mois de sa grossesse. Quoique son corps n'eut qu'une palme de long, son pére, qui était médecin, ne perdit pas néanmoins l'espoir de le conserver ; il le mit dans un four dont il entretint la douce température, comme cela se pratique en Egypte, pour faire éclore des poulets sans l’incubation de }a mère. I] instruisit ensuite une nourrice à préparer l'aliment qui convenait à ce tendre reje+ ton, et pour prix de tant de soine, il eut un fils qui parvimt non-seulement à l’âge d’adolescence , mais encore à une extrême vieillesse, et qui laissa plusieurs Ouvrages pleins d’érudition et bien faits pour illustrer sa mémoiré.

"A; côté de cet exemple on en peut placer un autre non moins merveilleux, qui est rapporté par Brouzet. Il s’agit d'une: femme’ qui, six mois après être accouchée,, mit au monde un autre enfant mâle. Voilà donc une naissance prématurée qui eut lieu entre le cinquième et le sixième mois de la grossesse. Le f6etus était vivant, mais faible et chétif ; il ne pleurait point , et il respirait à peine ; ses yeux étaient fermés, ses membres flasques et pendans ; quelques légers mouvemens et là chaleur du corps étaient les seuls signes qu'il était en vie. On l’enyeloppa dans des langes très-doux; on Vexposa à une douce chaleur, et on lui donna un peu de lait üède qu'il avala: Quatre mois s’écoulèrentsans qu'il poussât la moindre plainte, et sans qu'il rendit aucun

excrément ; mais, cet intervalle révolu, il se Lit a

pleurer, à se mouvoir, à téter et à croître comme “les autres enfans; si bien qu à dix mois, nul autre

de son âge ne l’égalait en vigueur.

Que conclure de ces deux faits ainsi que de plusieurs autres, peut-être un-peu exagérés, mais dont

la vérité, quantiau fond, ne saurait être contestée ?

Doit-on abandonner et laisser périr sans secours les enfans qui naissent avant terme ? Non, ce serait là une faute des plus graves, et un trait d’inhumanité qui ne pourrait trouver d’excuse que chez les barbares. Un fœtus naïîtrait-il avant le septième, même avant. le cinquième mois , il faudrait toujours en avoir soin;.et un seul qu'on aurait le bonheur de conserver et d'élever, suffirait pour ne pas déses-

pérer des autres, et pour leur faire administrer à

tous les mêmes secours.

Une autre conséquence non MOINS importante, : , > est que le médecin consulté sur un cas de naissance | prématurée, doit user de la plus grande circons-. pection pour me point troubler l'union: des époux et le repos des familles. Quelquefois c’est un mari

inquiet et. jaloux qui forme des CORDES injurieux. sur la conduite de son épouse, parce qu’élle est accouchée: avant terme d’un enfant vigoureux et bien constitué. Il faut alors calmer son imagination, en insistant fortement sur la viabilité oupos— sibilité de vivre que certains enfans acquièrent ayant la fin du neuvieme mois. Dans ces sortes de consultätions on ne dévrait jamais manquer de

rapporter ou de faire lire l’histoire de Fortunio Li-

cetti et celle de Brouzet; ce sont des moyens de

persuasion dont on peut tirer. le plus grand parti, et auxquels il est rare qu’un mari résiste , quelque ombrageux qu’il puisse être.

SECTION II

Des Naissances tardives. \

La question des naissances tardives a toujours excité de plus grandes contestations que celle des naïssances prématurées ; et cela n’a rien d’étonnant, quand on connait le cœur ou les passions de

l'homme. Qu’une femme accouche d’un enfant via-

ble et bien constitué , avant le terme ordinaire de la grossesse, on conçoit que cela peut troubler un moment la sérénité d’un mari, et l'empêcher de se livrer entièrement à la joie d’être père. Maïs le calme ne tarde pas à renaître dans son cœur , parce qu'il y trouve bientôt des motifs de consolation qui dissipent une incertitude ou un doute, pour l’ordinaire mal fondé. Il n’en est pas de même, lors-

qu'une femme accouche plus de neuf mois après la mort, le départ ou la séparation de son époux;

l'affaire est alors de la plus haute importance, et présente les plus grandes difficultés. 11 s’agit d’accorder ou de refuser l’état civil au nouveau-né ;

de lui assurer la fortune du père, ou de le dés

hériter et de le réduire à la condition des enfans illésitimes. Enfin, l'honneur de la mère y est iniéressé et en dépend; on la soupconne, on l’ac-

LS

182 1 | LPRINCIPES

cuse même d’avoir manqué à la foi conjugale, Fautil donc être surpris que cette question ait été si long-temps débattue, et qu’elle ait eu tant de fois pour défenseurs et pour adversaires les hommes les plus célèbres, la gloire et l’ornement du barreau ? On peut consulter là-dessus Accurse, Papon, Choppin, Godefroy , Cujas, Despeisses, Menochius, le Barthole de son siècle; Louet, Ricard, Domat, Alphonse des Caranza, Bouteiller , etc.

Les médecins, de leur côté, ne se sont jamais accordés sur les naissances dives. On compte au nombre de ceux qui les ont rejetées des hommes très-recommandables dans l'antiquité; et parmi les modernes, personne n’en à contesté la légitimité avec plus de chaleur, ou pour mieux dire, avec plus d’entêtement, que Louis et Bouvard. Qui ne connaît les virulentes diatribes lancées par ces deux champions contre Petit et Lebas? Astruc rejetait aussi les naissances prolongées; mais on peut lui reprocher d’avoir fait, selon sa coutume, un vain étalage d’érudition là où il ne fallait qu'un peu de logique et de bon sens. Enfin, Mahon avait embrassé la même opinion , et il fant convenir qu'il la défendait moins en philosophe qu’en vrai partisan.

On peut opposer à ces adversaires l’autorité de ceux qui ont admis les naissances tardives: Dès

l'origine de l’art, on distinguait parmi eux Hippocrate et Aristote; dans des temps moins reculés , Zacchias, Eugenius et Bonaventura ; enfin, dans le dernier néble Antoine Petit, Levret, Dulignac,

Panenc, ‘Chomel ; Lebas, Lepecq-de-Lacloture, Roussel et Fodéré. | Mais que sert de faire ici l’'énumération des cc vains qui se sont déclarés pour ou contre cette opinion, et dont la dispute, pleine de sarcasmes et d’outrages , ressemblait, en dernier lieu, moins à une discussion littéraire qu'à un combat de gladiateurs ? Examinons plutôt les raisons ou les motifs qu’on à fait valoir de part et d'autre} et voyons de quel côté penche la vérité ou la vraisemblance. D'abord, ceux qui ont rejeté les naissances tardives se sont fondés sur cette loi uniforme et immuable que la nature suit dans la reproduction de tous les êtres : loi qui fixe le terme de la gestation pour, chaque espèce d'animaux, et qui ne peut souffrir que très-peu de retard. Ils ont ensuite allégué l'opposition des lois physiques avec les nais- Sances tardives, et le volume excessif que le fœtus aëquerrait par un trop long séjour dans le sein de la mère. Ils ont insisté principalement sur les désordres qui troubleraient les familles, si, à toutes les ressources que les femmes ont pour donner des héritiers à leurs maris, on ajoutait encore la facilité de faire des Rue: à telles époques qu elles jugeraient à propos, et de frustrer par-là des collatéraux à qui appartiennent les biens de leurs é époux. Pour répondre à ces objections, les défenseurs des naissances tardives soutenaient à leur tour que des lois naturelles n’étaient pas si invariables qu’elles ne pussent souffrir quelques exceptions; d’où ils.

ae Pr

concluaient que la grossesse, qui se termine le plus souvent à la fin du neuvième mois, pouvait néanmoins se prolonger au-delà de ce terme, sans cesser d'être constante et LP di dans sa durée. Ne serait-ce pas maîtriser et même violenter la nature, disaient-ils, que de fixer l’époque de l’accouchement qu’elle n’a pas fixée elle-même d’une manière précise ? Et croire que cette sage et habile opératrice ne peut pas se dispenser quelquefois de faire ce quelle fait le plus souvent, ne serait pas, sui vant la judicieuse remarque de Sénèque , méconnaître sa souveraine puissance ? D'ailleurs, si la nature peut être précoce, comme personne n’en doute, pourquoi ne pourrait-elle pas être tardive dans l'exécution de ses desseins ? Le col de la matrice ne peut-il pas être plus dur, opposer plus de résistance, et se développer plus lentement qu’à l'ordinaire ? Tout ce viscère lui-même ne peut-il pas manquer de contractilité et tomber dans l’'inertie à la fin du neuvième mois ? On objecte l’exemple des animaux; mais la parité et l’analogie ne sont , point exactes, surtout quand il s’agit des ovipares, qui couvent et font éclore leurs œufs plus ou moins lentement ; d’ailleurs, la durée de la gestation dans les différentes espèces d'animaux est sujette à beaucoup de variations, d’après les recherches et observations de Tessier, savant naturaliste francais. L’habitant des campagnes même, tout grossier qu'il # est, ne sait-il Pas) de temps st EME que de bete vaches menées au taureau le mème jour, quel-

quefois l’une met bas plus tard que Fautre d’unintervalle de plusieurs semaines ? L’argument tiré des animaux n’est donc rien moins que favorable à ceux qui nient les naissances tardives. Ils invoquent les lois physiques en leur faveur; maïs sil ÿ en a quelqu’une qui force la femme d’accoucher précisément à neuf mois, qu’on la cite. Le fœtus, dit-on, acquerrait un Sole extraordinaire s'il restait trop. long-temps dans la matrice; mais cela peut seulement faire craindre la difficulté de l'accouchement, et ne prouve pas l’impossibilité des naissances tardives. Enfin, on prétexte que cette opinion renverserait l’ordre social. Mais on change alors l'état de la question, et on confond la possibilité des naïssances tardives avec leur légitimité, ce qui est bien différent. Que quelques femmes accouchent après le neuvième mois, ce ne sont la que des exceptions à une loi générale ; mais qu'on regarde comme pannes tous les enfans qui naissent plus tard et à une époque indéterminée ; dès-lors on abroge cette même loi de la nature, qui fixe le terme de la gestation, et on Ouvre la porte à un déluge de maux. C’est bien alors que le désordre va régner dans la société. Où seront les vrais pères, où seront les vrais enfans ? Comment pourra-t-on.se reconnaître au milieu de cette épouvantable confusion ? Le législateur s’est donc montré bien adroit et bien sage, en ne reconnaissant d’accouchemens légitimes que ceux qui arrivent avant l’expiration du trois centième jour. À la vérité, on sacrifie peut-être par-là quel-

ns + \ J We

186 PRINCIPES ques individus; mais qu'est-ce que ce léger inconvénient, en comparaison des malheurs affreux que causerait la légitimité df toutes les naissances tardives ? AR" Nous pourrions citer encore une foule de causes auxquelles on avait attribué le prolongement de la grossesse , telles que les affections morales, les cha-° ‘ grins, la débilité , l'épuisement de la femme faute de nourriture , les maladies dont elle peut être atteinte, la faiblesse ou la petitesse du fœtus. Enfin, n’a-t-on pas encore voulu tirer quelque parti de l’analogie qu'on a prétendu trouver entre la reproduction de l’homme et celle des végétaux ? Mais de telles raisons sont trop faibles pour mériter un examen. sérieux ; elles seraient peut-être plus contraires que favorables à ceux qui les ont alléguées- Quoi qu’il en soit, il résulte de cette discussion, déjà trop longue peut-être, que rien n'empêche d'admettre la possibilité des naissances tardives, puisqu'elle n’a été combattue jusqu'ici que par des preuves pour ainsi dire négatives. Mais le triomphe de ceux qui défendent cette opinion devient encore plus complet, .et force les adversaires au silence; si, du tribunal de la raison, on en appelle à celui de la pratique. # existe en effet des grossesses retardées et par conséquent des naïssances tardives: Antoine Petit, Lebas et Lepecq-de-Lacloture en ont rapporté AE exemples. Il serait peut-être téméraire d'assurer qu'ils ont tous ce caractère [de véracité qui entraîne la conviction; maïs äl en est

DE L'ART DES ACGOUCHEMENS. 197 aussi plusieurs qu’il serait absurde de révoquer en doute. Certames femmes étaient à l'abri de tout soupcon, et m’avaient aucun motif qui püt les porter à tromper. Telle était cette femme irréprochable dont parle Aulugelle, et qui accoucha onze mois après larmort de son époux, sous l'empire d'Adrien. D’autres avaient pour maris des gens de l’art, qui s'étaient assurés par le toucher du commencement de la grossesse. Comment refuserait-on de croire le fait du chirurgien Dulignac, celui du docteur Panenc, qu’il avait raconté lui-même à Chomel ; enfin celui que Fodéré avañt observé sur sa propre épouse ? |

Mais de toutes les grossesses retardées, les plus merveilleuses sont celles qu’on lit dans l’histoire dé l’Académie des Sciences , et qui ont été rapportées par le célèbre commentateur de Boerhaave. Il s’agit d’une femme qui, après six semaines de mariage, commenca d’éprouver les incommodités ordinaires de La grossesse. Les règles n'étaient point suspendues ; mais vers le milieu du cinquième mois, le mouvement de l'enfant se fit sentir, et le sein était déjà gonflé; à huit mois, les mamelons rendaient quelques gouttes de lait épais et rougeätre; au commencement du neuvième mois, les jambes se gonflèrent, et les veines en devinrent variqueuses. A onze mois, al se déclara de violentes douleurs dans le dos et le bas- ventre; on appela une sage-femme, qui ne trouva aucune As ec Ho! à à l'accouchement ; le jour suivant il s'écoula environ trois livres d'eau

rougeàtre; les douleurs continuèrent pendant trois: jours ; les règles coulèrent en petite quantité; enfin les douleurs s’apaisèrent, et la femme se trouva très-bien , à cela près que l'abdomen restait gonflé, et que les mamelles conservaient leur volume.

De très-habiles médecins et chirurgiens furent consultés, et entre autres le célébre Winslow, qui se trouvait dans une maison de campagne voisine ; tous attestèrent que la femme était enceinte.

Au dix-huitième mois de cette grossesse extraordinaire, l'écoulement menstruel, qui avait été rouge jusqu'alors , devint blanc, et reparut toujours aux périodes accoutumées. La femme assurait qu’elle sentait remuer l'enfant ; cependant un chirurgien très-expérimenté, ayant touché l’abdomen, n’y découvrit aucun mouvement; il trouva seulement le ventre tendu comme un tambour ;- la femme resta encore seize mois dans le même état; les jambes se désenflèrent, mais les varices ne disparurent point. Enfin, à trente-cinq mois, elle mit au monde un enfant mâle, qui vécut trois jours, et qui était d'un volume ordinaire ainsi que le placenta; elle releva de ses couches en parfaite santé, et peu de temps Apres elle offrit encore tous les signes de la grossesse; elle crut sentir aussi le mouvement de l’enfant ; le ventre était très-gonflé. Elle resta dans cet état pendant cinq ans et huit mois sans accoucher, jouissant d’ailleurs d’une bonne santé, et conservant la même aptitude a aux travaux de son etat:

Voilà certainement deux grossesses qu'on peut regarder comme deux grands phénomènes. Mais, que doit-on en penser ? Les avis sont partagés làdessus ; les uns croient qu’il serait ridicule d’ajouter foi à de tels récits, et les autres accusent de temérité ceux qui voudraient en contester la vérité. Cependant , tout bien considéré, le dernier parti nous parait plus sûr et plus raisonnable que le premier. Il semble même que ce serait ici le cas de faire l'application de ce fameux NEA : qui ii prouve ne prouve rien. \ 3 y

ARTICLE II

Des causes de l’ Accouchement.

Il ne sera point question ici de ces accidensplus où moins dangereux pour la mère et pour l'enfant qui blessent la matrice, et déterminent l’expulsion prématurée du fœtus ou l'avortement , sorte d accou— chement que la nature désapprouve.

Nous n’entreprendrons pas non plus de dévoiler la cause naturelle qui, à la fin de la grossesse, excite la matrice à se débarrasser du produit de la conception. C’est là un mystère dont on chercherait en vain'la raison, et sur lequel la physiologie , toujours féconde en explications, n’a cependant proposé que des chimères. Est-ce dans le fœtus ou

dans la matrice que réside la vraie cause détermi-.

nante de l'accouchement? Quoique ces deux opinions aient eu chacune et tour à tour des partisans, la dernière nous paraît néanmoins la plus vraisem-

blable, Mais on conçoit à peine qu’un accoucheur ; justement célèbre , admette une cause qui àgit constamment pendant la grossesse, et dont les effets ne sont sensibles, pour l'ordinaire, qu’à la fin du neuvième mois ; comme sil était possible d'agir et de ne pas agir en même temps. On conçoit encore moins , qu'après avoir supposé cette cause dans la matrice , il la fasse mettre en action par le corpsqut, à chaque instant, affecte désagréablement les fibres développées de ce viscère. Le fœtus peut-il devenir l'habitant incommode et désagréable du séjour qui lui est naturellement destiné pendant neuf mois ? Mais laissons là cette espèce de jargon, et revenons au langage plusintelligible de la pratique, pour nous occuper uniquement de la cause éfliciente, soit principale , soit accessoire de l'accouchement, la seule qu’il importe de connaitre.

SECTION PREMIÈRE

De la cause efliciente principale de l’ Accouchement naturel.

Il serait presque inutile de réfuter l'opinion du vulgaire ignorant , qui regarde le fœtus comme la principale cause efficiente de l'accouchement ; Opinion que partageait l'illustre Buffon, malgré ses vastes connaissances en histoire naturelle, et quon est tout étonné de retrouver encore dans l'ouvrage. très-moderne d’un accoucheur de Montpellier..Gomment peut-on raisonnablerhent faire jouer un rôle actif à l'enfant qui vient au monde, tandis que lon voit tous les jours la matrice expulser des fœtus

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 191 avortés, privés de la vie, très-faibles ou dangereusement malades , frappés d’apoplexie ou d’asphyxie, hydrocéphales ou même acéphales ? Si l'on attribue laccouchement à l’action du fœtus, à quoi faut-il attribuer la sortie presque toujours postérieure du délivre et des membranes, celle des môles et des caïllots de sang qui sont des substances entièrement inertes et incapables d'action?

Tout porte donc à croire que la matrice est la principale cause efficiente de l’accouchement. Excité par un stimulus dont on méconnaît la nature, par le besoin de se débarrasser d’un dépôt qu'il ne peut plus garder, ce viscère se contracte et se resserre dans toutes ses parties, presse l’œuf ou le produit de la conception , et le force de s'échapper par l'orifice qui lui offre moins de résistance que tout autre point de sa surface.

eut-on avoir la preuve que la matrice expulse le fœtus avec ses dépendances ? qu'on applique une main sur le ventre de la femme pendant le travail, et qu’on porte en même temps le doigt indicateur de l’autre vers l'extrémité supérieure du vagin; on sentira alors que le globe utérin se durcit et s’assouplit, ou se contracte et se relâche alternativement dans son corps , dans son fond et dans son col. Cette expérience doit donc faire rejeter l'opinion de quelques accoucheurs, qui "ue que le col utérin est dans l’état de repos où d’inaction pendant que le corps et le fond agissent avec beaucoup de force et d'énergie. L’anatomie ne prouve pas non plus que

la matrice soit composée de deux plans de fibres l'un extérieur et l’autre intérieur , dont on voudrait supposer que le premier se contracte , tandis que le second est dans le relächement. |

Enfin, pour se convaincre de la contraction simultanée de toutes les parties de la matrice pendant le travail , qu'on interroge les praticiens qui , dans un accouchement laborieux, ont été obligés d’ailer chercher les pieds du fœtus pour le retourner et l’extraire plus facilement. On apprendra que, pendant les fortes douleurs, la main s’engourdit et pérd le sentiment sous le corps de la matrice qui la comprime, tandis que le poignet est étroitement serré par le col qui l’embrasse. L'observation atteste encore, qu'après l'accouchement, chaque tranchée qui tourmente la femme, estsuivie de quelque callot de sang, preuve manifeste que, pendant la durée de ces douleurs secondaires, le col utérin se contractait, et empéchait l'issue des matières contenues dans le corps.

Mais s’il est vrai queggnies les parties de la matrice se resserrent en même temps et avec la même force, d’où vient que le fœtus rompt cette espèce d'équilibre et sort par l’orifice ? C’est parce que ce point répond à l’excavation ou au vide du bassin qui n'offre ni soutien n1 point d'appui, et vers lequel se dirigent tous les efforts de l'accouchement; c'est peut-être aussi parceque l’orifice de l'utérus est déja ouvert ou disposé à s'ouvrir, et que plus faible par sa nature à cause de la rareté de ses fibres,

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| DE L'ART DES TOÉTORAMENS, 199 ñ est diamétralement opposé au fond ou au centré ldés forces expultrices. Veut-on encore des preuves qui confirment cette vérité ? qu on demande aux praticiens ce que produit un squirre de cette ouverture, ou toute autre cause qui en empêche la LAIOh et s'oppose au passage de l'œuf. Alors, si . toutes les autres parties de la matrice sont ets ment fermes ét solides, la nature s ’épuise en vains efforts , la matrice tombe dans |’ inertie , ét le travail est suspendu ; si, au contraire , une portion de ce viscère offre moins de rés tie que les autres, elle se rompt, et l’enfant tombe en totalité ou'en partie dans l’abdomen.

La contraction de la matrice , semblable à celle des muscles , peut être excitée jusqu’à un certaiti point par une irritation mécanique, maïs elle n’est jamais continue ni uniforme pendant le travail de l'accouchement : au contraire, lente et faible dans le commencement, elles névélète ensuite par degrés et acquiert tant ange vers la fin, qu’elle surmonte quelquefois des obstacles qui paraissent in

vincibles. Toutefois, on ne peut établir de règle générale , soit par rapport aux accroissemens de cette force, soit par rapport aux intervalles de calme qui en interrompent la durée. On observe là-dessus beau coup de variations | non-seulement chez’ les diffé rentes femmes , mais dans les différens accouchemens de! chacune d'elles C’est une chose bien rare que le travail soit parfaitement semblable deux fois de suite. Il est tantôt plus ou moins lent'et plus

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104 PRINCIPES ou moins faible ; tantôt, au contraire ,plus ou noir violent et plus ou moins accéléré , suivant une foule de circonstances individuelles ou hygiéniques dans lesquelles la femme se trouve. L'âge, le tempérament, la profession , le genre de vie, les affections morales , la saison, le climat, tout influe sur la manière dont cette fonction s'exécute.

[a contractilité ou la force par laquelle le fœtus est expulsé, est tellement propre et inhérente à la matrice, qu’elle est entièrement indépendante de la volonté; cette force est mise en jeu par le sentiment d'un-besoin que le cerveau pergorki dans l’appareil génital , et que l'instinct porte à satisfaire ; nulle femme n’a le pouvoir de l’accélérer ou de la ralentir , de la suspendre ou de la modifier à son gré. L'accouchement s'opère quelquefois par les seules propriétés vitales de la matrice qui subsistent , , quoique la vie générale de l'individu soit éteinte. On a vu, chose out non-seu— lement des femmes accoucher après leur mort ou dans une attaque d’ hystérie comateuse, lorsque l’action musculaire était anéantie, mais encore des ma- | trices élancées hors du bassin et de la vulve, où dans un état de chute complète, se débarrasser du produit de la conception. Qu'on dise après cela, que la principale cause efficiente de l'accouchement ne: réside pas dans la matrice; qu’on attribue, avec un auteur moderne , tout accouchement après la mort » à l'absurde et chimérique explosion de quelque gaz: acriforme ! [

/ SECTION Il,

Des causes efficientes accessoires de l’' Accouchement naturel.

Quoique la matrice soit le principal agent qui expulse le fœtus, 1l faut néanmoins convenir que d'autres puissances viennent à son secours, et concourent simultanément à cette importante fonction.

D'abord comment pourrait-on méconnaître l’effet médiat ou accessoire du diaphragme et dés muscles abdominaux ? Contigus à la matrice, ils la pressent de toutes parts ; ils secondent son action , en dirigeant le fœtus vers le détroit inférieur du bassin, -etpréviennent sa rupture , en lui servant pour ainsi

dire d’arc-boutant. À La preuve que ces muscles ne sont point dans linaction pendant le travail de l'accouchement, c'est que l'expulsion du fœtus est précédée ou accompagnée de la sortie de l'urine et dés excrémens. La matrice elle-même, chargée du produit de la conception, n'est-elle pas quelquefois lancée presque en totalité hors de la vulve par les efforts auxquels la femme se livre, surtout lorsque l’évasement du bassin est excessif ? Enfin, les praticiens en général n’admettent-ils pas la nécessité et l'efficacité de ce renfort musculaire, quand ils recommandent à la femme de pousser en bas pendant la douleur, ou de modérer ses efforts | suivant les circonstances ? Certainement ce n’est pas de la matrice qu’ils entendent parler, puisque l’action en est absolument

190 | PRINCIPES involontaire, il faut donc que ce soit du diaphragme et des muscles abdominaux, dont les contractions sont encore libres dans le premier temps du travail, et non vers la fin. |

En un mot, il n’est aucun muscle du tronc et des membres, tant supérieurs qu'inférieurs, qui ne se contracte et ne devienne une puissance auxiliaire de la matricè pendant le travail de l’enfantement. Qu'on jette les yeux sur une femme en proie aux douleurs ou aux angoisses qu’elle éprouveavantd'étre mère; quels mouvemens ! quels efforts ! quelle roideur ! la tête et le tronc.se renversent, les mains se cramponnent, les pieds s’arc-boutent, le siége se relève; tout l'organisme lutte contre l'obstacle qui s'oppose à la délivrance. Le vrai physiologiste ne voit dans cette série de phénomènes que le résultat d’un besoin naturel que-la femme éprouve dans les organes de la génération, besoin pressant dont le cerveau est averti, et pour lequel il commande à | tous les muscles de se mettre en action, et d'aider. la matrice à le satisfaire : par conséquent da cause ; accessoire de l'accouchement n'est pas plus sou= mise à l'empire de la volonté que la cause principale: |

Il y a donc une très-grande différence, sous le rapport de l'accouchement, entre deux femmés, |

dont l’ane, robuste ét vigoureuse , pousse de toutes ses forces , comme dans un.cas de constipation Opi- | niñtre etl’autre, faible etpusillanime, s'épuise àforce |

de crier. La première supporte avec courage les dou- | leurs les plus violentes, les met toutes à profit, et!

accouche promptement ; la seconde, au contraire, redoute de souffrir, et se débarrasse avec une lenteur insupportable. Il en est de même de celle qui jouit d’un embonpoint médiocre, par rapport à celle dont la graisse excessive engourdit la contractilité musculaire, ou rend la respiration plus courte ; la femme bossue ou asthmatique accouche aussi plus lentement que celle dont la poitrine, saine et bien conformée, favorise l’action du diaphragme et des muscles abdominaux. vu

ARTICLE III

Des signes de l'Accouchement natwrel.

Tout ce qui annonce l'approche de l'accouchement, tout ce qui indique d’une manière distincte la présence actuelle du travail » €t tout ce qui l’accompagne depuis le commencement jusqu’à la fin, doit étre mis au rang des signes de cette fonction naturelle ; de là résulte leur division en signes pré curseurs, en signes essentiels ou caractéristiques , et en Signes concomitans. |

| SECTION PREMIÈRE

Des signes précurseurs de l’Accouchement naturel.

La fin du neuvième mois n’annonce pas toujours la fin prochaine dela grossesse ou le commencement du travail, puisqu'il y a des femmes qui accouchent quelquefois avant ou après cette époque, sans cesser pour cela d'accomplir le yœu de la nature.

D'ailleurs, est-il aussi facile qu’on l’imagine de

to: | PRINCIPES

constater la fin du neuvième mois ? Combien ne sontelles pas rares les femmes qui se rappellent avec précision de l’époque où elles sont devenues enceintes, et qui peuvent fournir là-dessus des renseignemens positifs ! On conseille ordinairement, pour s’assurer de la vérité, de remonter au temps où les règles ont cessé, et vers lequel on suppose que la conception s’est opérée ; ou bien on recommande de questionner la femme sur l'intervalle qui s’est écoulé depuis qu’elle a senti la présence de l'enfant, en sup— posant encore qu’il commence de remuer à quatre mois et demi ou vers le milieu de la-grossesse. Mais que ces deux manières de calculer sont équivoques et incertaines ! Les praticiens n’ignorent pas qu’elles induisent très-souvent en erreur : la premnère , parce que nombre de femmes sont réglées dans les pre- | miers mois, et quelques-unes jusqu’à la fin de la grossesse ; la seconde, parce qu'il y a des fœtus dont les mouvermens sont sensibles dès le troisième mois, tandis que d’autres ne donnent aucun signe de leur. présence avant le sixième, ni même quelquefois avant d’être mis au monde. ; ‘0 Il faut donc nécessairement recourir à d’autres …

signes plus certains et plus exacts, pour s'assurer de la fin de la grossesse. Les plus sûrs, ou du moins les plus vraisemblables, sont ceux qu'on tire du col

de la matricé. Conserve-t-il encore de la longueur,

de la dureté et de l'épaisseur; très-certainement la,” femme n’est point à terme, füt-elle au-delà du neuvième mois : au contraire, le col est-il entière-

ment effacé, c’est-à-dire, mince, souple et raccourci; von peut prononcer que le commencement du travail approche, surtout lorsque la femme éprouve de l'anxiété et de l’abattement, comme si elle avait quelque sinistre présage. Joint à cela, que le sentiment de pesanteur et de gêne qui accompagnait la grossesse , vient à disparaitre vers la fin ; la femme se sent tout-à-coup plus légère, plus alerte et plus libre. Le ventre, qui faisait une saillie très-considérable vers le nombril et l’épigastre, tombe etsemble s’aflaisser; le globe utérin qu’on touchait à peine du doigt indicateur introduit dansle vagin, devient plus accessible , se rapproche du détroit abdominal , et s'engage méme en partie dans l’excavation. Le vagin, Je rectum et la vessie sont comprimés, irrités; de là un écoulement de mucosités par la vulve, la diarrhée, ou le besoin continuel et la difficulté d’aller à la garde-robe, l’incontinence ou la suppression d'urine, selon que la matrice presse le fond ou le col dela vessie, Les mamelles sont alors plus volumineuses, et souvent pleines de lait.

Tels sont les phénomènes qui, pour l'ordinaire, préludent à l'accouchement; mais il s’en faut bien que tous en Andiquent ile aions Varcive prochaine. Il y en a qu’on observe quelques semaines et d’autres quelquesjoursavantquele travailse déclare. Un com. mencement de dilatation à l’orifice utérin n’est même qu'un signe très-éloigné et très-équivoque, si le col

n'esten même temps entièrement effacé; car il n’est pasrare de le trouver assezouvert pour admettre l’ex-

PE f

pe

trémité du doigt un mois avant l’accouchement., Mais il n’en est pas ainsi du léger frémissement dur. col, ni de la tension des Hbnbranes qu’on sent, il avant même que la femme éprouve la moindre douleur, ou avant qu’elle commence à se plaindre ; 3 ce signe ne devance guère le travail que de quelques jours, et indique toujours le véritable terme de la grossesse. L'expérience apprend que les femmes chez lesquelles les membranes commencent à se tendre avant les douleurs, accouchent plus promp=+ tement : ce qui provient de ce que l'orifice utérin se dilate pendant ces contractions insensibles; d’où il résulte que ouverture en est souvent assez grande lorsque la femme éprouve les premières soufirances.

SECTION Il.

Des signes qui indiquent le travail actuel de l Accouchement.

Nulle femme, dansl’ordre naturel, n’enfante sans souffrir. C’est là une destinée inévitable lorsque la » grossesse est à terme , et une condition à laquelle | tent le plaisir d’être mère. La douleur est tellement 1 essentielle au travail de l'accouchement qu’elle en. est inséparable. Elle commence et finit avec lui; plus elle a de force et de vivacité, plus elle l’accélère 1

et l’abrège. Cest l'effet le plus immédiat des coniractions de la matrice ou des efforts que fait ce viscère pour se débarrasser du produit de Ja conception. De cette cause principale dépendent aussi la dilatation de l’orifice utérin, l'écoulement des glaires sanguinolentes , la formation el la rupture |

Si,

de la poche des eaux, trois autres phénomènes qui

précédent l'expulsion du fœtus, et qui constituent,

avec la douleur, le véritable diagnostic du travail de l’accouchement. L |

Premier Phénomène du travail actuel.

- De la douleur.

Quelle est l’origine des douleurs éprouveés par la femme en travail ? quel en est le siége ? Faut-il les at- « tribuer, avectousles praticienséclairés aux contractions utérines, ou bien ne sont-elles qu'un effet sympathique de ces mêmes contractions, que certains physiologistes ne croient point être douloureuses ? Se font-elles sentir dans toute l’étendue de la matrice qui se contracte et se resserre, ou bien sont-elles uniquement fixées au col de ce viscère ? Questions absolument oiseuses et inutiles ; dont la stérile discussion nous entraînerait dans des répétitions , et nous déroberait un temps que réclament, à juste titre, des … objetshien plus intéressans. Mais quelle est la marche des vraies douleurs de l’enfantement ? quel enest le caractère essentiel, et comment peut-on les distinguer d'avec tout ce qui leur est étranger, surtout d'avec ces douleurs mensongères qui en imposent quelquefois à l’accoucheur novice , en faisant croire à l’existence du travail ? Telles sont les questions qu'il importe d'examiner ici, et quiselientimmédiatement à la pratique des accouchemens. Combien de fois d’ignorantes matrones , sous prétexte de favoriser un travail qui n'existait point , n’ont-elles pas eu recours

202 . PRINCIPES à leurs manœuvres ordinaires, parce qu’elles méconnaissaient la différence entre les vraies et les fausses. douleurs de l’enfantement! C’est donc sur cette différence, et non sur des vétilles, que leslivres élémentaires devraient le plus insister.

Les vraies douleurs, toujours subordonnées aux contractions utérines, sont faibles et presque imperceptibles, courtes et passagères au commencement

du travail; elles ne se succèdent qu'avec beaucoup de lenteur, et ne sont, pourainsi dire, que prépara=#

toires. Voilà pourquoi le vulgaire leur donne le nom de mouches. Mais à mesure que le travail avance, elles acquièrent plus de force, elles durent longtemps, et n’ont presque pas d'interruption; cé sont alors de vrais tourmens, des angoisses. Il faut avoir

“vu une femme en travail, pour concevoir et -pour peindre ses efforts , ses agitations, ses souf-

frances.

Outre ce caractère presque toujours constant qu'on tire de la marche des vraies D il est encore plusieurs autres signes auxquels le | praticien peut lesreconnaitre. La femme souffre-t-elle

pour accoucher , elle s’arc-boute, et jette des cris.

plus ou moins perçans , qui ne sont interrompus que par la nécessité de pousser vers le fondement. Alors le globe utérin se durcit, le col se roidit, l’orifice se resserre , les membranes se tendent, la iète ou la partie du fœtus qui se présente descend plus bas , le travail fait des progrès. Le. calme, au contraire, succède-t-il à la douleur, tout se relàche et rentre

dans l’état ordinaire: la femme , loin de craindre la récidive, semble ne prendre haleine que pour mieux souffrir encore, et pour se livrer à de nouveaux efforts.

Que les fausses douleurs sont bien différentes par rapport à leur origine, à leur siége, à leurs progres ét à leurs effets ! Elles ne peuvent dépendre des contractions de la matrice, puisque ce viscère est dans le calme et le relächement, pendant que la “femme en est tourmentée ; elles ont leur siége dans la vessie, dans le conduit intestinal ou dans les reins; elles peuvent tenir à une suppression d'urine, à un amas de matières fécales, à des vents qui roulent dans le bas-ventre, à un état de pléthore; on les

attribue aussi au tiraillement des ligamens ronds, ou à l’obliquité de la matrice, à la contraction spasmodique des muscles du bas-ventre , indépendamment de l’action utérine, ou à l'insertion du placenta sur la partie postérieure de la matrice; enfin, à des contractions du plan interne qu’on suppose dans ce viscère. Quoi qu’il en soit, ces sortes de douleurs, absolument étrangères au travail de Paccouchement, sont plus où moins incommodes ; elles tourmentent la femme, et lui font redouter une délivrance laborieuse; elles ne laissent jamais de calme parfait; leur rémission est un malaise insupportable; elles vont se perdre vers l’hypogastre ou vers le nombril, ét jamais vers le fondement. Lettravaii ne fait aucun progrès, et ne peut jamais se terminer par ces sortes de douleurs. La fémme est inquiète, agilée, impa-

204 PRINCIPES tiente ; elle ne pousse que des cris plaintifs qui vont jusqu’au cœur des assistans. À

Telle est la différence essentielle entre les vraies: et les fausses douleurs de l’accouchement, entre les douleurs de ventre et les douleurs de reins , entre le travail réel et le travail apparent : différence que: homme de l’art, versé dans la pratique , saisit au premier coup-d’œil, et que l’accoucheur moins exercé reconnait toujours par le toucher. Il peut néanmoins arriver que les vraies douleurs existent” simultanément avec les fausses; par exemple, lorsque les contractions utérines sont déterminées sympathiquement par des coliques violentes, ou par des. douleurs de reins trop prolongées. C’est alors le cas de dire que la femme accouche , non par de fausses douleurs, mais avec de fausses douleurs; toutefois cette complication ne peut jamais être bien difcile à reconnaître ; car le progrès du travail qui avance. alors, quoique plus lentement qu’à l'ordinaire, devient encore la véritable pierre de He à le diagnostic.

Qu’on se garde bien de prendre l expression sensible ou extérieure des douleurs du travail pour la, mesure de leur intensité , et pour le signe d’une prompte délivrance. Il n’y a rien de plus trompeur que cette manière de juger ; telle femme qui soufire en silence se débarrasse quelquefois beaucoup plus vite que telle autre dont les cris étourdissent et rompent les oreilles. Cela tient à la sensibilité qui varie dans les différens individus.

| ne

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 205 En général, on ne peut juger de la brièveté ou de la longueur du travail que par la nature des douleurs "ou des contractions utérines; c’est-à-dire ; par leur force, leur fréquence et leur durée Ÿ qui différent suivant l’état propre ou hygiénique de la femme. Pourquoi donc le célèbre Mauriceau a-t-il soutenu que le sexe de l’enfant influait sur le travail, et que la matrice n’expulsait pas les filles ét les garcons avec la même célérité ? l'expérience prouve tous les jours le contraire. Qu’un garçon ait pour l'ordinaire la tête plus grosse et les épaules plus large qu’une fille, cela peut occasioner des douleurs plus fortes; mais. rien ne les empêche de se prolonger davantage ou d’être plus fréquentes, et alors tout se trouve compensé dans la durée totale du travail.

Second Phénomène du travail actuel.

De la dilatation du Co! ulérin.

Faut-il croire, avec quelques physiologistes, que le fœtus dilate le col de la matrice , et qu’il vient au mondegen se frayant un passage à travers cette ouverture À Mais comment admettre une Opinion si opposée à la véritable Cause efficiente de l’accouchement ? Le fœtus n’est-il pas entièrement passif dans l'acte de sa naissance > €t n'a-t-on pas trouvé quelquefois l’orifice de la matrice entr'ouvert avant le terme de l'accouchement , Où avant qu'aucune des parties contenues dans ce viscère eût pu s’y engager? Enfin, comment pourrait-on concilier la dilatation du col utérin , avec les prétendus eftorts du

206 | PRINGIPES |

fotus, puisque, dans certaines circonstances , elle est plus grande au commencement du travail, qu’après douze on quinze heures de fortes douleurs ? :

Dira-t-on encore que c’est la poche des eaux qui dilate l'orifice de l'utérus ? Mais cette poche suppose déja un commencement de dilatation ; et quand élle vient à se rompre de trop bonne heure, l'orifice | ne continue pas moins de s'ouvrir, quoique avec plus de lenteur et de difficulté qu’à l’ordinaire.

Il reste donc démontré que la dilatation du col utérin n’est que l'effet immédiat des contractions “itérines. Ce qui le confirme encore , c'est que les progrès de cette dilatation sont d'autant plusrapides, que les douleurs sont plus violentes, et que le col lui-même oppose moins ‘le résistance:

Toutefois, on ne peut disconvenir que la tête du fœtus , ainsi que la poche des eaux , ne contribuent secondairement à la dilatation de l’orifice uterin, lorsqu'une fois elles viennent de s’y engager. En effet , la première forme un coin solide qui, poussé | par la matrice, écarte plus promptement les fibres du col; et la seconde , en exerçant une compression | molle et graduée contre cette ouverture, enfavorise le développement , sans le rendre plus douloureux: .

Une remarque générale et très-importante pour | la pratique , c’est que le col de la matrice se dilate plus lentement et rend le travail plus long dans un premier accouchement que dans les guivans, surtout lorsque la femme a laissé passer la première Jeunesse sans songer à devenir mère. Pour calculer le moment

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 207 dela délivrance, il faut donc avoir égard, nonseulement à la dilatation actuelle dela matrice, mais encore à la marche qu’elle suit dans ses progrès 7 ét qui diffère chez toutes les femmes comme dans tous les accouchemens. La pratique enseigne que l'onifice utériu acquiert beaucoup plus lentement la grandeur d’un écu , que le reste de l'ouverture nécessaire pour le passage de l’enfant; c’est là une Joi si constante, qu’on l’observe même apres la rupture prématurée de la poche des eaux. On ne doit donc jamais la perdre de vue, sous peine de se méprendre dans le prognostic sur la durée du travail, et d'exposer la femme à se débarrasser seule et sans $secours. |

Troisième Phénomène du travail.

Des glaires sanguinolentes.

Les parties génitales de la femme sont continuellement lubrifiées par l'humeur que fournit la men:brane muqueuse dont elles sont revètues ; et c'est là ce qui. en prévient l’excoriation , la douleur ou l’adhéren € auxquelles une trop grande sécheresse les exposerait, Mais la sécrétion de. cette humeur, naturellement modérée, augmente en général pendant la grossesse, et devient si abondante pendant le travail de l’accouchement ; que le col de la matrice, le vagin et la vulve sont inondés de glaires. La nature, toujours prévoyante et ingénieuse, ne semble-t-elle pas alors préparer la voie à l'enfant ) et prévenir les difficultés qui pourraienten empêcher où retarder la naissance ?

Frappés de l’abondante quantité de mucosités: qui, coule des parties génitales de la femme à l approche de l'accouchement , les physiologistes l'ont attribuée à une exsudation par les pores des membranes, Mais cette chimérique hypothèse ne s’évanouit-elle pas , quand on réfléchit un instant sur les propriétés Vi tales du système utérin et sur les changemens quesla grossesse et l'accouchement doivent y opérer ?

Les contractions de la matrice qui expulsent le fœtus sont le plus souvent assez violentes pour occasioner la rupture de quelques vaisseaux du pla< cenfa.ou du chorion; de là résulte un suintement de sang qui, venant à se mêler avec les mucosités. du vagin, les colore et leur donne une teinte rou= geàtre ou sanguinolente’, que le vulgaire regarde | toujours comme le présage d’une prochaine délivrance. Mais l’homme instruit et vraiment prati-

gnore point que certaines femmes accouchent sans. perdre une seule goutte de sang ARE le travail ,

tandis que d’autres en rendent une quantité plus où. |

moins abondante. Enfin , lé époque où cet écoulements

sanguin se manifeste n’est point fixe et invariable 2 |

puisqu’un accident peut le déterminer plusieurs; jours) avant ia fin de la grossesse ; et dans les cas même | les plus naturels, les femmes ne marquent-elles pas

FRÉLHUEE plus tôt ou plus tard, au début, au milieu | ou à la fin du travail ? Lorsque le placenta s° s'insère |

sur le col de la matrice , les ‘premières douleurs sont :

nécessairement accompagnées de. glaires sanguino= |

Cr »

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